LE RÈGNE DE DIEU
« est proche ; convertissez-vous et croyez à lÉvangile. » Et, passant le long du lac de Génésareth, il voit
restauration d'Israël : « Rendez à César ce qui est à César... » Me, 12, 13-17. — 2. Il est la destruction du règne de Satan et de ses démons : la tentation : multiples exorcismes de Jésus et de ses disciples, Me, 1. 2.5 ; Mt., 10, 8. Voir infra p. loi. — 3. II est donc l'instauration du règne de Dieu : l'idée du royaume a une valeur sociale ; c'est une société où l'on entre, d'où l'on sort, où l'on s'élève, où l'on descend jusqu'à mériter d'être chassé, Mt., 5, 20; 18, 3 ; 13, 41, 24, 28, 29, 30, 47, 48 ; elle grandit peu à peu, d'elle-même, et finit par embrasser la terre, Me, 4, 26-32, comme elle se continue et s'épanouit au ciel, Mt., 8, U; cf. Sagesse, 10, 10. — 4. Mais en même temps, et conséquemment, il a une valeur individuelle : puisqu'il est, dans le monde, la défaite de Satan et le triomphe de Dieu, c'est qu'il est, dans les âmes, la destruction du péché et le règne de la justice : pénitence Me, 1, 15, humble et docile obéissance à Dieu, Me, 10, 14-15, la pureté, Me, 7. 21-23 et la justice intérieure, Mt., 5. 20- 48 : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait, Mt., 5, 48 ». — 0. Il se consomme dans chaque âme par le règne de l'amour : amour filial envers le Père qui est aux cieux et qui est tout amour, Le, 15. M; Mt., 6. 9-13, 25-33 : 7, 7 ; amour fraternel envers les hommes, Me, 12, 33; Le, 6. 22-36, 41 ; Mt., 5, 38-48. Sur la théorie J. Weiss Loisy, voir p. 184, n. l.
Le règne de Dieu dont Jésus prêche et procure l'avènement est spirituel quant à l'essence, et universel quant à l'extension. Vidée de paternité divine achève et couronne sa doctrine. Cette idée, le Père tout proche et tout bon, réagit contre la tradition la plus ancienne [Dieu = maître tout-puissant et impérieux] et la tradition la plus récente d'Israël [le sentiment de la transcendance de Dieu s'exagère, t. I. p. 304]. Néanmoins elle s'est déjà fait jour : voir Exode, 4. 22, Hosée, Jérémie, le Deutéronome [t. I, p. 258], et surtout, depuis la ruine nationale, voir Isaie, 63, 15; 64, S; EccU., 23. 1-4; 51, 10: 2, 13. 18 ; Sarjesse, 2, 13, 16, 18 [le juste se nomme fils de Dieu, se vante d'avoir Dieu pour père]. [Cf. Psaumes 89. 94. 96, 116. 118, 145,146.] Mais, avec Jésus, en rai!<on de la nature de sa personne et de la portée de son œuvre, la notion de paternité divine a pris une valeur infiniment plus précise et infiniment plus haute que par le passé. — Voir Rose : op. laud., 139 ; Bovon : op. laud. ; Holtzmann : op. laud : J. Weiss : Die Predigt Jesu vom Reic/ie Gottes, 2* éd., 1900, Gôttingen.
Simon et André, fils de Jona, qui jettent le filet à la mer et leur dit : « Suivez-moi et je ferai de vous des pêcheurs « d'hommes. » Et Simon et André laissent leurs filets pour le suivre ; et Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui raccommodent les leurs et qu'il appelle également, le suivent à leur tour. Et Jésus s'établit à Capharnaùm, au nord-ouest du lac, dans la maison de Simon et d'André.
