CENSURE
Le généralissime est parti sur le front du nord pour engager avec les Allemands les pourparlers d'armistice. Nos gens ne perdent pas de temps. Chez eux, l'acte suit la parole. Sommes-nous en (Russie?
(Cet aspirant officier, chef des armées russes, télégraphie de Pskpv, qu'à peine arrivé, à la suite de difficultés avec le commandant en chef jdu front nord, général Tcheremissef, il l'a suspendu» de ses fonctions. Et pourtant Tcheremissef avait donné des gages à tous les partis successivement.
De Pskov, Krylenko se rend à la 5* armée à Dvinsk. Le commandant de la 5* armée, général Boldyref, est suspendu de ses fonctions et arrêté. C'est son honneur.
S'il règne sur les armées du front nord, I . Krylenko ne peut se rendre à la Stafka. Le
Comité des armées lui télégraphie de Mo- ^ilev :
« Le Comité général tdes années, s'appuyant sur les décisions des Comités du front et des Comités généraux, considère nécessaire jus- ' qu'au moment dé la constitution d'un pouvoir généralement reconnu et que le Conseil des commissaires du peuple ne représente nullement, de garantir par touis les moyens la Stafka contre tout attentat, vu qu'elle constitue l'appareil technique central de l'armée.
« Ne considérant pas le Conseil des commissaires du peuple comme un pouvoir reconnu de! toute la démocratie, le Comité général ' des armées ne peui, de même, vous reconnaître comme commandant suprême.
« En raison de quoi, votre , arrivée à la Stafka, est tout à fait inutile, si vous avez l'intention d'y venir autrement qu'en simple particulier.
« Dans ce dernier cas, nous ne protestons pas contre votre arrivée en tant que -cHo?^^ usant du droit d'aller où bon lui sembla rtv*^* nous protestons de la manière la plu^ > £.t^' que contre toute* tentative de votre p^v.» »■ "9^'
nitr€r là la Stafka accompagné d'une escorte armée.
« Une tentative de oe genre amènerait la guerre civile dans la région de la Stafka et troublerait son travail normal, ce qui occasionnerait un tort incalculable pour l'armée et la Stafka.
« En raison de cela, le •Comité général de l'armée, de même que le Soviet de Moghilev, et ïe Conseil des paysans du gouvernement vous deonanident avec insistance de vous abstenir de venir à la Stafka ou d'y venir tout à fait seul; quant à votre sécurité, elle vous est garantie par le Comité général des armées.
/« Tout cela s'adresse à toute personne qui sera envoyée à la Stafka par les commisssaires du peuple. »
i5/28 NOVEMBRE.
' Krylenko, de Dvinsk, envoie le Prikaze n*> 2 à l'armée et à la flotte. Le voici :
« Les parlementaires envoyés par moi ont franchi les tranchées allemandes dans la région de la 5* armée. L'ennemi profmit sa
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réponse pour le 14 novembre, à ÎW heures.
Camarades, la paix est proche, elle est en vos mains. Soyez fermes pendant -ces derniers jours, concentrez toutes vos forces et, malgré les privations et la faim, tenez le front. De votre résistance révolutionnaire dépend le suVès. Traitez avec mépris les appels mensongers et hypocrites Ide la^ bande du général* Doukhonine, concentrée à là Stafka, et de ses acolytes, bourgeois et faux socialistes, qui depuis liuit mois mystifient le peuple russe d'assurances mensongères au sujet d'une paix rapide et causent au pays des malheurs innombrables, 'menant Tarmée à la faim et à l'épuisement par leurs tentatives criminelles de s'opposer au pouvoir du gouivemement des commissaires du peuple, établi par le Congrès panrusse des Soviets.
« En même temps, pour ne pa« avoir exécuté l'ordre de se présenter à moi, le commandant du front nord, igénéral Tcheremissef, est démis de ses fonctions. Je lui ai ordonné de garder la direction générale des opérations jusqu'^à son remplacement; sou«s le contrôle du
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commissaire dui front nord, le camarade Pozern. J*ai donné ordre (d'arrêter le commissaire de l'ancien gouvernement, Choubine, vu son refus d'abandonner ses fonctions. Pour avoir refusé de se présenter à moi, est égale* ment démis de ses fonctions le commandant de la 5* armée, général Boldyref. J'ai chargé le général Antipof , commandant du 19' corps, de prendre provisoirement le commanidement de la 5* armée. Le général Boldyref sera arrêté et traduit devant un tribunal pour avoir refusé d'exécuter un ordre militaire.
