RÉSUMÉ GÉNÉRAL
Terminons ce premier travail sur la Révolution française par un résumé général. Chacun pourra voir d’un coup d’œil s’il est vrai, et jusqu’à quel point, que nous sommes les /ils de la Renaissance avant d’étre les fils de la Révolution, et que la Révolution ne fut autre chose que la mise en scène des études de collège.
Je suis la négation armée *, telle est la définition que la Révolution donne d’elle-môme et qu’elle justifie par son langage et par ses œuvres. La Révolution française vient de montrer qu’elle aussi est la négation armée, c’est-à-dire la Révolution mênae en action. Tout détruire afin de tout refaire : voilà mon but, dit-elle officiellement à la France, dès les premiers jours de 1790 *. Ainsi, son histoire se divise naturellement en deux périodes : période de destruction, et la période de reconstruc-
tion. Nous venons d’étudier la première, elle se résume dans le tableau suivant.
Le 5 mai 1789, les états généraux composés de douze cent treize députés sont installés à Versailles. Dès les premières séances, le feu est mis aux matières inflammables préparées depuis longtemps, et le ‘JO juin l’explosion révolutionnaire commence. La haine dans toute l’étendue, dans toute la profondeur du mot, la haine de l’ordre religieux et social, la haine de Dieu et des rois, la haine des personnes et des choses, déborde sur la France, comme la lave embrasée d’un volcan. En quelques mois, une des plus florissantes portions de l’Église universelle, le plus beau royaume de l’Europe, bouleversé, couvert de sang et de ruines, ne présentent plus que l’image du chaos.
A la lueur des flammes, sous les coups de la hache, du
ï yihilum armatum.
* Rapport de Talleyrand, Il férrier 790. — La Révolution a progressé, et aajourd'hui, par la bout he de roudho , tlle dit : Tout détruire et ne rien refaire.
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marteau, de tous les instruments de destruction, disparaissent du sol dont elles étaient l’ornement cinquante mille églises ou chapelles. Dans ce nombre figurent une foule de monuments du premier ordre, soit par leur destination, soit par leurs souvenirs, soit par les chefs-d’œuvre de tout genre dont ils sont le rendez-vous. Telles sont les cathédrales de Cambrai, d’Arras, les magnifiques églises de Marmoutier, de Ctteaux, de Cluny et beaucoup d’aùtres.
Dans le même désastre sont enveloppés douze mille abbayes, couvents, prieurés, monastères, fondations séculaires des rois, d^s princes et des fidèles. Ce qui échappe au marteau révolutionnaire est converti en casernes, en magasins, en écuries, en salles de spectacle, d’agiotage, et, sous le nom de Clubs, en cavernes de démolisseurs et d’assassins.
Vingt mille châteaux pillés, brûlés, dévastés, rasés jusqu’au sol, mêlent leurs ruines à celles des abbayes et des églises. Aucun souvenir historique, aucune gloire nationale ne les protège. Au contraire, la Révolution semble s’acharner avec plus de fureur contre les antiques manoirs des vainqueurs de Bouvines, de Damiette, de Ptolémaïde, de Jérusalem, de Denain, de Fontenoy.
Dans ces châteaux, dans ces abbayes, dans ces couvents et ailleurs, plus de quatre-vingt mille bibliothèques sont saccagées, dispersées, lacérées, vendues à vil prix. Des bandes de vandales travestis en officiers municipaux, non moins ignorants qu’empressés à détruire, enlèvent les livres et les emmagasinent dans des greniers ; d’autres en font Id catalogue avec la toise et le pied de roi, ce qui leur paraît si naturel qu’ils en dressent procès-verbal. Le plus grand nombre en tirent parti et les vendent aux épiciers, a Nous avons vu, dit un témoin oculaire, des pâtisseries enveloppées avec des feuilles du Saint Âthanase de Montfaucon, magnifique ouvrage valant aujourd’hui trois ou quatre cents francs *. »
Les manuscrits les plus rares, les statues, les bas-reliefs, les peintures, les vitraux, éprouvent le même sort. C’est au milieu des cris tumultueux et d’une joie semblable à celle des sauvages des forêts, dansant autour de leurs victimes, que les sauvages de la civilisation accomplissent leurs actes de vandalisme stupide. Personne ne pourra jamais raconter
I ilêm, de la lie'val,, p. 424.