Un jour de sabbat, il se rend à la synagogue au moment où les habitants du pays s'y réunissent pour la prière et pour la lecture de la Loi. Il lit le texte hébreu, le traduit et le commente en langueVulgaire ^ ;
'Voir Mt., 4. 23: 9, 33, ou Luc, 4, 16-22. Outre le commentaire de TEcriture, Jésus emploie encore d'autres procédés : \° il prononce des sentences, lof/ia : Le, 12, 1-6; 9, 61-62; Me, 2. 17 ; 2° dialogue : Me. 10, 17, sq. : 2° les paraboles (voir supra, p. 142) ; 4° la prière : Le, 6, 12. ; Mt., 11, 25 [Batiffol : L'efiseif/nemenlde Jésus, 1906, 3-32. Voir aussi Bovon. l*. 290]. On est en général d'accord pour penser que l'enseignement par les paraboles a été propre à Jésus. — Voici une parabole d'un rabbin du second siècle qu'on pourra comparer à la parabole évangélique des ouvriers de la vigne. « Gomme R. Bun-bar-Uiya était endormi, R. Sera s'approcha et dit : Doux est le sommeil du travailleur, qu'il ait mangé peu ou beaucoup. 11 en est ici comme d'un roi qui avait engagé beaucoup d'ouvriers, dont l'un se distingua tellement par son zèle et son habileté que le roi le prit par la main pour aller et venir avec lui. Le soir les ouvriers vinrent, et avec eux l'habile ouvrier, pour recevoir leur salaire. Le roi leur donna à tous la même rétribution, ce qui fit murmurer ceux qui avaient travaillé toute la journée : Nous avons travaillé tout le jour, dirent-ils, et celui-ci n'a travaillé que deux heures ; cependant il a reçu son salaire complet. Le roi répondit : il a plus fait en deux heures que vous dans toute la journée, .\insi R. Bun-bar-Hiya a fait plus de progrès en 28 ans que beaucoup d'autres en étudiant penilant un siècle ». \eod. op., 19]. — Cf. aussi l'apologue de io[ham[Juge, 9, 8-15; voir t. I, p. 214, note 2J.
JÉSUS A CAPHARNAUM 151
et les gens de Capharnaûm sont frappés de la différence qui sépare son enseignement de celui des scribes : il parle avec autorité. Un possédé qui se trouve là, sans doute parce que ses crises sont rares et quon le laisse prendre part à renseignement de la communauté, l'interrompt tout à coup, poussé parl'Esprit impur: « Qu"y « a-t-il entre toi et nous, Jésus de Nazareth? Viens-tu « pour nous perdre? Nous savons qui tu es : le Saint de « Dieu, venu pour détruire la domination du démon. » Jésus commande à l'esprit de se taire et de s'éloigner. Mais une nouvelle crise se produit : le possédé est saisi d'une convulsion violente et pousse un grand cri : il est délivré. Grande surprise dans l'assistance : elle admire la nouveauté de renseignement de Jésus et la force de son pouvoir sur les esprits mauvais. Dans tous les alentours il n'est bruit que de ce miracle. Et l'attention redouble bientôt : la belle-mère de Simon était couchée ayantla fièvre ; Jésus s'approcha d'elle, il la fit lever en la prenant par la main, et la fièvre la quitta.
Ces guérisons, d'autres encore, surexcitent à ce point les habitants qu'ils vont partout, criant au Messie, le roi qui relèvera le trône de David, sans savoir ce qu'est le vrai Messie, le sauveur des âmes. Jésus veut laisser à cet enthousiasme irréfléchi le temps de se dissiper. Il quitte la ville avant le jour, sans même avertir ses nouveaux disciples, et se retire dans un lieu désert pour prier. On s'inquiète, on le cherche, on le trouve. « Allons dans les autres bourgades, dit-il; j ai (( l'intention d'y prêcher et c'est pour cela que j'ai
quitté Capharnaum. » Il séloigne, en effet, afin de se faire oublier ; mais les guérisons miraculeuses qu'il opère dans la campagne voisine — telle, celle du lépreux quil touche de la main — provoquent le même enthousiasme : on voit en lui le Messie qui restaurera rindépendahce d'Israël ; sa renommée lui devient une gêne dans l'exercice de son ministère. 11 revient en secret à Capharnaum.