« Le commandant du» 27' corps est également démis de ses fonctions pour avoir refusé de se présenter.
« L'ex-comimandant suprême, général Ekmkhonine, pour avoir opposé de la résistance à l'exécution d^ordres, pour action criminelle susceptible ide provoquer une nouvelle guerre civile, est déclaré ennemi du peuple. Seront arrêtées toutes les personnes qui soutiennent Doukhonine, sans qu'il soit tenu compte ni ^e leur situation sociale et politique, ni de 1 ir passé. Des personnes pourvues de pouvf -s
spéciaux «eront €'h j^ées de procéder à ' ces arrestations, Je charge île général ManikoVski de donner les ordres nécessaires ponr que les changements précités soient porté* sur les étais de services des personnes visées. »
Il est suivi du Prikase n" 3 :
« Nos parlementaires sont rentrés, rapportant avec eux une réponse officielle du généralissime allemand qui consent à entrer en pourparlers d'armistice sur tous les fronts. La prochaine entrevue des représentants (des deux partis est fixée au 19 novembre/2 décembre.
Tous ceux qui tiendront ce Prikase secret ou qui en empêcheront la propagation seront déférés au tribunal révolutionnaire des comités locaux des ré^ments en dehors des formalités ordinaires. J'ordonne de suspendre immédiatement sur tout le front la fusillade et la fraternisation. Une surveillance très soutenue doit être établie par rapport à l'ennemi. Les actions militaires ne doivent être entreprises qu'en réponse aux actions militaires de l'ennemi. Tous à vos places. C'est seuleauent
celui qui est fort qui obtiamdra ce qu'iî désire. « Vive la paix à brève édhéance! »
Ainsi les Allemands acceptent avec empressement de discuter l'armistice et la paix avec , le gouvernement des commissaires dx» peuple.
Combien de gens n'y avait-il pas ici qui s'écriaient : « Le gouvernement alleanabid ne peut traiter avec les bolcheviques. Voyez-vous Kublmajin et Trotski k une même table? £t queilles garanties aurait l'Allemagne? »
Je leur répondais toujours :
— La paix est la paix. L'Allemagne la prendra des mains de ceux qui la lui proposeront. Une fois l'armistice conclu, une fois les troupes assurées que la guerre est finie, les soldats rentreront chez eux et H n'est aucune force humaine qui puisse les en faire revenir. L'Allemagne aura gajgné la guerre sur le front oriental. Cela vaut bien qu'un Hindenburg serre la main d'un Krylenko.
Krylenko télégraphie toujours. Il donne les détails suivants :
i« Ce matia, à 11 heures, le çommandanl suprême a envoyé des parlementaires avec les pouvoirs suivants : '«
« Chargé des pleins pouvoirs dvi Conseil des commissaire» du peuple, moi, commissaire du peuple pour les affaires militaires et navales, commandant suprême des armées de la République de Russie, donne pleins pouvoirs aux parlemeQtaires suivants :
« Au lieutenant du 9* hussards de Kiev, Vladimir Chnéour (1) et aux membres du Comité de la 5' armée, le -docteur militaire Michel Zagalovitch et à l'engagé volontaire Georges lovîtch et à l'engagé volontaire Georges Mérène, pour s'adresser au commandant en chef ides armées allemandes, dans le secteur où seront reçus ces pariementaires, en les priant de s'informer auprès >du haut commandement de l'anmée allemande s'il consent à envoyer des représentants pour entrer immé-
(1] On. a découvert plus tard que le Chnéour qui a tté
par la suite chef d'état-major de Krylenko était un agcnl
: secrète du Tzar.
diatement en pourparlers, afin d'établir un armistice siïr tous les fronts des pays belligérants, dans le but d'engager ensuite des pourparlers de paix.
