Mai
LÀ CÔTE MÔUftMANE 245
1^ — 1 I Il I ' I I !■ ■ ■»
côte. Le chef a répondu qu'il était là par les ordres de son gouvernement et qu'il ne bougerait pas. Le Soviet n'a pas insisté, car tout de même les alliés ont quelques hommes armés et des mitrailleuses. Alors larmée rouge se tait. 11 serait du reste plus que paradoxal d'évacuer Kem. A peine les nôtres Tauraient-ils quitté, que les Finlandais voisins s'en empareraient et la Russie perdrait cette ligne précieuse qui lui a coûté si cher.
Voilà là question vue du côté finlandais et allemand.
Examinons-la du point de vue des alliés.
La faiblesse des alliés pendant toute la guerre et surtout pendant la révolution a été le manque de contact avec la Russie à cause de l'immensité des distances et du petit nombre de points d'accès : Arkhangel pendant six mois d'été jusqu'au jour où Mourman a été ouvert. Toute action directe des alliés en Russie leur a été interdite. Situation funeste qui ne l'a jamais été davantage que pendant la Révolution. Qui peut dire les conséquences qu'auraient eues la présence de un ou deux corps de troupes des alliés à Petrograd et à Moscou aux heures critiques de la Révolution. On aurait évité la dissolution de la Russie, nous aurions soutenu un gouvernement d'ordre, rendu courage aux éléments sains et intelligents de la nation et la guerre serait gagnée. Au moment
actuel^ où nous avons une position d^attente, à l'heure où les Allemands sont en train peu à peu et sans rencontrer d'obstacles, de prendre la Russie entière, il est d'une impérieuse nécessité de garder deux portes ouvertes sur la Russie, celle d'Arkhangel et celle de Mourman. Qui peut prédire l'avenir ?... Qui peut assurer que le rôle des alliés est terminé, qu'ils n'auront pas à intervenir à un moment donné ?... Faut41 renoncer définitivement à exercer une action en Russie, abandonner les immenses intérêts que nous y avons, sacrifier le présent et Tavenir ?
Gela est impossible.
Nous devons occuper Arkhangel et Mourman.
La menace directe de l'ennemi est sur Mourman. Arkhangel est loin, hors de toute atteinte pour les Finno-Allemands. Mais la ligne mourmane est à portée de la main. Or, il leur suffit de s'emparer de Mourman pour nous couper l'accès d'Arkhangel. Mourman est au fond d'un fjord en eau profonde. Les ennemis maîtres de la côte, ils installeront là une base de sous-marins qui nous rendra inaccessible l'entrée de la Mer Blanche. Les Allemands à Mourman dominent Arkhangel.
Déjà les Finlandais sont arrivés sur la côte à une centaine de kilomètres de Mourman, à Petchencka où un croiseur anglais les a dispersés à coups de canon. La menace e^t directe.
LA CÔTE MOURMANE 847
Occuper Mourman ne nous coûtera pas cher.
Traverser les immensités glacées ou marécageuses de ce pays désert est une entreprise difficile pour les Finlandais. Ils ne pourront jamais y envoyer et y ravitailler des troupes nombreuses. Y faire passer de rartillerie est impossible. Quelques milliers d'hommes appuyés par les canons de nos croiseurs suffisent à rendre Mourman inexpugnable. Il faut, en outre, deux postes solides à Kem et à Kandalakcha.
A voir rinsistance avec laquelle l'Allemagne exige de la Russie que nous évacuions Mourman, on comprend l'intérêt qu'il a pour nous.
Le garder ne nous sera pas onéreux, même à l'heure où nous avons besoin de toutes nos forces sur le front français.
L'abandonner serait une faute impardonnable, car, désormais, nous ne serions plus que spectateurs passifs dans le grand drame que traverse la Russie et où la vie de demain de l'Europe entière est intéressée.
Nous passons la journée de mardi dans une petite gare, arrêtés par la réparation d'un pont sur la Kola. On nous assure qu'il sera prêt demain. Au soir nous partons, mais au matin suivant^ nous sommes de nouveau échoués dans une station, à Teibola, à vingt kilomètres du pont.
Teibola n'est qu'une station. Autour de la gare,
on construit de belles maisons, en poutres équarries, pour les besoins du personnel de la gare. Il y a là cinq ou six bâtisses qui suiflront plus que largement aux besoins d'une grande station en pleine activité. Je cause avec les charpentiers. Ils arrivent du gouvernement de Simbirsk.
Voici comment ils vivent. Ils sont transportés sans frais par FEtat, ils logent gratuitement dans des baraquements de l'État, ils se nourrissent pour un rouble et demi et sont payés 18 roubles par jour. Je ne m'étonne plus maintenant de Faugmentation des dépenses sous le régime maximaliste et je me souviens du discours de Goukovski, commissaire aux finances, le 15 avril à Moscou. Les dépenses totales à la verste montaient sous l'ancien régime à 13.000 roubles par verste, et donnaient un bénéfice. Aujourd'hui, elles atteignent 125.000 roubles — dont 60.000 pour la seule augmentation des salaires. Les charpentiers de la ligne Mourmane illustrent d'un exemple concret la thèse de Goukovski. La ruine de l'Etat et l'enrichissement factice et précaire de l'ouvrier, voilà le régime.
Nous nous promenons dans la maigre forêt marécageuse. 11 n'ya pas plus d'un pied de terre sur la couche d'argile. Les arbres poussent lentement, et ont un air de vieillards rabougris, accablés par l'âge avant d'avoir eu le temps de grandir.