La nouvelle se répand ; tout le monde accourt et Jésus parle. Mais les gens qui ont des malades se préoccupent surtout de les faire guérir. Arrivent quatre hommes portant un paralytique sur un brancard. Les abords de la maison sont encombrés; impossible -d'atteindre même jusqu'à la porte. Ce voyant, les porteurs montent sur le toit en terrasse, y pratiquent un large trou en enlevant le dallage et descendent leur malade devant Jésus. Et Jésus lui dit au nom de son Père, s'arrogeant une fonction du Messie ^ : « Tes péchés te sont remis. » Mais voici qu'on s'indigne. Dieu seul peut remettre les péchés ; si Jésus veut les remettre par son autorité d'homme, il blasphème. Le Sauveur connaît cette pensée des scribes qui l'entourent : il la combat immédiatement. «Pourquoi avez-vous de telles pensées « dans le cœur? Qu'y a-t-il de plus facile, ou de dire au « paralytique : Tes péchés te sont pardonnes — ou de
* Dalnian nie, Worte Jesu, 2\'6, que, aux yeux des Juifs, le Messie ait eu pouvoir de remettre les péchés. Peut-être, en effet, le texte insinue-t-il plutôt la divinité f|ue la messianité de Jésus. Voir infra \). 174 n. i la note sur le Fils d"homme [et lloltzmann].
LA GUÉRISOy DU PARALYTIQUE 153
(( dire : Lève-toi, prendston lit et va-t-en?Mais afin que « vous sachiez que le Fils de l'Iiomme a pouvoir de « remettre les péchés sur la terre... », s'adressant au c( paralytique : « Je te dis : lève-toi. prends ton lit et va « dans ta maison.. » Et il se lève et, prenant aussitôt son lit, il sort en présence de tous, de sorte que tout le monde est stupéfait et glorifie Dieu en disant : « Nous navons jamais rien vu de pareil. » Tous admirent le miracle ; quelques-uns remarquent que Jésus sest appelé Fils de l'Homme, et que tel est nom du Messie dans le livre de Daniel et dans l'apocalypse d'Hénoch. Jésus se présente comme le Messie.
Jésus montre dès ses premiers pas qu il répudie le rigorisme pharisaïque. Au cours d'une seconde tournée quil fait dans les environs de Capharnaûm, il passe près d'un bureau de péage, et il appelle le publicain Matthieu, fils dAlphée : il le choisit pour être un de ses disciples; et, pour montrer le cas qu il fait des préjugés religieux, il entre dans sa maison, prend place à table parmi les autres publicains ses amis, observateurs peu scrupuleux de la Loi. Et il répond à ceux qui se scandalisent : a Ce ne sont pas les bien portants qui (( ont besoin du médecin, mais ceux qui sont malades. « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les c( pécheurs'. «Il préfère aux tils d'Abraham dont la piété s'épuise en pratiques extérieures, tous ceux.
' Cf. Sagesse, 1,13. « Dieu n'a pas fait la mort, et il n"éprouve pas de joie de la perte des vivants. »
quels qu'ils soient, qui aiment Dieu et le prochain. Les miracles qu'il opère alors — il guérit beaucoup de malades — attirent un grand concours de peuple. I/empressement est telquil dit à ses disciples de tenir une barque à sa disposition, à cause de la foule, pour qu'il puisse s'enfuir s'il est trop vivement pressé : tous ceux qui étaient affligés de maladies se jetaient sur lui pour le toucher. Il ne suffit pas, cest clair, à annoncer la bonne nouvelle; afin de multiplierle nombre deceu.x qui la connaîtront et, aussi, en vue des nécessités de l'avenir, il se forme donc un noyau solide de disciples. Il choisit douze « envoyés », douze apôtres, àzo^To^.oi, en souvenir des douze tribus d'Israël : Pierre et André, fils de Jona ; Jean et Jacques, fils de Zébédée ; Philippe, Thomas, Barthélémy et Matthieu; Jacques et Jude, fils d'Alphée; Simon le Zélote et Judas de Kerioth. Ce sont de rudes campagnards incultes et frustes; mais leur cœur est sincère; ils cherchent Dieu; la grâce de leur Maître fera le reste.
De ce moment la prédication de Jésus prend un plus grand essor. Il inaugure cette nouvelle période en exposant plus complètement qu'il ne l'a fait jusqu'ici les conditions requises pour faire partie du royaume des cieux, et le rapport de l'Evangile, la Loi nouvelle de ce royaume qu'il instaure, avec la Loi de Moïse. Il est monté sur une colline, à Kurun-Hattin on bien au Thabor, et c'est de là qu'il parle à ses disciples et à la foule. « Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le « rovaumc des cieux est à eux! Bienheureux les affli-