S NOVEMBRE
Pendant que Trotski traite de la paix, le gouvernement des commissaires déploie une activité fiévreuse à détruire l'ordre ancien à l'intérieur et à fonder la société nouvelle qu'il a promise à ses clients. J'ai indiqué déjà comment la question de la terre est réglée, la propriété individuelle est supprimée, 'le paysan n'a que le viager des terres qu'il cultive : les Ccnnités agraires sont chargés de l'exécution du décret suivant les règles établies par un rapport paru dans les Izuestia du 1" septembre. Je pense utile de donner les instructions dans leur texte complet.
« La question agraire, dans tout son ft^istroble, ne peut être résolue que par l'Aftaç-oi'^^^
Coastitu«nte. La solution la plus équitable de la question agraire doit être la suivante :
« 1) Le droit de propriété privée sur la terre est annulé pour toujours, la terre ne peut être ni achetée, ni vendue, ni donnée en location ou en gage, ni expropriée par quelque moyen que ce soit. Toutes les terres : dominicales, d'apanages dui cabinet de l'Empereur.
des monastères, des églises, des possessions, des majorais privés, communale» et paysannes, et autres, sont confisquées sans rachat, deviennent propriétés nationales et passent à la disposition des travailleurs qui les cultivent
K Ceux qui subiront un préjudice du fait de la transformation sociale du droit de propriété n'auront le droit d'être secourus par la nation que durant le laps de temps nécessaire pour s'adapter aux nouvelles conditions d'existence.
1(2) Toutes les richesses du sous-sol:
mines, îiaphte, charbon, sol, etc., ainsi que les bois et les eaux ayant une importance nationale passent exclusivement à l'Etat. Tous le< petit» cours d'eau, les-lacs et les bois pasaen
LA SOCIÉTâ NOUVELLE 75
aux communies à la condition d'être giréa p«r les organes locaux d'administration.
« 3) Les terrains parcellaires scientifiquement cultivés: jardins, plantations, pépinières, serres et autres, restent indivis, mais sont transformés en exploitations agricoles modèles et passent exclusivement à l'Etat ou aux communes, suivant leur superficie et leur importance.
« -Les constructions, les terres municipales et les villages avec leurs jardins particuliers et leurs potagers restent à leurs propriétaires actuels; toutefois, les dimensions de ces parcelles et l'importance de l'impôt sut leur jouissance sont fixées législativement.
i( 4) Les haras, l'élevage gouvernemental privé, l'aviculture et autres sont confisqués, deviennent propriété nationale et sont transmis soit à l'Etat soit aux communes, suivant leurs dimensions et leur importance.
« Les questions de rachat sont de la compétence de l'Assemblée Constituante.
« 5) Tous les biens, matérieft agricole et bétail, des terres confisquées, passent gra*'^"
tement à l'Etat ou au'X communes suivant leur auperficie et leur importance.
« La confiscation du matériel et du bétail ne s'étend pas aux petites propriétés des paysans.
« 6) Le droit de jouissance de la terre est accordé à tous- les citoyens sans distinction de sexe de l'Etat russe qui -désirent travailler la [erre eux-mêmes avec leur propre famille ou en association et seulement tant qir'ils ont la force de travailler. L'embauche est interdite.
V Au cas d'incapacité de travail de l'un des membres de la société agricole pendant une durée de deux ans, la société a^gricole est tenue, jusqu'au rétablissement de la capacité de travail 'dudit membre, de le secourir en travaillant sa terre en commun.
« Les agriculteurs devenus vieux ou invalides et qui ont perdu pour toujours la possibilité de travailler euxnmémes la terre, perdent leur droit de jouissance sut elle et reçoivent en échange une pension de l'Etat.
" 7) La jouissance de la terre doit être égale, c'est-à-dire que la terre est répartie
entre les travailleurs, suivant les conditions locales et les normes de travail ou de besoin. Les formes de jouissance de la terre doivent être absolument libres : par maison, par métairie, par commune, par artèle, comme le I décideront les villages et les a^lomérations
rurales.
' « 8) Toute la terre, après sa confiscation,
est transmise à un fonds agraire populaire. Sa répartition entre les travailleurs est assurée par les administrations locales et centrales, depuis les organisations démocratiques, à l'exception des communautés urbaines et rurales coopératives, jusqu'aux institutions centrales de province.
« Le fonds agraire est soumis périodiquement à de nouvelles répartitions, suivant les augmentations de l'économie rurale.
