‹ La révolutionChapitre 70 sur 93 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

puise dans les écrits de Cicérou, Plutarque, Sallusle, Tacite, Virgile, Horace, Démostliène, c’est un ensemble d’idées philosophiques, morales et politiques, en opposition avec celles qu'il faut avoir dans la pratique de la vie moderne, surtout eu égard aux devoirs du citoyen. Tous les esprits turbulents, tous les conspirateurs, tous les révolutionnaires de l’antiquité, sont présentés à la jeunesse comme des modèles de dévouement, de générosité, des martyrs de la liberté, et, quand on a lu Tacite, on est l’ennemi-né des tyrans, et on en voit partout.

Plus tard, les déceptions ou les nécessités de la vie font changer d’opinion ; on se refait peu à peu une autre éducation au contact des réalités sociales, et, comme leur esprit n’a pas reçu de principes arrêtés, la plupart de nos jeunes Brutus sont, à quarante ans, des conservateurs féroces qui ont pris la liberté en horreur. Voilà, la vérité.

Si elle vous parait contestable, c’est que vous ne vous souvenez plus, aujourd’hui, de ce que vous avez vu hier.Vous avez donc oublié les discours des lettrés révolutionnaires de 1848, leurs bulletins, leurs proclamations, leurs professions de foi, les articles de leurs journaux, le titre seul d’un grand nombre de leurs journaux, leurs clubs, leu^s théories, leurs actes et jusqu’aux programmes de leurs fêtes ? Veuillez prendre la peine de les relire, et vous direz, la main sur la conscience, si, à soixante ans d’intervalle, les lettrés de collège ne se sont pas trouvés les mômes, moins la facilité, grâce à Dieu, d’exécuter leurs projets*.

L'esprit démocratique avec toutes ses conséquences est tellement le produit spontané des études de collège, comme elles se font encore aujourd'hui, que ce fait a été publiquement reconnu et applaudi, par un de nos derniers ministres de l’instruction publique. Regardant la République comme l’état social le plus parfait, et comme une nation en progrès, celle qui passe de la monarchie à la forme gouvernementale de Rome et d’Athènes, M. Carnot écrivait, le 25 février 1848, aux recteurs d’académies : u Les élèves des établissements de l’Université doivent désirer de s’associer à l’éclatante manifestation de joie et d’espérance qui, en ce moment, accueille dans toute la France la proclamation de la République. Par la nature mémo

1 Notre seconde livraison contiendra un rapprochement détaillé entre la RévoluIioD de 1848 et celle de 1793.

ICO

de leurs études, tous sont préparés à comprendre la grandeur du progrès que la patrie vient d'accomplir en relevant le drapeau réqyublicain. Vous voudrez bien donner deux jours de congé*. »

Sous une forme différente, n’esl-ce pas, en 1848, la pensée du grand maître Dumonchel en 1700 ?

Si l’exemple de la France ne nous suffit pas, prêtons actuellement l’oreille à la presse révolutionnaire d’Allemagne, de Belgique, de Piémont, de Suisse et d’Espagne. Nous faut-il quelque chose de plus? Allons à Fribourg, à Turin, à Rome, ces trois villes catholiques entre toutes, où, pendant les quarante dernières années, l’éducation classique a été donnée exclusivement par d’excellents religieux ou par des prêtres non moins excellents : voyez ce qui s’y passe ; souvenez-vous de ce <|ui s’y est passé. Parmi les noms révolutionnaires de ces différents pays, cherchez ceux qui brillent d’un plus sinistre éclat; demandez de quels collèges sont sortis, quel enseignement ont reçu, au nom de quels souvenirs ont agi les jeunes démagogues qui, après avoir bouleversé leur patrie, ont renouvelé le règne de la Terreur avec son républicanisme farouche, scs spoliations et ses assassinats ; qui, enfin, à l’imitation de leurs pères de 93, ont chassé le pape et rétabli la République romaine?

Il n’est pas besoin de répéter ce que nous avons écrit ailleurs et que nous rappelons ici, une fois pour toutes : Nous ne blâmons, ni n’accusons, ni n’attaquons personne, pas plus les ordres religieux enseignants que le clergé séculier ou l’Université. Nous rendons hommage aux talents, aux intentions, aux vertus de tous ; nous signalons seulement un système d’études qui, malgré les talents, les intentions et les vertus, produit les plus déplorables résultats, en politique aussi bien qu’en religion. Ce n’est pas de la polémique que nous faisons, c’est de l’histoire.

1 Mollit., ibi.

Page 1