USE
Magny-le-Vernois, près de Lure, en Franche-Comté, son nom patronymique était Dusault. Il crut utile de prendre la particule au début de la Révolution, signa jusqu'en 1775 Dusault, puis Desault et enfin de Sault. Elève des moines du Collège de Lure, il fit ses études chirurgicales à Belfort, puis vint à Paris, où il ouvriten 1776 un cours particulier d'anatomie. Sous le patronage de La Martinière et de Louis, il établit bien vite sa réputation scientifique. Ses premiers travaux portèrent sur les fractures de la clavicule dont la réduction était avant lui considérée comme impossible ; il modifia un grand nombre d'instruments, réhabilita les compresses graduées et fit prévaloir la ligature immédiate des artères. Il montra le premier que des trois tuniques de ces vaisseaux, l'externe seule résiste au fil qui la lie. Nommé à l'Ecole pratique, il fut bientôt après admis au Collège de chirurgie, «ad meliorem fortunam » faute des 3000 écus que tout candidat devait joindre à ses titres. Il soutient à cette occasion la thèse suivante : « De calculo vesicæ urinariæ, eoque extrahendo, prævià sectione, ope instrumenti Haukinsiant emendati»; puis en collaboration avec Chopart, il publia un « Traïlé des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent ». Nommé chirurgien-major de l'hospice des école il succède en 1782 à Baseilhac, neveu du frève Come, comme chef de la chirurgie de l'hôpital de la Charité. De cette époque datent ses travaux sur les luxations du radius, les fractures de l’olécrâne et de la rotule, etc. Il fut nommé à l’Hôtel-Dieu le 27 février 178$ et succéda à Ferrand.
« Dès qu'il parut, dit Bichat, ce vaste abîme où allait auparavant se perdre la foule des malades, inutile à l’art et ignoré des artistes, devint un dépôt ouvert de toute part à l’observation et où l'instruction, multipliée sous mille formes, attira ce grand nombre d'élèves, que l'envie d'apprendre attachaït depuis longtemps à Desault..... Desault conçut... que, pour être utiles, ses leçons devaient être moins un traité qu'une démonstration des maladies, une inspection raisonnée plutôt qu'un ensemble de préceptes.... Les hypothèses passent, l'observation reste (1). »
Desault créa d’abord un musée de pièces préparées de sa
(1) Sauzay. Op. cit., p. 30.
main, première ébauche du musée Orfila. Puis, plus heureux que ses prédécesseurs (1), il institua en 1787 à l'Hôtel-Dieu les fameuses écoles cliniques où se formèrent ses illustres élèves : Bichat, Boyer, Larrey, Percy, Dupuytren, etc.
Voici, d’après le Journal de Chirurgie de Desault (2), quel était cet enseignement :
« Chaque jour, la séance s'ouvrait par une consultation » publique et raisonnée, où n'étaient admis que les malades indi- » gents du dehors. Le chirurgien en chefles interrogeait sur les » causes, l'époque, les phénomènes de la maladie, faisait remar- » quer l'analogie de ce qu'il obser vait avec le récit du malade, et, » aprèsavoir établilesindicationscuratives, indiquait les prescrip- » tions convenables,
» Les élèves de l'hospice lisaient ensuite l'observation exacte » et détaillée de tous les malades intéressants qui devaient sortir » dans la journée, et dont le pansement avait été confié à leurs » soins. Chacune de ces observations était le résultat des notes » prises chaque jour au lit du malade et formant, ajoutées les » unes aux autres, un tableau précis du progrès de la maladie. » En s'instruisant eux-mêmes, les élèves contribuaient ainsi à » l'instruction de leurs camarades. Ù
» La troisième et la principale partie de la leçon était consa- » crée aux opérations. Chacune était précédée d'une dissertation » sur l’état du malade, sur les suites probables de l'opération, » sur les moyens de rendre ces suites moins fâcheuses, sur le » procédé opératoire, On transportait ensuite le malade à l’amphi- » théâtre, où Desault l'opérait en présence de tous les élèves, » aidé par les chirurgiens de la maison. Aux opérations suc- » cédaient les détails raisonnés, donnés par le professeur, soit sur
(1) Des Bois de Rochefort, médecin de la Charité, enseignait déjà en 1780, au lit des malades.
