‹ La révolutionChapitre 14 sur 17 · Pat immunités eccléniastique» oa eotenâ ie draît disolu · texte numérisé non relu

Pat immunités eccléniastique» oa eotenâ ie draît disolu

vent impossible en pratique, lors même qu'elle existe en théorie dans lès lois. Dans quel pays les grands dignitaires del'État, les hauts fonctionnaires, les personnages influents, etc., n'ont-ils pas une foule de privilèges de fait qui détruisent l'égalité civile et politique et qu'aucune loi ne pourra jamais abolir?

3o L'égalité révolutionnaire, l'égalité de 93 et de la guillotine, l'égalité sauvage de Proudhon, c'est-à-dire le nivellement absolu de toutes les conditions, le socialisme, le communisme, l'anarchie.

que Dieu acquiert sur une personne ou sur une chose qui lui est consacrée. Ainsi rhomme, le citoyen qui reçoit la consécration ecclésiastique ou religieuse, devient Thomme de Dieu, la propriété exclusive de Dieu, et les pouvoirs temporels n'ont plus sur cet homme consacré que les droits qui peuvent se concilier avec ceux d« 0ibu. 11 en est de même des églises, des vases sacrés, des b.ens ecclésiastiques ; c'est la chose de Dieu, la propriété de DfEU et de son Église. — Il est de foi, du moins qaant au principe, que les immunités ecclésiastiques Kont d'institution divine. Quiconque les viole est excommunié ipsû facto.

Il existe aussi des immunités civiles, créées par le pouvoir temporel et que chacun e&t obligé de respecter; par exemple, eu France, le droit qu'ont les princes du sang, les sénateurs, les députés et autres grands fonctionnaires, de ne poavoir être mis en jugement qu'après on décret spécial du Souverain, de n'être jugés que par leurs pairs, etc; La justice milita'«e est encore nne immunité. Ce n'est qu'à l'Eglise que le monde moderne refuse toutes les immunités; et, qu'on le each^bien^ on ne lui refuse ce droit que parce qu'elle est l'Église et'parce que le démon, prince de ce monde et père de la Révolution, veut anéantir T influence dinne de j£&U6"Christ wr la terre.

Ces distiDctions de simple bon sens suffisent pour éclairer bien des discussions dans lesquelles tous les esprits honnêtes sont au fond d'accord, et où, là encore, on ne se dispute '*'^« faute de s'entendre.

I qocl<iacs applications pratiqoes' des principes de 89.

En pratique, veut-on savoir comment, depuis un demi-siècle, la presse révolutionnaire de tous les régimes et de toutes les nuances entend nous appliquer les principes de 89? En voici quelques échantillons; ce sont des failji qu'on ne saurait nier :

L'indifférence religieuse, favorisée par iei institutions civiles, envahissant db plus èi

plus la société; — la foi, battue en brèche par un journalisme impudent, perdant de plus en plus son bienfaisant empire ; — la civilisation matérielle prévalant partout sur la civilisation morale et chrétienne, et développant dans toute l'Europe le matérialisme et le luxe ; — le respect pour les autorités presque entièrement arraché des ccçurs et l'esprit dlndépendance développé outre mesure, et dans la famille, et dans TÉtat, et dans l'Église;

— la constitution chrétienne de la famille sapée jusque dans sa base par l'invention sacrilège du mariage civil, par le divorce remis en vigueur dans plusieurs pays chrétiens, par mille entraves apportées à l'éducation catholique des enfants, par la division indéfinie des patrimoines héréditaires, qui formaient jadis comme le pouvoir temporel de la famille et comme son point de ralliement ; — l'éducation et l'enseignement de la jeunesse, réservés la plupart du temps à des laïques sans religion, qui n'ont ni la mission ni la volonté de faire connaître aux enfants la vérité catholique, encore moins delà leur faire pratiquer;

— les institutions catholiques les plus sacrées, telles que le mariage, les congrégations religieuses, les réunions synodales des Pasteurs de l'Église, etc., entravées, parfois même tout

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à fait supprimées pat d€s autorités laïques, absolument incompétentes;— tout ce qui vient de Rome, suspecté ; — tout ^e qui résiste à Rome, encouragé et récompensé; — l'opinion publique pervertie par les fausses libertés, et soulevée dans l'Europe entière contre les idées catholiques, contre la Papauté ; — TÉglise dépouillée du droit de propriété et livrée ainsi à la merci de l'État ; — enfin tous les principes faussés, les pouvoirs avilis, la foi de plu& en plus affaiblie, le protestantisme ressuscité, des populations entières vivant sans Dieu et sans «aucune religion, l'indifférence perdant les âmes de plus en plus, etc., le tout au nom de la. loi, au nom des principes modernes.

Voilà pour l'Église le résultat pratique, voilà les fruits de la révolution modérée, de la révolution de 89.

Si, d'autre part, vous jetez les yeux sur TEurope moderne, fille de 89, quel spectacle s'offre à vos regards? Plus de révolutions, et de révolutions sociales, dans un an, qu'autrefois dans un siècle; les peuples jouant avec les couronnes des rois, comme les enfants avec des ho- <jhets; depuis quatre-vingts ans, quarante-trois trônes tombés; vingt-quatre dynasties eidlées, voyageant à pied sur tous les chemins de l'Europe; VINGT-NEUF ohartcs et constitutions aocla-

Ul lEtBVOLUTION 13^

mêes, jurées et déchirées ; les formes gouvernementales les plus opposées se succédant comme Iqs feuilles su* les arbres^ oomme les vagues d'une mer en furie. Le monde sur un volcan, et tous ceux qu'on appelle encoi^e princes, rois, empereurs, ballottés et chanûelants sur leurs trônes, comme le matelot au sommet du navire pendant la tempête.

Aux fruits reconnaissez l'arbre; d'après les conséquences jugez, et, si vous l'osez, vantez encore les principes I

I^ft diverses espècei de révolatlonnatres»

JLa Révolution étant une idée, un principe, tout homme qui se laisse dominer par cett^

idée, qui se laiaie diriger par ce principe, est un révolutionnaire. 11 Test plus ou moins, belon qu'il donne plus ou moins dans le piège.

On peut et on doit distinguer plusieurs catégories de révolutionnaires. Les premiers, les plus coupables, les plus rapprochés de Satan, leur père, sont ces hommes exécrables qui de sang-froid conspirent contre Dieu et les hommes, séduisent et trompent les peuples, et conduisent, comme de redoutables capitaines, l'armée de Tenfer à l'assaut de TÉglise et de la société. Ils sont, Dieu merci, en petit nombre ; mais ce sont de vrais démons.

