LE COMTE DE FLAVIGNY, MINISTRE DE FRANCE A PARME AU MINISTRE LEBRUN
« Parme, 30 septembre 1792.
« J'ai reçu, monsieur, la dépêche dont vous m'avez honoré le 11 de ce mois, à laquelle était joint le décret rendu par l'Assemblée nationale la nuit du 3 au 4 du présent, qui,
(1) Dans cette perquisition, on vola au bailli de Virieu un nécessaire qui contenait trois couverts d'argent et deux flambeaux. Jamais ces objets ne lui furent restitués.
entre autres dispositions, prescrit à toutes les autorités du royaume de prêter un nouveau serment civique, celui de maintenir la liberté, l'égalité, la sûreté des personnes et des propriétés et de mourir, s'il le faut, pour l'exécution de la loi.
Vous me prescrivez, monsieur, au nom de la loi, de vous envoyer sans délai, ma prestation, sans quoi je serai dans le cas d'être privé du ministère dont je suis honoré
Je sentirai plus que personne, monsieur, le malheur de cette privation, puisque ma vie entière a été consacrée au service, mais j'ai l'honneur de vous observer qu'ayant déjà fait le serment civique ordonné par la Constitution, sur l'intimation que le Roi m'en fit et lorsque tous les pouvoirs étaient organisés, je ne peux plus, sans être en contradiction avec moi-même et sans agir contre mes devoirs politiques, en faire un nouveau qui serait d'autant plus vicieux que je ne suis plus sous l'autorité qui m'a constitué et de laquelle mon état dépend uniquement.
J'espère, monsieur, que les motifs que je viens d'exposer, qui ne décèlent aucun esprit de parti, mais seulement l'intention d'être conséquent avec moi-même, ne me feront aucun démérite vis-à-vis de l'autorité qui nous gouverne et qu'elle daignera n'y voir que de la loyauté et de la franchise. »