LA TENTATION DE JESUS
dit avec l'Esprit : Xon, cela ne doit pas être. Le Messie na pas le droit de faire servir sa puissance à ses caprices, Dieu seul choisit les occasions de la manifester. » Vous ne tenterez point le Seigneur votre Dieu. — Alors le diable l'emmena sur une montagne très haute et lui montra tous les royaumes de la terre, et lui dit : (( Je te donnerai tout cela si tu te prosternes (( pour madorer. » « La royauté du monde est offerte à Jésus, il n'en veut pas. Son royaume n'est pas de ce monde, il se dérobera à la faveur populaire : il se cachera quand on voudra le faire roi. Accepter la gloire humaine, ce serait vraiment adorer Satan qui personnifie le monde, ses passions, ses intérêts, ses plaisirs ; ce serait abandonner la cause du Père Céleste. Voilà pourquoi Jésus, à cette limite extrême de la tentation, chasse le tentateur. Je suis l'envoyé du ciel, rhomme de l'Esprit, le Fils de Dieu; tu veux faire de moi une puissance terrestre, un homme vulgaire, un esclave du monde : « Retire-toi, Satan! w Liiomme Jésus était tenté comme tous les hommes ; il avait comme eux à choisir enlre la volonté de son Père et sa volonté à lui. Mais si la question du salut s'est posée pour lui comme pour nous, dans des termes analogues, il y a ici un cas unique, le cas de Celui qui, étant chargé du salut de tous, accepte le renoncement absolu qu'exige sa vocation extraordinaire. Le Christ a vu ce que le monde lui offrait, la royauté que ses contemporains pouvaient lui donner; et il a vu aussi, il a clioisi librement la mission spirituelle que la
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volonté (lu Père Céleste lui assignait. Ce fut bien la tentation du Christ ».
Ainsi sacré pour le salut du monde et par l'effusion de l'Esprit Saint et par l'aveu d'impuissance de l'Esprit mauvais, Jésus revient en Galilée et annonce la bonne nouvelle. « Le temps est accompli et le règne de Dieu^
* C'est ridée centrale de l'Evangile. Il est vraisemblable que Jésus disait malcouth schaniain qui se rencontre toujours, sauf trois fois, dans Mt., qui se lit aussi dans la Mischna et qui signifie le gouvernement royal exercé sur terre par Dieu, directement [l'expression les deux est une périphrase qui désigne Dieu : d'où la traduction « règne des cieux », usuelle chez Luc et Marc. Le sens premier de malcouth est règne ; le sens « royaume » est dérivé], — Que le Baptiste et Jésus, dès l'abord, emploient l'expression « le règne des cieux », c'est la preuve qu'elle était couramment comprise par leurs contemporains. Elle éveille deux idées, inégalement combinées suivant les âmes individuelles : Vidée de La ruine des nations et de la restauration d'Israël [qui s'est accentuée dans la littérature ajjocalyplique, l'universalisme et le spiritualisme de Daniel s'atténuant beaucoup, voir supra p. 102, n. 1]; Vidée d'une ère de sainteté et de tjon/ieur [qui s'est grandement développée dans la littérature sapientielle : voir surtout le Siracide, la Sagesse et Philon]. C'est dire que l'idée du règne de Dieu sur terre est à la fois nationale et morale. On en aperçoit très clairement le double caractère dans le cantique de Zacharie, Le, 1, 67-79 :
Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël
de ce qu'il a visité et racheté son peuple
et nous a suscité un puissant Sauveur
clans la maison de David, son serviteur...
qui nous délivrera de nos ennemis.
Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut...
afin de donner à sjn peuple la connaissance du salut
dans le pardon de ses péchés, par la miséricorde du cœur de Dieu. ..
pour éclairer ceux qui sont assis dans... l'ombre de la mort,
pour diriger nos pas dans le chemin de la paix.
De ces deux éléments de l'idée courante, Jésus rejette l'un et sublime l'autre. — 1. Le règne de Dieu qu'inaugure sa prédication n'est à aucun degré une œuvre politique et nationale, une