CONCLUSION
De là cette espèce de religion de la propriété, qui règne en France plus que dans aucun autre pays, et qui donne à l'ordre social une si grande force de résistance.
De là peut-être aussi, en même temps que de la nouvelle forme de Tunité nationale, une idée plus juste du patriotisme : au lieu de se confondre avec le dévouement pour une dynastie royale, il est devenu l'amour de la France. Les anciens grands seigneurs faisaient intervenir l'étranger dans leurs querelles , sans aucun souci du pays. Quel Français, depuis la Révolution, a déserté son drapeau, sans que l'opprobre s'attachât à son nom, quels que fussent ses talents et sa gloire passée? Au début, il est vrai, on vit la noblesse, selon ses traditions, s'enrôler dans l'armée de Condé ou dans celle des chefs vendéens, pour travailler, d'accord avec l'ennemi, à renverser le gouvernement national. Mais, en 1870, les fils de cette même noblesse, sous un autre gouvernement national, ont bravement servi la France devant Orléans et ailleurs ; une armée de Condé n'aurait pas trouvé à se recruter. N'est-ce pas un témoignage de l'heureux changement opéré dans les esprits?
Et c'est parce que la Révolution a fait tout cela que la France aime sa Révolution : elle l'aime par reconnaissance; elle l'aime aussi parce qu'elle l'a chèrement achetée; elle l'aime comme une mère aime l'enfant sorti de ses entrailles et créé dans la douleur. Chaque fois qu'elle a vu sa Révolution menacée par la violence des partis, par la trahison des gouvernements, ou même par de simples résistances aux réformes, elle s'est levée pour la défendre. Toutes les fois qu'on a voulu écarter le peuple français de sa ligne, il a fait effort pour y rentrer, et l'on n'y a réussi qu'en le trompant, en lui faisant croire qu'on le menait à son but par d'autres chemins.
Car.\ot. 20
Il y persistera comme dans un devoir.
Chaque peuple coopère à l'œuvre de la civilisation universelle avec le caractère qui lui est propre; parfois il domine tout un siècle et lui donne son nom.
Cette gloire est échue à la France depuis 1789 et nos revers ne l'effaceront pas.
C'est un Allemand qui a dit de notre pays : « Son histoire moderne est celle de l'Europe. »
C'est un Allemand aussi, et de plus un protestant, qui a dit : « La Réformation de Luther a moins changé l'ensemble des relations sociales que ne l'a fait la Révolution française, i
La France n'abdiquera pas sa mission civilisatrice. Elle est aussi nécessaire au monde qu'elle l'a jamais été. Son absence laisserait un vide que nul autre peuple ne serait apte à combler : elle doit compte d'elle-même à l'humanité.