Après eux, moins imbus de l'idée révolutionnaire, mais bien pervers encore, viennent les hommes qui conduisent, eux aussi, la Révolution à son but final, qui veulent ouvertement anéantir Tordre social catholique et même U vrai principe monarchique, mais qui repoussent le meurtre et le pillage. Ce sont les Mirabeau, les Palmerston, les Cavour, et tous ces impies qui, depuis un siècle, tournant la politique, les lois et les institutions civiles contre l'Église de Jésus-Christ, sont le fléau de la société chrétienne. Ils savent se contenir plus que les premiers, ils colorent plus savamment leurs projets anticatholiques, et n'inspirent pas d'horreur^ ils peuvent parler et écrire en plein

jour, et disposent ainsi d'un grand pouvoir matériel ci moral; ils croient mener et sont menés eux-mêmes; leur grand nombre .^t leurs moyens d'action les rendent très-redoutables.

En troisième ligne, il faut placer ces hommes d'ordre, enfants de 89, qui veulent faire abstraction de l'Église dans tout Tordre politique et social. Leurs intentions sont souvent honnêtes; mais il leur manque le sens antirévolutionnaire, qui est la foi, qui est le sens catholique. Ils ne détestent pas l'Église; ils lui accordent même un vague respect; mais ils ne la comprennent pas, et Tempêchent de sauver la société, qui ne peut être sauvée que par elle. Leur action révolutionnaire est plutôt négative que positive. Il y a bien peu d'hommes publics en Europe, depuis un siècle, qui n'appartiennent à cette très-nombreuse catégorie de révolutionnaires. Le journalisme européen est presque en entier dans ses rangs et à son service. C'est de la graine de francs-maçons.

Viennent ensuite des hommes à imagination exallée, sans aucune instruction religieuse, mais au cœur bon et noble, qui prennent les idées démocratiques pour de généreux élans, pour ^'amour du pauvre peuple, pour le patriotisme, et qui de très-bonne foi croient que la Révolution est un bienfaisant progrès,

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est la religion de 1^ liberté. Us aimeat taujeurs ias réformes, to.ut eî^ détestant ^es émeutes. Ce sont de pau\;rûs égarés, qui {çnat du mal sans le savoir. Uae solide i«s.tf uctio^ yeUgieuse, une bonne conversion J^s ramèneraient compléteinent.

Eniin, tout prô& de nous, mais encore dans \e camp de la RôvoJlvi.lio.n, nous trou^wons uq nombre considérable de phréUeps honnêtes, quelquefois mêm^ pjjatiquants, WiS^is peu instruits, qui se laissent éblouir par 1^ prestige du libéralisme, et qui veulent concilia k bien et le mal. Leurs préjugés d'éducati<Aa, de lectures, de journal, de politique, de p^psition sociale, paralysent pratiquement les pensées de respect qu'ils ont dans le cœur px>.ur les droits de la Religion. Ils aiment le pj^étre, et néanmoins ils ont peur de son inû^ence. Ils blâment voloijitiers le Pape et TÉpiscopat; ils prennent facilement le parti de TÉt^rt contre rÉglise, du temporel contre le spiiutuel, et n'ont, en fait de politique, aucun autre principe que le libéralisme, qui n'en est pas un. Le nom de liberté suffit pour les éblouir^ la sécularisation et la modération leur paraissent Tunique remède à tous les maux.

Qu'ils le veuillent ou non, tous ces bonames appartiennent au parti de la Révolution, au

parti du véritable désordre, de la désorganisation religieuse et politique de la société. Les premiers et les seconds sont les meneurs, les autres sont, les instruments quand ils ne sont pas les dupes. Tous, ils sont enveloppés dans l'immense ûlet dont parlait plus haut la VejQLte suprême; les derniers, les révolutionnaii^es honnêtes, détestent les autres et les craignent, comme le goujon craint le brochet; mais le brochet dévore le goujon.

Que chacun s'examine et se juge. Qu'il voie, 3n conscience et devant Dieu, s'il q,ppar tient à l'une des cinq classes que je viens de dire. La fortune, le rang, l'esprit ne fo^t rien à la chose: on peut être révolutionnaire à tous les degrés de l'échelle sociale; c'est une affaire de principes et de conduite. Quiconque viole, en son intelligence ou en ses actes, dans sa conduite privée ou dans sa conduite publique, par ses paroles, par ses œuvres, par ses exemples, de quelque manière que ce soit, l'ordre social catholique, établi de Dieu pour le salut du monde, est révolutionnaire; qu'il soit grand ou petit, eccléaastique ou laïque, il importe peur H y a des révolutionnaires partout, dans les ateliers, dans les châteaux, dans les chaumières; il y a des révolutionnaires en habit noir et en cravate blanche, aussi bien qia'en paletot et en blouse.

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l,es catholiques, les vrais catholiques de cœur et d'esprit, sont seuls hors du camp de la Révolution; mais qu'ils prennent garde de se laisser séduire au milieu de la contagion publique î Un seul homme au monde est absolument à l'abri de la séduction : celui à qui il a été dit par le Christ : a J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne puisse défaillir; à ton tour, confirme tes FRÈRES. » Le Pape, le successeur de Pierre, le Chef de l'Église, est protégé par Dieu même contre toutes les erreurs et par conséquent contre Terreur révolutionnaire. Comme Pape, comme Docteur catholique, il ne peut être séduit. Attachons-nous indissolublement à l'enseignement pontifical; élevons nos regards fidèles par-dessus toutes les tètes, par-dessùs toutes les couronnes, et même par-dessus toutes les mitres, pour les fixer sur la tiare de saint Pierre; savoir ce qu'enseigne le Pontife romain, le Vicaire de Dieu, et penser comme lui, croire comme lui, dire comme lui : tel est le seul mais infaillible moyen d'échapper à la Révolution. Que d'illusions sur ce point parmi ceux que le monde appelle honnêtes gens! et combien de loups se croient des agneaux I

Uk RÉVOLUTION Ui

Comment on dcnent révolatlonnalre.

Une société devient révolutionnaire en ne réprimant pas les révoltes, les mauvaises passions qui minent dans son sein les grands principes religieux et politiques, lesquels sont, nous l'avons dit plus haut, la base de tout l'ordre social. Mais je ne parle pas ici des sociétés ; je ne m'occupe que de l'individu. Or, pour l'individu, cela commence souvent de très-bonne heure.

Voyez-vous cet enfant qui mord et bat sa mère? C'est un révolutionnaire qui tette. — A cinq ans, il fait tapage au logis et impose ses mille caprices à son père et à sa mère : c'est un révolutionnaire enherbe. — Écolier, il se moqufi

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de ses maîtres, déchire ses livres, monte tous les mauvais coups : révolutionnaire faisant son stage. — Apprenti, iA se façonne au vice, il insulte les prêtres qui ï'ont préparé à sa première Communion, les bons Frères auxquels il doit son éducation gratuite : révolutionnaire qui prend ses degrés. — Ouvrier, il s'insurge contre son patron, lit et commente les feuiDes démagogiques, se plaint du gouvernement, entre dans les sociétés secrètes, fête le lundi, jamais le dimanche, et au besoin monte sur les barricades : révolutionnaire émancipé.

