PRINCIPES GÉNÉRAUX D'UNE CRITIQUE DE LA. REVOLUTION
Par là, je suis conduit naturellement à rechercher moi-même comment aurait pu et dû être combattu, critiqué, suivant la méthode de la critique nouvelle, l'ouvrage auquel j'ai donné tant d'années de ma vie et contre lequel ont été faits jusqu'ici tant d'efforts inutiles. Connaissant les secrets de cette place, il me plaît de rechercher comment, par quels engins, par quelle voie, il convenait d'en faire le siège. Et si vous me prêtez main-forte dans cet examen, je crois que nous pourrons saisir ainsi quelques vérités plus intéressantes pour le public que les perpétuelles redites, dont, ce me semble, il commence à se lasser.
La première règle que nous poserons est qu'en matière d'histoire de la Révolution, la colère, la stupeur sont de mauvaises conseillères. Quiconque ne pourrait se séparer du cortège des Euménides, nous le récuserions pour juge. Ne portons pas des tisons fumants à l'incendie.
Acceptez-vous cet axiome pour fondement de notre critique ? Nous poserons cette seconde règle, que la Révolution française est un fait humain, non surnaturel; qu'ainsi il est permis de l'examiner librement, sans être taxé d'en être l'adversaire. Tout au contraire, celui qui portera dans cet examen le plus de patience,
de conscience, d'impartialité, en sera l'ami le plus véritable.
Faisons-nous une âme libre pour révolutionner la Révolution, et d'abord, abstenons-nous de dire jamais d'un esprit impartial qu'il outrage la Révolution. Car on a tant abusé de ce mot : outrage à la religion, que nous l'effacerons de notre langue, craignant par dessus tout de porter le style et les habitudes d'esprit des réquisitoires dans la critique historique et philosophique.
Troisième règle. Il nous serait impossible de reconnaître à un groupe d'hommes quelconque, fussent-ils les plus sages des hommes, le droit de marquer, d'imposer ce qu'il est permis de croire et de ne pas croire, de penser, ou de ne pas penser touchant la Révolution. Une pareille prétention n'est pas de notre siècle. L'idée n'en pourrait même plus entrer dans nos esprits. Il suffirait d'en montrer l'ombre seule pour révolter la conscience publique.