Depuis Kandalakcha, le paysage a changé de
La côte hourmane 2
caractère. Des chaînes de rnootagnes courent i nord-est au sud-est. Le massif de l'Uchitek, pr de nous, a des hauteurs de 2.300 mètres.
Nos hommes au poste de Kandalakcha se livre au plaisir de la chasse. On rit d'un officier (] récemment a eu la double émotion d'abattre ] renne et de découvrir, quelques minutes plus tai qu'il avait tué un renne attelé.
Nous quittons Teihola et, à l'allure de cinq kil mètres à l'heure, gagnons le pont de la Kola s une voie jonchée, à dj-oite et à gauche, de cad vres de wagons déraillés qui pourrissent dans marais. La Kola est ici large et rapide, charria des- glaces. Le paysage s'anime et se diversif Le fleuve coule entre de^ collines élevées. No nous réveillons le vendredi 24, en gare de Moi man.
Mourman
Terre ingrate, pays désolé, plongé alternatif
meut dans une nuit de six mois et dans un jo
d'égale longueur, je suis sur les rives d'unfjo
profond de la Mer Glaciale. Les hauteurs qui
'"ordent sont encore couvertes de neige sur
uelle se détachent les maigres pins et les trisi
outeaux acharnés à vivre sous ce climat a&ei
a neige a disparu sur les terres plus basses, q
au dégel, ne sont que marécages. Le fjocd-Klans lequel se jette la Kola est semé d'immenses glaçons qu'amène le fleuve, semblables à de grands nénuphars qui s'en vont lentement au fil de Teau vers la mer et que le flux, ,deux fois par jour, arrête.
Sur la rive droite, le terrain descend en longue pente douce jusqu'à Teau. Là est le terminus de la ligne, là est — ou plutôt sera — la ville de Mourman, Que sera Mourman ? Une ville basse, le chemin de fer et le port ; une ville à mi-hauteur de colline, la ville marchande ; enfin, la ville de résidence, la ville haute. Qu'est-ce aujourd'hui ? Un seulement dans un incroyable désordre, d'une saleté qu'on n'imagine pas. Au bas, il n'y a que des voies ferrées, des voies sans fin et partout. On ne circule que sur les poutres de la voie et, à la fin de la journée,* on a les jambes cassées des dix mille secousses reçues à chaque fois qu'on arrive avec la plante du pied et de tout le poids du corps sur la solive dure. L'entre-deux des solives est un amas confus et puant de boites de conserves vides et d'immondices de toutes espèces. Aucune voirie ne nettoie les kilomètres de voies ferrées qui composent à peu près toute la ville basse de Mourman. Sur ces voies, des wagons. 11 y a là les aristocratiques voitures de la Compagnie internationale des wagons-lits, des voitures de seconde et de première de l'Etat russe
LA CÔTE MOURMÂNB 251
et des centaines de wagons de marchandises, arrangées en tiéplouchka. Dans ces wagons vit une innombrable population, soldats de l'armée rouge, le commissaire temporaire et tout puissant, délégué par Lénine, Natzarenus, des soldats serbes que Ton emmène à Fautre bout du monde, à Salonique, des soldats français, enfin une niasse hétérogène d'alliés, femmes, enfants, vieillards, anglais, français, belges, qui quittent l'inhospitalière Russie et attendent, sur ces bords désolés, un bateau qui les ramène en Europe. Tous ces gens dorment dans des wagons-lits ou dans ceux de marchandises, y vivent, y mangent, et jettenl sur la voie, au hasard, leurs ordures ? Et cela, depuis six mois ou un an, depuis que, peu à peu, devant le désordre, la ruine, et l'insécurité amenés par la Révolution, les alliés qui travaillaient en Russie, y avaient leurs intérêts et leurs familles, sont obligés de la quitter. Sur les voies aussi, un incroyable amas de caisses venues d'Amérique, d'Angleterre, de France, des fils de fer barbelés, des machines-outils, des instruments agricoles, des bois de construction arrivés de Norvège, des barriques de pétrole, des tonneaux de poisson salé, des briques, des scories.
Dans la ville basse, quelques maisons en bois. Dans l'une d'elles loge le délégué des Affaires Etrangères, dont il faut avoir le visa pour sortir de Russie, bien que votre passeport ait été timbré
252 LÀ RÉVOLUTION RUâSE
à Petrograd ou à Moscou. Quelques baraques abritent les services des missions militaires alliées.
Une jetée vaste a été construite sur le port qui est en eau profonde. Peu de bateaux y sont amarrés. A peu de distance, se balance, de lignes élégantes, Tancien yacht de Gordon Bennett, la £ysistrata, achetée par le gouvernement russe. Il avait coutume de croiser dans des mers tempérées ou chaudes, où il promenait les aristocratiques amis du propriétaire du New York Herald. Aujourd'hui, dans un fjord de la mer Glaciale, il sert de maison flottante à des « camarades » matelots russes qui n'ont aucune envie de prendre la mer.
VAskold est là aussi, et je ne sais quel autre croiseur de la flotte bolchevique, le Tchesmé,
Les alliés sont représentés par deux croiseurs anglais, le Glory et le Cochrane, la France par U Amiral-Aube y les Etats-Unis par VOlympia.
Quelques vedettes animent le fjord et deux ou trois transports sont amarrés au wharf.
Au dessus de la ville basse, sur des pentes qui descendent des coteaux, peu de maisons encore, l'usine électrique, la poste, le télégraphe. Puis un plateau sur lequel sera construite la ville haute. Elle est déjà la plus peuplée. Au nord, c'est le jquartier des baraquements. Une vingtaine de grandes constructions abritent les réfugiés qi quittant la Russie, attendent à Mourman un b teau pour rentrer en Europe.