Et voilà le révolutionnaire en blouse.

Le révolutionnaire en paletot et en habit npir est, au collège, un élève indiscipliné; bien avant Tâge, ses mœurs sont corrompues ; il organise les révoltes, se fait chasser ; de lycée en lycée, il arrive à l'adoslescence, déjà roué, sans foi, ambitieux et déterminé; il est démocrate, sans savoir ce que c'est; et s'il sait quelque peu barbouiller du papier, il fait des articles de journaux: révolutionnaire émérite. — Il fait des pièces ou des brochures; si sa prosa surnage, s'il prend de l'influence, de deux choses Tune : ou bien, il attrape une place, un emploi lucratif, et le voilà homme d'ordre; ou bien, il n'attrape rien, et alors il conspire, bien décidé, si le coup réussit et s'il arrive jamais

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au pouvoir, à faire main basse sur là fortune publique et à supprimer le fanatisme et la superstition : révolutionnaire grand homme, père de la liberté.

En résumé, on d'Sirient révolutionnaire, en s'habituant à rejeter l'autorité, Fautorité paternelle, Fautorité religieuse, Fautorité politique; le goût dé la tévolte se développe d'année en année, et, sous le souffle du démon, on devient souvent un véritçible scélérat.

Comment on ecste 4*être révolatlonBslre.

Pour les sociétés, en redevenant catholiques, complètement catholiques. Pour l'individu, en allant à confesse; il n'y a pas d'autre moyen.

La Révolution, c'est la révolte, c'est l'orgueil, c'est le péché; la confession et avec elle

la très-douce ei très- sainte comiaunion, c'est rhumble soumission de l'homme à son Créateur, c'est la pureté, c'est l'ordre.

J'ai connu un de ces bienheureux convertis du camp révolutionnaire; il s'était livré à tous les excès de la révolte de l'esprit et du cœur ; il avait rejeté l'Église comme une vieillerie malfaisante, l'autorité conmie un joug avilissant. Représentant du peuple en 1848, siégeant à la Montagne, il avait rêvé je ne sais quelle régénération sociale. Honnête homme au fond cependant, et sincère dans ses égarements, il vit bientôt s'ouvrir devant lui des abîmes qu'il n'avait pas soupçonnés; il vit de près les révolutionnaires et leurs projets et leurs œuvres. Partisan des fameux principes de 89, il en vit sortir fatalement les conséquences de 93; il prit la Révolution sur le fait;... et rejeté dans dans le bien par l'excès même du mal, il tendit ses bras désespérés vers cette Église qu'il avait méconnue ; il se repentit, il examina, il crut et déposa aux pieds du prêtre, avec le fardeau de ses péchés, les affreuses livrées de la Révolution. 11 a trouvé la paix et le bonheur. 11 fait autour de lui un bien immense, se dévouant au service de Jésus-Christ avec une sainte ardeur.

Dans les rangs peu chrétiens de nos jeunes

démocrates, combien de nobles cœurs, abusés par les utopies révolutionnaires, cherchent, sans pouvoir les trouver, cette paix et ce bonheur I Les aspirations de leur âme ne seront satisfaites que lorsqu'ils se soumettront au joug bienheureux du Sauveur et lorsque, devenant de vrais catholiques, ils expérimenteront la puissance de la parole évangélique : « Venez à moi, vous tous qui souffrez et qui « travaillez, et moi je vous soulagerai. Prenez « mon joug sur vous, et apprenez de moi que « je suis doux et humble de cœur; et vous c( trouverez le repos de vos âmes. »

Mais qu'ils prennent gaçde I pour cesser tout de bon d'être révolutionnaires, il faut devenir catholiques tout de bon, entièrement, et par l'esprit, et par le cœur, et par la pratique. Il ne suffit pas de s'arrêter à moitié chemin, comme font ceux qu'on appelle catholiqueslibéraux, c'est-à-dire ceux qui croient qu'on peut être catholique par la pratique et par le cœur, et libéral ou révolutionnaire (au fond, cela revient au même) par l'esprit, par les principes, par les idées. Il faut être catholique tout court, catholique comme le Pape, cathoUque avec le Pape.

Et ce qui est vrai de l'individu est égalememi vrai de la société ; l'enfant prodigue, le

monde moderne, misérable, loin de la maison paternelle, loin de la sainte Église, ne trouvera le repos qu'aux pieds du Christ et de son Vicaire.

I»réaetloD caOïollqiiei

Sommes-nous des réactionnaires? Non, si par réactionnaires, on entend des esprits chagrins, toujours occupés à regretter le passé, l'ancien régime, le moyen âge. « Personne, disait le bon Nicodème, ne peut rentrer dans le sein de sa mère pour naître de nouveau; »

nous le savons très-bien, et nous ne voulons pas l'impossible.

Oui, *iOus sommes des réactionnaires, si Ton entend par là des hommes de foi et de cœur, catholiques avant tout, ne transigeant avec

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aucun principe, n'abandonnant aucane vérité, respectant au milieu des blasphèmes et des ruines révolutionnaires, Tordre social établi de Dieu, décidés à ne pas reculer d'un pas devant les exigences d'un monde perverti, et regardant comme un devoir de conscience la réa^tian a nttrévfjlutio nma ire .

Nous le disions tout à Tiieure, la Révolution est le grand danger qui menace l'Hgiise aujourd'hm. Quoi qu'en disent les endormeurs, ce danger est à nos portes, dans l'air que nous respirons, dans nos idées intimes. A la veille des grandes catastrophes, il s'est toujours trouvé de ces incompréhensible? iveugles, sourds et muets, qui ne veulent rien voir, rien comprendre. « Tout va bien, disent-ils; le monde n'a jamais été plus éclairé^ la fortune publique plus prospère, l'armée plus brave, Tadministration mieux organisée, l'industrie plus florissante, les communications plus rapides, la patrie plus une. » lis ne voient pas, ils ne veulent pas voir que cet ordre matériel couvre un désordre moral profond, et que la mine prête à éclater est à la base même de l'édifice. Endormis et endormeurs, ils abandonnent la défense, la font abandonner aux autres et livrent à la Révolution l'Église désarmée.

Et cependant, cela est plus clair <Kie le jour,

zedbyCjOOQl

la Révolution c'est rantichristianisme, qui appelle à soi toutes les forces ennemies de l'Église : incrédulité, protestantisme, césarisme, gallicanisme, rationalisme, naturalisme, fausse politique, fausse science, fausse éducation:

« Tout cela est à moi, tout cela fait mon œuvre, s'écrie la Révolution ; nous marchons tous contre I'ennemi commun I Plus de Pape, plus d'Église ; affranchissement du joug catholique, émancipation de l'humanité ! »

Voilà le redoutable adversaire contre lequel chaque chrétien est obligé en conscience de RÉAGIR, comme nous l'avons déjà dit, avec toute l'énergie que donne l'amour de Dibu, uni au vrai patriotisme. Voilà l'ennemi commun ; il faut vaincre ou périr.

