CHAPITRE DOUZIÈME
De pareilles diatribes, répétées chaque jour sur tous les tons, exaltent jusqu’à la l'ureur, on le comprend sans peine, la haine de la royauté. Aussi chaque semaine la Convention voit arriver de tous les points de la France des masses d’adresses, demandant la mort du tyran.
Les lettrés de Pithiviers, de Bourg, de Rennes, de Péronne, de Provins, de Saint-Claude, de Villefranche, de Meilhan et d'aulrcs villes, en envoient qui se résument ainsi : « Hàlezvous d’abattre toutes les têtes du monstre d’un seul coup. Les mânes de vos frères, victimes delà perfidie de ce lâche assassin, crient vengeance, nous la sollicitons; que lé traître tombe sous le glaive de la loi I Un grand coupable reste à pimir ; il était roi et assassinasoa peuple ; sa vie n’est désoi mais que l’espoir des traîtres etl’aliment du crime.Que le ci-devantroiet soninfàme compagne soient livrés au glaive de la justice, afin que leur supplice épouvante celui qui ambitionnerait d’usurper lasouveraineté du peuple... S’il se trouvait de nouveaux Césars, de nou veaux Bru tus se lèveraient en foule pour leur donner la mort*.
« Quant aux tnumvirs, aux dictateurs, aux tribuns, précipitezles précipilez-les de la roche Tai'péienne. Les Catilina sont odieux, n’hésitez pas à les frapper. Les pè)-es de la patrie, s’ils sont justes, doivent être sévères en même temps *. »
« Les nations, disent les citoyens d’Auxerre, sont dans l’attente du jugement que vous allez rendre sur les crimes de Louis XVI. Qu’il soit terrible; qu’il soit prompt; qu’il fasse frémir les tyrans de la terre. »
Danton, Couthon, Grégoire, Saint-Just, Robespierre, les pères de la patrie I Quels pères et quelle patrie !...
Afin de les rassurer sur les conséquences du régicide, les lettrés Brissot et Robert ajoutent : « Quoi ! on nous menace de quelques brigands couronnes et de meutes d’esclaves: Athènes et Sparte ont-elles jamais craint les armées innombrables que les despotes de la Perse traînaient à leur suite? A-t-on dit 3i Miltiade, h Cimon,h Aristide: Recevez un roi, ou vous périrez? Ils auraient répondu dans un langage digne des Grecs: Nous nous verrons à Marathonj h Salamine. Et les Français aussi auront leur Marathon, leur Salamine, s’il est des puissances assez folles pour les attaquer. Ici le nombre
< Munit. 20 noT.
* Monit., t. XIV, p. 510.
môme est du côlé de la liberté ; et nous aurons à envier aux Spartiates la gloire qu’ils ont eue de lutter avec peu de héros contre des nuées d’ennemis. Nos Thermopyles seront toujours couverts de légions nombreuses... La France est plus avancée que Rome ne l’était au moment de l’expulsion des Tarquins; Rome avait elle-même expulsé son tyran, et elle pouvait se borner au mépris ; notre tyran, comblé de bienfaits, nous a trahis, et nous lui devons une haine implacable »
Enfln, les membres de la section du Luxembourg jurèrent de poignarder le monarque, si la Convention ne le condamnait pas à périr sur l’échafaud. Pour avoir montré des sentiments aussi énergiques, celte portion de Paris reçut la dénomination de Mutius Scévola *.
Pour compléter ces vœux sanguinaires, deux députations des quarante-huit sections de Paris se présentent, à quinze jours d’intervalle, à la barre de la Convention.
La première, le 2 décembre au soir, s’exprime ainsi : « Représentants du peuple français, une section du souverain, cette section terrible qui ne redoute point les baïonnettes, qui a fait la Révolution, nous députe vers vous, et vous parle par notre organe.
« Lorsque notre intrépidité eut tiré de l’esclavage la. volonté souveraine, elle s’arrêta, et dit : Que la vengeance d’un peuple libre, soit solennelle. Aussitôt le peuple vous avertit de sa souveraineté. Allez, vous dit-il, le monsfre qui voulait anéantir la liberté est enchaîné. Punissez mes assassins ; il n’y a d'autre inviolabilité que la mienne. Que tarde donc votre bras 1 La détestable coupe de Ciné circulerait-elle parmi vous ? Osez achever l’histoire de la plus horrible conjuration. Nous vous le jurons, nous sommes prêts à ralifler le jugement que vous nous devez *. »
La seconde, le lundi soir 17 décembre, parle en ces termes parfaitement classiques par l’organe de Gonchon, son orateur : « Les hommes du faubourg Antoine paraissent à votre barre; l’amour de la patrie leur en fait un devoir. Le monstre du royalisme se ranime à la torche des factions ; que pourriez-vous espérer d’une trahison? Le feu sacré du tO août a
1 Le roi peut-il être jugé? discours de Besson, p. 17. — Avantagée de la fuite de Louit XV/, par Rulicrt, p. 16.
* Estai hist, sur les causes de la Jlévol., t. IV, p. 306.
> .Uonit. S déc. Vi.