‹ La révolution françaiseChapitre 37 sur 54 · FLAVIGNY A MONTMORIN · texte numérisé non relu

FLAVIGNY A MONTMORIN

« 21 juin 1780.

Le bailli de Virieu ayant récidivé jusqu'à trois fois la demande de sa retraite, l'Infant m'a fait l'honneur de me dire qu'il était déterminé à le satisfaire et qu'il allait s'occuper de lui donner un successeur. »

NOTE. (Sans date.)

Au milieu des troubles qui ont agité cette capitale, les membres du corps diplomatique, uniquement occupés d'éviter d'y prendre aucune part, n'ont cherché qu'à fuir toutes les occasions de compromettre leur caractère, comme ils devaient le faire, dans de pareilles circonstances. Malgré cela, plusieurs d'entre eux ont été inquiétés dans leurs maisons et ailleurs, dans la jouissance des droits reconnus et conservés par toutes les puissances de l'Europe, aux représentants de leurs souverains. Mais, appréciant la différence qui doit exister entre des temps ordinaires et un moment de fermentation et ayant aussi appris que plusieurs ambassadeurs et ministres avaient reçu, de la part de leur district, au milieu du désordre, les plus grandes marques de leur attention et de l'empressement qu'ils avaient à veiller à la conservation de tous les droits dont ils reconnaissaient que les ambassadeurs et ministres étrangers doivent jouir, le corps diplomatique a cru que le moyen le plus convenable de témoigner à S. M. T. G. son respect était de lui épargner des réclamations dans de pareilles circonstances, sur des faits auxquels ils pourraient trouver la moindre excuse raisonnable.

Telles étaient les intentions du corps diplomatique lorsqu'il a lu dans le Journal de Paris, n° 39, le paragraphe ci-joint :

« Une députation de la commune de Paris est venue demander à l'Assemblée nationale qu'il fût permis de faire des recherches dans les maisons privilégiées. On n'a pas besoin de dire quel doit être l'objet de ces recherches. Les circonstances le disent assez. L'Assemblée nationale a prononcé que sous l'empire de la Loi et de la Liberté, il ne

peut pas plus y avoir de maisons que de personnes privilégiées et que tout doit être ouvert aux saintes perquisitions delà justice, par la même raison que tout est fermé aux inquisitions du despotisme 1 »

Une pareille déclaration, rapportée dans une feuille autorisée du gouvernement, mérite, dès lors, une attention particulière de la part du corps diplomatique. Il hésita même un moment à savoir s'il réclamerait en sa faveur une exception particulière qu'il ne trouvait pas dans le décret. Mais, persuadé de la sagesse, des lumières et de la droiture des intentions de l'Assemblée nationale, il ne trouva, dans sa conduite, qu'une reconnaissance et même une confirmation de l'inviolabilité des droits sacrés dont jouissent les représentants de tous les souverains de l'Europe et sur lesquels elle croyait inutile de s'expliquer.

Quelques faits arrivés après à des individus du corps diplomatique aux barrières de Paris lui ont pourtant prouvé que les employés ne connaissent pas d'exception à la règle générale. Comme la déclaration qui la fixe doit être connue de tout le royaume, et même de toute l'Europe, le corps diplomatique se voit forcé d'avoir recours à M. le ministre des Affaires Etrangères pour éviter, à l'avenir, toute fausse interprétation qui pourrait exposer et compromettre la dignité de leur caractère et le rendre coupable envers ses souverains, s'il ne prenait pas, d'avance, toutes les mesures nécessaires pour l'éviter.

L'entière confiance que le corps diplomatique a dans l'équité de ce ministre lui fait donc espérer qu'il voudra bien prendre, d'après les circonstances actuelles, toutes les mesures qu'il jugera convenables pour lui faire avoir une déclaration positive, d'après laquelle il pourra être tranquille à l'égard de l'entière conservation des droits dont jouissent dans toutes les cours de l'Europe les ministres de France.

Tous les membres du corps diplomatique attendent avec impatience la réponse de M. le comte de Montmorin, afin d'en faire part à leurs souverains respectifs, auxquels ils ont déjà envoyé la note qu'ils ont l'honneur de lui remettre.

Ils croient aussi ne pouvoir se dispenser de vous prévenir

qu'ils n'ont pu voir qu'avec une extrême sensibilité la manière aussi fausse que peu décente dont quelques papiers périodiques s'expliquent sur leur compte.

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