LA CÔTE MOURMANE 253
J'ai pénétré dans ces baraques, j'ai parcouru leurs longs couloirs sombres, j'en suis sorti le cœur serré de pitié et de tristesse. Imaginez une pièce assez haute, avec des couchettes de bois superposées sur deux étages. Il n'y a pas une séparation dans la pièce, par un coin où Ton puisse s'isoler, pas une chambre réservée aux jeunes filles ou femmes. La promiscuité dans toute son horreur. Chacun s'arrange comme il peut sur les plaùches ; les têtes touchent les têtes, et les pieds se mêlent. Ici, c^est une famille qui s'est organisée du mieux qu'elle peut; là ce sont des jeunes gens ; ailleurs un vieillard. 11 fait sombre dans ces baraques même en plein jour, car des ficelles courent d'un côté à l'autre et passant devant les fenêtres, pliant sous le poids du linge lavé qui y sèche, répandent dans la pièce une odeur fade et humide. Des chaussettes trouées, des serviettes, des chemises pendent dans l'atmosphère close et chargée. De grands poêles chauflFent le baraquement. Dés centaines de personnes vivent ainsi dans une seule pièce. Elles y font la cuisine, elles lavent leur linge, elles mangent, elles dorment. Et cela dure depuis des mois.
Les gens que le destin a enterrés là appartiennent à toutes les classes de l'échelle sociale; il a des ouvriers et des contre-maîtres, de petits :)utiquiers et de grands commerçants, des direcurs d'usine et des administrateurs de grandes
254 LA RÉVOLUTIOn 1^U33E
compagnies. Il y a des femmes autant que des hommes ; il y a des vieillards et de tout petits enfants. '
Pauvres petits malheureux qui souffrent avant Fâge des horreurs de la guerre, pauvres gosses emprisonnés dans Tair puant des baraques, et dormant à la dure et nourris, comme tous, des conserves qu'on distribue quotidiennement, sardine et « singe », « singe » et sardine. J'ai vu de ces mioches rongés par la vermine qu'on ne peut éviter, leurs corps maigres en proie au pou horrible du soldat et aux punaises.
Le cœur vous lève de pitié à traverser les baraques de Mourman.
Gomme il est naturel, la santé des réfugiés soumis à de telles épreuves est mauvaise. La variole est à Mourman et le typhus.
Quinze cents personnes attendent sous le cercle polaire le bateau qui doit les ramener en Europe. Ce bateau vient rarement. On s'y entasse dans des conditions qui ne sont pas meilleures que celles des baraquements et l'on se risque sur la Mer Glaciale à la rencontre des sous-marins qui infestent ces parages.
La sécurité est médiocre. La base navale de Mourman n'a, pour l'instant, pas de torpilleurs. On est convoyé par de lents trawlers qui ne font que huit ou neuf nœuds à l'heure et qui sont d'inefr ficace protection contre les sous-marins perfec-
LA CÔTE MOURMANE 288
tionnés qui nous bloquent. Il faut ajouter enfin que le bateau ne peut profiter de la nuit pour gagner le large. 11 règne en cette saison un jour éternel qui vous expose vingt-quatre heures durant comme cible aux canons allemands.
Si un malheur arrivait, il serait épouvantable. Des milliers de victimes périraient.
En quittant les baraquements, on prend un large boulevard désert qui, à deux kilomètres de là, vous conduit à quelques maisons composant l'ancien village de Mourman. Sur le point le plus haut du plateau s'élève une construction spacieuse où loge le Soviet, A droite, à gauche, on a bâti des maisons en bois.
Mais cela ne se fait pas au hasard. Les Russes sont gens prévoyants et d'excellents colonisateurs. Un plan préexiste à la ville qui dicte impérieusement les lignes suivant lesquelles elle se développera. J'ai vu ce plan. Il est magnifique, larges avenues, places immenses, vastes lots pour chaque habitation. Mourman, lorsqu'elle sera construite, sera une belle ville au plan clair, méthodique et bien conçu*
Une ville de 60.000 habitants est déjà prévue. Elle en compte 2.000 ou 3.000 aujourd'hui. Peu importe. Les Russes ont une confiance qui ne vacille pas dans leur destin. Ils sont assurés de l'avenir de Mourman. Si le hasard veut — ce qu'à Dieu ne plaise — que je passe ici dans vingt ans.
je traverserai sous le cercle polaire, une vill^ régulière et belle, toute bourdonnante de vie, étîncelante d'électricité dans la longue nuit polaire.
J'aime cette qualité chez les Russes. Ils voient large ; ils ne comptent pas ; ils taillent dans le grand et attendent leur justification de l'avenir, car il& se font une haute idée des demains de la Russie. Même sous le cercle polaire, ils lui préparent un logement spacieux et digne d'elle. Il y a quelque chose du grand seigneur chez le Russe et qui se traduit dans la politique, comme dans les affaires, comme dans la vie privée. Il a horreur de la petitesse. Comme cela est agréable ! Je ne vois nulle part le désir de se restreindre, de se satisfaire de peu, de dire : « Cela me suffit ». Le Russe n'aime pas les entraves et supporte mal un frein. 11 va jusqu'au bout de ses défauts et de ses qualités. 11 est extrême et abhorre les moyens termes. Il peut exciter le plus vif dégoût ou l'admiration; il ne vous laisse pas indifférent. Il ne connaît pas les vertus moyennes et l'équilibre où nous tendons. Dans ce pays de morale facile, j'ai rencontré des héros et martyrs d'hpnnêteté ; chez xe peuple enclin au mensonge (mentir en Russie n'a pas le même sens que dans la puritaine Nouvelle-Angleterre), je pourrai nommer des gens qui exagèrent en ne fardant pas la vérité... Mair nous voilà loin de Mourman.
