CHAPITRE SEPTIÈME
volulion bat des mains; et son commissaire, André Dumont, prenant la parole, s’exprime en ces termes : « Dans la commission que vous m’avez donnée dans les départements du nord-ouest, j’ai trouvé dans une abbaye de moines, près d’Hesdin, 61,000 livres, dont j’ai fait hommage à la Convention. On m’a accusé d’être brouillé avec la religion ; eh bien, j’ai fait une réquisition, et trois ou quatre cents saints m'ont demandé à venir à la 3fonnaie.ll n’existe plus dans les églises du département de la Somme ni plomb, ni cuivre, ni argent. Ils ont été remplacés par du bois, du fer-blanc et du verre. Lea flammes de la liberté ont succédé aux croix des clochers, et les citoyens ont partout crié Vive la République * I »
Les jours suivants, et surtout pendant le mois de janvier 1794, de longues flics de voitures conduisent à la Monnaie, en guise de dons patriotiques, les vases sacrés, les croix, les objets précieux des églises de Sedan, de Grenoble, de Rochefort, des départements de Seine-et-Oise et du Loiret, de Rosai et d’ailleurs. En façon de lettre de voilure, la commune régénérée de Rosai envoie à la Convention la pièce suivante : « Nous avons fait porter à la trésorerie l’or et l’argent des églises ; les lambeaux d’étoffe du fanatisme ont été déchirés, et servent à couvrir nos enfants ; les saints de bois sont brûlés et nous ont chauffés une fois ; nous vous apportons une somme de 5C0 livres pour subvenir aux besoins des vainqueurs de Toulon *. »
La commune de Beaurepaire (Isère), en faisant hommage de ses dons patriotiques, c’est-à-dire de l’argenterie de son église, écrit à la Convention: « Citoyens, nous vous adressons nos dons patriotiques dans une caisse faite avec les planches du ci-devant confessionnal de la ci-devant religion. »
Pour insulter publiquement au christianisme, les convois, arrivés aux portes de la ville, se transforment en processions ou plutôt en mascarades sacrilèges. Le charretier marche devant ses chariots, la mitre entête, et le bâton de chantre'ou la crosse d’évêque à la main ; un grand nombre de Jacobins le suivent affublés d’habits sacerdotaux *.
C’est ainsi que le nouveau dieu poursuit à outrance le
• SJonit., ibi.
* Alonil. 20 niv. an II.
S Journ. mdmor, de la Jtév,, t. Il, p. 101.
christianisme son rival, et l’insulte en le dépouillant. Ses propres biens, il les change en armes contre lui. De ses temples, il fait des écuries pour ses chevaux; de son or et de son argent, de la monnaie pour ses sujets ; de son linge sacré, de la charpie pour ses malades, et de ses cloches des canons pour ses soldats. Ce qu’il fait en France il le fait partout, et ce n’est là que le commencement.
Les sujets de Jésus-Christ, il les délie de leur serment de fidélité, et les oblige à lui prêter serment à lui-même. Partant du principe païen de sa souveraineté absolue, l’homme déclare que les vœux religieux sont incompatibles avec les droits qu’il tient de la Nature ; que le serment du religieux est un suicide civil ; que Vépoque la plus déplorable, pour la nature humaine, est celle où fut consacrée une pareille barbarie; que l’homme ne peut aliéner ce qu’il tient de la Nature; que Dieu ne peut reprendre à l’homme les biens et la liberté qu’il lui a donnés ; que tous les corps étant faits pour la Nation, la Nation peut les détruire ; que le jour où elle détruira les ordres religieux, elle rendra un service inestimable à la liberté, aux arts, à l'ayriculture '.
Demandez à l’histoire à quel siècle il faut remonter pour trouver un pareil renversement de la raison? Demandez-lui de quelle époque date ce mépris profond du moyen âge, qui eut la barbarie de reconnaître et d’encourager les vœux religieux? Qui apprit à ces Français à traiter ainsi leurs pères? Qui enseigna à ces chrétiens un langage si complètement païen ?
En attendant, le 14 février 1790, le peuple souverain déclare qu’il ne reconnaît plus les vœux monastiques, et décrète en conséquence que « les ordres et congrégations de l’un et de l’autre sexe sont et demeureront supprimés en France, sans qu’on puisse à l’avenir en établir d’autres *.»
Le 18 août 1792, achevant son ouvrage et «considérant qu’un État vraiment libre ne doit souffrir aucune corporation, pas même celles qui, vouées à l’enseignement public, ont bien mérité de la patrie, et que le moment d’anéantir les corporations religieuses est aussi celui de faire disparaître à jamais tous les costumes qui leur étaient propres, et dont reffet néces-
I Mollit., l. III, n«* *5 à 48.
* Monit., n" 45.
CnAPlTRE SEPTIÈME.
saire serait d’eo rappeler le souvenir, il supprime toutes les corporations religieuses et congrégations séculières d’hommes et de femmes, ecclésiastiques ou laïques, même celles uniquement vouées au service des hôpitaux et au soulagement des malades, sous quelques dénominations qu’elles existent, ensemble tes familiarités, confréries et toutes autres associations de piété et de charité; déclare en outre abolis et prohibés tous les costumes ecclésiastiques, religieux et des congrégations séculières, pour l’un et l’autre sexe »
1 Afonil., Jof. citi