(2) Cf. Aux Archives Nationales deux curieux prospectus-annonccs de ces cours.
1° Collection Rondonneau ADVIII, 14. Bibliogr. E. Sciences et Arts, 38 pièces. Annonces et prospectus des cours d'anatomie et de chirurgie pratique qui se font à l’Hôtel-Dieu de Paris.
2° Coll. Rondonneau, ADVIII, 30. Ecoles de Médecine. S d Prospectus de l'Ecole de Chirurgie établie au grand Hospice d'Humanité, ci-devant Hôtel-Dicu de Paris, par Desault, chirurgien en chef.
» les maladies existantes dans l'hospice, soit sur la situation des » malades opérés les jours précédents.
» L'ouverture des cadavres qu'exigeaient les progrès de l’art, » ou l’enseignement des élèves, formait un des derniers objets » de la séance, qui était terminée par une leçon dogmatique, sur » un point particulier de pathologie. » (1).
Cette méthode, cet enseignement véritablement scientifique, devaient porter leurs fruits. Les cours de Desault furent suivis par une foule studieuse, dont le nombre parut prodigieux pour l'époque (600 auditeurs, d’après Bichat). On vit des étrangers pensionnés par leur gouvernement, sous lacondition expresse, qu'ils suivraient ces cliniques. Desault sentit alors la nécessité de répandre sa méthode, et la création de son (Journal de Chirurgie» en 1791 eut pour principal objet la publication de ses cliniques, ainei que la vulgarisation de ses idées.
C'est également sous son inspiration, ou plutôt d’après ses exemples, que son ami Corvisart organisait dès 1783, à la Charité, les premières Cliniques médicales (2).
Desault obtint encore la création d’un amphithéâtre réservé aux opérations et ouvert aux étudiants. (« Avant lui, le chirurgien opérait au milieu des malades, des opérés de la veille, des malades devant être opérés le lendemain!» (3).
Desault et les Sœurs. — Ce n’est pas tout. Mille entraves empéchaient le développement de l'éducation clinique des étudiants. Le médecin lui-même n'était pas maître dans son service
(1) Sauzay. Op. cit. p.31 et 32. Voir : Journal de Chirurgie de Desault. 1792, P. 206.
(2) Sauzay. Op. cit. p. 33.
Un document cité par le professeur Laboulbène {Histoire de l'hôpital de la Charité. Gazette médicale. 8 février 1879), dit :
« Ce fut seulement en 1792 que Desault, chirurgien-major de l'Hôtel-Dieu, y ouvrit le premier cours clinique et régulier de clinique. » (Extrait des Archives de l'Assistance publique. Communication de M. Léon Grou, souschef du personnel).
11 y a là une erreur. Deux documents déjà cités des Archives Nationales, qui sont l'œuvre de Desault lui-même ou qui ont été tracés sous son inspiration, indiquent 1787 comme date de la fondation des Cliniques chirurgicales. Cf. : notre Bibliographie Desault.
(3) Sauzay. Op. cit., p. 33.
Desault demanda aussi un lit par malade.
Lee
et les sœurs de l'Hôtel-Dieu étaient devenues une puissance devant laquelle le corps médical devait s'incliner.
Desault eut le courage d'engager la lutte contre elles. Il le fit non par esprit sectaire, mais parce qu'il le fallait pour le bien même des malades ; et chose curieuse, un tel progrès s'était fait dans les esprits que l'Administration, très orthodoxe pourtant, le suivit dans ses efforts. Quoi qu'il en soit, Desault tenta à ce poit de vue, avant même la Révolution, (« une révolution dans les hôpitaux. » (1).
Ses projets de réforme se manifestèrent pour la première fois dans une lettre adressée le 30 janvier 1788 au Bureau de l'Hôtel- Dieu. Cette lettre fut une véritable déclaration de guerre.