« Au cas d'une réponse satisfaisante, de la part idu haut commandement des armées alle^ mandes, les parlementaires sont chargés de fixer le lieu et l'heure de l'entrevue des représentants des deux ipartis.
« 3 h. 50 de l'après-midi. Les parlementaires sont arrivés à 4 h. 10 sur la ligne la plus avancée et, sans aucune difficulté, ont traversé les tranchées allemandes.
« Le secrétaire de la dégation :
« BOZMÉROVITCH. »
« Les parlementaires ont franchi les tranchées allemandes et ont proposé de commencer des pourpariers pour un armistice sur tous les fronts. La paix attendue depuis si longtemps approche, mais on ne peut rien faire d'un coup avant la conclusion de la paix. L
front doit Être inébranlaMe. Il faut penser à notre armée qui depuis trois ans supporte les plus grands sacrifices. Une dernière tension de toutes les forces du pays est nécessaire. Le front a faim, le front est nu, le front est déchaussé (?J; il n'y a pas de fourrage (1). Les chevaux meurent, il n'y a pas de moyens de transport. Les Soviets des 'D. 0. S. doivent se charger du front. Nourrissez les affamés, habillez ceux qui ont froud, chaussez ceux qui n'ont ipas de chaussures, dans les tranchées. Ils sont plus malheureux que nous. Encore un peu de patience et nous arriverons à une paix générale. En attendant, toute l'attention, tous les soins doivent être portés sur l'année dans les tranchées. Il n'y a pas à attendre de secours des autres, nous devons nous en ooou'per nous-mêmes, n
Kryleidîo mène la paix tambour battant.
On a peine à comprendre ce qu'il veut dire
(1) Tout cela est de la littérature. D'après les témoius impartiaux que noua avions sur pilace, l'armée ne manquait à peu près de rien, 'était bien équipée, et n'a limais connu la famine.
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lorsqu'il emgage les soldats k être fennes, à concentrer leur» forces. Il a le cynisme d'écrire : « Seulement celui qui est fort obtiendra ce qu'il désire », de la même plume qui a dit aux soldats : « La paix est entre vos Diainsl Arrêtez vos généra-ux. »
Voici des détails sur la rencoQtre des parlementaires :
« Nous, parlementaires du 9* hussards de Kiev, lieutenant Vladimir Chnéour, Ses membres du Comité de la 5' armée, médecin mililaire Michel Zagalevitch et rengagé d'un an Georges Mérène, fûmes autorisés à proposer au commandement allemand d'engager des pourparlers^immédiats pour la conclusion d'un armistice immédiat sur tous les fronts des pays belligérants, pour commencer des pourparlers de paix et, en cas d'acceptation de noire proposition, de fixer le lieu et l'heure de la rencontre des représentants des pays belligérants. A 12 h. 20 nous partîmes de Dvin^ sur le front du 19* corps.
» A 16 h. 20 nous entrâmes idans le rayon du réigiment d'infanterie de Moscou et, de la
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tranchée « » avec drapeau blanc et
trompette, conf armement aux conventions internationales; à 30O pas des défenses ennemies, dans le secteur appelé « Hanovre », nous rencontrâmes les officiers allemands.
« A 17 heures, on nous mit des bandeaux sur les yeux et nous fûmes conduits à Tétatmajor du bataiUon de Tarmée allemande occupant le secteur « Hanovre » et à 17 h. 40 nous remimes à deux officiers de TEtat-Major allemand envoyés spécialement de TE. M. de la division, nos pou«voirs écrits <iu commis^ saire du peuple pour les affaires militaires et du commandant suprême des armées de la République russe. Les pourparlers eurent lieu en français. Notre proposition d'entrer en pourparlers pour im armistice sut tous les fronts des pays belligérants pour la conclusion ultérieure de la paix fut immédiatement transmise à TE. M. de la division et de là, par fil direct à TE. M. du commandant en chef du front Est, le prince Léopold de Bavière, et au
oimandant suprêhie des armées allemandes.
