LE BAILLI DE VIRIEU AU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
« Monsieur,
« Je suis très touché d'être obligé de vous distraire pour un objet de bien peu d'importance, mais qui est pour moi de nécessité urgente ; je vous prie de me faire expédier au plus tôt un certificat signé de vous, lequel constate que je suis ministre plénipotentiaire de la Cour de Parme et chargé des affaires de l'Ordre souverain de Malte et que je me trouve résidant à Paris depuis trois ans et demi. J'éprouve mille difficultés de la part des administrateurs de Montluçon qui
font saisir les fermiers de ma commanderie et qui ne cessent de vexer mes agents contre l'esprit de la loi.
Permettez que je profite de cette occasion pour vous demander en grâce la plus prompte expédition du passeport pour sortir du royaume. Je l'attends depuis huit jours.
Je suis avec respect, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,
Le bailli de Virieu, rue de Grenelle Saint Germain.
Paris, 31 août 1792. »
LOI DU 2 SEPTEMBRE 1792 l'an QUATRIÈME DE LA LIBERTÉ
L'Assemblée nationale, après avoir entendu le rapport de son comité diplomatique sur le départ de M. de Virieu, ministre de la Cour de Parme, décrète que le ministre des Affaires Etrangères sera tenu de rendre compte séance tenante des motifs qui Font déterminé à délivrer un passeport à M. de Virieu et les explications qu'il peut avoir eues avec cet ambassadeur.
Décrète, en outre, qu'en attendant, M. de Virieu sera reconduit chez lui et mis sous la protection et la sauvegarde de la Loi.
Au nom de la Nation, le Conseil exécutif provisoire mande et ordonne à tous les corps administratifs et tribunaux que les présentes ils fassent consigner dans leurs registres, etc.
Certifié conforme à l'original.
Danton.
le bailli de virieu au ministre des affaires étrangères
Monsieur, J'ai cru pouvoir laisser passer vingt-quatre heures pour vous parler de tous les outrages que j'ai éprouvés hier ; celui d'avoir été traduit à la barre de l'Assemblée est certainement le moindre, puisqu'on m'y a traité plus humainement que dans les deux autres tribunaux par lesquels j'ai
dû passer et où véritablement Ton a oublié tout ce que le droit des gens est dans le cas de réclamer. J'attribue tout cela àla circonstance du jour; mais je dois cependant faire observer que si le passeport que j'eus l'honneur de vous demander, i] y a dix jours, eût été signé de M. le maire, dans le temps, j'eusse évité tous les désagréments dont j'ai été abreuvé hier pendant huit heures de suite.
Je vous prie de vouloir bien me dire actuellement la marche que je dois suivre pour obtenir un nouveau passeport, car l'on m'a gardé celui que vous aviez eu la complaisance de m'expédier, hier matin. Je suis dans les mêmes intentions de me rendre à Genève, où je dois recevoir des ordres de ma Cour. J'attendrai donc que vous me fassiez la grâce de me répondre à cet égard.
Veuillez agréer tous mes remerciements de ce que vous avez bien voulu m'envoyer le certificat de résidence que je vous avais demandé.
J'ai l'honneur d'être avec des sentiments pleins de reconnaissance, monsieur.
Votre très humble et très obéissant serviteur.
Le bailli de Virieu.
Ministre de la cour de Parme et chargé des affaires de Malte.
Paris, rue de Grenelle, 3 septembre 1702. »
LE BAILLI DE VIRIEl AO MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
« Monsieur,
« En vertu d'un passeport que vous avez bien voulu me délivrer le 5 de ce mois, je suis parvenu jusqu'à la dernière poste de France sur cette frontière, sans avoir été molesté de fait, car je ne compte pour rien les injures. Mais arrivé à la porte de Saint- Genès, mon passeport reconnu pour la forme par ternaire etle commandant de la garde nationale, je ne fus pas moins assailli par une foule de paysans qui voulurent visiter mes malles, la vache et toute ma voiture, par une pluie battante ; au bout d'une heure d'inutiles recherches — ce qui les a rendus furieux, au point de m'accabler de
grossières invectives, — ils imaginèrent de mettre ma voiture et mes effets tout mouillés sous un hangar pour recommencer une seconde visite. J'ai eu des effets qui ont passé par cinquante mains différentes. Je joins ici note de ceux qu'ils m'ont retenus. Vous voudrez bien observer, monsieur, que j'en avais fait la déclaration. Enfin, après trois heures de persécution, de gaspillage, et mes effets tout mouillés, on m'a laissé suivre ma route.
J'ai réclamé en vain le droit des gens. Les forcenés m'ont dit qu'ils ne connaissaient que celui du plus fort ; je ne me permets aucun commentaire, laissant tout aux soins de M. le ministre, dont je connais par expérience les bonnes inten tions.
 mon passage à Lyon, que j'ai trouvé en insurrection, je n'ai pu me procurer, par cette raison, de lettre de change sur Genève, ni sur Turin, ce qui m'a décidé à laisser environ 400 louis en dépôt à Lyon. Je n'en ai passé qu'une cinquantaine sur moi pour les premiers besoins. Oserai-je vous prier de vouloir bien m'indiquer un moyen sûr pour me faire parvenir ici cette modique somme, dont j'ai besoin, ainsi que de mon nécessaire et de quelques bijoux que j'ai également laissés en dépôt à Lyon; daignez, je vous en supplie, vous occuper un moment de cet objet et agréez l'hommage de la respectueuse reconnaissance avec laquelle, etc.
Le bailli de Virieu.
Genève, 26 septembre 1792 (1). »