Comment vaincrons-nous î D'abord, je le répète, en ne craignant pas. Un chrétien, un catholique, un honnête homme ne doit craindre que Dieu. Or, |Dieu est avec nous, et nous sommes certains de vaincre tôt ou tard. Peutêtre faudra-t-il du sang comme aux premiers siècles, du sang et des humiUations et des sacrifices de tout genre ; soit. Mais nous finirons par vaincre : « Ayez confiance, j'ai vaincu le monde : Confidite^ ego vici mundum ! v

Puis, nous devons mettre au service de la grande cause toutes les influences, toutes les

ressources dont nous pouvons disposer. Si,' par notre position sociale, nous pouvons exercer une action générale sur la société, soit par notre plume, soit par tout autre moyen légitime, ne manquons pas à notre devoir catholique d'homme public. Faisons le bien sur une aussi grande échelle que possible. Il y a bien peu de catholiques qui foiit vraiment tout ce qu'ils peuvent.

' Si nous ne pouvons exercer qu'une action individuelle et restreinte, gardons-nous de croire que cette influence est perdue au milieu du tourbillon. L'Océan n'est formé que de gouttes d'eau réunies, et c'est en convertissant des individus que l'Église est parvenue, après trois siècles d'une indomptable patience, à convertir, à transformer le monde. Faisons de même; en face de la Révolution, imiverselle comme le paganisme d'alors, cherchons, même individuellement, « le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste nous sera donné par surcroît. » Jeunes gens, hommes faits; vieillards, enfants; femmes, jeunes filles; riches, pauvres ; prêtres, laïques, qui que nous soyons, travaillons avec confiance, et faisons l'œuvre de Dieu ; si le monde se remplit de saints, si la majorité des membres qui composent la société devient profondément catholique, l'opi-

nion publique réformera d'elle-même et sans secousse cette société qui se perd, et la Révolution disparaîtra.

Ayons pour le bien l'énergie que la Révolution déploie pour le mal. Nous l'entendions dire tout à l'heure aux enfants de ténèbres : « Le travail que nous allons entreprendre n'est « Tœuvre ni d'un jour, ni d'un mois, ni d'ut « an; il peut durer plusieurs années, un siècle « peut-être ; mais, dans nos rangs, le soldat « meurt et le combat continue. Ne nous dé- « courageons ni pour un échec ni pour un re- « vers ; c'est d'insuccès en insuccès qu'on arft rive à la victoire. »

Enfants de lumière, prenez cette règle pour vous, et appliquez-la avec le zèle de l'amour. L'Église est pauvre : vous êtes riches, donnezlui votre or; vous êtes pauvres vous-mêmes :

partagez avec elle votre pain. L'Église est attaquée les armes à la main : un sang généreux eoule dans vos veines ; oflfrez-lui votre sang. L'Église est indignement calomniée : vous avez une voix, parlez ; une plume, écrivez pour sa défense. L'Église est abandonnée, trahie par ceux qui se disent ses enfants. Sa confiance es' en DiKu seul : hâtez par vos prières le secours d'en haut. Que notre devise à tous soit la belle paroie de TertuUien : « Aujourd'hui tout ca-

tholique doit être soldat : In his omnis homo viiles. )»

Avant tout, il faut, dans le siècle où nous vivons, se former avec soin l'esprit et l'intelligence ; il faut baser sa vie sur des principes purement catholiques, afin de ne pas être emportés, comme tant d'autres, à tout vent de doctrine. Presque tous les jeunes gens qui donnent dans les idées libérales et révolutionnaires manquent de ces principes réfléchis et sérieux dont la foi est l'immuable point de départ. Une responsabilité redoutable pèse à cet égard sur les hommes chargés d'instruire la jeunesse; depuis longtemps, Fécjucation et l'enseignement sont le berceau caché de la Révolution.

Prenons garde à nos lectures ; il y a très-peu de bons livres, de livres vraiment purs en fait de principes, surtout en fait de principes politiques et sociaux ; presque tous méconnaissent totalement la mission sociale de l'Église ; ou ils la repoussent, ou ils ne daignent pas en parler. N'ayant plus, pour point de départ, l'autorité divine, ils sont forcés de tout faire reposer sur l'homme seul; sur le Souverain, s'ils sont monarchistes, et c'est l'absolutisme ou le césarisme ; s'ils sont démocrates, sur la souveraineté du peuple, et c'est la Révolution propre*

ment dite. De part et d'autre, erreur fondamen taie , principe social antichrétien. Les plus dangereux.- de ces livres, du moins pour les lecteurs honnêtes, ce ne sont pas les pamphlets ouvertement impies; ce sont bien plutôt les livres de fausse doctrine modérée qui accordent à l'Église un certain respect. 89 est plus dangereux que 93.

Que Ton se méfie principalement des livres d'histoire. Depuis quelques années seulement, un revirement heureux, dû à la bonne foi et à des études plus consciencieuses, nous a valu quelques précieux ouvrages qui suffisent à peu près pour dissiper les préjugés et les erreurs. Depuis trois siècles, Thistoire a été transformée, par les haines protestantes, et plus tard par le voltairianisme, en une véritable machine de guerre contre le Christianisme. Elle est devenue, a dit le comte de Maistre, « une conspiration permanente contre la vérité. »

Ce qui est vrai des livres, l'est encore bien plus des joumauxy cette peste publique qui empoisonne le monde entier. Ils sont presque tous les champions avoués ou secrets de la Révolution. Rien n'est dangereux comme un journal non catholique ; cette lecture répétée chaque jour s'insinue promptement et profondément dans les têtes les plus solides, et finit par faus-

ser le jugement. Je vous en supplie, ne vous abonnez à aucune de ces feuilles, et moins encore à celles qui couvrent leurs mauvaises doctrines d'un masque d'honnêteté, et se prétendent conservatrices. « Il n'est pire eau que l'eau qui dort. »

Enfin, je recommande aux jeunes hommes une instruction religieuse très-forte et très-solide. Je n'ose leur parler de la Somme de saint Thomas^ chef-d'œuvre incomparable, résumant, dans un ordre magnifique, toute la doctrine religieuse, toute la tradition catholique; les intelligences ont tellement baissé, depuis que la foi ne soutient plus la raison, que Ton n'est plus même en état de comprendre aujourd'hui ce que le grand docteur offrait aux étudiants du MOYEN AGE commc « du lait pour les commençants! »

Entre plusieurs ouvrages de fond, je [recommanderai la Théologie dogmatique et l'Exposition du droit canonique, du Cardinal Gousset; la Règle de la foi, du P. Perrone, et les belles Études philosophiques, de M. Nicolas ; comme résumé de la doctrine chrétienne, le grand Catéchisme du Concile de Trente, traduit par Mgr Doney; enfin les exoeWentQS Réponses populaires du P/ Franco, qui résument avec une lucidité merveilleuse et une très-pure doctrine toutes les controverses à l'ordre du jour, r^^^jg*

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Les lumières de Tesprit ne suffisent pas; il faut en outre la sainteté du cœur. Tout homme qui veut réagir sérieusement contre le mal qui nous dévore doit vivre en vrai chrétien, mener une vie pure, innocente, détachée ûu monde, et tout animée de l'esprit de l'Évangile ; il doit prier beaucoup, communier souvent, et puiser ainsi à ces sources vives la véritable vie chrétienne et catholique . Les hommes de foi, de prière et de charité possèdent seuls le seeret des grandes victoires.

