AUX JEUNES GENS
prenare aux jeunes lecteurs : !• ce que c'est que la Révolution; et coiDinent et pourquoi la Révolution est laffrande question religieuse de notre temps; 2* ce que sont en réalité les principes de 89, et quelles illusions peuvent nous faire tomber dans l'erreur révolutionnaire; 3«» enfin quels devoirs incombent à tous les vrais chrétiens dans le siècle de perturbations et de ruines que nous traversons.
Étranger aux partis politiques, je me bornerai à une exposition raisonnée de principes au plus important de tous les points de vue, qui est celui de la foi i) sera facile à chacun de tirer les conclusions pratiques en appliquant ces principes dans la mesure du possible.
Rien de plus pratique pour vous, mes amis, que ces notions abstraites en apparence; rien de plus nécessaire ; car c'est à vous, sachez-le bien, à vous, jeunes gens bons et honnêtes, que l'on en veut spécialement ; c'est vous que la Révolution veut enrôler contre Dieu : « C'est à la jeunesse qu'il faut aller, a-t-elle osé dire dans un acte officiel; c'est la jeunesse qu'iL FAUT SÉDUIRE, elle que nous devons entraîner, SANS QU*£LLE s'en DOUTE, SOUS nos drapeaux (1). »
On veut vous séduire, je voudrais vous éclairer. La vérité est le seul antidote du poison que l'on vous prépare. Le défaut de principes, [voilà ce qui rend si vulnérable notre société moderne; voilà ce qui manque avant tout aux hommes de bonne foi qui sont en grand nombre ; et vous autres, qui serez bientôt la force vive de cette société défaillante, vous avez pour mission de faire mieux que vos pères et de mettre tout en œuvre pour la sauver.
I. Instruction secrète émaDée de U Vente suprême révolu tionnairef centre européen de toutes les sociétés secrètes.
AtX JBUNBS GENS 7
Méditez, je vous en conjure, les vérités que je résume ici pour vous; je les livre en toute confiance à votre foi et à votre boune foi. Je plaindrais le jeune catholique qui n*en comprendrait pas Tiniportance.
Ce travail a été béni par le Souverain-Pontife au moment où je Tai entrepris. Cette bénédiction sacrée s'étendra, je l'espère, sur chaque lecteur, et suppléera à ^imperfection de mes paroles.
8 décembre 1862, en la fêle de rimmacalée-Gonception.
En moins d'une année, plus de vingt mille exemplaires de ce petit traité se sont répandus en France. Dès son apparition, il a été traduit en plusieurs langues, notamment en italien, à Rome, à Florence, à Cologne, à Turin, etc. ; en anglais, en allemand, en espagnol, et il a été reproduit en Belgique sur nne très-grande échelle.
En le révisant aujourd'hui et en le complétant, je suis tellement frappé de son actualité, ainsi que de l'importance pratique des questions qu'il expose devant le lecteur, que je ne puis m'empôcher d'en recommander vivement la lecture, et non-seulement la lecture, mais encore la propagande. Ce n'est pas l'auteur, c'est le catholique qui parle ici. Au milieu de l'incendie qui, en 1876 bien plus encore qu'en 1862, menace de tout embraser, le premier des devoirs est de crier : « Au feu! » Puisse mon cri être entendu d'un grand nombre !
S5 mars 1876, 60 la fête de rAnnoociation de la Sainte^yierg6.
Wm BéTOlntlan. ce qa*eDe n^est pas.
Le mot révolution est une parole élastique dont on abuse à tout propos pour séduire les esprits.
Une révolution, en général, c'est un changement fondamental qui s'opère dans les mœurs, dans les sciences, dans les arts, dans les lettres, et surtout dans les lois et le gouvernement des sociétés. En religion ou en poHtique, c'est le développement complet, le complet triomphe d'un principe subversif de tout l'ancien ordre social. Ordinairement le mot révolution se prend dans un mauvais sens; cependant cette règle n'est pas sans exception. Ainsi Tondit : « Le Christianisme a opéré une grande
révolution dans le monde, )» et cette révolution a été très-heureuse. 11 est également vrai de dire : «Dans tel ou tel pays a éclaté une révolution qui a mis tout à feu et à sang; » c'est encore une révolution, mais une révolution mauvaise.
