HOSPICE DE S'-JACQUES DU HAUT-PAS
(Aujourd'hui Hôpilal Cochin)
Jean-Denis Cochin, docteur en théologie de la Faculté de Paris, curé de la paroisse Saint-Jacques Saint-Philippe du Haut- Pas avait acheté en 1780, quatre maisons situées dans le faubourg Saint-Jacques, en face de l'Observatoire. De 1780 à 1782 (avril) il fit construire, sur l'emplacement de ces maisons (1), un hospice qu'il consacra aux malades et aux vieillards de sa paroisse. Cet hospice avait 24 toises de face sur 8 de profondeur. Il contenait 38 ou 40 lits pour les malades et pouvait en outre recevoir 8 à 10 vieillards infirmes. Jean Denis Cochin s'occupa aussi de loger les domestiques et les sœurs de la Charité chargées du service des malades (2). Enfin il meubla l'hospice qu'on put ouvrir en AVTITE7OZ.
La bâtisse et l'ameublement avaient coûté 180.000 livres (3). Le
(1) Cf. : plus loin, lettres patentes approuvant la fondation de l'hospice
(2) Huit sœurs de Saint-Vincent de Paul ct cinq domestiques en 1790. En dehors du service de la maison, les sœurs étaient chargées de visiter les autres malades et d’instruire les jeunes filles de la paroisse.
(3) Chiffre donné par le Comité de Mendicité. Archives parlementaires Op. cit. Tome XXII, p. 386.
Cf. : Rapport des Commissaires nommés pour l'examen du projet des lettres patentes à obtenir en vue de l'établissement de l’hospice de la paroisse de Saint-Jacques du Haut-Pas (22 mai 1785). Tuetey. Op. cit. Tome I, p. 529 et suivantes. Original signé A. N. L., 661.
pouvoir royal s'intéressa bientôt à l'œuvre nouvelle. « 1° Par la remise des droits de root denier et autres dûs à caüse de l’ac- -quisition de l’hospice, droits formant un capital au moins de 2000 livres, 2° par le don du terrain pris sur celui du jardin des Capucins, qui forme aujourd’huy le jardin et /e cimetière de l'hospice » (1), il avait aidé à la fondation de l'hôpital.
Le bâtiment contenait au rez-de-chaussée deux salles séparées par une chapelle, pour les malades des deux sexes. 18 lits, dans lune, étaient réservés aux hommes, 20 lits dans l’autre servaient aux femmes. Chaque malade couchait séparément et les soins hospitaliers étaient remarquables, si l'on en croit le Comité de Mendicité. L'étage supérieur contenait plusieurs logements séparés pour des pensionnaires âgés et infirmes « dont les facultés ne sont pas assez considérables pour qu'ils puissent vivre dans le monde (2) ». Ces pensionnaires payaient 450 à 500 livres par an, et étaient soumis aux règlements de la maison. Lorsque la maladie les atteignait, ils étaient traités comme les autres malades, sans soins particuliers. On recevait à l'hospice des malades de toutes les catégories, à l'exception des scorbutiques, des femmes en couches et des blessés ayant besoin d'opérations chirurgicales.
Malgré son peu d'importance, l'établissement répondait aux besoins de la population de ce quartier un peu (excentrique. » De 1783 à 1790 on y avait reçu et traité 923 malades. «Ilest très rare aujourd'hui, dit le rapport du Comité de Mendicité, qu'un paroissien de Saint-Jacques-du-Haut-Pas ait recours à l'Hôtel- Dieu. »
Le 3 juin 1783, Cochin mourut avant d’avoir vu consacrer son œuvre par des lettres patentes. 45,000 livres restaient dûües sur le prix du bâtiment et l'hospice n'avait que 2.500 livres de rentes. Pourtant il parvint à se libérer de ses dettes. Il jouissait au moment de la visite des commissaires du Comité d’un revenu de 10.500 livres « grevé, à la vérité, d’une pension viagère de
(r) Tuetey, Op. cit. Tome I, p. 530. Document cité.
(2) Rapport du Comité de mendicité. Archives parlementaires. Op. cit. Tome XXII, p. 387.
4,000 livres. (r)» Du reste des notables de la paroisse étaient intervenus pour aider l'œuvre. En 1875 déjà, M” de Chevigné avait légué 2.000 livres à l’hospice pour n'être remis qu'après l’'obtention des lettres patentes (2), il est permis de croire qu'il y eut d’autres bienfaiteurs.
« Parmi les malades qui sont reçus et traités dans l'hospice, » ily en a qui payent en tout ou en partie les journées qu'ils y » passent. Il y a eu de ceux-là depuis 1783 jusqu’à 1790 le nombre » de 186; celui des pensionnaires a été, dans cet intervalle, de » 177; total des malades ouinfirmes, 1,086. En y joignant les » sœurs et les domestiques, le nombre total des nourris et » soignés dans cette maison a été de 118.255. La dépense totale a » monté à 158.762 livres. Le prix de la journée a été de 1 livres » 6 sols 10 deniers. La mortalité a été de 280 (3): mais on a » observé que le plus grand nombre des malades, reçus et traités » dans cet hospice depuis son établissement, était âgé de plus » de 60 ans. Il ne faut donc pas s'étonner de cette mortalité, » laquelle peut d’abord paraître excessive dans un hospice où le » traitement est aussi soigné et aussi bien entendu » (4).
Les lettres patentes furent obtenues sept ans seulement après la mort de Jean-Denis Cochin à la suite des démarches qui furent faites par son frère Claude-Denis Cochin, écuyer, payeur des rentes et administrateur de l'Hôpital général.
Il paraît utile de reproduire ici ces lettres patentes qui constituent un document très intéressant de l'histoire de l'hôpital Cochin(s).
« Lettres patentes approuvant la fondation d’un hospice pour » les pauvres malades de la paroisse de Saint-Jacques-du-Haut- » Pas, par Claude-Denis Cochin, en vertu des dispositions » testamentaires de Jean-Denis Cochin, ancien curé de cette », paroisse, son frère. |
(1) Rapport du Comité de Mendicité. Archives parlementaires. Op. cit. Tome XXII, p. 387.
6.500 |. de revenus d’après le tableau des hôpitaux de malades. Arch. Nat. F15, 3578.
(2) Tuetey. Op. cit. Tome I, p. 530.
(3) Sur 923 malades (30 0/6).
(4) Rapport du Comité de Mendicité. Archives parlementaires. Op. cit. Tome XXII, p. 387.
(5) CË. Tuetey. Op. cit. Tome I, p. 538, Copie collationnée. Archives nationales, X, 1 b. 9084.