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l'Exposition Universelle (r) un lit à quatre places de l’ancien Hôtel-Dieu. Cette reconstitution, qui était très soignée, produisait sur le spectateur une impression horrible. Trois malades étaient couchés, deux à la tête du lit, le troisième au pied. Quant au quatrième, il avait préféré sacrifier son repos à la torture d'être ainsi couché et il s'était assis, pâle et exténué, sur un escabeau au pied du lit. Encore ces malades étaient-ils privilégiés, car 1l existait également des lits à six, huit et neuf places, et même à impériale. : ‘
Ce régime d’hospitalisation vraiment trop économique durait depuis fort longtemps, puisque l’on trouve dans des lettres patentes du 15 mars 1515 l'observation suivante :
« En l’infirmerie qui est de six toises de largeur seulement » il y a six rangées de licts, chacun lict de troys pieds de lar- » geur ou environ, en chacun desquels il y a troys ou quatre » malades qui nuisent fort les uns aux autres, et en ladite infir- » merie il y a sept ou huit licts où se couchent vingt-cinq ou » trente enffans, lesquels enffans sont tendres et délicats à cause » du gros ayr qui est en ladite infirmerie et meurent la plupart » tellement que de vingt n’en reschappe pas ung (2). »
On trouvera des renseignements sur la situation des vénériens à Bicêtre, des fous à Bicètre et des folles à la Salpêtrière, dans les chapitres suivants. L’Hôtel-Dieu, il faut le dire, semble avoir « détenu le record » de la malpropreté. Dans une lettre adressée le 22 avril 1768 à M. Paulet sur son histoire de la petite vérole, Voltaire s’exprimait ainsi : « Vous avez dans Paris un Hôtel-Dieu où règne une contagion éternelle, où des malades entassés les uns sur les autres se donnent réciproquement la DÉSLOCTIA MORE STE Personne ne songe à y remédier. »
Marmontel donne des chiffres. Il établit que de 1747 à 1772 la
(1) Exposition Universelle de 1900 (Pavillon de la ville de Paris). Exposition de l’Assistance publique, section hospitalière. Reconstitution d’un lit à 4 places de l'Hôtel-Dieu de Paris, à la fin du XVIII: siècle.
On voyait aussi dans ce même pavillon (exposition de l'Assistance publique, section des Archives) une gravure représentant « le ci-devant duc de Chartres, accompagné de son gouverneur, soignant un malade de l'Hôtel-Dieu ». (D'après une gravure du temps communiquée par M. Romain Boulenger).
(2) Dictionnaire Dechambre. Article Hôpital, par Boisseau.
mauvaise installation de l’ Hôtel-Dieu avait coûté la vie à plus de 80.000 personnes. Dans son Encyclopédie, d'Alembert dit au sujet de l'Hôtel-Dieu : « C'est le plus étendu, le plus riche et le » plus effrayant de tous les hôpitaux...
» Qu'on se représente une longue Se de salles conti-
» guës, où l’on: rassemble des malades de toute espèce, et où
.» l’on en entasse souvent trois, quatre, cinq et six dans un même » lit, les vivants à côté des moribonds et des morts : l'air infecté » des exhalaisons de cette multitude de corps mal sains, por- » tant des uns aux autres les germes pestilentiels de leurs infir- » mités et le spectacle de la douleur et de l’agonie de tous côtés, » offert et reçu. Voilà l'Hôtel-Dieu (1). »
Et ailleurs :
« Des malades qui entrent à l'Hôtel-Dieu, il en périt un quart, » tandis qu'on ne perd qu'un huitième à la Charité, un neuvième » et même un quatorzième dans d’autres hôpitaux. D'où vient » cette différence effrayante ? (2). »
On sait que les malades étaient munis d’une batterie dé cuisine, de marmites, de chaudières et de chaudrons, et que la soupe, la bouillie des enfants et en général, les aliments de collation étaient cuits dans les salles.
Enfin, la paix des consciences n'était même pas respectée ; les religieuses et les prêtres obsédaient les protestants, et un
(1) D’Alembert. Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, 1765. Article Hôtel-Dieu.
(2) Ibid. Article Hôpital.
Voici, d’après le Dictionnaire administratifet historique des rues et monuments de Paris, par Félix Lazare et Louis Lazare — plus connus sous le nom des frères Lazare, — 2° édition, Paris, 1855 (Article Hôtel-Dieu), quelques chiffres donnant idée des hécatombes qu'avait amenées cette hygiène.
« En 1348 la contagion (on appelait ainsi toutes les épidémies) enlevait 500 personnes par jour à l'Hôtel-Dieu.
