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INTRODUCTION

Quelque oplimisle qu’on soit, il est difficile de nier que le mal existe au sein des sociétés modernes, et même qu’il existe dans des proportions effrayantes.

— « Le mal n’est pas plus grand aujourd’hui qu’autrefois ; tous les siècles se ressemblent; les hommes ont toujours été les mômes; notre époque peut soutenir la comparaison avec toutes les autres époques. » Voilà ce que plusieurs s’empressent de répondre.

« On entend dire assez communément, reprend le comte de Maistre, que tous les siècles se ressemblent et que les hommes ont toujours été les mêmes. Mais il faut bien se garder de ces maximes générales, que la légèreté ou la paresse inventent pour se dispenser de réfléchir. Tous les siècles, au contraire, manifestent un caractère particulier et distinctif qu’il faut considérer soigneusement. Sans doute, il y a toujours eu des vices dans le monde; mais ces vices peuvent différer en quantité, en nature, en qualité dominante et en intensité. Ce qu’il y a d’extrêmement remarquable, c’est qu’à mesure que les siècles s’écoulent, les attaques contre rêdiûce catholique devieiiiient toujours plus fortes ; en sorte qu’en disant toujours : Il n'y a rien au delà, on se trompe toujours ’. »

Mais ne nous en rapportons pas au témoignage d’autrui. C.omparons nous-mêmes l’Europe d’aujourd’hui à l’Europe d’autrefois. Afin d’avoir les termes d’une comparaison sé-

• Corsih sur la France; Du Pape, t. II, p. Î71.

rieuse, remontons à l’époque qui divise en deux parties l’hisloire des sociétés chrétiennes, à cette époque dont le nom seul indique la fln du moyen âge et le commencement de l’ère moderne, la Renaissance.

Si, d’une part, il est vrai que le catholicisme, qui seul rend raison du pouvoir et du devoir, est l’âme des sociétés; si, d’autre part, il est vrai, comme on le prétend, que notre époque peut soutenir la comparaison avec toutes les autres époques, cette proposition signifie, qa’avjourd’hui le catholicisme estappliquéà la société, à la famille, à l’individu, d'une manière au moins aussi intime et aussi complète qu’ autrefois. Voyons ce qu’il faut penser de cette affirmation.

Premier fait. — A part quelques contrées septentrionales, l’Europe, il y a quatre siècles, était toute catholique. Aujourd’hui, la moitié de l’Europe n’est plus catholique, l’autre moitié ne l’est guère qu’à demi.

Deuxième fait. — I! y a quatre siècles, l’indissolubilité du lien conjugal était la loi universelle de la famille. Aujourd’hui le divorce est légalement établi dans la moitié de l’Europe.

Troisième fait . — Il y a quatre siècles, le suicide, cet attentat suprême qui annonce, chez ceux qui s’en rendent coupables, l’extinction du sens moral, était inconnu des nations chrétiennes. Aujourd’hui, ce crime, qui aurait épouvanté nos pères, est devenu si commun qu’on n’y fait plus attention, et que même il a ses apologistes.

Sous ce triple rapport le catholicisme est-il appliqué à la société, à la famille, à l’individu, d’une manière aussi complète qu’au trefois?

Quatrième fait. — Il y a quatre siècles, il n’y avait pas de théâtres en Europe ; pas d’arts corrupteurs, pas de conspiration générale du talent et du génie contre la foi et les mœurs. Aujourd’hui, l’Europe est couverte de théâtres, où chaque soir des milliers de spectateurs applaudissent à la mise en scène et au triomphe des plus dangereuses passions. Les rues, les places, les jardins publics sont peuplés de statues indécentes; les galeries, les salons, les livres offrent de toutes parts des tableaux et des gravures que la pudeur ne’ peut regarder sans rougir. Des milliers d’intelligences inondent, depuis quatre siècles, l’Europe entière d’ouvrages en vers et en prose,’ dans lesquels il n’est pas un crime contre Dieu, contre l'Église, contre les pouvoirs publics, contre les époux et les

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