‹ La révolution russe (volume 3)Chapitre 17 sur 25 · I. — Les Commissions des Empires centraux A Petrograd · texte numérisé non relu

I. — Les Commissions des Empires centraux A Petrograd

(Les Allemand^ les Autrichiens sont ici, h comte de Mirbach, l'amiral Kaiserling, et une quarantaine de conseillers financiers, diplo matiques, militaires et autres. Ils occupent le Grand Hôtel, Ils se promènent dans Petrograd, ils reprennent contact avec leurs anciens amis.

Quelqu'un vient me raconter l'intéressante conversalioD qu'il a eue, par hasard, avec M. Lamshof, ancien représentant de la Deutsche Bank en Russie, et dont la flUe a épousé le peintre Brai, très connu ici.

Le vieux M. Lamshof, conseiller flnan-cier, attaché k la Commission allemande, devant l'étonnement de ses interlocuteurs, qui lui demandaient comment les Empires centraux avaient accepté d'entamer les pourparlers avec les maxiroalistes, répondit :

« — iLes Empires centraux veulent parler de pais et prennent le premier mo-veï^ ^^^ ^^^'^

est offert. Par-dessus la Russie, c'est aux Alliés qu'ils s'adressent. Trotski n'est pour eux qu'un moyen d'entamer enjBn des <îonversations précises sur la ipaix qui ne doit pas tarder. Nous nous servons des maximalistes parce que nous n'avons pas d'autres truchements. A Brest- Litovsk, les maximalistes nous ont demandé un emprunt de deux milliards. Nous avons été obligés, bien que cela ne nous soit pas agréable, de l'accorder en principe. Mais nous avons remis l'accord à ce sujet à plus tard. Nous voulions voir, par nous-mêmes, Petrograd, où nous avons de nombreuses relations et étudier la situation sur place. Ce que nous avons vu dépasse les prévisions les plus pessimistes des plus pessimistes d'entre nous. La ruine de la Russie politique, financière, industrielle, économique est au delà de ce qu'on pouvait imaginer. Elle ^ atteint de telles proportions que le relèvement de la Russie et le rétablissement d'un état économique normal demandera un effort si grand, que l'Allemagne seule ne peut le réaliser. L'œuvre doit être entreprise par .| toutes les grandes puissances qui ont des inté-r

rets en Russie. La France, TAngleterre, les Etats-Unis doivent collaborer avec nous. C'est ainsi que j'entrevois les choses, et les puissances, ennemies, aujourd'hui, auront une tâche commune ici. »

19/ DEC.n*' JANVIER 1918.

J'apprends aujourd'hui. Jour de l'An, nouveau style, que le front de Dvinsk a disparu. Les soldats quittent le front par milliers. Ils abandonnent les lignes, les canons, les dépôts. Les Allemands envahissent Dvinsk. Ils y sont fort bien reçus. Officiers et soldats les traitent de leur mieux. Dvinsk était encore bien approvisionné. Les Russes vendent aux Allemands du blé, du fourrage, du gruau. Les soldats se défont de tout Avant de rentrer chez eux, ils cèdent leur fusil à deux roubles, leurs bottes pour dix, leur manteau pour quinze. Les Allemands font de fructueuses affaires et les Russes rentrent à l'intérieur. Il n'y a p^us d'armée. Les canons vont disparaître sous la neigt d'où les Allemands les tireront. Ils achèlenl des chevaux et du cuir.

Ëty à ce même moment, on nous joue à Petrograd la comédie de la rupture. Oui, il y li quelque chose qui cloche dans les négociations. Les Allemands ont révélé de grandes exigences inconnues. Ils ne veulent pas évacuer la Courlande, la Lithuanie, la Pologne.

Smolny frémit d'indignation. Trotski est dans une colère épouvantable. Il terriûe son entourage. Il a la grossièreté de laisser ses seconds, Polivanof <!) et Zalkinde(!!) présider la première séance de la conférence aux Affaires étrangères. Il ne cache pas qu'il envoie des ordres à la Stafka pour qu'on prenne des mesures militaires. On parle de ruipture des négociations. La guerre reprendrait.

Qui espère-t-on tromper avec cette méprisablé comédie? Trotski ne sait-il pas depuis longtemps que les Allemands ont déclaré qu'ils s'arrangeraient pour jgarder sous leur influence les provinces détachées de l'empire russe? Il y a trois semaines, je lui posais précisément cette question : « Quels moyens* avez-vous pour faire évacuer la Pologne, la Lithuanie et la Courlande? » Trotski était-il

nigaud à ce point de croire à la paix démocratique de l'AlIeroagne?

Prendre de» mesures militaires contre l'Allemagne, à l'heure où nou^ sommes! Alle^ a Dvjnsk, Trotski, allez voir ce que vous avez fait de l'armée russe. Allez regarder vos soldats ibolcheviques vendre jusqu'à leur chemise aux Allemands qui vous méprisent.

Frappez les portes à Smolny, froncez vos sourcils, tapez sur les tables. Quelles dupes trouverez-vous? Une fois la scène jouée, il faudra bien revenir à la table couverte d'un tapis vert où vous signerez la paix déshonorante que vous avez voiilue et longuement préparée.

2i DEC./ S JAJtVIER.

Aujourd'hui j'ai acheté un médiocre morceau de bœuf au prix de 100 roubles, et des bretelles ordinaires, qui m'en ont coûté 40.

Cependant nous n'avons pas d'argent, et personne n'en a, car les banques sont fermées depuis dix jours que le gouverhemeo^ *'^^ **^ emparé. Elles ne fonclioinnent, -.^la '^^ ^*^^

dire, que pour les ouvriers dont la paie continue à être assurée. Les commerçants, petits et grands, les employés, les coopératives, pas plus que nous, bourgeois, n'ont aucun moyen de toucher l'argent qui leur appartient et qu'ils ont laissé en dépôt. Combien cette situation incroyable va-t-elle se prolonger? Quelles catastrophes économiques amènera- t-elle?

La vie matérielle devient tous les jours plus difficile. L'électricité manque. Les longues nuits de Petrograd durent dix-huit heures.

Hier, je n'ai eu que cinq heures et demie d'électricité. Le pétrole est introuvable. Il faut faire queue cinq ou six heures pour en avoir quelques litres. L'eau m'est coupée dans la journée.

Ma maison est chauffée au naphte. Mais le naphte n'arrive plus. Et nous entrons à peine dans l'hiver. Nous avons devant nous trois mois de grand froid. Hier, Trotski, dans un discours purement démagogique au C. C E., a dit :

« Avant notre révolution, nous avons promis au peuple et à l'armée de les vêtir chaude- ij

ment et de déshabiller le bourgeois. Le moment est venu de le faire, i»

La ration de pain diminue. Avant-hier les boulangeries dans mon qiiartier sont restées fermées. Hier et aujourd'hui on a distribué 175 grammes de pain par tête. La livre russe de pommes de terre monte à 1 rouble. Les marchés sont vides. Les bolcheviques nous avaient pTomis la paix et notre pain quotidien. Nous voyons venir la paix. Elle nous trouvera affamés.

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