FP-Î
74 LA RÉVOLUnOIf RUSSE
l'indépendance de l'Ukraine est reconnue. Elle sera une guerre civile puisque maximalistes ukrainiens et russes sont unis contre les partisans de la Rada. Enfin, sur le territoire de la Petite Russie, les Grands Russiens maximalistes seront en lutte contre les soldats des Empires centraux auxquels Trotski a déclaré solennelle* ment la cessation de Tétat de guerre.
Il faut noter que, par un étrange retour des choses, les maximalistes soutiennent ici — contre leur gré — l'idée d'Empire et luttent pour conserver dans son intégrité l'unité nationale que les tendances particularistes de l'Ukraine ruinent. Trotski et Lénine — qui l'eût crû ?^ continuent l'œuvre poursuivie pendant des siècles par les Empereurs qui ont créé l'Etat russe.
Et nous, les alliés de la Russie ancienne, nous sommes à Petrograd contre le pouvoir des commissaires du peuple, traîtres aux engagements de la Russie, et avec eux dans leur lutte en Ukraine qui trahit la cause russe !
Ainsi l'unité nationale, ébranlée au lendemain de la Révolution, tend à se reconstituer peu à peu sous Feffort des maximalistes qui servent, inconsciemment, ridée de la plus grande Russie. En Finlande même, ils luttent avec les maximalistes finlandais contre les partis conservateurs qui veulent une indépendance complète, avec l'appui de la Suède ou de l'Allemagne.
m PAIX MI GUBRRB ' 75
II n'est pas douteux que la pensée profonde de Lénine et de Trotskî est de réunir tous les territoires russes sous le drapeau rouge du maximalisme et qu'ils cherchent à constituer un pouvoir unique et fort. Le droit des nationalités, l'indépendance des groupes ethniques, ce sont des phrases de programme. La réalité, c'est l'unité de toute la Russie sous la direction du gouvernement maximaliste de Smolny. La Russie est un pays fortement centralisé et depuis longtemps. Ici Lénine et Trotski reprennent l'œuvre ancienne. Petrograd est capitale et doit le rester. Ils brisent toute résistance. L'Ukraine voulait leur échapper. Ils s'y établissent par le fer et par 1^ sang. Ils vont prendre le Don. Lorsqu'ils tomberont, s'ils/ accomplissent leur programme, chose fort douteuse, ils laisseront une Russie politiquement plus unie qu'au mois d'août dernier. Us auront nettoyé la place où l'Empire pourra reconstruire l'édifice ruiné par la Révolution.
Si nous examinons maintenant la situation qui nous est faite par la déclaration de Brest-Litovsk, nous pourrons en tirer quelques avantages.
D*abord, la paix n^est pas signée. Rien d^ définitif. L^Allemagne ne peut dégarnir absolument le front de Brest à Riga. Si elle veut s'assura quelques gages supplémentaires, elle devra ramener des troupes. Autant de moins sur les lignes françaises.
LA RÉVOLUTION RUBSB
Mais le Mnéflce moral que nous tiroos de trange aventure est plus intéressant encore.
Voua avons en France et en Angleterre des parsocialiste qui depuis près d'un an no cessent nous dire : « Entendons-nous avec la Russie rolutionnaire, acceptons son programme de ix et les moyens de lutte qu'elle préconise pour ■iver à une entente des peuples qui mettra fin a guerre. Allons avec elle à Stockholm et faits une paix socialiste et honorable. »
jes thèses proclamées sans fin par les chefo de 1 partis avaient l'extrême danger d'agiter l'opin publique, d'afifaiblir le moral de l'armée, >dienne du sol et de l'honneur français.
jB chimérique de ces propositions, les sociaes aveugles persistaient à ne pas le voir. Ils >yaient à la possibilité d'amener l'Allemagne énoncer à ses plans impérialistes; ils croyaient & force et au désintéressement de leurs coréionnaires allemands.
^'expérience est faite. Elle est concluante. ËUe ouit. La Russie maximaliste a tenté le coup.