(( En cas de modification des limites des lots, le centre du lot reste inviolable.
« Les terres des membres radiés retoUi"*'^^ au fonds agraire; toutefois les <jtot^^* parents des membres radiés ou les YvatS^^^
indiquée« par elle» ont un droit et préférenct sur ces terres.
« Lors de la remise des lots au* fonds agraire, 'les sommes dépensées pour l'engrais ou pour renridhissement des terres et non utilisées doivent être remboursées.
« Si, en certaines localités, le fonds agraire est însuf'fifsant pouT donner satisfaction à la population locale, l'excédent de population doit être transmigré.
« L'organisation de la transmigration, ainsi que les dépenses de transmigration et de fourniture de matériel ajgricole et de bétail à la population, sont au compte de l'Etat.
« La transmigration s'efifectue dans l'ordre suivant : les paysans sans terre qui en auront manifesté le désir, ensuite les membres tarés de la commune, puis les déserteurs, et autres, et enfin au sort ou par im accord.
« Tout ce qui est contenu dans ces instructions, étant l'expression de la volonté indiscutable de la majorité considéraMe des paysans conscients de toute la -Russie , est déclaré loi provisoire et jusqu'à l'Assemblée Constituante,
«lire en vigueur autant que possible immédiatement, el. pour certaines parties, avec la progressivité nécessaire qui sera déterminée par les Soviets des D. P. de district. •<
A peine au pouvoir, les commissaires du peuple prennent des arrêtés si nombreux que je ne sais si, travaillant douze Iieurcs par jour, j'aurais le temps de les transcrire et de donner ici un compte rendu même abrégé des événements qui emplissent nos jours maximalistes.
Voici quelques-uns des décrets. Le premier donne aux Soviets de quartier le droit d'entrer chez nous à toute heure et d'y faire «e qu'ils jugent bon.
Le commissaire de l'intérieur décrète en date du 28/10 novembre.
« 1° Les municipalités autonomes ont le droit de séquestrer tous les locaux inoccupés et inhabités;
« 2" Les municipalités autonomes (Soviets de quartier dans les grandes villes) q-.^ \e. droit, d'après les lois et les normes étab^^ç^^ o*^ elles, d'installer ^ia^s les logements ^^^ ç,^' blés les citoyens qui ne savent où log^-^ ^V ^^
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vivent dans des logements surhabit^ ou malsains;
« 3® Les municipalités autonomes ont le droit d^établir des inspections dans les lojgements, de les organiser et d*établir la sphère de leur compétence;
« 4® Les municipalités autonomes ont le droit de faire des décrets sur Tinstitution des comités de maison, sur leur organisation, sur la sphère de leur compétence et de leur donner des droits juridiques;
« 5® Les municipalités autonomes ont le droit de créer des tribunaux de logement, de définir la sphère de leur compétence, leur organisation et leurs pleins pouvoirs.
.(( 6® Cet arrêté est mis en vigueur par télégraphe.
<( LC' commissaire du peuple pour les affaires intérieures :
« A. I. Rykov.
Sur l'assurance sociale :
« Le prolétariat a mis sur son drapeau l'assurance sociale des ouvriers salariés, de même
que des pauvres des villes et des villages. Le gouvernement du tsar, des propriétaires et dei capîlalistes, de même que le gouvernement de coalitioD et de conciliation n'ont pas réalisé les revendications des ouvriers à propos des assurances.
« Le igouvernement des ouvriers et des paysans, s'appuyant sur les conseils des D. O. S., annonce à la classe ouvrière de Russie et aux pauvres des villes et des villages qu'il va immédiatement préparer des décrets concernant l'assurance sociale complète basée sur lei formules d'assurances proposées par les ouvriers;
u 1° L'assurance pour tous les ouvriers salariés sans exception, ainsi que les pauvres des villes et des villages;
" 2" Etendre l'assurance sur tous les genres de perte de capacité de travail, principalement les cas de maladie, d'infirmité, de vieillesse, de grossesse, de veuvage et de mort de parents, de même que le chômage;
« 3° Tous les frais des a9suranc«B à ^il charge des entrepreneurs;
(( 4° Compensation, tout au moins, de tout le salaire au cas de perte de la capacité de travail ou de chômage;
« 5® Autonomie complète des assurés dans toutes les organisations d'assurance.
