‹ La révolution religieuse: JésusChapitre 5 sur 108 · RUI.NE DE LA CITE ANTIQUE · texte numérisé non relu

RUI.NE DE LA CITE ANTIQUE

Ce vaste mouvement d'unification politique entraîne d'importantes conséquences morales. Les anciens états pesaient d'un poids très lourd sur les âmes ; le citoyen n'avait aucune liberté : « il était soumis en toutes choses et sans nulle réserve à la cité; il lui appartenait tout entier. Son corps appartenait à l'état et était voué à sa défense. Sa fortune était toujours à la disposition de l'état. Sa vie privée n'échappait pas à cette omnipotence de létat, qui exerçait sa tyrannie jusque dans les plus petites choses : à Locres, la loi défendait aux hommes de boire du vin pur ; à Rome^ à Milet, à Marseille, elle le défendait aux femmes. L'état ordonnait au père à qui naissait un enfant difforme, de le faire mourir. L'état voulait diriger seul l'éducation des enfants, et Platon dit le motif de cette exigence. L'homme n'avait pas le choix de ses croyances. Il devait croire et se soumettre à la religion de la cité. Il ne fallait pas qu'un Athénien s'avisât de douter d'Athénè Poliade, ou d'Erechthée, ou de Gécrops. Il y aurait eu là une grande impiété qui eût porté atteinte à la religion et à l'état en même temps, et que l'état eut sévèrement punie. Socrate fut mis à mort pour ce crime. La personne humaine comptait pour bien peu de chose vis à vis de cette autorité sainte et presque divine qu'on appelait la patrie ou l'état.

drine, où prédominent les influences helléniques, de la période impériale romaine, où réagissent les traditions orientales [Syrie, Egypte, Asie Mineure] émancipées de rilellénisme par la victoire de Rome.

g • l'époque syncrétiste

L'intérêt individuel, le droit, la justice, la morale, tout devait céder devant le salut de Tétat ))^ — Mais voici que Rome brise et jette à terre tous ces états despotiques ; délivré de sa chaîne, lindividu respire ; la pression du groupe social, subitement et démesurément élargi, se fait moins durement sentir sur chacun; les âmes dilatées, montant plus librement vers Dieu, se replient plus facilement sur soi; « les vertus publiques vont dépérissant, mais les vertus personnelles se dégagent et apparaissent dans le monde » ^ ; « la littérature devient à la fois plus individuelle et plus cosmopolite » - ; elle est a moins marquée de traits régio-

^ Fustel de Coulanges : La Cité antique, III, 18, de l'omnipotence de l'état, et IV, 1, nouvelles croyances.

- Alfred Croiset : Hist. Uli. grecque, V. 2-3. — A ce fait général se rattachent la prédominance des problèmes moraux en philosophie ; la naissance du roman [Rohde : der griechische Roman und seine Vorldufer^ 1876]. de la comédie de mœurs [Ménandre, Plante, Térence] et de l'idylle [Théocrite] ; Tinfluence croissante des femmes. [Le développement du régime municipal par les Romains a souvent relevé leur situation, en Asie par exemple [Ghapot5H-512], les a « fait sortir de Texistence humble et recluse que ce sexe avait vécue antérieurement. Libre de sortir de sa demeure... et même de se mêler à la vie publique, la femme, plus aisément, put se joindre aux rassemblements sur les places... »]

Les Romains, on le sait, ont systématiquement brisé tout groupement politique autre que le groupement municipal : la vie municipale, étendue et favorisée par eux, a été très intense. Les rivalités des cités, même en matière religieuse, sont très fréquentes et très vives [jalousie d'Ephôse et de Pergame à propos du titre de néocore, Chapot. 44'J : Lebas : Eapl. Asie Min., III, n. 88.j: A. Dufourcq : Christian, des foules, 3» éd. 1907.23].

Le sentiment cosmopolite se combine avec le patriotisme local, tandis que sommeillent les patriotismes nationaux : il se forme de gigantesques corporations œcuméniques de serviteurs

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