I maximalistes étaient prêts à abandonner aux ipires centraux 150.000 kilomètres carrés de Russie. Et, malgré tout, les conditions posées ■ l'Allemagne et l'Autriche ont été telles, qu'au ■nier moment ils n'ont pas pu signer la paix, D qu'ils se reconnaissent incapables de coniisr la guerre.
m PAIX m GUERITE 77
La démonstration est faîte — et nos socialistes qui sont patriotes le comprendront — on ne peut conclure la paix avec TAUemagne, que l'arme au poing et après Favoir battue.
3/16 février.
La marée maximaliste gagne du terrain. La vague monte et s'abat sur l'Ukraine où Kief et Kharkof et tout le bassin du Donetz sont aux mains des troupes du Soviet. Il ne reste plus qu'un tout petit îlot, les territoires du Don, que le flot menaçant ronge chaque jour. Les cosaques ont perdu Taganrog ; l'armée volontaire d'Alexeief recule du nord vers Novotcherkass. Et nous apprenons que Kaledine, ataman des cosaques, vient de se suicider.
C'était un bon général, un honnête homme, et il avait plus de sens politique que ses collègues russes. Avec Savinkof, il avait travaillé à unir les éléments disparates qui s'étaient réfugiés dans le Don. Il avait compris, qu'à l'heure où nous sommes, un mouvement de renaissance nationale devait s'appuyer sur les masses profondes russes et, qu'à agiter soudainement le drapeau de la monarchie, on resterait seul !
Il avait essayé de faire l'union entre Alexeief et œnilof. Mais il se sentait menacé à gauche par poussée constante du maximalisme dans les ter-
78 LA MVOUJTIOM BUSSE
itoires marnes du Don. Plus de la moitié de la lopalation n'y est pas cosaque. Rostof et Novotberkass sont de grandes villes industrielles. Imolny lui avait envoyé da front et de Petrogr&d uatorze régiments cosaques infectés de maximaisme et qu'il avait été obligé de liceucier imméiatement. Dans le conseil même du gouTemement lu Don, i! avait dû admettre six membres d'exrëme gauche. La révolution gronde dans la cqpiale des territoires cosaques.
. 11 n'y a plus de place en Russie que pour le aazimalisme triomphant.
ta logique de Trotski est forte. Mais la logique es choses est plus forte. Trotski a solennellement léclaré la cessation de l'état de guerre entre la iussie et les Empires centraux, oubliant qu'il lut être deux pour mettre fin à la guerre. Et voici ;ue l'Allemagne dénonce l'armistice et reprend BS opérations militaires sur le front russe. Elle Tait massé cinq divisions devant Dwinsk. Aujourl'huî, ses troupes sont entrées dans Dwinsk sans onp férir. Et, d'après mes renseignements, elle a les forces qui vont — comment dire t — attaquer [ans la direction de Valk, menaçant Pskof.
Dwinsk a été évacué par ce qui restait de sol-
Wl PA!X NI GUERRE 79
dats russes. Dans les rues de Petrograd, déjà les soldats disent :
— Nous, nous ne nous battrons pas. Nous reculerons jusqu'à ce que FÂUemand se fatigue. Et s'il veut Petrograd, eh bien, qu'il le prenne.
Et Smolny va-t-il déclarer la guerre révolutionnaire? Trotski, si intelligent, comprendrat-il ce que le plus humble paysan de France sait depuis des années^ qu'il y a des cas où il faut se battre ou mourir ? Hélas 1 il a fallu qu'au nom de ses principes il ruin&t la Russie pour apprendre que le monde n'est pas tel qu'il le rêvait dans ses imaginations utopiques de réformateur. Lamentable catastrophe 1
Si le parti socialiste russe, social-révolutionnaire^ minimaliste et maximaliste, n'avait pas été une réunion de songe-creux passionnés, la guerre serait finie et l'impérialisme allemand ruiné. La responsabilité est sur l'ensemble des partis socia* listes russes. Mais Trotski dont l'intelligence est infiniment supérieure à celle de ses camarades porte une plus lourde responsabilité. Il s'est trompé gravement et, à ce degré-là, une erreur devient un crime. Aujourd'hui que lui reste-t-il ? Il a pourri l'armée, puis Ta licenciée. Il a refusé de signer la paix et de continuer la guerre. Mais les Allemands avancent ! Ah I c'est un fait nouveau.. « Que faire ?... La guerre ?... Impossible !... Se jeter à genoux!...