a Au nom du gouvernement de la République de Russie, l{e commisscdre du peuple au ministère du Travail :
« Alexandre Chliapnikof. »
Sur la procédure de promulgation des lois :
« 1*» Jusqu'à la réunion de la Constituante, rélaboration et la promulgation des lois se fera selon le présent arrêté du G^. P. des ouvriers et paysans, élu par le Congrès national des Soviets;
« 2*» Chaque projet de loi est présenté à l'examen du gouvernement par le ministère compétent, sous la signature du commissaire du peuple ou par le bureau créé, près le gouvernement, pour les projets de loi, sous la signature du gérant du département; .,
« 3*» Après la ratification du igouvernement,
la décision et la rédaclîon définitive est signée, au nom de la République de Russie, par le président du Conseil des commissaires du peuple ou, à sa place, par le commissaire du peuple qui aura proposé le projet de loi à l'esa-
Imen du gouvernement, puis elle sera portée à
fia connaissance publique;
; 4' Le jour de la mise en vigueur de la loi
' sera le jour où elle aura paru dans le journal officiel Gazeta Rabotcha do i Krestianskau.o Pravitelstva (journal du gouvernement des ouvriers et des paysans) ;
« 5° Une autre date peut être donnée pour la mise en vîigueur et, de même, cette mise en
' vigueur peut être fixée par télégraphe; dans ce cas elle part du moment où le télégramme a
i été publié dans chaque localité;
: 6" La publication de lois du gouverne-
I ment par le Sénat diriigeant est supprimée. Le
I' département de projets de lois près du Conseil
I des commissaires du peuple édictera des recueils de lois et arrêtés-lois;
« 7" Le C.G.E. des Soviets a le droit, en Voul
temps, de suspendre, modifier, annuler tout arrêté du gouvernement.
Il Aa nom de la République de Russie, « Le président du Conseil des commissaires du peuple :
« Vladimir Oulianov-JL^mne. »
Ce matin, Lénine publie ràrrêté sur k monopole des annonces. EUe^ ne paraîtront plus que dans les organes du gouvernement provisoire ouvrier et paysan à Petrograd et des Coaseils des députés ouvriers et soldats locaux.
Comme d'habitude dans les documents signés Lénine, on prononce des peines terribles contre ceux qui se rendent goupables d'éluder la loi, de donner de la publicité masquée, elc.
Ainsi Oulianov-Lenine, qui a fait du journalisme et connaît les conditions matérielles dans lesquelles peut vivre un journal, s'arrange pour si^pprîmer la liberté de la Presse
définitivement Mais, au fait, dt quoi vivait donc son Journal la Social-démocrate k Genève? Il n'y aura plus de censure, car, saas annonces, les journaux mourront l'un après l'autre. Seul, vivra l'oiigaDe officiel du Soviet dans chaque ville. Seul il dispensera au peuple les vérités qu'il croira utile de répandre.
i.es autocrates de l'empire russe depuis cent ans n'avaient pas eu l'idée géniale que Lénine réalise aujourd'hui. Sous le régime sociaUste pur, il n'y aura place que pour l'orthodoxie maximaliste. Ne vous préoccupez de rien; ne pensez pas; dormez tranquille. « Ceux dont ik. lampe nocturne éclaire le monde » veillent pour vous à l'Institut Smolny. Ne les contredites pas. Ces prêtres et grands inquisiteurs du maximalisme sont irritables; si vous différez d'opinion avec eux, vous connaîtrez les cachots maxïmalistes.
La dernière opération militaire des troupes du Comité révolutionnaire a été dirigée aujourd'hui contre la Banque d'Etat, l^ grand détachement comprenant quelq^^es *°^" dais de chaque régiment de la 88nii*--tt *'^*^
rendu, musique en tête, à la Banque d'Etat à Sadovaïa. Le délégué du Comité et le colonel Mouraviev sont entrés; les employés et les ouvriers de la Banque, les soldats de garde du Siméonovski, les directeurs, les représentants de la Douma de ville étaient là. Le délégué remit un -papier -du gouvernement des hauts commissaires réclamant dix millions. Vives protestations, longue discussion; on fait remarquer que les commissaires n'ont aucun droit de s'adresser à la Banque, qu'ils doivent faire une demande au Trésor. On s'aperçoit, enfin, que le bon de réquisition n'est signé de personne. Mouraviev et le délégué, honteux, retournent à Smolny, emmenant la plus grande partie des soldats. Pendant que cette scène se déroulait à l'intérieur de la Banque, les commerçants de la Sadovaïa se hâtaient de fermer leurs boutiques et de verrouiller leurs portes. Ils jugeaient que les soldats, mis en appétit, s'empareraient peut-être de leurs biens, après avoir pris l'argent de l'Etat.
