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unique mérite est d’avoir extrait de chacune des législations antérieures ce qu'elle contenait d’utile ou de juste. L'œuvre de 1791 a servi de base au législateur de 1810, lui fournissant les données d'une expérience de près de vingt ans, où avaient apparu les vices du système. Œuvre d’éclectisme, nullement de création, tel est le Code pénal de 1810. ‘ Il est bien vrai de dire, comme l’a fait Montesquieu, que « les peines ont diminué ou augmenté à mesure qu'on s’est plus rapproché ou plus éloigné de la liberté (1) ». Le Code de 1810 marque certainement une aggravation dans la rigueur du système pénal. La législation de 1791 eut, du moins, un mérite qu'on ne lui déniera pas : au milieu de ses erreurs, elle fut humaine, la plus humaine de toutes celles que nous ayons connues depuis un siècle. Elle voulut que le coupable, si bas qu'il fût tombé, pût un jour se relever et revivre à la liberté et à l'honneur. Elle bannit les châtiments perpétuels, démoralisants, plus cruels que la mort. Elle admit celle-ci, sans doute, mais comme à regret, etelle la voulut le plus rare et le plus douce qu'il se pût. La mort ne fut plus, suivant la formule admirable, que la simple privation de la vie. Jamais ce principe ne fut répudié. Un moment vint où la Révolution se vit près de succomber. Deux dangers la menaçaient : au dehors, la coalition l’étreignant d'un cercle de fer et de feu; au dedans, la guerre impie déchirant le flanc de la patrie. Alors, sans doute, le salut public exigea des mesures exceptionnelles. Il fallut, en sauvant la
(1) Esprit des lois, liv. VI, chap. 9.
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patrie, sauver les principes de 1789, ce patrimoine sacré dont la France, qui l'avait conquis, avait seule le dépôt : pour les sauver, on dut les voiler pour un temps; des excès se produisirent, fatals, inévitables. Malgré tout, la règle d'humanité ne fléchit à aucun instant : on voulut tuer et non pas faire souffrir. « L'histoire dira, s’écrie Michelet, que, dans un moment féroce, implacable, la Révolution craignit d'aggraver la mort, qu’elle adoucit les supplices, éloigna la main de l'homme, inventa une machine pour abréger la douleur (1), »
Un dernier caractère de l’œuvre de 1791 fut cette foi en la bonté native de l’homme, qu'avait inspirée le sublime Jean-Jacques, et dont les hommes de la Constituante, à quelque parti qu'ils appartinssent, furent animés au suprême degré.— De cela, aurons-nous le courage de les blâmer ? Sans doute, il est de mode aujourd’hui de railler
: ce qu'on traite d’illusion sentimentale. Notre épo-
que, rongée d’un scepticisme qui n'est souvent que snobisme, ne connaît plus ces enthousiasmes qu'elle juge ridicules. Il faut se rappeler, pourtant, que ce fut cette foi qui inspira à nos ancêtres tant et de si grandeschoses, et qu’à côté d'erreurs passagères leur enthousiasme généreux nous a légué des bienfaits inestimables.
(1) Histoire de la Révolution française (éd. Flammarion, 1897- 1898). Avant-propos, page 68.