En 1562, on a constaté dans cet hôpital 67000 décès,
En 1500 » 20000 »
En 1596 ) 12000 »
. En 1606 » 6000 »
Les 159° et 161° registres de l'Hôtel-Dieu complètent ces chiffres :
En 1788, on a constaté dans cet hôpital 4040 décès; En 1790 » 3679 »
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registre spécial des abjurations reçues à l'hôpital était tenu à l'Hôtel-Dieu (1).
Pour la première fois, l'Académie des Sciences s'émut. L'un des membres de cette asssemblée, Leroy, lut en 1777, à la rentrée publique de Pâques, un mémoire qu'il avait écrit en 1773 déjà, mais dont la lecture n'avait pas eu lieu plus tôt, sur les conseils d’un ministre qui craignait de donner l’alarme.. Ce travail porte le titre suivant: « Précis d’un ouvrage sur les Hôpitaux dans lequel on expose les principaux résultats des observations de physique et de médecine qu'on doit avoir en vue dans la construction de ces édifices, avec un projet d'hôpital disposé d’après ces principes )».
Il semble — mais ceci n’est pas une consolation — que l'état des hôpitaux fut à cette époque aussi peu. satisfaisant dans les autres pays d'Europe. Eh effet, John Howard, shériff du comté de Bedford, parcourut, en 1780, l'Europe entière pour s'instruire sur la condition des malades pauvres et la manière dontils étaient traités. Il vint à Paris et fut indigné de ce qu'il vit, en: particulier à l'Hôtel-Dieu et à l'hôpital Saint-Louis (2); il signale néanmoins la bonne administration ainsi que la propreté de l'Hôtel- Dieu de Lyon et dela Charité de Paris.
L'empereur Joseph II visita l'Hôtel-Dieu en 1783. Il semble qu'il ait été peu édifié par cette visite et qu'elle lui ait suggérédes commentaires désobligeants puisqu'à la suite de sa visite, le Gouvernement se prit d'un intérêt subit pour l'Administration
(1) Exposition Universelle de r900. Exposition de l’Assistance publique. Pavillon de la ville de Paris. Section des Archives « Registre des nos QUE reçues à l’Hôtel-Dieu de 1693 à 1713.»
(2) « An account of the present state. of the Prisons, Houses of Correction and Hospitals. » 1780.
Ce livre a été traduit en 1788 par M'* de Kéralio, qui épousa plus tard Robert, conventionnel et député de Paris, et fut l’une des principales promotrices de l’idée républicaine en France :
Etat des prisons, des Hôpitaux et des maisons de force, par John Howard, traduit de l'anglais. Paris, Lagrange, 1788. 2 vol. in-8. (Bibliothèque Nat. : Imprimés. Archives Nation. Collection Rondonneau. Inv. 38789-38790).
Nous avons eu entre les mains un livre du même auteur, daté de 1789.et intitulé :
«John Howard. An account of the principal Lazarettos in Europe. »
On lira'avec intérêt les p. 52 et 53.
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des hôpitaux. Deux ans après, Poyet, architecte de la Ville, signala dans un mémoire la nécessité de transférer et de reconstruire l'Hôtel-Dieu de Paris (1).
On prit texte ou prétexte de cette publication pour instituer la grande commission de 1786. Celle-ci, somposée exclusivement de membres de l'Académie des Sciences, Tenon, Bailly, Lavoisier, Daubenton, Laplace, Darcet, Lassone, Coulomb et Tillet, « posa les premiers principes de l'hygiène hospitalière abandonnée jusque-là à des maçons (2). »
Tenon et Coulomb se rendirent en Angleterre (3) où on les reçut avec beaucoup d'égards. Tenon publia en 1788 (5 mémoires sur les hôpitaux, imprimés par ordre du Roi. » (4) Des statistiques s'établissaient enfin et lenon montre que la mortalité qui était de 2 sur 9 à l'Hôtel-Dieu de Paris n’était à l'hôpital du Saint- Esprit de Rome que de 2 sur 22 et à l'Hôtel-Dieu de Lyon que de 2 sur 24. Il avait visité l'hôpital de Plymouth, composé de 15 pavillons isolés et beaucoup d'autres hôpitaux anglais, et il avait
(1) Mémoire sur la nécessité de transférer et reconstruire l'Hôtel-Dieu de Paris, suivi d’un Projet de Translation de cet hôpital proposé par le sieur Poyet, architecteet contrôleur des bâtiments dela Ville. 1785, in-4°, 1 f., 44 p. et 3 pl. (Biblioth. Nat. Imprimésinv. — Archives nat. Collect. Rondonneau 7215).