Pour l'instant, le plan magnifique de Mourmai
LA CÔTE MOtinUANe
a des iaconvéaients. Les distances à dans ce seulement de 2.000 habitants immenses. Du port à la belle maison di de la Gatinerie, il y a plus de vingt n trajet; du baraquement où travaille 1 Levêque, chef français, h la base an| compte plus de 2 kilomètres. Aussi pi temps inouï à faire ses courses nécessa le trou actuel qu'est Mourman.
Mais cela a un charme, un charme p Russie ; au milieu des difficultés présen dans l'avenir et celui-ci qu'on escom[ supporter celles-là qu'on subit.
Aujourd'hui il neige. Un vent glacé r fjord, fouette les tristes rivages, balaie nues de Mourman, et nous gèle jusqu'à des 03. Nous sommes replongés au coeu ver. Nous frissonnons en cherchant noti le long des voies ferrées où mille obsti arrêtent. Les réfugiés toussent à l'envi.
, par le terrible régime auquel ils sont &< offrent peu de résistance aux bronchit pneumonies. Presque chatjue jour, il y ^s à enregistrer.
La rougeole et la variole ont fait leu on, et nous avons aussi le scorbut, d
mentatioD par leg conserves, au froid, et à Fhumidité.
Notre départ est incertain. La grande masse des réfugiés attend un paquebot, qui, suivant nos espérances aurait dû quitter TAngleterre le 15 mai et arriver ici le 22. Ce paquebot, le Porto, n'est pas signalé.
Chaque jour, on entend dire de tous côtés « le Porto est annoncé pour demain ». Et chaque jour c'est une nouvelle déception.
II y avait un service régulier sur la petite lie norvégienne de Vardô. Un caboteur russe l'assurait une fois par semaine. De Vardô à Tentrée du fjord de Kola-Mourman, 80 milles marins. A Vardô, on trouvait un bateau norvégien qui vous mettait, en navigation en partie dans les fjords, à Narvik (chemin de fer pour Stockholm) ou à Trondhjem (ligne pour Christiana). Or, il y a une semaine les sous-marins allemands sont arrivés et ont répandu la terreur sur ces côtes désolées.
Ils ont bombardé, dans les eaux territoriales russes, le petit caboteur et Tout coulé, tuant deux passagers et en blessant trois. Ils ont détruit une vingtaine de barques de pèches norvégiennes et russes.
Plus personne n'ose se risquer en mer. Le service de Vardô est interrompu. Je trouve ici i courrier militaire français, le lieutenant Luzarch d'Azay. Il a pu arriver par un bateau de fortur
LÀ CÔTE MOURMANE S59
et maintenant, il attend comme moi, comme tant d'autres, que la mer soit ouverte et qu'il puisse regagner la Norvège et la Suède.
Combien de temps serons-nous ici ? Dans quelles conditions pourrons-nous traverser sur Vardô ? A quels risques ? L^incertitude où nous sommes est lourde et les jours de Mourman, ces jours interminables de lumière, se passent tristement.
28 mai.
Toujours aucune nouvelle du départ. Un ordre de Trotski est arrivé interdisant à tout bateau russe de quitter le port.
Tchitchérine a été obligé d'envoyer une note attristée à Berlip au sujet du coulage du cabo-» teiir russe. Trotski veut éviter à son collègue renvoi d'une nouvelle note à laquelle les Alle^ mands ne répondront pas plus qu'à la première.
Nous nous promenons, comme ours en cage, dans Mourman. Il fait un peu plus chaud aujourd'hui. Par instants, au soleil, on peut croire qu'on touche au printemps. Mais l'air reste aigre et pé-^ nétraut. Le vent qui vient du Nord a passé sur les champs de glace de plusieurs centaines de lîftues et nous en rapporte la fraîcheur. La face notre corps qui est au soleil a chaud; celle qui
\ à Tombre et au vent reste glacée.
On ne peut guère sortir des sentiers battus de
Lgi:
la ville future ou des avenues déjà tracées. J'ai voulu aller â flanc de coteau jusqu'au sommet qui domine les hauteurs du fjord. Mais, même sur une pente abrupte, le sol reste marécageux et le pied enfonce à travers la mousse sèche jusqu'à Teau. Pas un pied de terre ne couvre la couche d'argile qui forme le terrain. Dans la saison où nous sommes, il n'y a pas de nuit, à Mourman. 11 fait clair à minuit presque comme à midi. Le soleil s'abaisse à l'horizon, il se cache derrière la colline au nord et reparaît quelques instants après. Quand la soirée est belle, ce sont les heures agréables de Mourman. Les ombres s'allongent, les eaux du fjord deviennent plus sombres, les petites maisons s'illuminent aux rayons ras du soleil qui baisse, leurs vitres s'éclairent du reflet qu'y allument les rais presque horizontaux du globe rouge que voilent parfois les nuages amassées au nord. Les mouettes continuent à pousser leurs cris rauques et à sauter sur les rochers que la marée laisse à découvert.
Des couples passent, hésitanj^jl retourner au logis ; on s'attarde ainsi sur le coteau où s'élève la ville, attendant je ne sais quoi avant de regagner son lit.
A Theure où le soleil disparaît derrière les collines neigeuses, une étrange clarté règne su le paysage, une lumière froide sans accent et san vie, pareille à celle qui reste lors d'une éclips
LA CÔTE MOUBHANE
totale du soleil. Puis, c'est de nouveau le j jour ensoleillé.