A 18 h. 20 on nous conduisit en automo-
bile par la dhaussée Dvinsk Ponéviej au pastorat Pussen où nous fûm» reçus par le général de division Hofmeister en tenue de parade de campagne, les hautes décorations allemandes sur la poitrine, étoiles et riUïans, et entouré par son Etat-Major. Le général Hofjneister nous déclara que nos pouvoirs étaient reconnus, que notre proposition était transmise au haut commandement et que la réponse arriverait dans 24 heures, mais à 19 h. 50 fut déjà reçue la première réponse du haut commandement allemand consentant à des pourparlers d'armistice sur les principes exposés par nous dans nos pouvoirs écrits et autorisant le général Hofmeister et les parlementaires à élaborer les détails de la prochaine rencontre des représentants des puissances belligérantes.
Après un échange d'opinions en russe, allemand et français, et de nouvelles conversations par téléphone avec le comimandement 1 suprême, à minuit 20, le 14/27 novembre, nous ] fut remise par le général Hofmeister la i réponse écrite à notre proposition munie de la signature du générai Hofmeister et de son |
sceau. Notre proposition ^tant écrite en langue russe. la réponse nous fut donnée en langue allemande. La réponse contient :
.« 1) Un consentement formel à entamer immédiatement des pourparlers d'armistice.
. Pour cela, il est donné plein» pouvoirs au commandant en chef des armées allemandes sur le front oriental.
« 2) Un train spécial sera mis à la disposition des représentants des pays belligérants par le haut commandement allemand pour venri sur les lieux où se feront les pourparlers.
« 3) Il sera établi des relations directes télégraphiques eatre les représentants et le poufvoir suprême en la personne du gouvernement des commissaires du peuple. Les parlementaires décidèrent de fixer Hé lieu de la rencontre des délégués; ces dernier'S passeront par la ligne du chemin de fer Dvinsk-Vilna, à l'ouest du village Koukhalichki entre nos lignes el celles de l'ennemi, d'où ils seront conduits à la station « Petrograd », où les attendra .vm^'ï^'^^ spécial qui ile» conduira auprès du fj^ï'**'''^'
70 LA RÉVOLUTION BUSSB
dant en chtf allemajid du front btiental, à Breat-Litovsk.
« La rencontre est fixée au 2 décembre, à midi (heure de l'Europe centrale). Cette convention a été signée par nous à 1 h. 13 de la nuit, en deux exemplaires dont un a été remis au général Hofmeister et le deuxième joint au présent rapport avec la réponse écrite du commandement allemand au commissaire dui peuple des affaires militaires. Il nous fut égallement déclaré que le commandant en chef allemand avait donné l'ordre de cesser le feu, si celui-ci n'est pas provoqué par l'enneani, et la fraternisation jusqu'à la fin des pourparlers.
a A 8 heures du matin, le 27 novembre, on nous reconduisit les yeux bandés au point d*où nous étions partis et à II h. 30 nous rentrions dans nos lignes. »
Voia la réponse du haut commandement allemand que les parlementaires ont rappor* tée :
u 1) Le commandant en chef du front E».
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allemand est prit k entrer «n pourparlers «v«e le généralissime russe.
i« 2) 'Le commandant en chef du front Est allemand est autorisé par le' généralissime allemand d'entrer en pourparïera au sujet de~^ l'armistice.
« 3) Au cas où le généralissime serait prêt à entrer en pourparlers avec le commandant du front Est allemand, on le prie d'envoyer des représentants munis de pleins pouvoirs écrits, au quartier igénéral du commandant en chrf du front Es,t allemand.
« 4) Le commandant en chef du frcfnt Est allemand de son côté créera une Commission munie de pdeins pouToirs spéciaux.
« 5) Le jour et l'heure de la rencontre des deux Conunissions peuvent être fixés par le généralissime. II est absolument nécessaire de prévenir le commandant en chef du front Est allemand pour qu'un train spécial soit commandé. Il est absolument nécessaire d'indijer l'endroit où la Commission russe a l'ia- ;ntion de traverser le front.
(t 6) Le commandant en chef âa front tll*mand donnera l'appareil nécessaire pour établir un fil direct entre la Commission et le commandant suprême russe. La Commission est autorisée à se munir de Taj^areil Hughes.
« Le commandant en ^kef da front Est allemand :
« Exact : Von Hopmeisîtib, général lieutenant et commandant de division. »