Desault y accusait, en effet, les religieuses de laisser encombrer les salles par leur négligence ou leurs pratiques.
On recevait, disait-il, « indistinctement sans inscription et sans visite, tous les malades qui se présentaient pendant la nuit », la plupart des gens ivres qu'on négligeait de renvoyer le lendemain, soit parce que «la chemise (de l'entrant) qui aura été » mise à la lessive n’est pas blanchie et ne peut lui être rendue, » soit parce que ce n'est pas le jour de sortie, qui n’a lieu que trois » fois la semaine, souvent que 2 fois et même moins, lorsqu'il y » a une ou plusieurs fêtes ou que les religieuses préposées aux » chemises et aux habits ont quelqu'autre affaire, qu'il y a quel- » que cérémonie dans leur communauté, telle que lundi dernier, » où parce qu'une novice prenait le voile, on n’a pu faire le renvoi » des malades.... Il ÿy a, en outre, une infinité de paresseux et » de désœuvrés qui ne sont plus malades et qui s'en vont de » leur lit le matin et le soir à l'heure des pansements, afin de » n'être point apperçus par le chirurgien qui les feroit renvoyer, et » qui y reviennent lors de la distribution des alimens, conservant » une bande autour d’un bras ou d'une jambe et disant à la reli- » gieuse qu'ils nesont pas guéris. Il yen a encore beaucoup qu’elle » sçait guéris et n'avoir plus besoin de pansement, mais qu'elles » gardent, comme elles le disent, par principe de charité, parce « qu'ils sont pauvres, qu’ils n'ont point un lit, qu'ils s'y trou-
(1) M. Albin Rousselet. Notes sur l’ancien hôtel-Dieu de Paris, relatives à la lutte des administrateurs laïques contre le pouvoir spirituel. Publications du Progrès médical, 1888, p. 185.
ns
» vaient bien autrefois et qu'il y aurait, suivant elles, de l'inhu- » manité de renvoyer ces malheureux puisqu'elles peuvent les » auberger.» Desault accusait aussi les religieuses de ne pas tenir assez de compte des observations des médecins au point de vue du régime, par exemple de trop donner à manger à certains malades chirurgicaux dans le cas où la diète ou une diminution de nourriture s'imposaient.
Enfin il se plaignait du défaut de police dans l'intérieur des salles « au point que les malades se gorgent d'aliments qu'on leur » apporte de la ville, tels que pain, viande, vin, etc., qu'ils boivent » et même souvent s'enivrent avec leurs parents ou amis, qui » viennent les voir; ils se lèvent, se promènent sans que per- » sonne puisse les empêcher et l’on sait combien la marche est » contraire aux plaies des jambes et retarde leur guérison. »
Cette lettre eut pour résultat de faire appliquer le règlement du 15 Juillet 1787 dans toute sa rigueur, suivant les ordres donnés par la Compagnie le 30 janvier 1788, conformément aux désirs exprimés par Desault.
Le 15 février, le Bureau recevait de la Supérieure la lettre
suivante : ; Paris, ce 15 Février 1788.
Monsieur,
Je vous prie de vouloir bien me faire donner copie de la lettre du sieur De Sault, qui paraît avoir motivé votre délibération du 30 janvier dernier, il est intéressant pour ma communauté de la connaître. Je pense aussi, Messieurs, que vous voudrez bien encore sursoire quelque temps l'exécution de cette délibération, l'opposition judiciaire que j'ai formée, et mes réclamations contre le règlement méritent cette déférence.
Je suis avec respect, Messieurs, Votre très humble et très obéissante servante
Signé: SŒUR DE LA Croix, Prieure.
Le Bureau répondit le jour même qu'il n'était « pas dans l'usage de communiquer les lettres et les mémoires qui lui sont adressés », et en référa le 20 février au Procureur général.