Il y a une différence essentielle entre une révolution et ce que depuis un siècle on appelle LA RÉVOLUTION. Dc tout tcmps il y a eu des révolutions dans les sociétés humaines; tandis que la Révolution est un phénomène tout moderne et tout récent. *
Bien des gens s'imaginent, sur la foi de leur journal, que c'est à la Révolution que depuis quatre-vingts ans l'humanité doit tout son bienêtre; que nous lui devons tous nos progrès dans l'industrie, tout le développement de notre commerce, toutes les inventions modernes des arts et des sciences ; que sans elle nous n'aurions ni chemins de fer, ni télégraphes électriques, ni bateaux à vapeur, ni machines, ni armée, ni instruction, ni gloire; en un mot, que sans la Révolution tout serait perdu et que le monde retomberait dans les ténèbres.
Rien de tout cela. Si la Révolution a été l'occasion de quelques-uns de ces progrès, elle n'en a pas été la cause. La violente secousse
LA RÔVOLUTION 11
qu'elle a imprimée au monde entier a sans doute précipité certains développements, de la civilisation matérielle; cette même violence en a fait avorter beaucoup d'autres. Toujours est-il que la Révolution, considérée en ellemôme, n'a été, à proprement parler, le pKn- 4dpe d'aucun progrès réel.
Elle n'est pas non plus, comme on voudrait nous le faire croire, raffranchissement légitime des opprimés, la suppression des abus du passé, l'amélioration et le progrès de l'humanité, la diffusion des lumières, la réalisation de toutes les aspirations généreuses ' des peuples, etc., etc. Nous allons nous en convaincre en apprenant à la connaître à fond.
La Révolution n'ost pas davantage le grand fait historique et sanglant qui a bouleversé la France et même l'Europe à la fin du dernier siècle. Ce fait, dans sa phase modérée aussi bien que dcms ses excès épouvantables, n'a été qu'un fruit, qu'une manifestation de la Révolution laquelle est une idée, xm principe, plus encore qu'un fait. Il est important de ne pas confondre ces choses.
Qu'est-ce donc que la Révolution?
Ift . LA RÉVOLUTION
Ce que CeM qae la RéTOlotlon, et commeiit c'est une question rellgleiuet non moins qne politique et sociale.
La Révolution n'est pas une question purement politique; c'est aussi une question religieuse, et c'est uniquement à ce point de vue que j'en parle ici. La Révolution n'est pas seulement une question religieuse, mais elle est la grande question religietise de notre siècle. Pour s'en convaincre, il suffit de réfléchir et de préciser.
Prise dans son sens le plus général, la Révolution est la RÂvoLTE érigée en principe et en droit» Ce n'est pas seulement le fait de. la révolte; de tout temps il y a eu des révoltes; c'est le droit, c'est le principe de la révolte devenant la règle, pratique et le fondement des sociétés: c'est la négation systématique de
Fautoritè légitime^ c'est la théorie de la révolte, c'est l'apologie et l'orgueil de la r^hrolte, la consécration légale du principe môme de toute révolte. Ce n'est pas non plus la révolte de l'individu contre son supérieur légitime, cette révolte s'appelle tout simplement désobéissance ; c'est la révolte de la société en tant que société; le caractère de la Révolution est essentiellement social et non pa9 individuel. Il y a trois degrés dans la Révolution :
1. La destruction de l'Église, comme auto rite et société religieuse, protectrice des autres autorités et des autres sociétés; à ce premier degré, qui nous intéresse directement, la Révolution est la négation de l'Église érigée en principe et formulée en droit ; la séparation de l'Église et de l'État dans le but de découvrir l'État et de lui enlever son appui fondamental;
2. La destruction des trônes et de l'autorité politique légitime, conséquence inévitable de la destruction de l'autorité catholique. Cette destruction est le dernier mot du principe révolutionnaire de la démocratie moderne et de ce qu'on appelle aujourd'hui la souverainet du peuple;
3. La destruction de la société, c'est-à-dire. de l'organisation qu'elle a reçue de Dieu; en
d'autres termes, la destruction des droits de la famille et de la propriété, au profit d'une abstraction que les docteurs révolutfonnaires appellent l'État. C'est le socialisme, dernier mot de la Révolution parfaite, dernière révolte, destruction du dernier droit. A ce degré, la Révolution est, ou plutôt serait, la destruction totale de l'ordre divin sur la terre, le règne parfait de Satan dans le monde.
