Tome XXII, p
» On devoit donner un prix annuel de 400! à l’auteur du » meilleur mémoire sur la maladie des yeux.
» Îl n’est pas question de ce prix... (1).
Malgré les prévarications de certains administrateurs, les plaintes si nombreuses des Aveugles à l’Assemblée nationale (2) paraissent exagérées. C'est du moins ce qui résulte d'un rapport présenté à l'Assemblée par Merle, le 3 avril 1791 (3).
L'administration même du cardinal de Rohan semble avoir été calomniée. Il n'apparait pas d'une façon certaine que Rohan ait trafiqué dans l'affaire de la vente de l’enclos, et quoiqu'il en soit, les aveugles furent injustes en médisant dé l’homme qui avait tant fait pour améliorer leur sort. Leur existence avait été rendue plus douce et la salubrité de l'hôtel des Mousquetaires noirs n'était pas comparable à celle de l’ancien établissement qui avait en bordure un cimetière et des latrines.
Depuis le transfert au faubourg St-Antoine, chaque ménage occupait une chambre attribuée autrefois à deux mousquetanés” et, s'il y avait des enfants, on allouait une pièce ou deux en plus (4).
La solde des frères aveugles avait été augmentée. Chaque enfant au-dessous de l'âge de 16 ans touchait désormais 3 sols
(1) Notice sur l'hôpital des Quinze-Vingts, rédigée par le département des hôpitaux à l’occasion de la pétition des frères de l’hôpital à FAssemblée nationale (août 1790) Tuetey. Op. cit. Tome II, p. 13, 14, 15. Minutes (2 p.). Archives nationales, F15, 3596.
(2) Cf. Observations faites au Roy et à nos seigneurs les États généraux, séant à Versailles.
Copie Arch. Nat ; DXXIX, 17, n° 135 (24 octobre 1789). Tuetey. Op. cit. TomenlAp er
— Adresses et pétitions des Aveugles à l'Assemblée nationale, 22 mars, 17 mai 1790 Copies (3 p.) A.N., DXXIX. 10, n° 94. Tuetey. Op. cit. Tome 2, p.4,
— Pétition des- Aveugles de l'Hôpital des 15-20 à l'Assemblée nationale. Tuetey. Op. cit. Tome II. p. 12 (23 juin 1990}. A. N., DXXIX, 10, n° 94.
— Pétition des frères 15-20 à l’Assemblée nationale, 8 juin 1791. Tuetey. Op. cit. Tome Il, p sr. Original signé et minute (2 p.). Arch. nat. C. 82, n° 809.
(3) Tuetey. Op. cit. Tome Il, p. 32, 7 avril 1791. Minute. Arch. N., DXXIX. 10/1404
(4) CF. Observations sur la pétition présentée à l'Assemblée nationale dans la séance du 8 février 1791, au nom des frères aveugles des 15-20, contre l'Administration du cardinal de Rohan et celle qui lui a succédé. 8 février 1791. Tuetey. Op. cit. Tome II, p. 23. Minute Arch. Nat., DXXIX, 10, n° 94.
par jour. 25 veuves de frères aveugles étaient secourues et recevaient 19, 15 sols, 6, 12 sols par jour. Une infirmerie avait été créée et les aveugles n'étaient plus soignés dans la promiscuité de l'Hôtel-Dieu ; enfin la plus grande liberté était laissée aux hospitalisés ; les portes étaient ouvertes de 5 heures du matin à 10 heures un quart du soir, l'hiver, et à 11 heures 1/4, l'été. On pouvait entrer et sortir sans avertir.
Rien ne put cependant calmer le mauvais esprit des aveugles; les médecins eux-mêmes furent attaqués.
« Goyard, chirurgien à 300 I. et un bâtiment de 10 pièces » pour faire la visite de ceux que l'on reçoit, et sans argent il » les rebute en disant qu'ils voyent clair.
» Travers, chirurgien, qui a 500 livres au collège de Louis- » le-Grand, ne vient que pour toucher son revenu. Portail, » médecin, a 300 livres pour ne faire que venir crier cette » somme » (1). ;
Les aveugles se plaignaient plus justement de la méfiance que leur témoignait le Conseil d'Administration.
En dehors des quatre frères appelés « jurés », 2 voyants et 2 aveugles, payés chacun 220 livres par an, et chargés de la police de la maison, 8 frères dits «capitulants » payés chacun 36 livres par an, dirigés par un «frère ministre », et nommés par les aveugles, avaient mission de coopérer à la gestion de la maison. Ils furent écartés des conseils, chaque fois du moins qu'une décision importante devait être prise.
En 1700, les revenus de l'hôpital « sans des locations de bâtiments de plusieurs ouvriers dans l’enclos » s'étaient élevés à 326.000 livres (2). Ils furent moins élevés en 1791 (305.778 livres seulement). Les dépenses furent de 291.849 livres (3). Les frais de l'église ne s'élevèrent qu'à 9.502 livres et non plus à 21.016 livres. Le service étaitassuré par trois ecclésiastiques seulement, et non plus par huit. Par contre les frais d’administra-
(1) Adresses et pétition des Aveugles à l’Assemblée nationale, 22 mars, 17 Mai 170. (Tuetey. Document cité. Op. cit. Tome II, p. 6).
(2) Notice sur l'hôpital des Quinze-Vingts.
Document cité. Tuetey. Op. cit. Tome II, p. 14.
(3) Tableau des revenus et charges de l'hôpital des Quinze-Vingts. 1791. Tuetey. Op. cit. Tome II, p. 60 et suivantes. Minute, A. N., F15, 241,
tion avaient encore augmenté : 17.604 livres au lieu de 17.026 livres en 1700.