Mourman n'est peuplé que d'ouvriers et d' nicurs. Us sont venus, envoyés par l'État i construit à son compte toutes les maisonnett bois que je vois ici, et les baraquements, < voies ferrées, et le port. Malgré la révolutioi continue de travailler. Un grand wharf a été truit, on est en train de le doubler. Des t amènent, le jour durant, la terre prise aux chées du chemin de fer et qu'on jette sa fond tout semé de pieux enfoncés reliés pa poutres.
Et on élève encore un peu partout des ma à poutres équarrîes. Les charpentiers russes d'une extrême habileté. Avec la petite hach ne les quitte jamais, ils équarrissent les poi les égalisent, les façonnent et les joignent, le avec une adresse et une rapidité surprenant
Le Porto tant attendu est arrivé. 11 est à et débarque deux ou trois compagnies de fus marins anglais et français qui assureront la { de Mourman. Mais la protection la plus efl de Mourman, ce sont les marécages qui, sui intaines de lieues, le séparent des régions ^es de la Finlande.
Sa coque peinte de grands zébrages biz
noirs et gris^ sa cheminée camouflée^ se dressent au-dessus du wharf. C'est un ancien bateau ailemand qui servait au transport des troupes aux colonies africaines. Le Portugal, où il s'était réfugié lors de la déclaration de guerre^ s'en est emparé lorsqu'il a joint les Alliés et maintenant le Porto transporte les réfugiés de Mourman jusqu'au jour où les sous-marins allemands l'enverront par le fond de là nier.
Il nous amène un courrier militaire français, mais l'officier qui l'apporte se trouve arrêté ici^ car les maximalistes lui refusent rentrée de la Russie. Pour passer la frontière il faut le visa bolchevique d'un représentant du Gouvernement des Commissaires à Londres ou à Stockholm. Le représentant ne vise que sur là demande de l'ambassade de France à Londres ou de la Légation à Stockholm. Ambassade et légation refusent d'adresser une demande aux commissaires bolcheviques. Ainsi l'entrée en Russie reste interdite aut Français.
Les Anglais n'hésitent pas à demander pour leurs coui^riers le visa de Litvinof, représentant des soviets à Londres. Il leur est toujours accordé» Aussi courtiers et sujets anglais arrivent sans encombre en Russici
LA CÔTE MOURMANE 263
!•' juin.
A rentrée du wharf, il y a une barrière et une porte qu'on ne franchit qu'en montrant un laissez-passer. A la porte veillent une sentinelle anglaise et un tavaritch de l'armée rouge. L'Anglais est habillé impeccablement, rasé de frais, propre, astiqué, reluisant. Il fait dix pas, vire sur les talons, et à chaque ofâciér qui passe rectifie la position. Le Russe est dépenaillé, à moitié civile à moitié militaire, sale, inculte, broussailleux. 11 tient son fusil au petit bonheur, fume une cigarette, se mouche dans ses doigts, et, quand un officier passe, il crache.
Je mange, par bonne fortune à la popote du lieutenant-colonel Lévèque dans un wagon-restaurant tout au bout du wharf. A côté de nous, un transport anglais qui sert de base est amarré au ponton. Toute la journée, il cause par signaux avec le Glory de l'amiral Kemp à quelques encablures de là.
Et voici comment ça se passe. Un matelot
monte sur la coupée, prend deux petits drapeaux,
se tient droit, les jambes à peine écartées, et se
met à agiter les bras à droite, à gauche, en haut,
n bas, désignant tour à tour les points du cadran
livant les lois d'une cadence obscure dont je ne
isis pas le sens. A intervalles irréguliers,- les
deux drapeaux se croisent à hauteur dés genoux ; un mot est fini ; aussitôt la manœuvre recommence.
Ainsi, pendant des heures, je vois le corps fin d'un matelot se profilanten lignes nettes sur le ciel pâle, ses gestes précis, qui se succèdent avec une rapidité incroyable, sans jamais une hésitation ni" une reprise. Les petits drapeaux flottent au vent, montent et descendent. 11 semble exécuter une danse compliquée dans laqjielle seuls les bras ont leur rôle, comme dans certaines danses hiératiques des îles chaudes de Java. Et, voyant cette conversation muette par gestes, je me souviens de Panurge qui fit quinaud l'Anglais qui arguait par signes.
La seule distraction des indigènes de Mourman, c'est la balançoire. Ils en ont installé partout, sur les terres-pleins déserts, sur les places de la ville future, sur les voies même du chemin de fer ; ce sont de grandes balançoires, hautes, avec une longue planche sur laquelle se logent deux, trois, quatre personnes. Des enfants y prennent, place, des jeunes gens, des femmes, des hommes. A toute , heure du jour et de la nuit, on voit à travers le ciel triste de Mourman, Tenvolée des balançoires emmenant les passagers haut dans les airs. Ce balancement monotone et continu est la grande distraction sous le cercle polaire.
LA CÔTE MOURMANË
Nons partons enSn. L'amiral Kemp mt disposition de quelques-uns d'entre ne trawler armé pour la chasse aux sous-mar petit bateau à 80 tonnes nous transpoi Varde en douze heures. Et là nous trouve] service des paquebots norvégiens sur Hamn:
le Gap Nord, Narvik, Trondhjem, Bergen ] fjords.
Au soir, nous quittons ce Mourman n dont nous n'espérions plus sortir. Pendan heures nous descendons le Qord dont le:
désertes sont des roches abruptes et noire les anfractuosités desquelles la neige n grandes taches blanches. A l'embouchu fjord la scène a de la grandeur ? La cdte hautes collines, presque des montagne:
tombent dans la mer en pentes rocheast sont les assises solides du monde septen contre les flots de FOcéan glacial.