Nettement formulée pour la première fois par Jean-Jacques Rousseau, puis en 89 et en 93 par la Révolution française, la Révolution s'est montrée dès son origine l'ennemie acharnée du Christianisme ; ^ftlle a frappé l'Église avec une fureur qui rappelait les persécutions du paganisme; elle a tué les Évoques, massacré les prêtres, les catholiques; elle a fermé ou détruit les églises, dispersé les Ordres religieux, traîné dans la boue les croix et les reliques des Saints; sa rage s'est étendue dans l'Europe entière; elle a brisé toutes les traditions, et un moment elle a cru détruit le Christianisme qu'elle appelait avec mépris une vieille et fanatique superstition.
Sur tCM^tes ces ruines, elle a inauguré un ré« gime nouveau de lois athées, de sociétés sans religion, de peuples et de rois absolument indé-
pendants; depuis un siècle, elle grandit et s'étend dans le monde entier, détruisant partout l'influence sociale de l'Église, pervertissant les intelligences, calomniant le clergé et sapant par la base tout Tédifice de la foi.
Au point de vue religieux, on peut la définir : la négation légale du règne de Jésus-Christ sur la terre, la destruction sociale de VÊglise.
Combattre la Révolution est donc un acte de foi, un devoir religieux ^au premier chef. Cest de plus un acte de bon citoyen et d'honnête homme; car c'est défendre la patrie et la famille. Si les partis politiques honnêtes la combattent à leur point de vue, nous devons, nous autres chrétiens, la combattre à un point de vue bien supérieur, pour défendre ce qui nous est plus cher que la vie.
Qae la ntévolatlon est nile de rinerédnliiê*
Pour juger la Révolution, il suffit de savoir si l'on croit ou non en Jésus-Christ. Si le Christ est Dieu fait homme, si le Pape est son Vicaire, si l'Église est son Envoyée, il est évident que les sociétés comme les individus doivent obéir aux directions de TÉglise et du Pape, lesquelles sont les directions de Dibu même. La Révolution qui pose en principe l'indépendance absolue des sociétés vis-à-vis de l'Église, la séparation de l'Église et de l'État, se déclare par cela seul « incrédule au Fils de Dieu, et est jugée d'avance, » selon la parole ^e l'Évangile.
La question révolutionnaire est donc en définitive une question de foi. Quiconque croit en Jbsus-Christ, et en la mission de son Eglise, ne peut être révolutionnaire s'il est logique; et
tout in crédule, tout protestant, s*il est logique •doit adopter le principe apostat de la Révolution, et, sous sa bannière, combattre TÉglise. I/Église catholique, en effet, si elle n'est divine, usurpe tyranniquement les droits de l'homme.
Jksus-Christ est-il Dieu? Toute puissance lui appartient-elle au ciel et sur la terre? Les Pasteurs de rÉglise, et le Souverain-Pontife à leur tète, ont-ils ou n'ont-ils pas, de droit divin, par l'ordre même du Christ, la mission d'enseigner à toutes les nations et à tous les hommes ce qu'il faut faire et ce qu'il faut éviter pour accomplir la volonté de Dieu? Y a-t-il un seul homme, prince ou sujet, y a-t-il une seule société, qui ait le droit de repousser cet enseignement infaillible, de se soustraire à cette hauiè direction religieuse? Tout est làl C'est une question de foi, de catholicisme.
L'État fV)it obéir au Dieu vivant, aussi bien que l'individu et la famille; pour l'État comme pour l'individu, il y va de la vie.
^el est le Téiitable père de la RéTolntion, et quand elle est née.
Il y a dans la Révolution un mystère, un mystère d'iniquité que les révolutionnaires ne peuvent pas comprendre, parce que la foi seule peut en donner la clef et qu'ils n'ont pas la foi.
Pour comprendre la Révolution, il faut remonter jusqu'au père de toute révolte, qui le premier a osé dire, et ose répéter jusqu'à la fin des siècles : Non seroiam^ je n'obéirai pas.
Oui, Satan est le père de la Révolution. La Révolution est son œuvre, commencée dans le ciel et se perpétuant dans Thumanité, d'âge en Âge. Le péché originel, par lequel Adam, notre premier père, s'est également révolté contre Dieu, a introduit sur la terre, non pas eucoro
la Révolution, mais Fesprit d'orgueil et de révolte qui en est le principe ; et depuis lors le mal a été sans cesse grandissant, jusqu'à l'apparition du Christianisme, qui Ta combattu et refoulé eL*iarrière.
