CHAPITRE QUINZIÉME
coudoie, mesure, insulte dans la rue. Fille de l’antiquité, l’Europe joue, comme sa mère, avec la couronne et la tête des rois. Redevenus souverains à l’instar des peuples païens, les peuples modernes ne connaissent, pour obtenir le redressement de leurs griefs, vrais ou prétendus, que le poignard des assassins ou le canon des barricades.
«Toutes! éteint, continue M. l’agès, et la réalité, et les mystères, et les fictions de la puissance. Le fer, la presse, la parole, le siècle, l'état social, tout est régicide, complice du régicide, fauteur du régicide. Et au milieu de cette perversité des idées, la société ne sait opposer que des lois à la force; elle est impuissante de volonté et de caractère à se prendre corps à corps avec l’état des esprits. Elle ne peut changer les mœurs que par les mœurs, les doctrines que par les doctrines, la vieille éducation que par une éducation nouvelle. Qu’a-t-elle fait?... Le monde va à la dérive et chacun le laisse aller 1 Et lorsqu’il se brise à l’écueil, on accuse les peuples, les agitateurs des peuples, les corrupteurs des peuples*... »
En attendant, on n’en continue pas moins d’envoyer la Jeunesse, la jeunesse qui dogmatise, ;i l’école des républicains de l’antiquité. Et l’on se flatte qu’elle en reviendra parfaitement monarchiste !
Fatal aveuglement ! L’histoire des quatre derniers siècles nous apprend qu’au contact de l’antiquité, la jeunesse des collèges se prend infailliblement d’admiration pour les institutions, les hommes et les idées antiques. Elle nous apprend que les maîtres les plus respectables n’ont point empêché ce résultat. Elle nous apprend que, dans tous les collèges ou gymnases de l’Europe, on ne se contente pas, ce qui d’ailleurs est impossible, d’expliquer froidement du grec et du latin; mais que les professeurs se font un devoir d’exalter les grands modèles, un mérite d’y réussir, et une gloire de passionner leurs élèves pour le génie, le caractère, les actions éclatantes des orateurs, des poêles, des héros de la Grèce et de Rome. En compulsant les annales, aujourd’hui peu connues, de la pédagogie moderne, on trouve que les leçons des maîtres, les thèmes, les versions, les amplifications des élèves, les plaidoyers publics, les séances des académies littéraires, les tragédies, jouées chaque année pendant plus de deux cents ans,