RO
Dans sa lettre le Bureau représentait au Procureur « qu'il serait au moins inutile et peut-être d’une conséquence dangereuse d'entendre les religieuses personnellèment 1° parce qu'il n’y a qu'un seul point à examiner dans cette affaire, qui est de savoir s'il est plus avantageux pour l'Hôtel-Dieu que l'autorité réside dans l'Administration seule, ou soit partagée avec les religieuses ; 2° parce que, s’il est reconnu qu'il est impossible que l'Hôtel-Dieu soit bien gouverné sans que l'autorité réside toute entière entre les mains du Bureau, quelles que soient les prétentions des religieuses, et de quelque manière qu'elles soient présentées, elles ne peuvent prévaloir contre la nécessité de procurer le plus grand avantage des pauvres malades et celui de l'hôpital; 3° parce que les prétentions des religieuses étant déjà établies, soit dans l’assignation qu'elles ont, fait donner au Bureau, soit dans le mémoire qu'elles ont remis à M. le Procureur général, ce qu'elles pourraient dire de nouveau devant un commissaire de la cour n'en serait qu'une répétition et ne pourrait rien ajouter à leur valeur; 4 parce qu'une affaire qui intéresse aussi essentiellement le bien public ne peut être décidée d’après les demandes ou les opinions particulières des partis intéressés, mais sur le mérite même de la chose. »
Le 27 février, le Bureau tente une démarche de conciliation
et se sert à cet effet de l'Archevêque, chez lequel on se réunit pour discuter avec les religieuses. Il décide pourtant « que M. le Pre-
mier Président sera prié de nommer pour procureur aux prieure et rehgieuses, soit M° Paulin, qu'elles auraient chargé, soit tel autre qu'il jugera à propos, que M. le Procureur général sera également prié de se constituer, et que l’audiance sera indiquée au lendemain de Quasimodo. »
On attendit : les religieuses vinrent chez l'archevêque et
déclarèrent « n'avoir rien à changer aux demandes formées
par elles et contenues dans leur requête et dans leurs mémoires...» (Sur quoi la matière mise en délibération, le Bureau a arrêté de persister dans le surplus de la délibération du 27 février dernier. »
De Sault mit de nouveau le feu aux poudres en faisant preuve
SR tes
une fois encore de cet esprit large, moderne et hygiéniste qui est sa gloire.
Il avait proposé, au mois de novembre 1788, « de supprimer » 3 tambours en charpente qui faisaient saillie dans la salle » Saint-Paul, qui interceptaient le jour et l’air, qui prenaient la » place de plusieurs lits et constituaient des lieux d'infection par » la négligence des malades qui s'y arrêtaient; de construire des » commodités à l'anglaise pour diminuer la mauvaise odeur et » d’y établir un tuyau en fonte afin de pouvoir les laver plus » facilement ; d'ôter de la salle une pierre à laver avec un robinet » qui entretenait beaucoup d'humidité; d'enlever toutes les » dalles de pierre qui étaient aux environs des commodités et » de cette pierre à laver, qui donnaient beaucoup defraicheur et » d'humidité et qui, étant par cette raison très glissantes, expo- » saient les malades à tomber et à se blesser, lesquelles dalles il » faudrait remplacer par des carreaux de terre cuite ; 7° de » diminuer l’espace occupé par la chapelle afin de placer quel- » ques lits dans celui qu’on en retranchera ; 8 de faire une » nouvelle distribution dans cette salle moyennant quoi il pour- » rait tenir 320 malades au lieu de 210.»
Les 72 religieuses Augustines s'opposèrent de parti pris à ces réformes et voulurent même engager à ce propos une instance au Parlement.
Le 6 mai 1789, le Bureau reçut de la mère Prieure la lettre suivante :
« Messieurs,
» M. Bonnot est venu ce matin me dire que je fasse démé- » nager des domestiques qui couchent dans des petites cham- » bres construites dans la chapelle de Saint-Paul. Il me paraît » que vous avez intention d’exécuter le plan du sieur Desault, » pour mettre tous petits lits à la salle Saint-Paul (1). En consé- » quence, j'ai l'honneur de vous dire, Messieurs, que je m'y » oppose ainsi que ma communauté pour de très bonnes raisons.