La mer est sombre, le rivage est de noire et de neige blanche sur lesquels le s travers les nuages jette des coups de lumièr
Vers le Nord, au-dessus des glaces du f couche des nuages est plus épaisse. La n éserte ; seuls quelques trawlers, points noii immensité, balancés par la houle, moni arde devant l'entrée du fjord. Le vent lég
vient du nord-ouest est glacé ; des bandes de canards se lèvent à notre passage et, moitié courant, moitié volant, zèbrent Ja surface de Feau de traits rapides. Â une lieue et demie de distance, nous longeons la côte déserte et montueuse de la vaste presqu'île des Pécheurs où l'on n'aperçoit pas une habitation. La mer sombre, le ciel ' à demi- voilé, ces rives arides et neigeuses, composent un spectacle d'une grandeur triste et accablante. Puissé-je ne jamais revoir ces paysages polaires dont la vie est aj^sente.
Si calme que soit la mer, notre petit chalutier danse d'une façon peu agréable sur ces vagues qui viennent de loin et bientôt à peu près tous les passagers gémissent en proie au mal de mer.
I^es matelots anglais nous soignent d'une façon quasi maternelle, soit que nous soyons entassés dans l'étroit poste à l'arrière où ils dorment^ soit que nous restions sur le pont, glacés par le vent. Ces hommes raniment le feu, nous donnent des couvertures, nous apportent du cacao brûlant, et, maîtres de maison accomplis, font tout ce qu'ils peuvent pour rendre notre passage moins rude.
Je me suis accroupi sur le pont derrière la machine pour attendre le soleil de minuit. La mer moutonne à quelques pieds de moi ; par moments une lame lave doucement le pont à m< pieds. Les plaques de tôle où je suis appuyé soi tièdes et me chauffent doucement le dos^ tand
LA câTB MOURHANB
que la partie antérieure de mon corps est tn de fcoid.
Vers minuit^ le banc épais des nuages s'éc cit au liord et j'aperçois le disque du soleil reste & 10" ou 16* au-dessus de l'horiKon. Le e tacie est admirable. Peudanl une heure.c'est féerie polaire de lumière iocandescente den les nuages qui font écran lumineux. Par moro c'est Une oappe de cuivfe en fusion devan quelle passent, légers, de petits paquets de bri fouettés par le reot et qui sont comme des o] iridescentes. Des colliers de pierre précieuse! formes bizarres s'égrènent ainsi dans le ciel, le tableau change ? C'est maintenant au raz i mer une bande de uuages d'un bleu sombri doiae que couronne une longue et mince b d'argent yif étincelant ; au-dessus, le ciel coi turquoise lavée et lumineuse ; puis, de nom des nuages mouvante derant lesquels jouent brumes légères et colorées.
Je reste sur le pont glacé par le vent du ^ 0.ue8t, jusque vers trois heures du matin, n'en pouvant plus, le cœur chancelant, je abriter ma misère dans la cuisine où de supt matelots font du thé et du cacao. Et j 'ai de loo heures pour méditer sur les solides avaùtage
mcber des vaches, tandis qu'au dehors
'Orrasqaes de neige s'abattent sur la mer
■îuse.
Vard5, 6 juin.
ïst'il UQ pins triste lieu au monde que Vardâ ? i petite lie rocheuse, pelée, saos trace de végéou. On assure que deux arbres cbétifs poussent 8 l'enceiute de la forteresse au sommet de !. On va môme jusqu'à dire que la forteresse été construite que pour garder ces deux ars, le plus précieux et le plus rare des trésors puisse posséder le misérable VardO.
'es maisons serrées les unes contre les autres cent l'unique rue de VardO. Deux ports, celui Sud et celui du Nord, sont séparés par une lite langue de terre. Ils abritent aue nomise flottille de bateaux de pêche, car Vardô comprend que des pêcheurs, ne vit que du
ISOQ.
ur le port, sont installés les établissements itniits sur pilotis où l'on prépare le poisson, montagnes de têtes de morue s'y entassent, tas de petits requins tachetés comme des thères, des milliers de harengs que des femmes les hommes vident, nettoient et salent. Des itations immenses de pieux sur les rochers lent le seul décor de l'Ile sauvage. C'est là n sèche le poisson avant de l'envoyer en bares vers le Sud de la Norvège et vers l'Eu-
ne odeur forte emplit Vardo, une odeur qut
LA CÔTE MOURMANB
les coups de vent les plus violents ne dissiper. Elle iniprègne le sol, les murs des maisons ; elle s'attache à vous, vous vez vous en défaire. Vous l'aspirez le joui 11 est des pays bénis, brûlés par le se sentent les épices ; il en est d'autres où 1 parfument l'atmosphère ; VardS ne con l'odeur forte de poisson séché et de l'huil de morue.
VardO, à la saison où nous sommes, vit jour éternel. Mais ne croyez pas que V ensoleillé. A cette extrémité des terres g entre la mer grise et les rochers noirs, > été est enfoui aous une couche de nuages lui cachent le ciel pâle du Nord.
11 y fait froid l'année durant. Si par en été, grâce à un coup de vent propice la température s'élève et le ciel se nettoii an ipstant caresse l'espoir d'apercevoir soleil, ce soleil dont les plus pauvres reste du monde peuvent jouir à leur gi non, la différence entre la chaleur mon de l'aie et de la froideur constante de amène aussitôt la formation d'un épais bi qui enveloppe la petite Ile et eîle refom In gris, le froid, l'humidité où elle a cou ivre.