Telle doit être notre réaciio/i contre la séduction des faux principes et contre l'entrainement universel. Tel est notre devoir à tous, devoir dont nous rendrons compte à Dieu quand nous paraîtrons devant lui. Ce devoir regarde avant tout ceux qui directement ou indirectement ont charge d'âmes : les Pasteurs de l'Église, les Évoques et les prêtres, docteurs dii peuple chrétien, chargés par Dieu du soin d'instruire tous les hommes de tous leurs devoirs, et de les garantir contre les pièges du mensonge; les chefs des États qui doiveot, comme nous l'avons vu, veiller indiïecteaient sur le salut de leurs peuples, ep facilitant à l'Église sa mission salutaire; les pères et mères, dont le ministère consiste avant tout à faire de leurs enfants des chrétiens solides et des hommes de dévouement. ^^^^^^^^ ,,GoogIe

Que Dieu bénisse nos efforts! et que le monde, encore une fois, soit sauvé par lea chrétiens!

FanMl muer oontre rimpoMlbic?

La question est de savoir si c'est impossible. Le mot impossible n'est pas français, dit-on ; est-ce bien vrai? Je Tignore; ce que je sais, c'est qu'il n'est pas chrétien, a Ce qui est impossible aux hommes, est possible à Dieu. » Le monde païen étant ce que chacun sait^ n'étaitil pas impossible et trois fois impossible que douze pêcheurs juifs le convertissent à la folie de la croix ? N'était-il pas impossible que saint Pierre remplaçât Néron au Vatican ? L'histoire

de rÉglise est l'histoire des impossibilités vaincues; c'est la réalisation permanente de l'oracle du Sauveur : a Et nihil impossibile erit vobis : Pour vous, rien ne sera impossible. » (Saint Luc, XVII, 19.) Il est moins difficile, si je ne m'abuse, d'épurer le monde actuel, qu'il ne Ta été à nos pères d'épurer le monde païen. Prenons les mêmes moyens, les mêmes armes ; la foi triomphera maintenant comme alors.

a Soit, diront peut-être quelques chrétiens timides; mais, les idées modernes et démocratiques étant répandues et enracinées partout, l'impossibilité pour l'Église d'exercer ses droits sur les sociétés paraissant un fait accompli, et l'avenir paraissant devoir favoriser de plus en plus ce fâcheux état de choses, ne serait-il pas plus raisonnable, peut-être même plus utile à la bonne cause, d'accepter le fait, de faire des concessions sur le droit, et de pactiser sans crainte avec les principes modernes? Agir autrement, n'est-ce pas risquer de tout compromettre? n'est-ce pas même exposer la Religion aux récriminations publiques? » — Gardezvous de le croire. Dans les temps de transition comme le nôtre, les hommes ont besoin de la vérité, de la vérité tout entière. Les vérités ont été affaiblies et abandonnées par les passions

humaines, diminutœ sunt veritates a filiis homU num; dépositaires de tous ces principes sacrés de vie religieuse, sociale, politique et domestique, rendons-les au monde, qui seçieurt faute de les connaître. Pas de prudence iiumaine ; elle perdrait tout. Prudentia carnis mors est. Soyons prudents, oui; mais prudents dans le Christ. Nous passerons, comme toujours, pour des insensés, et nous serons très-sages ; « insistons^ comme la foi nous l'ordonne, insistons à temps et à contre-temps; reprenons, supplions, signalons le mal en toute persévérance et doctrine. » Ce sont les propres paroles de l'Apôtre saint Paul qui nous en adjure « devant DiED et devant Jésus-Christ, Juge des vivants et des morts. » Et il ajoute, prophétisant les défaillances des hommes et du temps où nous vivons : « Car il viendra un temps où « ils ne supporteront plus la saine doctrine, a mais, selon leurs passions, s'abandonneront « à une foule de docteurs qui les flatteront; et, « se détournant de la vérité, ils se nourriront de « fables. Pour vous, veillez et ne craignez point « la peine (1). » Rien de plus clair que cette ligne de conduite ; ayons le courage de l'adopter.

« Maïs on criera contre l'Église? » — On

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criera ; et puis, on ne criera plus. Est-ce que Ton ne crie pas maintenant ? Qu'est-ce que le journalisme, qu'est-ce que la politique dans FEurope entière, sinon un cri permanent oontre l'Église, sous le nom de parti clérical, d'empiétements ultramontains, de fanatisme ? Parlons haut et ferme au milieu de ces clameurs; rappelons-nous qu'il n'est pas permis de se taire. Vœ mihi, quia taeui !

« Mais, en demandant trop, vous n'obtiendrez rien. » — Nous ne demandons pas trop; nous demandons ce que Dieu veut, ce que les hommes doivent lui donner, ce qui est juste, et, en outre, ^ce qui peut seul nous sauver tous.

Remarquez-le bien ; c'est ici une question de vie ou de mort, comme jadis entre le paganisme et le Christianisme ; ce sont deux principes qui s'excluent, l'Église et la Révolution, le Christ et le démon; il n'y a pas de terme moyen. D'ailleurs, auriez-vous encore la simplicité de croire qu'avec les révolutionnaires les concessions servent à quelque chose? « Une seule concession peut nous satisfaive : c*est la pleine et entière destruction du pouvoir temporel de VÊglise. » Ce sont les paroles textuelles des chefs de la Révolution. Et il faut ajouter avec €ux : <t Et du pouvoir spirituel; » car le tem-

porel n'est que Tarmure deslinée à pï'otéger, à sauvegarder le- spirituel. En demandant moins, nous ne gagnerions rien.

<t Mais il faut être charitable. » Oui, la charité et la douceur peuvent ramener les coupables ; aussi faut-il toujours être doux et charitable ; mais les questions de principe sont des questions de vérité et non de charité ; il n y a là matière à aucune concession. Avant d'être la société de la charité, l'Église catholique est la société de la vérité. Jamais la charité et la vérité ne doivent s'exclure; la charité qui sacrifierait la vérité ne serait plus charité, mais faiblesse et trahison.