Trolski avait réuni les délégués des régiments pour préparer cette grande opération
militaire qui a sombré dans le ridicule. A la réunion, un soldat, le, nommé Popof, avait élevé quelques objections contre la proposition de Trotski.
« — Je suis un simiple soldat, avait-il dit, et, peut-être, je ne comprends pas bien les choses. Mais il me semble que nous nous engageons dans une histoire qui n'est pas claire. 'Nous avons contre nous les employés et les ouvriers de la Banque, et la Douma de ville.
Si nous avons le droit pour nous, pourquoi faut-il des baïonnettes? Faites attention, mes frères, c'est l'argent, non de Petrograd, mais du peuple entier qu'on nous demande de prendre. Peut-être serons-nous maudits par toute la Russie... »
Trotski ne l'emporta que par une voix.
Le Soviet décide de réquisitionner dans chaque appartement bourgeois des couvertures et des vêtements chauds pour les besoins de l'armée. On voit là la mise en pratique d&a coi" seils de (Lénine qui n'a jamais cessé d*i>. \Vfc'ï^^ peuple à dévaliser le bourgeois. Les» (.fi**^*^"
tioDï seront faites par des matelots et j[arde« rouges. Ils pénétreront partout. Nous voilà bieiil
n faut avouer qu'il est au moins paradoxal de demander des vêteméTrts chauds pour une année qui ne fait plus- la guerre, dont plus de la moitié a déserté, et dont ce qui reste va être licencié avant la paix immédiate qu'on lui promet. ^,
La Nouvelle Vie qui, depuis peu, est dans ropposilion (17) écrit assez plaisamment qu'étant donné le goût pour le commerce qu'a développé le soldat russe (J^epuis la révolution, le bourgeois n'aura qu'à se rendre c^ez les revendeurs où il rachètera, à prix modéré, les objets dont il aura été dépouillé.. H est certain que pas une couverture, pas une chouba n'arriveront dans les tranchées.
27 HOVEUBRE.
Lénine au Congrès des paysans nous donne ses vues sur le programme maximaliste et sur la tactique qu'il compte suivre.
Il déclare qu'il ne faut pas s'arrêter à des questions de détail, car la véritable question qui est devant eux est celle, non seulement de la révolution sociale russe, mais de la révolu- 4ion mondiale. La confiscation des terres provoquera la résistance des capitalistes russes ef étrangers à qui la grosse propriété foncière est liée étroitement par Tintermédiaire des banques. Lénine sait parfaitement que la grande masse des travailleurs et paysans est encore peu éclairée et ne peut réaliser ellemême le programme maximaliste. Mais quoi, s'écrie Lénine, attendrons-nous? Non :
« Si le socialisme ne peut se réaliser que lorsque le développement intellectuel de tous le permettra, nous ne verrons pas le socialisme, même dans cinq cents ans. Les éléments les plus avancés — dans Tespèce, le parti bolchevique — doivent entraîner la masse sans se laisser arrêter par le fait que la mentalité de la masse moyenne n'est pas celle qu'elle devrait être. Nous devons conduire les masses en nous servant des Soviets comme organes d'initiative populaire. »
Cependant, nos éternels discuteurs, 'les gens des fractions socialistes, se réunissent et pai> lent. Tseretelli, dont, à tort, j'attendais mieux, se perd en discussions cdiînoises à la conférence des zemstvos et des villes sut l'organisation d'un pouvoir nouveau et, pendant des lieures, argumenle sur la présidence, ses fonclîons, la limite de ses droits, etc., etc. Ce pouvoir nouveau n'existera jamais. Mais Tseretelli et les autres parlent. Cela leur suffit. Ils me rappellent les cinq révolutionnaires exilés à Paris, membres de je ne sais quelle fraction d'e je ne sais quel parti, se réunissant pour décider entre eux comment ils nommeraient leur président, passant la nuit à discuter avec violence et finesse et se séparant au matin sans qu'aucun des cinq membres, ayant chacim son opinion, ait pu amener à sa façon de voir jiucun de ses collègues. Ces révolutionnaires annonçaient téute la Révolution ru'sse, son incroyable verbiaige, sa bêtise subtile et sa stérilité essentielle.
