CHAPITRE SEPTIÈME
Dieu républicain, c’est la Liberté : Yive la République une et indivisible ! »
Ce sont les communes de Clichy, de Boissy-sur-Seine, de Brunoy, de Vaugirard, des Petits-Andelys, de Claroart, et une foule d’autres, qui apportent l’argenterie de leurs églises et qui assaisonnent leur blTrande de l’impiété la plus révoltante. « La commune de Clamart, dit son orateur, se félicite de n’être pas la dernière à venir déposer aux pieds de la sagesse nationale, les hochets de la superstition et l’arsenal du fanatisme. Et nous aussi, nous avons la gloire de partager le saint enthousiasme de la Raison. Législateurs, qu'avec ces brimborions sacrés, ces puériles pagodes, disparaissent pour jamais les arlequinades célestes qui ont stupéfié la plupart des hommes depuis dix-huit siècles ! Plus de ministres, plus d’apôtres, pins de cultes; que chacun adore l’Être suprême à sa manière : c’est un droit qu’il tient de la Nature. La Patrie, voilà la Divinité d’un vrai républicain ! »
Viennent ensuite les Jacobins de Franciade (Saint-Denis), qui font hommage à la Convention de la tête et des ossements de leur patron, l’apôtre des Gaules, et qui, se moquant avec une lâche ironie de ce qu’ils appellent une relique puante, des guenilles et des pourritures dorées, ajoutent : a Vous, jadis les instruments du fanatisme, saints, saintes et bienheureux de toute espèce, montrez-vous enfin patriotes ; levez-vous en masse, marchez au secours de la Patrie, partez pour la Monnaie ; et puissions-nous, par votre secours, obtenir dans cette vie le bonheur que vous nous promettez pour une autre ! »
Que penser des lettrés qui, assis aux bancs des législateurs, applaudissent à de pareilles infamies, qui les provoquent, et qui, pour les immortaliser, ordonnent de les enregistrer au Moniteur ?
Comme si le paganisme classique qui les inspire avait dû se retrouver jusque sur les lèvres du peuple, la commune de Sèvres justifie ses spoliations sacrilèges par un souvenir de la belle antiquité. Elle dit à la Convention « Citoyens, Denis de Syracuse ôta à Jupiter son manteau d'or, disant : Il est trop froid en hiver et trop chaud en été. Nous venons d’ôter à nos prêtres, à nos saints, les richesses et les vêtements splendides qui contrastent trop^avec la simplicité du sans-culotte Jésus, dont ils se disaient les ministres. Notre culte va être désormais celui de la Liberté. Nous déposons sur l’Autel de la Patrie 7 marcs
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d’or, 219 marcâ d’argenterie, 300 marcs de vermeil et plusieurs diamants et pierres précieuses *. »
Quelques jours après arrivent les envoyés de la section des llravilliers. Ces misérables entrent dans l’enceinte de la Convention vêtus d’habits pontificaux et sacerdotaux, et en dansant la Carmagnole. Quand le dais parait, la musique joue des airs obscènes, et chacun, se dépouillant de ses habits usurpés, les jette en l’air, pour ne conserver que l’uniforme de garde national ; de telle sorte qu’on voit voler et retomber avec bruit sur le pavé de la salle les mitres, les crosses, les étoles et les dalmatiques. Pour compléter cette saturnale, on donne la parole à un petit enfant qui lit une déclaration d’athéisme, et sollicite la Convention de décréter un catéchisme républicain. Ce petit malheureux est vivement applaudi, et reçoit l’accolade du président.
Les départements ne tardent pas à suivre l’exemple de la capitale. Toutes les routes de France sont couvertes de chariots qui transportent à la Monnaie les dépouilles des églises, en attendant qu’elles le soient de charrettes, amenant des hécatombes de victimes humaines au tribunal révolutionnaire. Jamais le monde ne fut témoin d’un pareil spectacle.
Le 9 brumaire an II, on voit arriver plusieurs voitures apportant l’argenterie des églises du district de Provins.
Le 11, Chaumette, revenu d’une tournée dans la Nièvre avec Fouché, dit à la commune de Paris: « Dans mon département il n’y a plus de prêtres ni de pauvres. L’on a débarrassé les châteaux d’émigrés ainsi que les autels, de ces monceaux d’or qui alimentaient la vanité des nobles et des prêtres. Pour 30 millions d’effets précieux vont être amenés à Paris. Déjà deux voilures chargées de croix, de crosses d’or, et pour à peu près deux millions d'espèces monnoyées, sont arrivées à la Monnaie : trois fois autant suivent le premier envoi. Il faut que le département de Paris imite celui de la Nièvre *. »
Le 14, un convoi plus considérable arrive de la Picardie. 11 s’arrête aux portes de la Convention. Des sacs et des malles remplis d’or et d’argent sont introduits dans la salle. La Ré-
' Monil. 10 tept. 93; iroir encore le Monit., t. XVIII, p. 20 à 659, où sont enregistrés d'autres faits du mêiuc genre; Id., t. XIX, p. 23i à GÜ9; t. XXI, p. 211 t> A/onil, 3 nov. 93.