hk RéTOLUTIOH nus
iFBque Smolny a appris qu □calent rarmistice et reprei . de guerre contre la Russit nigauds qui mènent la Réi umense. Trotski n'en revei jnt il s'apercevait que denx I passionnée le laissaient n de gens sur qui ses argume 1 souffle sonore. Stupeur ! I Is obéissaient encore à leai tnt joyeusement à des conqu iers de Berlin et de Vienne laccès des armées invincible [réparaient des lampions p ;k et de Revel. Le monde d ssait emporté par un coup ■éprendre pied sur terre fer nands avancer gaiement ei joie. Dur réveil ! Trotski a-l ire uo retour sur lui-même se qu'était la valeur réelle d il avait tiré mille feux d'i it un public éclairé de di faux?
'est-ce que l'intelligence d'ui kl, si elle est incapable de es de la vie et de comprend
ritables qui y sont en Jea ? Moins que rien, une vanité, un néant. Il faut comprendre qu'il y a une autre Allemagne que celle que tous imaginiez, que l'esprit de la race, l'amour de la patrie, l'abnégation, le sentiment du devoir, la discipline et le sacrifice de soi-même Bont des réalités qui peuvent mouvoir tout un peuple et le rendre redoutable. Voilà les qualités viriles sur lesquelles un peuple construit ses grandes destinées. Vous n'êtes qu'un sophiste ingénieux, suivi par les foules inconscientes à qui vous avez prêché la l&cfaetô. « Ne te bats pas ! sauve ta peau », voilà, l'alpha et l'oméga de vos enseignemeols.
Aujourd'hui Trotski recueille les fruits dont il a semé les germes. L'armée russe n'existe plus et les Allemands — une poignée d'hommes, en vérité, combien sont-ils ? cinquante mille — voient fuir devant eux les millions de soldats qui, gr&ce à la Révolution, ne sont plus que des l&ches sans idéal. Ils vont prendre, sans tirer un coup de feu, la Russie entière. Une fois à Petrograd, ils pendront Trotski et Lénine, et montrant les cadavres ballants, diront :
— Voilà ceux qui se battent avec la langue. Ce sont des épouvantails à moineau.
Et les fifres siffleront un petit air triomphal.
Rendons justice à Lénine et à Trotski, cette
s-ci ils ont compris et ils ont tremblé.
U savent que, maintenant, ils sont aux mains
de ces maîtres redoutables et qu'il ne s'agit plus de forfanteries et de bravades.
Ils n'hésitent pas. Toute résistance est inutile. Ils envoient un radio à Berlin implorant leur pardon, demandant de signer tout de suite aux conditions fixées à Brest-Litovsk la paix qu'ils déclaraient honteuse et qui Test, en effet. Ils expédient un représentant à Dvinsk. Les Allemands auront ^ de nouvelles exigences. Peu importe. Que la Rus-
I sie paie, pourvu que Trot ski et Lénine sauvent
K leur peau. Mais Berlin acceptera-t-il encore de
causer avec les maximalistes ? Cela est pas sûr» |£ Si les Allemands veulent, comme le dit Tappel
de Léopold de Bavière dans son manifeste, détruire le maximalisme et arrêter la contagion de folie qui pourrait gagner l'Europe, ils refuseront de signer la paix avec les maximalistes. Et le^ maximalistes seront aussitôt massacrés, car dans Tétat où ils ont mis la Russie aujourd'hui il n'y a v^ plus que la paix de possible.
Mais si l'Allemagne accepte la conversation, quelles seront s^s nouvelles exigences ? Sans doute, ^ ; elle ne se contentera plus des conditions de Brest-
?- Litovsk.
h Hier il y avait deux ou trois milliers de soldats
y qui manifestaient devant Smolny où régnait un
I grand émoi ; les portes étaient fermées et les mi-
trailleuses prêtes.
