CHAPITRE II
Nécessité actuelle de l’étudier. — Sa généalogie. — Témoignages : de Ségnr. — Mercier. — De Boufflers. — Roussel. — De Gerlaclie. — Charles Nodier.
La haine de tout ordre religieux et social que l’homme n’a pas établi et sur lequel il n’o.\erce pas une souveraineté absolue; la proclamation des droits de l’homme en toutes choses, contre les droits de Dieu ; la fondation d’un nouvel ordre religieux et social fabriqué par l’homme, gouverné par lui, indépendamment des volontés de Dieu ; en un mot, l’apothéose de l'homme : voili, ainsi que nous l’avons montré, la Révolution dans son essence, la Révolution proprement dite, la Révolution qui menace actuellement l’Europe entière, et dont tous les genres de bouleversement ne seront que la mise en scène.
Mais cette puissance ténébreuse, d'où vient-elle ? Ainsi que nous l’avons dit, les uns lui assignent pour cause principale la Révolution française de 1789. Ils établissent cette généalogie en montrant, dans la Révolution de 1789, la haine et la destruction de l’ordre religieux et social établi, au profit du nivellement universel ' ; la proclamation des droits de l’homme contre les droits de Dieu ; la reconstruction d’un ordre religieux et social, fabriqué par l’homme et gouverné par lui et pour lui ; en un mot, ils montrent clairement, dans la Révolution française, l’homme substituant en toutes choses ses vo-
t « Nuuü ne serons 11 ‘publicaiDS, disait Camhon, (juc quand nuus serons tous ruinés, ut il faut que lus choses arrivent au point qu'une portion de son coûte trois cents livres. » Un autre ajoutait : > Pourquoi faut-il des luis au peuple français? N’y a-t-il pas des peuples qui existent avec les simples lois de la nature? > Ce sont les systèmes de la sainte égalité qui ont ruiné la France, concluait Dubois-Crancé.» JUoiiit. 16 dur. an 111.
lontés arbitraires aux lois éteraelles, et faisaut son apothéose religieuse et sociale.
A moins de nier l’histoire, rien de tout cela ne peut être contesté. Mais, à son tour, la Révolution française de 1780 n’est pas née dans une nuit, comme un champignon sous un arbre. Elle a scs racines dans le passé : quelles sont ces racines? Elle est la mise en scène de certains principes, de certainesr idées : quels sont ces principes et ces idées ? d’où sontils venus?
Soit qu’on envisage la Révolution française comme un simple fait, soit qu’on la considère comme le fait générateur de la grande Révolution qui nous menace, il importe souverainement à l’Europe de savoir d’où elle est sortie.
Envisagée simplement comme un fait, la Révolution de 1789 est sans contredit l’événement capital de l’histoire moderne Elle n’a pas seulement imprimé à l’Europe un ébranlement qui dure encore : elle coupe la vie de l’Europe en deux. La Révolution a mis ûu à l’ordre social européen dont l’origine se perdait dans la nuit des siècles. Du milieu des ruines du passé, elle a fait surgir un ordre nouveau. Elle a proclamé des principes religieux, philosophiques et politiques; elle a inauguré des coutumes, des mœurs, un langage inconnus des peuples chrétiens. La plupart de ses maximes sont entrées dans les esprits et régissent l’opinion. Elle a fait plus, elle s’est traduite en institutions et en lois qui forment une large base du droit public européen.
Si elle a cessé d’exister comme fait matériel, si même elle a étémodiÛée dans plusieurs de ses actes, la Révolution dans son esprit vit toujours. Cet esprit puissant continue de souffler ftur l’Europe. Il inspire toutes les révolutions que nous voyons, depuis soixante ans, éclater autour de nous. Toutes reconnaissent la Révolution française pour leur mère : Magnæ malri ÿratafUia *. Ses théories sont leurs théories; ses promesses, leurs promesses; ses grands hommes, leurs grands hommes ; ses ennemis, leurs ennemis ; sa manière de procéder, ses actes et son langage, restent le modèle obligé de leur manière de procéder, de leurs actes et de leur langage.
Aussi, quand on veut y regarder de près, on voit que c’est
> Devise que U Révolution romaine, qui se proclamait la fille de la Révolution franfaise, écrivait sur ses tran^parcnls.