» Il y a eu presque tout l'hiver près de 500 malades et ils y
(1) Desault avait protesté le 7 janvier contre les grands lits demandés par les sœurs, grands lits dans lesquels on dormait quatre, tandis que dans les petits lits on était seul ou 2 maximum.
Mac-Auliffe, — 6.
Aire
ont été les 500 à plusieurs reprises, sans tous ceux qui ont restés dans les autres salles, et il y en a encore qui devraient être à Saint-Paul, et actuellement il y a à Saint-Paul 350 et la semaine dernière ils étaient 380 et plus, sil ny avait que des petits lits lorsqu'il arrive des choses extraordinaires, ce que nous voyons très souvent, que ferions nous ? Je vous prie qu'il ne vienne pas d'ouvriers pour abattre quelque caveaux ou autre chose, parce que j'en empècherai. Au surplus, les affaires de la maison étant en instance, il faut attendre qu'elles soient finies. Nous nous en tenons à l'opposition que M. le Pro. cureur général a fait pour arrêter les ordres que le sieur Desault avait donnés pour la salle Saint-Paul. Je suis, etc. »
De main en main (1) l’aflaire parvint à Necker qui mit fin à
l'incident par la belle lettre qui suit :
« Paris, le 16 mai 1780.
0) Vo avés été, Monsieur, informé par les administrateurs
de l’Hôtel-Dieu de Paris de la résistance absolue qu'apportent les religieuses de cette maison à l'exécution de la délibération prise par le Bureau, le 26 novembre dernier, relativement aux changemens et arrangemens que le chirurgien-major avait proposé de faire à la salle Saint-Paul et qui ont pour objet la salubrité et le bien-être des malades; je sais qu'ils ont même eu l'honneur de vous faire passer l'original de la lettre que la mère prieure leur a écrite le 6 du présent mois, ainsi que les pièces qui pouvaient vous mettre à même de porter un jugement éclairé sur la conduite des religieuses; dans cette circonstance, je n'ai donc pas besoin, Monsieur, de rappeler ici des faits qui sont entièrement à votre connaissance, et je crois ne devoir vous entretenir que de l'affaire en elle-même.
» J'aurai d'abord l'honneur de vous observer qu’une opération proposée par l’oflicier de santé et dont l'exécution a été consentie et ordonnée par les administrateurs, après qu'ils se sont assurés de l’avantage qui en résulterait pour les pauvres, me semble mériter toute confiance et faveur. J'ajouterai que si l’on jette les yeux sur le détail des améliorations reprises dans
(1) Voir : Archives nationales, F15, 233.
Tuetey. Op. cit., p. 100, 101, 102, 103.
RS Dee
la délibération, on ne peut se refuser à l'évidence de leur utilité, enfin, il me paraît contre tous les principes de l’administration des établissemens de charité que des religieuses, qui doivent être uniquement vouées au service des pauvrés, puissent s'arroger une autorité temporelle et arrêter l’exécution de ce qui a été délibéré par les administrateurs et par ceuxlà seuls à qui une pareille autorité doive appartenir. Quoi qu'il en soit, il est d'autant plus instant de faire cesser la résistance des religieuses à des améliorations aussi désirables, que les chaleurs qui se font déjà sentir vont augmenter les inconvéniens du mauvais air, et que les effets en sont surtout pernicieux dans la salle des blessés, circonstance qui exige la plus grande promptitude dans le remède.
» Les religieuses se prévalent d'être en instance au Parlement et annoncent l'intention de s'opposer à tout ce que les administrateurs voudront faire jusqu'à ce que cette instance soit jugée. Je ne pense pas que, pour l’objet particulier de la salle Saint-Paul, il faille attendre un jugement qui pourrait entrainer des délais dont l'effet serait si préjudiciable aux pauvres.
Il me semble, Monsieur, qu'après avoir écrit à la supérieure
pour savoir la raison d’une conduite aussi déraisonnable que la sienne dans le cas où vous n'en seriés pas déjà suffisamment instruit vous auriés le droit de donner des ordres positifs aux religieuses de laisser exécuter les changemens et arrangemens à faire à la salle Saint-Paul, conformément à la délibération du 26 novembre dernier et ce qui me confirme dans cette opinion, c’est que la mère prieure termine sa lettre du 6 mai par dire qu’elle et sa communauté s’en tiennent à l'opposition que vous avés faite vous même, Monsieur, pour arrêter les ordres que le sieur Desault avait donné pour cette même salle.