Savez-vous pourquoi ces soldats ^'«[git^ieQt ?
m PAIX m QljERIlE 83
■ ■ ■ ■■ ■ > lll I ■■ I 1^1 ■ «■■■■■■II» I IIHI [■■■■■■II. ■■ ^^^^^^■^■^^pM^B^^^^^^^^M^M^^i^^— •
Voulaient ils protester contre la paix « honteuse »? Oh I non le bruit avait couru qu'à la suite de la dénonciation de F armistice par les Allemands, on suspendait la démobilisation des jeunes classes de yingt-cinq à vingt-huit ans. Et ces soldats, à Theure où les Allemands passaient la Dwina, venaient exiger qu'on les renvoyât au plus vite dans leurs foyers.
Voilà le peuple russe tel qu'il est après un an de révolution ! Faut-il ajouter qu'on a aussitôt donné satisfaction à ces sfldats tumultueux et publié une note déclarant faux le bruit que la démobilisation était arrêtée.
Et nous, autrefois les alliés, nous étouffons de dégoût. A la lettre, nous sommes suffoqués à voir tant de lâcheté, et si universelle. La Révolution qui a tant parlé, qui n'a cessé de proclamer ses principes, se noie dans la boue, se précipite aux pieds des Allemands. Pas un cri, pas une révolte, un abaissement d'esclaves à qui le maître montre le fouet,
24 février.
Le Comité Central Exécutif vote la paix par 118 voix contre 84 et 24 abstentions. Lénine a prononcé un discours.
Cet infatigable défaitiste est heureux. Il voit enfin la déroute et les milliers de soldats russes fuir devant quelques Allemands sans tirer un
) fea, sans détruire un pont ou Que gare, iplie ses efforts pour l'acceptatiou de la écrit des articles, il publie une conférence rouve en dis-huit thèses les bienfaits de te. Il accepte tout plutôt que la lutte contre li extérieur. Il l'emporte et la paix est
ki montre sa véritable nature. A l'heure 'ise, il disparaît ; il n'existe plus. Y a-t-il ski? Il n'assiste pas aux séances, il ne prolas de discours. Ce maître impérieux dans te civile, alors qu'il a pour lui les balonles gardes-rouges et les coutelas des mantre les bourgeois désarmés, se cache e moment du dangep est venu. On n'enus sa voix. II fait le mort, lélégation est envoyée à toute vapeur à et à Brest, jamais on a montré telle h&te ihonorer. On brûle l'espace, «pendant, voici que les Allemands, sans mpte du vote du G. G. E. et du télégramme gouvernement leur envoie, continuent à
arcbent par petits groupes de deux ou trois ommes, sans se h&ter, pour laisser à ces veaux de soldats russes le temps de fuir.
, par milliers, filent devant eux, sans deleur reste, jetant leurs fusUs pour courir
 Petrograd, les sentiments les plus divers passionnent la population qui n'en perd pourtant pas son flegme et continue à vaquer à ses occupations avec sa placidité coutumière.
Smolny est épouvanté. Gomment, il s'humilie!
Il accepte les pires conditions allemandes ; il traîne le drapeau de la Révolution dans la fange ; il abdique tous ses principes ; et cependant Fen* nemi marche sur Petrograd I Âh ! cela n'est plus de jeu. Ces Allemands sont des ogres assoiffés de sang. Us sont insensibles à tout et même au beau langage, puisque les sophismes de Trotski ne les arrêtent pas. Us approchent de Revel ; ils prennent Pskof. Dans trois jours, ils peuvent être à Petrograd.
A cette heure de suprême danger pour la Révolution russe, Trotski et Lénine — chose admirable — restent muets. Autour d'eux, on s'agite, ils s'enferment, ne voient personne, ne donnent ni un ordre, ni un conseil. Ces logiciens impitoyables^ écrasés par le fait, restent stupides.