tous les faits inqualifiables qui forment comme les épisodes de ce grand drame de destruction. Des tableaux d’église deviennent des auvents de boutiques de limonadiers. La toile, imrifiéc de ses couleurs, est employée à vêtir les petits sansculottes. On a vu un soldat faisant bouillir avec des morceaux de cadres dorés sa marmite au pied du pilier intérieur d’une église de Paris, et ayant pour tablier de cuisine un tableau du tîuide, valant trente mille francs
Delà guerre aux choses nous avons vu la Révolution passer à la guerre aux personnes. Métamorphosée en assemblée constituante, elle détruit en vingt-trois mois l’ouvrage de douze siècles ; elle renverse le trône de France et ébranle tous les trônes de l’Europe. Elle anéantit les trois ordres de l’Êtat, les trente-deux provinces, les trente-deux intendances, les treize parlements, les douze mille tribunaux inférieurs, les vingt universités de France, les droits attachés à quarante . mille fiefs et châteaux, les privilèges des provinces et des pays d’états, les franchises de toutes les villes, bourgs et villages, les litres héréditaires et les distinctions personnelles, les corporations, jurandes, maîtrises de tous les arts et métiers, désorganise la propriété, la famille, frappe au cœur l’autorité paternelle, et envoie plusieurs milliers d’hommes en exil ou à l’échafaud. Voilà son œuvre dans l’ordre social.
Dans l’ordre religieux, elle anéantit l’ancienne discipline de l’Église, supprime cinquante évêchés, trois cents chapitres, deux cents institutions religieuses; abolit les vœux de religion, les ordres de chevalerie ; détruit les congrégations enseignantes de l’un et de l’autre sexe, les académies, collèges, séminaires, et jusqu'aux associations religieuses vouées au soulagement des pauvres et au soin des malades; massacre par milliers les prêtres, les religieux, les religieuses et les catholiques.
Enfin, elle décapite l’ordre religieux et social en faisant périr le pape en prison et le roi sur l’échafaud.
Au nom de qui la Révolution française a-t-elle accompli la première partie de sa tâche ?
C’est au nom des Grecs et des Romains, et en copiant leurs constitutions, que la Révolution donne son programme de destruction et proclame les droits de l’homme.
I Mém. de la Révol., p. 418.
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C’est au nom des Grecs et des Romains, que le peuple est déclaré roi, le suffrage universel établi, la centralisation consacrée, le principe de la propriété ébranlé, le clergé spolié, et les ordres religieux abolis.
C’est au nom des Grecs et des Romains, que le souverain Pontife est chassé de ses États et la République romaine proclamée au Capitole.
C’est au nom des Grecs et des Romains, que la noblesse est dépouillée de ses privilèges, de ses titres, de ses droits, de ses biens, bannie et décimée.
C’est au nom des Grecs et des Romains, que toutes les prérogatives de la royauté sont discutées, attaquées et finalement anéanties.
C’est au nom des Grecs et des Romains, que la royauté est abolie.
C’est au nom des Grecs et des Romains, que la République est proclamée, et Brutus choisi pour patron de la France législative.
C’est au nom des Grecs et des Romains, que la tête de Louis XVI est demandée.
C’est au nom des Grecs et des Romains, et de Drutus en particulier, qu’il est décidé que Louis XVI est jugeable; qu’il sera jugé par la Convention; qu’il sera jugé sans appel et qu’il subira la peine de mort.
Tels sont les faits principaux que jusqu’ici l’histoire apporte à l’appui de cette proposition : La Révolution française fut la traduction littérale des études de collège.
En fournit-elle d’autres ? Nous le verrons dans un prochain travail.