La Renaissance païenne, puis Luther et Calvin, puis Voltaire et Rousseau ont relevé la puissance maudite de Satan, leur père; et, favorisée par les excès du césarisme, cette puissance a reçu, dans les principss de la Révolution française, une sorte de consécratioB, une constitution qu'elle n'avait pas eue jusque-là et qui fait dire avec justice que la Révolution est née en France en 1789. « La Révolution fran- « çaise, disait en 93 le féroce Babeuf, n'est que « Tavant-courrière d'une révolution bien plus « grande, bien plus solennelle, et qui sera la « dernière. « Cette révolution suprême et universelle qui remplit déjà le monde, c'est la Révolution. Pour la première fois, depuis six mille ans, elle a osé prendre à la face du ciel et de la terre son nom véritable et satanique : LA RÉVOLUTION, c'cst-à-dirc, la grande révolte. Elle a pour devise, comme le démon, la fameuse parole : Non serviam. Elle est satanique dans son essence ; et , en renversant toutes les autorités, elle a pour fin dernière la destru^ition totale du règne du Christ sur la terre. La Révo-
lution, qu'on ne l'oublie pas, est avant tout un mystère de Tordre religieux: elle est VAnU- Christianisme. Cest ce que constatait, dans son Encyclique du 8 décembre 1849, le Souverain- Pontife Pie IX : « La Révolution est inspirée « par Satan lui-même. Son but est de détruire « de fond en comble Tédifice du Christianisme « et de reconstituer sur ses ruines Tordre social <c du paganisme. » Avertissement solennel confirmé à la lettre par les aveux de la Révolution elle-même : « Notre but final, dit TInstruction « secrète de la Vente suprême, notre but final « est celui de Voltaire et de la Révolution fran* a çaîse, l'anéantissement à tout jamais du catho- « licisme et même de l'idée chrétienne, jè
Qael est ranttréTOlntlonnalre par exeellence.
CTest Notre-Seigneur Jésus-Christ dans le ciel, et, sur la terre, le Pape, son Vicaire. ^ L'histoire du monde est Thistoire de la lutte
gigantesque des deux chefs d'armée : d'une part, le Christ avec sa sainte Église, de l'autre, Satan avec tous les hommes qu'il pervertit et qu'il enrôle sous la bannière maudite de la révolte. Le combat a de tout temps ^té terrible; aous vivons au milieu d'une de ses phases les plus dangereuses, celle de la séduction des intelligences et de l'organisation sociale de ce qui, devant Dieu, est désordre et mensonge.
Le Pape et l'Église sont maintenant, comme toujours, sur la brèche, défendant la vérité et la justice envers et contre tous, mortellement haïs des révolutionnaires de tout étage, dont ils démasquent les complots et déconcertenles projets.
Sur le point de mourir, un de nos plus illustres Évêques dévoilait naguère la haine et les projets de la Révolution contre le Souverain- Pontife. c( Le Pape, écrivait-il de sa main tt défaillante, le Pape a un ennemi : la Révo- « lution. Un ennemi implacable, qu'aucun a sacrifice ne saurait apaiser, avec lequel il n*y « a point de transaction possible. Au début, tt on ne demandait que des réformes. Aujour* « d'hùi les réformes ne suffisent pas. Démemt a brez la souveraineté temporelle du Saint- « Siège; mutilez l'œuvre admirable ^que Diko « et la France achevèrent i) y a plus de mille
ft LA REVOLUTION
« ans; jetez aux mains de la Révolution, morm ceau par morceau, tout le patrimoine de (c saint Pierre, vous n'aurez pas satisfait la « Révolution, vous ne l'aurez pas désarmée.