A Mais il faut de la prudence dans l'exposition de la vérité elle-même; il neifaut pas jeter les perles devant les pourceaux. » — Sans aucun doute; mais il ne faut jamais trahir la vérité, ni l'Église, ni le Christ, sous prétexte de gagner plus facilement les sympathies des hommes. Jamais TÉglise n'a tenu cette conduit^ ; jamais les Apôtres, les Papes et les Saints n'oDt "^u recours à cette fausse prudence. Les chrétiens qui voudraient faire autfv.men t stîraient évidemment dans le faux; et s'ils n'étaient souvent excusés par la droiture de leurs inten-

tions, ils seraient certainement coupables devant Dieu.

« Mais enfin toute vérité n'est pas bonne & dire. » — Je le sais; mais cela n'est vrai c^ae des vérités qui blessent inutilement, et non de celles qui peuvent guérir et sauver. Or, les vérités de Tordre catholique antirévolutionnaire peuvent seules sauver le monde à l'heure qu'il est; et elles sont toujours bonnes à dire.

Proclamons-les, et, par une charitable fermeté, sauvons nos frères malgré eux. C'est beaucoup, croyez-moi, quand on a la vérité pour soi, d'attaquer le préjugé, même le préjugé ^ universel, môme le préjugé soi-disant inattaquable. L'attaquer, c'est déjà diminuer son prestige, et c'est énorme, car sous le prestige il n'y a rien. Et puis, comme dit le P. Lacordaire dans une de ses magnifiques Conférences, « il vaut mieux tenter quelque chose que de ne rien tenter du tout. »

Rien n'est encore perdu. Les circonstances sont graves, tout le monde le reconnaît; l'Église catholique perd de plus en plus son influence, pom* ne pas dire son existence sociale; il y a partout des catholiques et de bons catholiques, mais il n'y a plus de puissances catholiques, plus d'États constitués selon l'ordre diTÎn ; le

flot révolutionnaire monte de jour en jour comme les flots du premier déluge ; mais enfiû les éléments de salut sont toujours là. Je lé redis avec assurance, Tétat actuel du monde est un état transitoire. De deux choses Tune : ou bien l'Église, dans un temps donné, triomphera de la Révolution, comme elle a triomphé dé tant d'autres ennemis; et alors les nécessités de transition, que Ton voudrait aujourd'hui nous faire accepter comme des principes, disparaîtront d'elles-mêmes, laissant le champ libre aux principes éternellement vrais du Christianisme ; ou bien la Révolution l'emportera pour un temps, et alors à quoi auraient servi les con. cessions que l'on nous conseille maintenant? Si a rheure des ténèbres, » Fheure du prince de ce monde est arrivée, s'il est dans les desseins de Dieu que nous succombions dans la lutte, en défendant les droits de Dieu jusqu'au bout, au moins nous auron^> été de bons et fidèles serviteurs et nous pourrons dire avec le grand Apôtre : « J'ai combattu le bon combat ; j'ai fini ma course; j'ai gardé la foi. 11 ne me reste plus qu'à recevoir la couronne de justice que me donnera Notre-Seigneur, le juste Juge. »

« La Révolution peut-elle donc triompher tout à fait de TÉglise? l'œuvre de Dieu peut-elle

donc périr ? )> — L'œuvre de Dieu ne périra pas ; mais il en sera de l'Église comme.de sod divin Chef; elle aura, comme lui, « son heure, » sa passion, son calvaire, son sépulcre, avant de régner sur l'univers et de rassembler toute rhuinanité sous la houlette du céleste Pasteur. Tout cela est prophétisé dans l'Évangile.

Cette solution trés-possible de la question révolutionnaire mérite qu'on s'y arrête un moment.

ïJne redoatablc et trïs*pos§Ible solatlon de la question révolatlonnaire*

Un certain nombre de catholiques, parmi lesquels plusieurs Évèques et docteurs fort émi-

nents en science et en sainteté, ont la conviction profonde que nous approchons des derniers temps du monde, et que la grande révolte, qui brise depuis trois siècles toutes les traditions et les institutions chrétiennes, ';^outira au règne de TAntechrist.

Il est de foi révélée que le dernier avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ sera précédé d'un épouvantable bouleversement moral et de la lutte la plus terrible de Satan contre le Christ et son Eglise. Erit enim tune tribulatio magnat qualis non fuit ab initio mundi usque modo, neque fiet (1). De même que le Christianisme tout entier se résume en la personne de son Chef divin, notre sauveur, de même Tantichristianisme tout entier, avec ses révoltes, ses attentats, ses sacrilèges de tout genre, se résumera, en ces temps-là, dans la personne d'un homme, tout rempli de l'inspiration et de la rage de Satan; cet homme sera l'Antéchrist. Ce sera une sorte d'incarnation de Satan, et l'effort suprême de la révolte du démon contre Dieu.

L'Écriture nous parle clairement, en plusieurs endroits, de son apparition dans le monde ; entre autres dans le vingt- quatrième chapitre de saint Matthieu, dans le treizième de saint

(<) Év. s. Matih., XXÏV. 21.

Marc, dans le vingt et unième de saint Luc, et dans plusieurs Épitres des saints Apôtres (1). Quant à saint Jean, il a été choisi par la divine Providence pour nous dévoiler, dans l^oiagnifique prophétie de son Apocalypse, les douleurs qui précéderont et accompagneront le i^ègne maudit de l'Antéchrist, puis sa défaite, puis le règne glorieux du Christ et de l'Église (2.) L'Antéchrist résumera, disions-nous, à un degré suprême, tous les caractères de toutes les révoltes antichrétiennes. Il sera grand-prêtre, comme Caïphe ; César universel et bourreau, comme Néron, comme les autres empereurs païens; hérésiarque, comme Arius, Nestorius, Manès, Pelage, Luther et Calvin ; il dévastera et tuera, comme Mahomet et les autres barbares ; il s'élèvera contre la Papauté, comme les Césars du moyen âge, comme le schismatique Photius; il niera le vrai Dieu, le Christ et son Église, et tera régner sur tout l'univers le Satanisme on la Révolution parfaite ; après une persécution universelle, sans exemple depuis le commencement du monde, il replongera l'Église dans les catacombes, abolira le culte divin, se fera ado-

(1) Voyez surtout la seconde Épltre aux ThessaIoniciens« ch.IL

(2) Voir, dans TApocalypse, depuis le sixième chapitre jusqu'au vingtième, lequel rdfconte la ruine de TAntechrist et- le triomphe de l'Égiise jusqu'au dernier JuRMuent

rer coDimele Christ-DiEu et se donnera, comme tel, un pontife, chef de son culte impie ; et quiconque ne portera pas sa marque au front ou à la main droite, sera mis hors la loi et condamné à mort (1).

Le règne révolutionnaire de l'Antéchrist durera trois ans et demi (2) . Nos saints Livres en contiennent l'effroyable et prophétique récit, et ils nous apprennent que la délivrance viendra tout à coup, avec le glorieux avènement du Sauveur, au moment où tout semblera perdu.