Quelques hommes à Smolny comprennent que, ne fût-ce que pour sauver la face, car on ne peut plus parler d'honneur, il faut organiser un semblant de résistance. Dans des usines, les sirènes pendant toute la nuit font retentir leurs appels farouches, convoquant les ouvriers à la guerre sainte et glacent d'effroi la population de la capitale.
86 LA AÉvoLtrriO!! russb
La guerre sainte ! Les journaui maximalistes la prêchent à pleines colonnes et à grandes manchettes» Cette fois-ci, et pour une minutie, ils oublient leurs attaques contre la France et l'Angleterre. Il s'agit de sauver sa peau. Les Toilà devenus guerriers. On demande des engagements volontaires. Des journalistes américains s'inscrivent dans Farmée rouge* Ce n'est (Ju'un geste, car ils savent fort bien que personne ne se battra. Mais je cherche vainement le noiîi d'Arthur Ransome, le correspondant bolchevique du Daily News y dans la liste des engagés... Du reste les révolutionnaires font les sourds. On assure que trois mille ouvriers de l'usine Vulcan sont venus s'enrôler. Je ne puis contrôler les chiiBfres mais, dans une usine que je connais, j'ai le nombre exact des volontaires : ils sont quatorze sur dixhuit cents ouvriers.
Voilà qui ne nous promet pas de nombreux régiments.
Les soldats sont ajBFblés. Au premier moment, ils pensent à aller massacrer les maîtres de Smolny qui n'ont pu malgré toutes les humiliations leur donner la paix promise. Aujourd'hui, pourtant, ils votent de s'opposer à Tennemi et de défendre la capitale. Mais, de la coupe aux lèvres, il y a loin. Il ne faudra pas compter sur eux le jour où le canon allemand tonnera près de Tzarskoie Selo,
iil PAtX NI GÛEBRÈ 87
Dans la population de Petrograd, le sentiment qui a dominé au jour où le G. C. E. a accepté les conditions allemandes a été celui de la désolation : « Comment, les Allemands ne viendront pas mettre ces fous à la raison I Le régime maximaliste, la terreur, la folie, vont continuer. »
Petrograd est tombé dans un morne désespoir.
Il ne voit plus de salut* Petrograd est persuadé qu'il ne se sauvera pas lui-même. Si les Allemands ne viennent pas, il ne lui reste qu'à mourir» Petrograd maudit l'Empereur Guillaume qui l'abandonne et signe une paix avec Lénine et avec Trotski.
Hier et aujourd'hui, Tespoir renaît. L'avance continue de l'ennemi qui terrifie Smolny fait soupirer d'aise la population de Petrograd. Les Allemands ont dépassé Pskof. En deux jours, ils peuvent être dans la banlieue de la ville. Enfin !
Dans les ambassades alliées, on fait ses préparatifs de départ. Chaque jour, une centaine de nos nationaux sont expédiés dans Fintérieur ou sur la côte Mourmane, ^long et désolant trajet dans les glaces arctiques. La frontière de Finlande est presque fermée. Depuis trois semaines pas un train n'a passé sur Tornéo.
Quelques Français s'échappent et essaient de franchir en barques le golfe de Bothnie pour gagner la Suède.
LÀ BtVOLUTION RUSSE
es AUeinaDds sont à Revel, à Narra, à Pskof, olotsk, k Minsk. Les pays qu'ils occupent au- "d'hui, les évacueront-ils jamais ? Nous voilà de la ligne de la Dvina à laquelle on s'était ité à Brest. Les Allemands ont avancé, dans [ord, de deux cents kilomètres, au centre, de t.
oîlà le plus clair résultat de la prodigieuse ■ nule par laquelle le gouvernement des Comiaires du peuple a pensé mettre fin aux disiiona de Brest-Litovsk : « Ni paix, ni guerre ».
28 février.
Le gouvernement part pour Moscou. Les ambassadeurs alliés ne Ty suivront pas. Mais, en quelques jours, les Allemands peuvent entrer à Pètrograd. Il faut partir. Les ambassadeurs des Etats-Unis et du Japon, le ministre du Siam filent vers l'est. Vologda sera leur première étape. Les représentants de TAngleterre» de la France, de ritalie, de la Belgique, de la Serbie, du Portugal et de la Grèce décident de tenter la fortune par la Finlande et de négocier avec les blancs et les rouges le passage des lignes.