Par décret du 28 septembre 1791, l'Assemblée nationale institua dans les bâtiments des Célestins une école destinée à l’instruction des sourds-muets et aveugles-nés. 30 pensions gratuites de 350 livres chacune furent accordées aux élèves (r). Le Comité de Mendicité fit remarquer en terminant son rapport que les aveugles hospitalisés aux 15-20 n'étaient pas tous du département, qu'au contraire, la majorité d’entre eux venaient de tous les coins de la France, et qu'ainsi la maison, n'ayant plus le caractère d’un hospice départemental, devenait un établissement national.
Il proposa de renvoyer les aveugles chez eux et de leur accorder une pension, renouvelant un vœu exprimé par les aveugles mêmes et formulé dans plusieurs pétitions (2).
(1) Décret de l’Assemblée nationale, 28 septembre 1791. Tuetey. Op. cit. Tome Il, p. 58.
(2) Cf. Tuetey. Op. cit. Tome II. Document cité. « Et s’il nous est permis » de vous faire une demande s’es de nous renvoiez chacun dans nos paroise, » avec une pension sufisante pour vivre, l'Etat y gagnerait baucoup et nous » aussi. »
Hospitalières de la Place-Royale
Cet établissement était situé au cul-de-sac des Hospitalières, près de la place Royale, et donnait rue des Minimes et rue des Tournelles, à l'endroit où s'élèvent aujourd'hui une école communale et une maison de secours {1}. Il occupait depuis 162$ l'emplacement de l’ancien palais des Tournelles, que Catherine de Médicis fit démolir après la mort d'Henri II (2) : les lettres patentes qui le confirmèrent datent de 1627. On lui avait donné comme destination, de recevoir une communauté de religieuses hospitalières, les Chanoiïinesses de Saint-Augustin, dites « Hospitalières de la Charité Notre-Dame », et de servir au soulagement d'un certain nombre de femmes et de filles malades. On y trouvait 23 lits dotés par des fondateurs particuliers qui y ( nommaient » des malades. Les personnes choisies pour être hospitasées à la Place Royale n'étaient pas précisément des pauvres ; «c'étaient des personnes qui ne se trouvaient pas assez pauvres pour demander leur admission à l'Hôtel-Dieu, mais pas assez fortunées pour supporter chezelles les frais d'une maladie (3). » Mme de Maintenon avait séjourné chez les Hospitalières avant d'entrer à la cour.
L'établissement avait en 1700 33.374 liv. 4 s. 3 d. de revenu (4).
(1) Sigismond Lacroix. Actes de la Commune de Paris. Op. cit. Tome V, p. 207.
(2) Thiéry. Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris. 17017e Tome I, p. 682.
(3) Tuetey. Op. cit. Tome I. Introduction, p. ext.
. (4) Cf. Archives parlementaires. Op. cit. Tome XXII, p. 389. — Déclaration des biens, revenus et charges des religieuses du couvent et hôpital de la Charité-de-Notre-Dame, établi à Paris près la Place Royale, avec un état des meubles et effets. 24 février 1790. Original signé et minute (2 p.). Arch. nat. S 6148. Tuetey. Op. cit. Tome I, p. 662.
Sur Cette somme 2.283 liv. étaient constituées en rentes viagères
sur la tête de diverses religieuses. Le reste des revenus consistait
‘én rentes perpétuelles sur l'État, loyers de maisons et d'appar-
tements soit en dehors, soit en dedans du couvent; mais ils
étaient grevés de 549 liv. de rentes et redevance annuelle (x).
La maison était le siège de la congrégation. Cependant, il n'est pas sans intérêt de mentionner que, pour 23 femmes malades, on y trouvait 15 religieuses professes, 10 sœurs converses, 5 postulantes, 9 tourières ou filles de service.
« S'il ne fallait considérer cet établissement que comme un » hôpital consacré au soulagement des pauvres malades, le prix » des journées serait excessif; mais comme il est en même temps » communauté religieuse, le calcul doit être différent; il faut
» alors distinguer la dépense des malades de celle de la commu-
» nauté : celle-ci, à raison de 700 liv. par tête, pour 15 religieuses » professes et de 300 liv. pour chacune des 6 sœurs converses, » coûtera désormais 12.300 liv., somme qui diminuera par les » extinctions successives. Il reste, pour l'entretien de l'hôpital » et le soin de 2 malades, 21.074 liv. Il est évident que la nation » par la suppression de la communauté (2), fait un gain consi- » dérable, à ne considérer l'objet que sous des rapports pécu- PIDITÉS Re » 13).
Cet hôpital paraît avoir été l'un des plus insalubres de tous les hôpitaux étudiés. De 1770 à 1779 inclusivement, sur 2.155 malades reçus, on avait constaté 649 décès, soit près d’un tiers. De 1780 à 1780, sur 1.542 reçus, il y avait eu 492 décès, soit une mortalité atteignant près de 31 */..
« C’est, dirent les commissaires, la première que nous ayons » encore trouvée dans aucun des hôpitaux que nous avons » visités. Nous sommes en peine de savoir à quelle cause il faut » l’attribuer; peut-être la maison est-elle malsaine, peut-être la
(1) Rapport du Comité de Mendicité. Archives parlementaires. Op. cit.
Tome XXII, pages 389 et 390. È (2) Une décision du comité ecclésiastique du 8 février 1791 portait que les
religieux et religieuses ayant fait des vœux solennels devaient être dépossé-
dés de leurs biens.
(3) Rapport du Comité de Mendicité. Archives parlementaires. Op. cit.