DÉBUT DES HOSTILITÉS
par Mme Campan, femme de chambre de la reine); puis il adressa à ses alliés de l'étranger les conseils suivants : proclamer très haut qu'ils ne font pas la guerre à la France, mais à une faction antisociale, afin de séparer les Jacobins du reste de la nation; notifier énergiquement à l'Assemblée, aux corps administratifs, aux municipalités, aux ministres aussi, qu'on les rendra personnellement et individuellement responsables, dans leurs corps et biens, de tous attentats commis sur la famille royale; déclarer, en passant la frontière, que les coalisés ne veulent traiter qu'avec le roi. On voit ici le thème du trop fameux manifeste de Brunswick. Quant aux émigrés français, Louis XVI les priait de s'abstenir, afin de ne pas faire perdre à la guerre le caractère de guerre étrangère; et il leur promettait en retour de veiller sur leurs intérêts quand le temps serait venu. Tel est le résumé des instructions données au Genevois Mallet du Pan, secrètement accrédité auprès des souverains étrangers. Ceuxci approuvèrent lesdites instructions : c'est ce que nous apprend Bertrand de Molleville, un confident indiscret du royalisme.
La déclaration de guerre fut accueillie en France par une joie presque universelle : on se sentait soulagé d'une pesante équivoque.
Mais la campagne débuta malheureusement. Conformément au plan de Dumouriez, qui consistait dans une invasion rapide de la Belgique, deux généraux de Tarmée de Rochambeau, Biron, sortant de Valenciennes, et Dillon, sortant de Lille, se dirigent l'un vers Mons, l'autre vers Tournay. A la rencontre de l'ennemi, leurs soldats se débandent, la cavalerie de Dillon pousse les cris de : trahison! sauve qui peut! se précipite au milieu de l'infanterie et met le désordre dans ses rangs; tous rentrent pêle-mêle dans Lille, entraînant le général, qu'ils accusent de les avoir
conduits dans un guet-apens; Dillon est massacré. Cette honteuse panique, qui paralysa les mouvements de Lafayette, inspira à l'ennemi le mépris de nos soldats, aux royalistes des espérances encourageantes; aux yeux des Jacobins, c'était la confirmation de leurs défiances. Il fallut, pour nous relever dans l'opinion de nos adversaires et à nos propres yeux, les succès militaires que nous aurons bientôt le bonheur de raconter.