J'ai rencontré un Lapon à Vard6. Il a\ .'un Lapon pour touristes et photograph
it comme je l'ai tu, an vrai Lapon laponnant. )Ttait d'étraoges souliers à la poulaine avec pointe rocourbée en l'air, revenant sur le , des vêtements assez l&ches de cuir de renne ,8ur les épaules, trois bandes appliquées d'un ;e vif et la plus curieuse coiSftire de peau e en rouge qui semblait le bonnet, mais co- , d'un professeur de la docte université d'Ox- . Il était de petite taille, jeune, huileux et litement laid. Comme il convient, je le phoiphiai devant les barques du port Nord. II s'y 1 avec satisfaction et, bien longtemps après j'eusse fini, garda la pose comme un modèle BSBionnel, d'où je conclus qu'il n'avait jamais )ho(ographié puisqu'il croyait que cette opén mystérieuse demandait un quart d'heure, ni donnai un franc. Pour ce prix, il exigea je lui serrasse la main très sale qu'il me it.
ma ne passons qu'une journée à VardO. De natin, aujourd'hui, nous BOUS embarquons sur eau vapeur, le Roi Harald, qui va nous mettre rvik en trois jours de navigation côtière.
lUS y vivons dans un confort que nous ne aissoos plus depuis longtemps. Nous trouver its, du linge, une table propre et bien se !> luxe contraste d'une façon saisissante avi
LA CÔTB MOURMANE 271
Fàridité essentielle du paysage que nous traversons : une mer couleur de plomb sous un ciel bas couleur de suie, une côte escarpée de montagnes couverte éternellement de neiges jusqu'au bord de l'eau. Pas un être humain n'habite ici ; toute civilisation est absente de ces rives glacées. Seuls, au fond des fjords, quelques pécheurs qui gagnent largement leur vie dans ces eaux riches en poissons.
Je préférerais crever de faim sur un quai ensoleillé de Naples.
7 juin.
Vers le milieu de la journée, nous arrivons à Hammerfest. Hammerfest collée au flanc d'une montagne à pic, regardant le nord, étouffée entre les rochers et la mer, jouit du triste privilège d'être la ville la plus septentrionale du monde.
Elle est propre, petite, tassée, ne vit que du poisson, ne sent que le poisson. Elle est plongée dans une lumière grise, froide, pauvre, même dans les beaux jours où nous sommes. Une tristesse éternelle règne dans ce coin perdu à Fextrémité des terres en face du pôle. A-t-on jamais aimé à Hammerfest? Un sentiment humain a-t-il jamais DU naître et se développer dans ce climat affreux
i toutes les énergies de l'homme sont employées
lutter pour la vie? Le luxe, le jeu, ce que le ileil, la douceur de Tatmo^phère donnent aux
i LA RÉVOLUTION RUSSE
misérables populations des climats tempérés hauds sont refusés aux habitants d'Hammerqui ont de l'argent et ne connaîtront jamais auvreté.
> suis monté sur les rochers élevés qui domi- ; la ville. Le spectacle y est d'une étrange ideur. A mes pieds la petite ville qui se serre usement contre la montagne, ses maisons pro- ., basses, régulières, groupées autour du port lequel s'élèvent les dépôts de pêcheurs. A
pied, le port rempli des bateaux de pécha, halutiers, de petites embarcations à moteur
voiles; uu mouvement de terrain protège le . au nord, puis c'est le fjord immense où Bs les flottes du monde trouveraient un abri en profonde. Un énorme rocher pelé s'élève au re du fjord qui est entouré de tous cAtés par lautes montagnes de pierres noires dans le X desquelles ia neige dessine de larges rayures ches. L'œil n'aperçoit aucune sortie sur la . Il semble que l'on soit dans un lac fermé de es parts. Derrière les nuages on devine un il pâle qui, par places, en éclaire les couches sses et leur donne quelque transparence. Si feux dépassent la ville blottie au-dessoas de
je me croîs transporté à l'époque glaciaire, I un pays désert où la mer, les roches, les nei-
u'ont jamais connu la présence de l'bommt iposeat à sa venue une hostilité farouche. Mais
LA CÔTE HOUnUANE
l'amour de l'or, auri sacra famés, a en n ces obstacles et les hommes sont veous, se à ce rocher et exploitent une mer féconde Btable.
Ao soir, noas continuons notre route.
s'est éclairci, les nuages out disparu et, poi que fois peut-être de l'année, le soleil de se montre. L'horizon est fermé par les mo des lies, hautes de près d'un millier de Mais le soleil à minuit reste plus haut que des montagnes, à 20^ ou 25^ au-dessus de de la mer. Il atteint le point le plus b 11 heures (temps de Greenwich), puis lei commence à remonter dans le ciel en s'; nant vers l'ouest.
Ce brave soleil de minuit ressemble et ment an soleil de - sept heures du soir d climats au mois de mai. Simplement ses horizontaux traversent, des couches si d'atmosphère humide que l' astre-roi semb perdu de sa chaleur à fréquenter le pôl»
flamboie pas ; il n'est pas très brillant, h et, pour donner un démenti à La Rochefc je le regarde Sxement. En somme, il faut ter sa montre pour avoir conscience de geté du phénomène auquel nous assistons soleil ne fait pas plus de façon pour descenc le ciel à minuit qu'à, six -heures. C'est e il ne disparaît pas derrière l'horizon, tan
LA UIVOLUTION RUB8S
avons l'bal)itad« do le voir ae eoucher. Mail habitude ce&t fois séculaire de la race n'a lit aucone impr«asioa profonde sar ooas.
