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CHAPITRE QUATORZIÈME. lo

mes de la Grèce; puis il arrive au Sclcctœ, qui présente la so* ciété païenne comme une société de saintSy et insinue dans l’esprit qu’il n’est pas nécessaire d’ètre chrétien pour être vertueux, puisque le paganisme avait une si belle morale et la pratiquait si bien ; ensuite, on lui fait consumer je ne sais combien de temps à traduire d’insipides récits de batailles dans Quinte-Curce et dans César, ou de fades descriptions poétiques dans Ovide ou dans Virgile. Il prend dans Plutarque les sentiments du républicanisme antique, et un enthousiasme absurde pour la fausse liberté et la fausse démocratie; dans Lucien, le scepticisme; dans Cicéron, Véclectisme; dans Horace, le sensualisme; il demeure enfin huit années dans le commerce assidu des écrivains qui ont précédé le christianisme. 11 s’approprie et s’assimile laborieusement leurs idées, leurs sentiments, leur manière de voir, de juger et d’agir. N’est-ce pas là ce qui se pratique aujourd’hui comme au dixhuitième siècle, et ce qu’on appelle avoir fait ses études ?

Les grands hommes, les orateurs, les poètes, les martyrs, les héros que la religion a produits, nos gloires nationales, la littérature, les arts, les institutions et les mœurs des peuples chrétiens, tout cela cède le pas aux études païennes. On en parle seulement dans des cours d’histoire, auxquels les jeunes gens assistent une ou deux fois par semaine, et dont il ne leur reste ensuite rien dans la mémoire; tandis que la moindre aventure des dieux, le moindre axiome des prétendus sages de l’antiquité est gravé profondément dans l’esprit de la jeunesse, se retrouve à chaque instant dans les auteurs qu’elle explique et repasse sous ses yeux mille fois dans le cours des études.

« N’est-il pas incroyable qu’on voie encore, à l’heure qu’il est, s’écriait naguère un homme du monde, les pédagogues en toge, en soutane ou sous le froc monacal, expliquer, pendant huit années, les annales de vingt peuples morts, et, s’enfonçant dans les obscures régions d’une merveilleuse antiquité, exalter l’imagination de nos jeunes élèves, en leur signalant les ombres fantastiques de Léonidas, de Scévola, de Décius, de délie, déployer à leurs yeux les hauts faits de Sésostris, de Cyrus, d’Alexandre, personnages à demi fabuleux, guerriers d’un monde à peu près idéal ; tandis que les noms les plus glorieux de la terre des Français sont laissés dans l’oubli ?...

« Nos écoles retentissent des oraisons du consul romain

contre Calilina, contre Verrès, pour Milon ; des harangues mensongères de Tile-Live, des Actions de Quinte-Curce ; tandis que les discours, les combats, les vertus de nos pères ne semblent pas dignes de nous instruire... Prétend-on former des sujets à la monarchie, en ne leur parlant que d’Athènes et de Rome?... .

« Aujourd’hui que la nation aime à connaître ce qu’elle fut, abn d’éviter ce qu’elle ne doit plus être, et de pressentir ce qu'elle peut devenir, vous, scrutateurs opiniâtres de la haute antiquité, daignez descendre jusqu’à la France, vous y établir ; et, négligeant enûn vos héros babyloniens, mèdes, grecs et romains, parlez-nous un peu des nôtres »

Cet enseignement est désormais sans danger ! — A quel point de vue î — Au point de vue religieux ? Cet enseignement est, quant au fond, le même aujourd’hui qu’autrefois. Or, cet enseignement a été, suivant le mot d’un illustre évêque, la plus redoutable épreuve de l’Église depuis son berceau ; il a profondément ébranlé le christianisme en Europe, par la raison très-simple quïl en a effacé la notion, détruit le sens, altéré l’esprit, diminué le prestige, en y substituant la notion, le sens, l’esprit et le prestige de la civilisation grecque et romaine, faite par et pour le paganisme ; et ceux-là mêmes qui, par miracle, conservent après de telles études la foi chrétienne, sont et demeurent païens en tout ce qui n’est pas du domaine de la religion *.

Il y a pourtant une politique chrétienne, un art chrétien, une littérature chrétienne ; c’est là ce qui est délaissé, incompris, inconnu même de la société moderne. -

Au point de vue politique ! — Une chose est de notoriété publique : Il y a dans les écoles un esprit d’opposition qu’aucun gouvernement n’a pu extirper, et qu’on ne déracinera pas, tant que l’enseignement classique sera ce qu’il est. On sort des collèges avec des idées antiques, des vertus et des vices antiques. Après huit ans d’études païennes, on comprend la société, l’autorité, l’ordre, la liberté, la politique, comme les comprenait un jeune Grec du temps d’Alcibiade, ou un jeune Romain du temps de César et de Brutus.

Ce qu’il y a au fond de l’enseignement classique, ce qu’on

• Bevue chronol. de Vhist. de France, [ntrod., p. 1,3, 5.

* • Excepté la croyance, écrirait en 17t6 l’abbé Sabatier, ruDiren est eocore daïeu. • Siéclet litt., préface, p. I.

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