Ce sera la Pâque,-la résurrection de l'Église, après sa passion douloureuse.. Alors la puissance de Satan sera brisée ; alors, mais alors seulement , la Révolution sera vaincue.

De très-graves indices font croire que le règne de l'Antéchrist n'est pas aussi éloigné qu'on pense. La Révolution lui prépare les voies, en détruisant la foi, en séduisant les masses, en abaissant les caractères, en travaillant sans relâche à l'abolition sociale de TÉglise. Parmi les raisons qui font croire à l'approche de la Ten-

(l)£t faciet ut quicumque non adora verint imaginemBestf», occidaniur. Et faciet omnes habere obaracterem in dextera manu eaa, aut in frontibus suis. Et ne quis possit emere, aut vendere, nisi qui babet characterem aut nomen Bestjae. (Apoc, XIII).

(2) Bt data est ei potestas facere menses quadraginta daoa {Ibid).

tation suprême, je signale les suivantes à la méditation sérieuse des hommes de foi : leur valeur est incontestable, et, pour ma part/ je les trouve plus que probantes.

1° Après avoir annoncé les signes avantcoureurs du dernier combat, qu'il appelle « les commencements des douleurs, hœc autem omnia initia sunt dolorum, » Notre-Seigneur, au vingt -quatrième chapitre de l'Évangile de saint Matthieu, dit formellement que la consommation viendra quand l'Évangile aura été prêché à toutes les nations : Prœdicabitur hoc Évangelium regni in wiiverso orbe, in testimonium omnibus gentibus; et tunc veniet consummatio.

Or, il est notoire qu'il ne reste presque plus aucun peuple sur la terre à qui l'Évangile n'ait été prêché. Depuis quau^ante ou cinquante ans, la propagation de la foi a pris une extension prodigieuse: TOcéanie entière est évangélisée ; nos missionnaires ont pénétré jusque dans le centre de la Haute- Asie, jusque dans îeThibet j rév^ngélisation de l'Afrique, même de l'Afrique centrale, est glorieusement entamée ; les deux Amériques ont été parcourues en tous sens par les hérauts infatigables de Jésus- Christ. Encore un demi-siècle, moins que cela

peut-être (grâce aux révolutionnaires d'Europe qui chassent au loin^ les Ordres religieux, et principalement les puissantes légious de la Compagnie de Jésus), et il est uet^àin que l'Évangile du royaume aura été prêché dans le monde entier, en témoignage à toutes les nations; et tuno veniet consummatio ; et alors VIENDRA. LA PIN. Je le demande , comment échapper à ce fait, à ces paroles et à leur conséquence évidente ?

A ceux qui diraient : « S'il faut d'abord que tous les peuples se convertissent, nous attendrons longtemps encore, » je répondrais :

a L'Évangile ne dit pas que tous les peuples se convertiront ; il dit simplement que la nouvelle de salut sera prôchée, annoncée dans le monde entier, « prœdicabitur Evangelium in universo orbe. » Et en ajoutant : in^ iestimonium omnibus gentibus, en témoignage à toutes les nations, ne semble-t-il pas indiquer, au contraire, que « lorsque le Fils de Dieu viendra juger les vivants et les morts » aucun peuple ne sera admis à dire : « Je n'ai pu vous connaître ; l'Évangile n'a point été prêohé chez nous? » Il y aura donc des hommes, peut-êire môme des peuples oui résisteront jusqu'à la fin à la prédication de TEvangile.

£• 11 est annoncé en outre, par Notre-Seigneur lui-même, qu'à l'approche des derniers temps la foi sera presque éteinte sur la terre. « Lorsque lé Fils de l'homme reviendra, pensez-vous, dit-il à ses disciples, qu'il trouvera de la foi sur la terre ? » Filius hominis venienSy putas, inveniet ftdem in terra? (Saint Luc, xvm, 8.) Or, n'est-il pas également évident que, malgré la résurrection religieuse très-réelle d'un certain nombre d'âmes d'élite, les masses ont déjà perdu la foi ou sont en train de la perdre ? Cela est vrai pour la France, cela commence pour l'Italie, pour l'Espagne, etc. Le monde catholique est en train de perdre la foi, déjà ruinée dans les trois quarts de l'Europe par le protestantisme, et, dans l'univers entier, combattue, menacée, par la fureur réunie de ce même protestantisme et des autres fausses religions. Comme nous le remarquions plus haut, l'influence délétère de la presse quotidienne, au service de la franc-maçonnerie universelle, suffira à elle seule, dans un bref délai, pour arracher du cœur de s peuples une foi déjà profondément ébranlée. -Dans tous les siècles chrétiens, il y a eu des incrédules, mais jamais l'incrédulité n'a pénétré dans les masses et dans les lois comme elle le fait depuis un demirsiècle. Quand on se rappelle la parole de

Notre-Seigneur, n'y a-t-il pas là de quoî réfléchir?

3° L'Apôtre saint Paul, dans sa seconde Épître aux Thessaloniciens, parle fort en détail des derniers temps et de TAntechrist. 11 nous donne un autre signe auquel nous pourrons reconnaître que le danger approche, a Ne craignez pas, dit-il aux anciens fidèles, comme si le jour du Seigneur était proche ; il faut auparavant qu'ait lieu l'apostasie. Ne terreamini,,,^ quasi instet dies Domini; quoniam nisi venerit DiscESsio PRiMUM. )) (Chap. Il, 3.) Les principaux interprètes de l'Écriture, comme l'expose saint Thomas, entendent imanimement, par cette discessiOy le renoncement général des royaumes à la foi catholique et à l'Eglise, l'apostasie universelle des sociétés, des nations, apostasia gentium. Et c'est encore un des caractères distinctifs de notre époque, en même temps que l'essence même de la Révolution : la sépa» ration de l'Église et de l'État, l'apostasie des sociétés en tant que sociétés, la désorganisation sociale du monde catholique, l'athéisme politique ex légal. Cette apostasie des sociétés est consommée, ou peu s'en faut. Quel est aujourd'hui sur la terre l'État qui reconnaisse officiellement et comme une institution divine

tous les droits de l'Église, et qui se soumette, avant toute autre loi, à la loi de Jésus-Christ, promulguée, expliquée et appliquée souverainement par le Pape, Clxef de l'Église? Il n'y en a plus un seul. Le signe donné par saint Paul est donc venu, et ce n'est pas à nous, chrétiens du dix-neuvième siècle, que s'adresse la parole : Ne terrmmviiy ne craignez pas.

« Mais n'a-t-on pas cru voir à plusieurs reprises dans les siècles passés ces mêmes signes ? N'a-t-on pas annoncé souvent la fin du monde? » — On en a parlé à trais époques, et non sans cause : d'abord sous Néron, aux approches de la première persécution générale de l'Église et de la destruction de Jérusalem; puis à l'époque de la chute de l'empire romain, de l'invasion des Barbares et de l'apparition de Mahomet ; enfiù, au quinzième siècle, aux approches de la prétendue Renaissance et de la révolte de Luther et de Calvin. Je ne parle pas de la fameuse panique de l'an 1000, qui n'a eu aucun caractère officiel et ecclésiastique, qui n'a reposé sur renseignement d'aucun docteur de l'Église, et qui n'a été qu'une impression populaire.