'emière fois que j'ai tu le soleil se pas m ter, j'ai troayé cela parfaitement naturel, ia sûr qu'à mon retour dans les pays eÏTilie jugerai avec sévérité sa conduite ÎDComsQsible qui le pousse chaque nuit i. nous ler au risque de nous casser le nez dans le Et je m'étonne enfin de ce que le soleil oit i, entre toutes, la zone polaire pour l'éclai' : jour durant. Quel plaisir trouve-t-il à regar- «s glaces éternelles, cette mer couleur de b, cea solitudes gelées? La planète Terre ne Fre-t-elle pas des faces plus riantes, des rivalus heureux, des mers couleur de violette on ne se lasse pas d'admirer les formes et mleurs. II les laisse pendant la nuit aux tencaresses de la lune, tandis qa'il se délecte sèment i contempler les ébats des ours s et les jeux des phoques sur les glaces éter- 3 du p6le arctique.
Samedi, g Juin.
as trouvons le printemps à Troeioso. C'est le )mps du, cercle polaire, mais tout de même r&creté froide de l'air, il passe' parfoîi le une tendresse. On imagine soudain qu'il
LA CdTB 'UOUHHANE
poon&it peut-être, tm jour pas comme les faire chaad et qu'il y a véritablement des ] l'oD peut sortir an mois de join sans pa d'hiver. Je vois des gazons verts, des h prairies, ma foi, et aux branches des ar gonflent de gros bourgeons qui vont éclate cie 1...
TroemsO nous apparaît donc, dwis ce soleil, comme une riante petite ville pol capitale des régions du Nord. Elle est co sur les bords d'un fjord étroit. Depuis soir, nous semblons faire de la navigation 1 sur un fleuve dont la largeur varie de 500 à 2 kilomètres et uniformément bordé deux rives de rochers élevéâ qui s'en vi gradina. jusqu'à de hautes montagnes qui I l'horizon. Sur ce paysage qui ne manque grandeur, une lumière d'une pauvreté à rante. Même par le beau jour où nous som lumière n'a pas d'accent ; une teinte bleuté loppe le paysage entier de la môme clart et sans vibrations. Jamais un peintre n'est le cercle polaire.
Dans la me principale de Troemsô je vt Lapons, vêtus en mignons Henri Itl, avec corps serré à la taille, sur lequel sont applî< bandes rouge vif, des souliers à la poulain< l'étrange bonnet que j'ai décrit un chou de rouges. Ces mignons qui semblaient écha
1 LA RÉYOLUnON BUSSE
guratioD d'an théâtre de province — Henri III
2 cour — ces Mignons lapons ou ces Lapons mina, étaient dans un état d'ivresse avancé, bien 1 ne fût que 10 heures du matin, et comprotaient gravement le prestige, à la fois de la astie des Valois, et de la grande famille lane. Ne pouvant se procurer de l' eau-de-vie, Qs /ent de la 'térébenthine, du vernis, du pétrole, l'élixir dentifrice, de la lotion pour les cbe- X. Tout leur est bon pourvu qu'ils gagnent les adis artificiels réservés au Lapons où l'on rêve ae terre riiisselante spontanément de graisse phoque, d'huile de foie de morue et d'alcool.
lans le brouillard, sur une mer unie comme : glace, avec pourtant une houle qui nous se sentir que nous sommes sortis des Qords.
mer est couleur d'étain ; le brouillard d'où d)ent quelques gouttes de pluie est gris, fuligi- X. Nous avançons avec précaution. La sirène lie de déchirer le mur Quide qui nous envepe. Et voici que soudain, à quelques encablures bateau, je vois dressé dans les airs, juste aums de notre tête, un rocher énorme, déchité, noir, qui s'élève à plusieurs centaines de ires. If est sorti soudainement des nuées qui tourent, mais qui restent attachées à sa base
LA CÔTB MOURHANE
et nous le cachent. Cette apparition dans le I lard est si subite qu'elle effraie. Il sembl nous allons nous briser sur le pied de ce i colossal.
Mais non, le bateau le contourne et nous dans un petit port^abrité. Nous sommes ai LofFoden.
Ce matin, lundi, entre 7 et 8 heures, noi versons enfin le cercle polaire et rcntroni les régions tempérées. GrAcea en soient re aux dieux !... Nous quittons les mers froidi glaces, la neige et le soleil de minuit.
Le soleil brille sur les Qords ; il fait doux la première fois, je laisse au crochet mon mt ouaté et, baigné de soleil, dans an fauteuil pont, nu-tête, les yeui fermés, je rêve que j & Naples par un beau jour d'hiver...
Tbondhieb. — Nous y arrivons pour assî un concours athlétique national. Des bomm bien taillés tournent autour d'une barre fix tigent sur des parallèles, s'envolent aux ani Des femmes prennent part à des jeux. Elle rent en groupes à une certaine distance de bune où je suis. Elles sont vêtues de jupes c
LA BiVOLUnOH ftUBSS
jnataaeorpB. Elles preoneat des pogea pUs- 3, s'agitent en mouvements cadencés, se ;nt à croupetoD et se relèvent; elles bondis- >ar dessus des chevaux gonflés de crini raidea aatre pattes en bois. Elles paraissent graea, élégantes. Ces filles du Ncwd nous annoneiles une humanité nouvelle et plus belle?.., n rencontre an groupe le soir à la gare où mds le train pour Christiania. Déception I... sont sans gr&ce et sans beauté. Elles reslent à des suffragettes, tons qu'entre Trondhjem et Christiania j'ai intré l'Eté, ses jeunes et puissantes séduc- , et que mes yeux, habitués aux glaces et aux iS, ont regardé avec étonnement des arbres Is de feuillages, de graSses prairies et des i en pleins champs.