/» Si vous pensiés néanmoins, Monsieur, qu'avant tout il fût absolument nécessaire de faire juger l'instance pendante au Parlement, je vous prierais instamment de faire ce qui dépendrait de vous pour accélérer ce jugement et de vouloir bien m'en prévenir afin.que, de mon côté je puisse écrire à Monsieur le Premier Président pour l’engager à accorder l'audience le plus promptement possible.
Re
» J'ai l'honneur d’être, avec un très sincère attachement, CS 2 PO
Desault eut enfin gain de cause.
Mais ces religieuses que M. de Liancourt, dans son rapport fait au nom du Comité de Mendicité dût blâmer, à son tour, qui allaient jusqu’à refuser de délivrer les prescriptions des médecins et à les remplacer par des médications à elles et qui, en 1790 (Voir Chronique de Paris du 27 mars 17090, lettre du sieur Boulets, chirurgien), proposèrent de baigner, saigner et doucher la sœur Saint-Clément, religieuse professe qui avait manifesté le désir de reprendre sa liberté (2), ne s'en étaient pas tenues là (3).
(1) Lettre de M. Necker à M. Joly de Fleury, procureur général du Parle ment, Tuetey. Op. cit. Tome |, p. 104 — Minutes (2 p.) Archives nationaes. F15 233.
(2) La lettre de Boulets est confirmée jusqu'à un certain point par une lettre du Comité ecclésiastique à la supérieure de l'Hôtel-Dieu où le Comité exige la mise en liberté de M"° de St-Clément (A. N. DXIX 47 n° 23. Tuetey. Op. cit. Dome, (PA)
Voir pourtant : Mémoire pour les Prieure et religieuses hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Paris, par M'° Prévost de St-Lucien, avocat. Bibliothèq. Nat. Imprimés 4 F# 24006.
(3) Elles eurent aussi des démêlés avee les domestiques de l'hôpital « mercenaires de toutes religions, qui n’étoient d’aucunes, de toutes les mœurs, excepté les bonnes » suspectes en outre « d’intempérance, d’immodestie, d’'incontinence, de scandale et de larcin » et qui obtinrent d'elles une rétractation publique (Tuetey. Introduction. Tome |, p. xxxr11. Op cit.)
Voici ce qu'elles disaient des chirurgiens : « Les chirurgiens qu'on met aujourd'hui à la tête de chaque département sont des jeunes gens de 18 à 20 ans... L'assistance continuelle de ces jeunes chirurgiens dans les salles, qui y entrent, comme on l'a vu, à cinq heures du matin et qui y restent jusqu’au soir, sous le prétexte de présider à la distribution des alimens, est d'un danger infini, Sur-tout dans les salles de femmes : ne sachant que faire, ils s'entretiennent avec les doméstiques des malades, dont ils recherchent la connaissance, et qu'ils cultivent souvent après leur guérison : foutes sont exposées à leur séduction st elles les écoutent, ou à leurs mauvais procédés st elles ne s'y prétent pas ; et si leur attention se tourne sur les Novïces ou les jeunes Profèsses, que d'occasions de désordres.
En note :
Nous défendons à toutes les Sœurs de discourir dans les salles avec les Médecins, Chirurgiens, si ce n’est pour la seule nécessité, et jamais en particulier...
Nous défendons d'avoir aucun accès, liberté ni familiarité avec les Méde-
dt craindre. 2 be MA Le AR st S du Mémoire pour la prieure de l’'Hôtel-Dieu de Paris. Doc. cité. Bibl. Nat. 40, F4, 24096).
Pourtant, en 1790, de Jussieu se fit leur défenseur à l'Assemblée des
(he RES à 5e à De 2 RU nee 08 A PA? 4 D
Fr 4