«( La ruine de l'existence temporelle du Saint- « Siège est moins un but qu'un moyen, c'est <c un acheminement vers une plus grande « ruine. L'existence divine de TËglise, voilà ce ft qu'il faut anéantir, ce dont il ne doit rester «c aucun vestige. Qu'importe, après tout, que «c la faible domination dont le siège est à « Rome et au Vatican soit circonscrite dans des (C limites plus ou moins étroites? Qu'importent ce Rome même et le Vatican? Tant qu'il y aura « sur terre ou sous terre, dans un palais ou « dans un cacbot, un homme devant lequel « deux cent millions d'hommes se prosterne- « ront comme devant le représentant de Diku, « la Révolution poursuivra Dun dans cet «c homme. Et si, dans cette guerre impie, vous «c n'avez pas pris résolument contre la Ré volute tion le parti de Dieu, si vous capitulez, les « tempéraments par lesquels vous aurez essayé « de contenir ou de modérer ia Révolution « n'auront servi qu'à enhardir son ambition « sacrilège et à exalter ses sauvages espérance ces. Forte de votre faiblesse, comptant sur « vous comme sur des complices» je ne dis pas
« assez, comme sur des esclaves, elle vous « sommera de la suivre jusqu'au terme dfr « ses abominables entreprises. Après vous « avoir arraché des concessions qui auront « consterné le monde, elle aura des exigences « qui épouvanteront votre conscience.
« Nous n'exagérons rien. La Révolution,.
« considérée, non par le côté accidentel, mais « dans ce qui constitue son essence, est quelce que chose à quoi rien ne peut être comparé « dans la longue suite des révolutions par les* « quelles l'humanité avait été emportée depuis « l'origine des temps, et que nous voyoas se- « dérouler dans l'histoire du monde.
« La Révolution est l'insurrection la plus saa crilége qui ait armé la terre contre le ciel, le a plus grand effort que l'homme ait jamais a fait, non pas seulement pour se détacher d& « Dieu, mais pour se substituer à Dieu, tu
La Révolution n'en veut au Pape-Roi que pour atteindre plus sûrement le Pape-Pontife. Elle comprend, comme nous, que le Pape-Roi?
c'est le Pape matériellement indépendant, c'est le Pape inviolable. Le Pape inviolable, c'est le Pape libre de dire toute la vérité et de lancer l'anathème contre les spoliateurs, et les despotes, quelle que soit la hauteur de leur taille. La Révolution, qui> sous le masque de la
liberté et de Fégalité, n'est que la spoliation et le despotisme vivant, ne peut supporter la royauté pontificale ; son existence est pour elle une question de vie ou de mort.
Le Pape, Vicaire du Christ, est ainsi l'enneminé de la Révolution. Les Évoques fidèles et les prêtres selon le cœur de Dieu, partagent avec lui cette gloire et ce danger. Ils vivent au milieu des hommes, en personnifiant TÉglise et la loi de Dieu, et sont pour cela même le point de mire de la haine révolutionnaire. La spoliation du domaine temporel serait le dernier coup porté à la dernière racine qui, par la propriété, attache TÉglise au sol de FEurope. « Or, disait en 1820 M. de Bonald, c'en est fait « de la religion publique en Europe, si elle a n'a pas de propriété; c'en est fait de l'Eu- <( rope, si elle n'a plus de religion publique. »
« Il faut décatholiciser le monde^ écrit un « des chefs de la Vente de la Haute-Italie ; ne m conspirons que contre Rome : la révolution t( dans l'Église, c'est la révolution en perma- « nence, c'est le renversement obligé des trô- « nés et des dynasties. La conspiration contre « le siège romain ne devrait pas se confondre « avec d'autres projets. »
Autom* du Pape, des Évêques et des prêtres, viennent se grouper, <c pour combattre le bon
LA. RBVOLUTIOH 85
combat et conserver la foi, » les vrais catholiques, disciples fidèles de Notre-Seigneur Jésus- Christ, Par la prière, par les saintes œuvres, par l'action et par la parole, par la polémique, par tous les moyens légitimes d'influence, chacun d'eux s'efforce de repousser l'ennemi et de faire triompher la bonne cause. C'est la petite et très-grande armée du Christ. Le géant révolutionnaire se flatte de l'écraser comme jadis Goliath en face de David; mais Dieu est avec nous et il nous a dit : « Ne craignez point, petite troupe, parce qu'il a plu à votre Père de vous donner la victoire. » Marchons donc et du courage !
Jeunes gens, votre place est marquée dans nos rangs. Hâtez-vous d'accourir et d'apporter à votre divin Maître, le concours de votre fidélité naissante! Dans un temps comme le nôtre, tout chrétien doit être soldat, et Jésus, en nous ralliant sous l'étendard sacré de son Église, nous crie à tous : Qui non est mecum, contra me est! — « Quiconque n'est pas pour moi, est contre moi. » (S. JUuc, xi, 23.)
