CHAPITRE PREMIER
Inspirés par l'esprit de l'antiquité païenne, la plupart des rois chrétiens ont voulu se faire Césars; et l’histoire nous les montre poursuivant pendant trois siècles, comme dernier mot de leur politique, l’alfaiblissement et la destruction de toute puissance capable de contre-balancer leur pouvoir absolu, ou d’en gêner l’exercice. Ils ont voulu se faire Papes. De là l’oppression systématique de l’Église, la spoliation de ses biens et la proclamation de maximes tendant à consacrer leur affranchissement de son autorité sociale.
Alafln du dernier siècle, les classes moyennes réagissent avec une épouvantable énergie contre le paganisme monarchique, le renversent et le confisquent à leur profit. A l’exemple des rois, les révolutionnaires de 89 se font Césars, ils se font Papes. Nous les voyons, en conséquence, faire table rase de ce qui restait de l’état religieux et social ; et, du milieu des ruines, on les entend proclamer à leur profit la souveraineté absolue de l’homme sur tout ordre donné.
Le peuple, dont le bras a exécuté la Révolution, le peuple pour qui on disait qu’elle était faite, et qui en a été la victime ; le peuple, à son tour, aspire au Césarisme et à la Papauté,, et, d’une voix de plus en plus terrible, il crie à la bourgoisie : Gte-loide là, que je m’y mette! Ainsi, après avoir été royale et bourgeoise, la Révolution menace de devenir populaire. «La sauterelle mangera les restes de la chenille ; le ver, les restes de la sauterelle ; la nielle, les restes du ver, et il ne restera rien » Telle sera, si Dieu, n’y met la main, la dernière phase de la Révolution.
En effet, ce que le paganisme royal et le paganisme bourgeois ont demandé pour eux, le paganisme démocratique le demande pour lui, à savoir : la suprématie absolue de l'homme dans l'ordre religieux et dans l’ordre politique. La suprématie absolue entre les mains de la multitude, c’est la destruction universelle ; par conséquent l’abolition de la propriété, pour arriver, comme le peuple l’entend, et il ne s’en cache pas, au communisme, et du communisme à la jouissance.
Comment se faire illusion sur ce point ? La propriété estelle autre chose qu’un privilège de possession donné de Dieu à l’un plutôt qu’à l’autre, soit par la naissance et l’hérédité,
I Restduum eruec comedit locusta ; et rcsiduum locuaUe eomedit bruchus ; et renduutn bruehi eomedit rubigo. Joël, i, 4.
soit par le travail réussi, soit par des spéculatioos heureuses ? La sainteté de la propriété est-elle autre chose que la soumission à la loi de Dieu qui défend le vol ? Si donc la Révolution ne reconnaît pas la loi divine comme obligatoire dans la religion, dans l’autorité, dans la famille, dans la constitution, dans la hiérarchie sociale, pourquoi reconnaîtrait-elle le privilège de la propriété î Et si elle entreprend de remettre tout à neuf, religion, État, famille, commune, peuple et constitution, pourquoi de ce remaniement universel exclure la propriété * ?
Voilà ce dont l’Europe est aujourd’hui menacée.
1 Voir sur ccs idées, le remarquable Dûcours du docteur protestaut Stahl.