Um NOTEMBRE.
Les élections à la Constituante sont termi~ nées à Petrojfrad. Elles se sont passées dans un ordre parfait. Le nombre des votants est élevé. Les boleheviques ont 451.587 voix; les «adets 245.628; 140.G44 aux socialistes révolutionnaiées et aux autres partis. La garnison a voté rouge. Mais les cadets ont un nombre de voix considérable. Entre l'opposition libérale et le maximalisnie triomphant, les fractions socialistes sont écrasées. Le igroupe Plekhanof n'a pas 3.000 voix.
Les journaux maximalistes commencent une campagne, disant ouvertement que le pouvoir est aux Soviets et doit leur rester. Si la Constituante n'est pas à leur goût, ils lui régleront son affaire avec simplicité.
La Constituante est nommée au suifrage universel, direct et secret. Je laisse à pénserce que peuvent être des élections en Russie, qui fait aujourd'liui, pour la première fois, l'essai du suffrage universel. Mais enfin il n'en reste pas moins que, seule, la Constituante représentera, tant bien- que mal, la volonté du
pays, tandis que le Cooigrès des Soviets, composé au mépris de ropinion publique, exprime aa mieux l'opimon de quelques millions d'ouvriers et de soldats sur plus de cent millions d'électeurs. Pourtant, il est ■certain que le pouvoir restera aux Soviets, car Trolski et L«nine ont les baïonnettes et savent s'en servir. Dans un grand discours hier, Lénine a pronon>cé ces mots pleins de sens : « Compte sur l'esprit, mais n'oublie pas le flisill » Aussi, le 23 novembre, il arrête et emprisonne les membres de la Commission des élections à la Constituante. Cette Commission comprenait des membres de différents partis. L'impartialité de la Commission gêne les bolcheviques et la Commission est supprimée.
Le 20 du même mois, Lénine a déposé un projet de loi donnant aux électeurs le droit de révoquer leurs élus, même à la Constituante.
Mais comment les électeurs feront-ils connaître leur désir? Le soin en est laissé aux Soviets locaux. Comme je l'ai dit déjà et comme je pois en apporter mille preuves, les Soviets ne sent plus composés que d'une poignée d'hom-
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mes actifs et maximalistes qui mènent à leur gré les affaires loeales et terrifient leurs débonnaires opposants. On voit ce que deviendra rindépendance des Soviets locaux. Jamais régime n'a montré autant de mépris pour le suffrage universel que le régime démocratique de Lénine et de Trotski. Jamais autocratie n'a plus ouvertement disposé à son igré des suffrages des électeurs. Jamais Texpression de la volonté du peuple n'a éti plus manifestement faussée que par ces démagogues audacieux.
Les commissaires ont déclaré eux-mêmes qu'ils instituaient le régime de la terreur. Ils s'en vantent. Chaque jour, ce sont de nouvelles . arrestation^ chaque jour des perquisitions.
Les automobiles du Comité révolutionnaire ne suffisent pas à amener à Smolny les gens qu'on y transporte chaque nuit. Aujourd'hui le gouvernement dissout la Douma de viHe qui n'a cessé de protester contre le coup de force bolchevique, qui est ititervenue en faveur des pri-
>niiiers, qui a publié des appels et siégé cha-
ue jour.
^mm^'
■toi
'La Douma de ville est le seul corps repréisentatif de Petrograd qui ait une naissance légale. Elle a été élue par le suffrage universel, direct et secret. Elle est en immense majorité socialiste. Et on sait quelles sont les origines obscures et confuses des Soviets et ce qu'ils représentent. C'est eux, pourtant, qui parlent au nom du gouvernement démocratique de la Russie. Le maire Schreider est un vieux révolutionnaire qui a connu les prisons tsaristes. Aujourd'hui on le traite comme un Protopopof ou un Sturmer. La presse, maximaiîsle déclare que la Douma de ville est un « nid de Korniloviens », que Martof Zederbaum, Martof, le kienthalien, Martof, l'internationaliste, est un réactionnaire avéré.
Décidénient, on est toujours le bourgeois de quelqu'un. Il n'est que d'attendre. Seul, Lénine est l'homme à la gauche de qui il n'y a personne.
Mais, déjà, on parle d'un inconnu, d'un Bleichmann, un homme farouche et pur, un anarchiste, qui regarde avec mépris Lénine k son agitation puérile...