Les trois époques que je viens de dire ont été les différents plans d'un seul et môme ta-

LA RÉrOLUTION ITl

bleau. Chacune d'elles a été la figure prophétique et partielle de l'événement fiiiïal, de la suprême catastrophe que ies prophéties divines semblent dérouler de plus cm plTife sous les yeux obscurcis de la génération pré^nte.

Voilà pourquoi, à ces trois époques, le pressentiment de la fin du monde a été légitim-e •dans rÉglîse.

Jérusalem détruite symbolisait kn premier siècle la destruction future de la sainte Eglise, cité vivante de Dieu ; Néron était la itgure de r Antéchrist, césar et pontife païen, se faisant adorer par tout l'empire, persécuteur des chrétiens dans tout le monde connu, maître de la terre, bourreau de saint Pierre et de saint Paul, comme l'Antéchrist sera le bourreau des deux grands envoyés de Dieu, Enoch et Élie.

De même, à la chute de l'empire romain, Mahomet, l'ennemi acharné du- nom chrétien, a été une autre figure de F Antéchrist, ainsi que les Barbares qui ont été l'instrument de Dieu pour punir et renverser l'empire des Césars, la Babylone païenne, ivre du sang des martyrs.

Enfin, au quinzième siècle, saint Vincent Ferrier a eu raison de crier au monde catholique : « Réveillez-vous et faites pénitence, la tentation approche ! » Car, peu de temps après, la renaissance du paganisme et l'apparition fa-

taie des deux grands rebelles, Luther et Calvin, commencèrent cette destraction universelle qu'on î^ppelle la Révolution, préparèrent de loin son avènement et son triomphe ; ce triomphe désastreux formulé en 89, réalisé pleinement, mais passagèrement, en 03; organisé depuis et prenant chaque jour davantage possession des intelligences, des institutions, des lois, des coutumes et des sociétés. Encore un peu de temps, et la Révolution enfantera son fils, le fils de Satan, adversaire du Fils de Dieu, « l'homme de péché, comme dit saint « Paul, le fils de perdition, l'ennemi qui s'élè- « vera au-dessus de tout ce qui est appelé « Dieu, ou de ce qui reçoit un culte. » L'Antéchrist, en eflet, n'écrasera pas seulement le Christianisme et la véritable Église ; il n'abolira pas seulement le culte du vrai Dieu, le sacrifice catholique et le culte du Saint-Sacrement ; il s'élèvera au-dessus de tous les dieux des nations, de leurs idoles et de leurs cérémonies ; « et il s'assoira dans le temple de Dieu et s'y montrera comme s'il était Dieu (1). » Le mystère d'iniquité sera consommé dans

(4) Homo peccati, fîlius perditionis,qui adversalur, etextollitor supra omne quod dicitur Deus aut quod colitur, ita ut ia templo Dei sedcat ostendens se tanqu&m sit Deus (II ad Thessal., il, 3, 4).

toutQ son étendue, comme il le fut en principe lorsque le Christ, ' notre Chef, expira sur Ja croix, et Satan se croira le maître; son culte public s'établira par tout l'univers, au moyen de ces prestiges et de ces faux miracles dont parle 1* Évangile. Il faudra que ces prodiges menteurs soient bien puissants, puisque Notre- Seigneur, pour nous prémunir, nous déclare qu'il y aura de quoi « séduire (si cela était possible) les élus eux-mêmes ; et dabunt signa magna et prodigia, ita ut in errorem inducantur {si fieri potest) etiam eleeti. » (Saint Matthieu, xxrv (i).) Rome redevenue infidèle, malgré la Papauté, qu'elle persécutera comme jadis, sera, suivant toutes les probabilités et suivant le témoignage des anciens Pères, la capitale de l'Antéchrist et de son empire, la Babylone universelle et maudite plus complètement encore que sous Néron et les Césars païens. Suarez, Bellarmin, Cornélius à Lapide, attestent que telle est la tradition commune des saints Pères, et que cette tradition est d'origine apostolique.

Une des raisons les plus sérieuses qui portant à croire que nous approchons définitivement de ces temps néfastes, c'est que personr**. ny croit plus. Aux trois époques précitées on

(l)Yoir également le chapitre Xill de l'Apocalypse.

174 LA RÉrOLlOTION

croyaity et en particulier on croyait à la fin du monde; c'était une preuve (Certaine qu'il était encore loin. Aujourd'hui il n'en est plus de même.

Il y aurait à ajouter bien d'autres considérations fort sérieuses, à exposer bien d'autres textes des saintes Écritures, à faire ressortii? de très-frappantes analogies entre l'œiivre des six jours de la création du monde matériel et les six âges traditionnels que doit durer l'Église, laquelle est la création spirituelle et l'œuvre divine par excellence. Chacun de ces âges asi de mille ans , suivant toutes les traditions hébraîqueri et chrétiennes ; et à cent ans près nous touchons à là fin du sixième âge, du sixième jour de TÉglise. Ces considérations nous entraîneraient trop loin , et j'en ai dit assez, si je ne me trompe, pour montrer à un esprit chrétien et non prévenu que la situation présente doit être prise au sérieux et que l'Église, selon toute apparence, aura bientôt à se défendre contre le danger suprême.

Quoi qu'il en soit , l'Église touche à une grande crise ; que ce soit ou non la dernière, il faut absolument nous préparer à combattre et à souffrir; il faut nous détacher de cœur des biens périssables que la Révolution peut nous

ravir, usaot de ce monde comme n'en usant pas, tesodant à la céleste patrie et, sur la terre;, ne vivant que pour l'éternité. îl faut que la Vierge immaculée soit la Reine bion-aimée de notre cœur ; TEucharistie, notre pain de chaque jour; le saint Évanple, notre lecture la plus chère ; le Sacré-Cœur de Jésus, notre souverain refuge. Vivons tout à Dieu, inébranlables au milieu de rentrainement univeî^el. iBdissolublement unis en toutes choses au Vicaire de Notre- Seigneur Jésus-Christ, cherchons dans la pure lumière catholique le guide fidèle qui nous fera traverser d'un pas sûr les ténèbres de la Révolution.

Surtout ne perdons pas courage; saluons d'avance le triomphe promis à la Vérité. Après rheure des ténèbres, la sainte Église ressuscitera glorieuse et régnera par tout Tunivers.

Alors se réalisera, dans toute son étendue, l'infaiïlible et consolante prophétie de rÉvangile : Il n'y aura plus qu'un seul trovpeau et qu'un êeul pasteur, kt erit unum ovile et unus pastoe.

SCB

TUUM PRjBSIDIUM

IMMACULATA

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