26 LA RÊVOLUTIOW
Kntre rÊglise et la névoiatlon, la coacUlnUon est-elle poMlble?
Pas plus qu'entre le bien et le mal, entre la vie et la mort, entre la lumière et les ténèbres, entre le ciel et Tenfer, Écoutez plutôt :
a La Révolution, disait naguère une Loge « italienne de carbonari dans un, document 1 occulte, la Révolution n'est possible qu'à «c une condition : le renversement de la Face pauté. Les conspirations à l'étranger, les « révolutions en France n'aboutiront jamais tu qu*à des résultats Ocondaires tant que Rome « sera debout. Quoique faibles comme puis- « sance temporelle, les Papes ont encore une <c immense force morale. C'est donc sur Rome « que doivent converger tous les efforts des « amis de Vhumanité. Pour la détruire, tous les « moyens sont bons. Une fois le Pape ren-
« versé, tous les trônes tomberont naturelle- « ment. »
« Il faut, dit de son côté Edgar [Quinet, il « faut que le catholicisme tombe. Point de a trêve avec Tinjuste! Il s'agit non-seulement <x de réfuter le papisme, mais de Textirper; <x non-seulement de Te-xtirper, mais de le dés- « honorer; non-seulement de le déshonorer, ce mais de Fétouffer dans la boue. » — « Il est « décidé dans nos conseils que nous ne vou- <c Ions plus de chrétiens, » écrit la Haute-Vente. Voltaire avait dit auparavant : « Écrasons Tin- <i FAME I » Et Luther : a Lavons-nous les mains « dans leur sang! »
L'Église proclame les droits de Dieu comme principe tutélaire de la moralité humaine et du salut des sociétés ; la Révolution ne parle que des droits de l'homme et constitue une société sans Dieu. L'Église prend pour base la foi, le devoir chrétien : la Révolution ne tient nul compte du Christianisme ; elle ne croit pas en Jesus-Ghrist, elle écarte l'Église et se fabriqua à elle-même je ne sais quels devoirs philanthropiques qui n'ont d'autre sanction que l'orgueil de Vhonnête homme et la peur des gendarmes. L'Église indique et maintient tous les principes d'ordre, d'autorité, de justice dans la société; la Révolution les bat en brèche, et,
avec le désordre et Tarbitraire, constitue ce qu'elle ose appeler le droit nouveau des nations, la civilisation moderne.
L'antagonisme est complet : c'est la soumission et la révolte, c'est la foi et rincrédulité* Nul rapprochement possible, nulle transactiou, nulle alliance (1). Retenez bien ceci : Tout ce que la Révolution n'a pas fait, elle le hait; tout ce qu'elle hait, elle le détruit. Donnez-lui aujourd'hui le pouvoir absolu, et, malgré ses protestations, elle sera demain ce qu'elle fut hier, ce qu'elle sera toujours : la guerre à outrance contre la religion, la société, la famille. Qu'elle ne dise pas qu'on la calomnie : ses paroles sont là, et ses actes aussi. Souvenez- vous de ce qu'elle fit en 91 et en 93, quand elle fut la maîtresse I
Dans cette lutte, l'un des deux partis tôt ou tard sera vaincu, et ce sera la Révolution. Elle paraîtra peut-être triompher pour un temps ; elle pourra remporter des victoires partielles, d'abord parce que la société a commis, depuis quatre siècles, dans toute l'Europe, d'énormes attentats qui appellent le châtiment; puis parce
1. Depuis l'année 1862, oii ces \i{ça.es ont été écrites, la suprême et infaillible autorité du Saint-Siège s'est prononcée à cet égard de la manière la plus formelle, dans l'Encyclique et le Syllabuê de 4864.
que rhomme est toujours libre, et que la liberté, même quand il en abuse, constitue une grande puissance; mais, après le Vendredi- Saint vient toujours le dimanche de Pâques, et c'est Dieu lui-même qui, ^e ses Jièvres infaillibles, a dit au Chef visible de son Église : a Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les puissances de V enfer ne prévaudront pas contre elle. »
Quéiltê sont les armes ordinaires de la névolallon.
Elle Ta dit elle-même et elle Ta prouvé maintes fois : <c Pour combattre les princes et les « bigots, tous les moyens sont bons; tout est pera mis pour les anéantir : la violence, la ruse, « le feu, le fer, le poison et le poignard : la « fin sanctifie les moyens (1). » Elle se fait