CHAPITRE DIXIÈME
!• Il sera élevé à I’auteur d'Émile et du Contrat social, uae STATUE portant cette inscription : La Nation Française libre,
A Jean-Jacques Rousseau. Sur le piédestal sera gravée la de vise : Vitum impendcre vero.
« 2® Marie-Thérèse Le Vasseur, veuve de Jean -Jacques Rousseau, sera nourrie aux dépens de l’État ; à cet effet, il lui sera p.Tyé annuellement, des fonds du Trésor national, la somme de douze cents livres.
oMandonset ordonnons à tous les tribunaux, corps administratifs et municipali tés, que les présentes ils fassent transcrire sur leurs registres, lire, publier et afficher dans leurs ressorts et départements respectifs, et exécuter comme toi du royaume.
a En foi de quoi. Nous avons signé et faitcontre-signer ces dites présentes, auxquelles Nous avons fait apposer le Sceau de l’État. A Paris, le vingt-neuvième jour du mois de décembre, l’an de grâce mil sept cent quatre-vingt-dix. Signé : Louis. Et plus bas, M.-L.-F. Duport, et scellées du Sce/.u de l’État. »
Elle lui fait écrire officiellement â l’Europe entière qu’il applaudit à la Révolution. Voici quelques passages de l’étrange lettre adressée, au nom de Louis XVI, par M. de Montmorin, ministre des affaires étrangères, aux ambassadeurs et ministres près les cours, et imprimée par l’ordre de l’Assemblée.
« Le roi me charge, monsieur, de vous mander que son intention la plus formelle est que vous manifestiez ses sentiments sur la Révolution et sur la Constitution, à la cour où vous résidez....
« Ce que l’on appelle la Révolution n’est queranéantissement d’une foule d’abus, accumulés depuis des siècles*, par les erreurs du peuple ou le pouvoir des rois.
« Les ennemis de la Constitution ne cessent de répéter que le roi n’est pas heureux : comme s’il pouvait exister pour un roi d’autre bonheur que celui du peuple I Ils disent que son autorité est avilie : comme si l’autorité fondée sur la force \
n’était pas moins puissante et plus incertaine que l’autorité de la loi ! Enfin, que le roi n’est pas libre ! Calomnie atroce, si l’on suppose que sa volonté a pu être forcée; absufde, si l’on prend pour défaut de liberté le consentement que Sa Majesté a exprimé plusieurs fois de rester au milieu des ci-
I La royauté devait compter bieatôt parmi les abus.
loyeus de Paris, consciilemeat qu’il devait accorder à leur patriotisme, môme à leur crainte et surtout à leur amour...
« Paris, ce 23 avril 1791. »
Enhardie par ces glorieux succès, la Révolution attaque directement la royauté. Ne parlons ni des journées d’octobre, ni des journées de juin et d’août, où elle va l’insulter, l’outrager jusque dans ses palais; ne parlons ni des nombreux et abominables pamphlets publiés contre elle, occupons-nous seulement des actes faits et signés par la Révolution elle-môme.
Le 23 octobre 1790, elle décrète que le drapeau tricolore remplacera le drapeau blanc ; que les anciens étendards ou guidons seront brûlés û la tête de la troupe sous les armes.
Le 24, elle décrète que les boutons des gardes nationales porteront écrits : La loi, le roi. Cette devise fut vivement critiquée par les vrais républicains : « Il fallait, disaient-ils, graver: Le peuple français. Combien cette devise eût été plus noble ! la fierté romaine y respire. » En attendant, un garde national signait : « Soufflot, le Romain, commandant un bataillon des gardes nationales. »
Le 3 1 mai, elle renvoie les gardes du roi et en met le commandant en jugement pour cause d’incivisme. Peu après, elle ordonne de dire bleu national, au lieu de bleu de roi ; elle efface les fleurs de lis môme de l’écusson royal ; elle veut que tout militaire possesseur de brevet, commission ou lettres de service expédiés avec les signes de la royauté, les fasse passer sans délai au ministre de la guerre qui lui en adressera une nouvelle expédition au nom de la République; elle supprime tous les signes de la royauté dans les églises et dans les monuments publics; elle veut que les particuliers les fassent disparaître de tous les meubles ou ustensiles d’un usage journalier, sous peine de confiscation ; elle défend à tout fabricant de papiers ou propriétaire de papeterie d’employer des formes ou transparents, portant des fleurs de Iis ou autres attributs de la royauté, sous peine de confiscation des papiers et instruments de l’art. En cas de réimpression de livres, gravures, caries géographiques, elle défend aux imprimeurs ou éditeurs de réimprimer les privilèges du roi, ou les dédicaces à des princes, seigneurs, altesses ; elle défend aux relieurs, graveurs, sculpteurs, peintres, dessinateurs, d’employer comme ornement aucun emblème de la royauté.