(2) Dictionnaire Jaccoud, p. 694. Article : Hôpital. 4 Cf. : Extrait des registres de l’Académie royale des sciences du 22 Novembre 1786. Rapport des commissaires chargés par l’Académie de l’examen du projet d’un nouvel Hotel-Dieu. Imprimé par ordre du Roi. Paris. Imprimerie royale. 1786, in-4°, 1 f. 128 et vi p. (Bibl. Nat. Imprimés. Archiv. nat. Collec-
tion. Rondonneau, 7442).
(3) La question hospitalière était très étudiée à ce moment en Angleterre. Voir :
John Aiïkin. Thougts and Hospitals. London, 1771.
Cf. In : Nouvelles ou annales de l’art de guérir, par le D' Retz, 1780, p. 266 (Bibl. Nat. T°? III) l'analyse de :
Observations sur les hôpitaux relatives à leur construction, aux vices de l'air d'hôpital, aux moyens d’y remédier, à l'admission ou rejet des malades, à la maladie antisociale, à la petite vérole, aux femmes en couche, aux insensés et à l'utilité dont ils sont pour l’art de guérir et pour les étudiants, par M. Jean Aïikin, chirurgien, ouvrage traduit de l'anglais par M. Verlac.
Coxe. Account of the Prisons and Hospitals in Russia, Sweden and Danemark. 1781.
(4) Cf. : Extrait des registres de l'Académie royale des sciences du 12 mars 1788. Troisième rapport des commissaires. Imprimerie royale, 1788, in-4°, 36 p. et 1 f. non chiffré (Bibl. Nat. : Imprimés. — Archiv. Nat. Collect, Rondonneau, 7444.)
Mac-Auliffle, = 3,
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constaté qu'ils ne recevaient jamais plus de 400 ou 500 malades. En 1780, l'Hôtel-Dieu de Paris en compta un jour 7.000 (1).
Les salles d’accouchées, qui auraient dû être l'objet de toutes les sollicitudes, étaient à l'Hôtel-Dieu d'une malpropreté repoussante.
« L'emploi des femmes enceintes, dit Tenon, est le berceau » d’une nombreuse population : il voit naître 1.503 enfants par » année moyenne : c’est le 13° des naissances à Paris... Leurs » salles (des femmes enceintes), au nombre de quatre, sont » accouplées, l'air ne peut y circuler, des linges humides les » environnent ; on y trouve 67 grands lits et 9 petits ; on couche » 3 à 4 par grand lit, les femmes enceintes saines avec les » malades, les accouchées à la 1° semaine avec celles à la » seconde, celles qui sont malades avec celles qui ne le sont » point : toutes se nuisent respectivement, se communiquent » leurs maux ; la surcharge est si grande et leur situation telle, » que si l’on entrouvre leurs lits, il s'en élève une vapeur » humide, chaude, infecte, qui se répand, donne du corps à l'air : » en le traversant on le voit se fendre et reculer (2)... »
Il ajoute que la fièvre puerpérale est endémique à l'Hôtel- Dieu, et se livre à d’intéressantes statistiques dont le tableau sui vant est un résumé.
MORTALITÉ DES ACCOUCHÉES, COMPARÉE DANS LES DIVERS HÔPITAUX D'EUROPE EN 1788, D'APRÈS TENON (3).
19 Comparée à la totalité des morts des deux sexes : Wassenda (Suède). . ,. . . raccouchée sur 62 morts Gera (Saxe) et Berlin. … 1: » » D NT SO)
2° Rapportée aux enfants venus tant vivants que morts :
(1) J. À von Halem. Blicke aûf einen Theiïl Deutschlands, der Schweiz und Frankreichs bei einer Reise von Jahre 1790. Hambourg, 1791. Voir : Paris en 1790. Voyage de Halem. Traduction. Introduction et Notes par Arthur Chuquet. Paris, 1896, p. 361.
(2) Tenon. Mémoires sur les hôpitaux. Imprimés par ordre du Roi. 1788. (2 exemplaires existent à la Bibliothèque Ste-Geneviève). Préface, p. xxvur.
(3) Tenon. Mémoire sur les Hôpitaux. Imprimés par ordre du roi, 1788. Paris (Préface, p. XXX et XXXI).
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Wassenda (Suède) . rfemme sur 55 de ces enfants
tantôt sur 87 de ces enfants » ») 104 »
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3° Conclue du nombre précis des accouchées :
(Londres) Hôpital Britannique . . irfemmesur 50 » Dub ES MR Le, » D#T110 » HNiinchesterne mer aie » pi 128 » OCR DEEE PA EX » » ISU2TaRCÈT)
STATISTIQUE COMPARÉE DES MORT-NÉS DANS LES DIVERS HÔPITAUX D'EUROPE EN 1788, D'APRÈS TENON (2). :
Les enfants venus morts sont aux enfants venus vivans :
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A l’Hôtel-Dieu, il périt le treizième 1/4 des enfants avant de naître. |