Le jeudi 28 février, nous voilà sur le quai de la gare de Finlande à 4 heures de l'après-midi. Il y a là près de deux cents personnes avec un amoncellement de bagages qui donne à frémir quand >n pense aux transbordements inévitables^ aux lossibles parcours en traîneau. Chaque nation a
00 LA RÉVOLUTION RUSSB
;;- ses wagons réservés. Trois fourgons ne suffisent
- pas à emporter les colis et les malles.
^ Une grande fièvre dans le public ; ceux qui
g restent nous regardent partir avec regret et
beaucoup d'entre nous, malgré l'heure, malgré les maximalistes, malgré les insultes reçues, quittent avec tristesse une Russie qui leur fut
u autrefois hospitalière.
; , Nous sommes là et nous ne partons pas.
Que se passe-t-il ?
Les incidents commencent. Le commissaire de
•; la gare, sur Tordre des Affaires étrangères, fait
descendre du train toutes les personnes qui, bien qu'ayant le visa diplomatique, n'ont pas de passeports diplomatiques. Plus de la moitié des Aûglais sont obligés de rester à Petrograd.
Une heure, deux heures se passent. Et nous apprenons qu'un conflit vient d'éclater entre les Italiens et le second de Trotski, le « camarade »
' Petrof. A la dernière minute, il refuse de viser
leurs passeports et fait même arrêter, séance tenante, un des notables Italiens, le comte Frasso,
V que Smolny recherche. Le chargé d'affaires, mar-
k quis de la Torretta, n'arrive pas à convaincre ce
butor obstiné pour qui le droit des gens est néant,
? et qui ne connaît que son bon plaisir. Le marquis
de la Torretta vient au train nous dire adieu.
jl^ Quand pourra-t-il partir maintenant ? 11 reste en
I, otage.
hE Dfl^ÀRt Ô˧ AMBASSADES 01
Huit heures du soir. Nous sommes eneore Ift.
On exige que nous payions la garde-rouge qui assure le service, soit 1.000 roubles. Puis le commissaire déclare qu'il Yériflera une fois encoi'e tous les passeports.
Enfin, vers 9 heures et demie, un soupiir de soulagement. Le train se met en marche pour gagner Bieloostrov, frontière finlandaise distante de 30 kilomètres. Si nous franchissons Bieloodtrov, nous échappons à Lénine et à Trot ski. Mais que nous réserve la vérification des passeports à la gare frontière ?
Dans la petite salle où les commissaires maximalistes fonctionnent, nous passons un à un. On tie soulève aucune difficulté et, vers une heure du matin, il semble que nous sommes saufs et que nous allons partir. Pourtant, nous ne partons pas. Un d'entre nous a vu arriver un ordre de Smolny disant de retenir tous les Français, et le chef de poste, un matelot, prognathe aux yeux brillants, se dispute avec ses seconds qui ont visé, sans contestation, nos passeports munis du sceau des Affaires étrangères.
Ce matelot à la tète dure l'emporte et nous signifie, les yeux pétillants d'une joie qu'il n'essaie pas de cacher^ que les Français ne passeront pas. Smolny déclare que nos visas sont faux et que nous devons rentrer à Petrograd.
L'ambassadeur demande à être mis en commu-
reste boutonné dans un grand manteau foui?ré, de nuance claire et garde son bonnet sur la tête. Il a une désinvolture de marchand de cacaouettes et, tout en allumant une cigarette, il dit, sans en demander l'autorisation, mais en regardant l'écriteau au-dessus de la porte :
— C'est un wagon de fumeurs I
Ce Petrof qui, parait-il, venait signer nos passeports, commence à montrer son esprit de chicane en déclarant qu'il ne visera pas ceux des employés et domestiques de l'ambassade qui ne sont pas des diplomates, non plus que celui du secrétaire, comte de Robien, qui n'a pas de photographie.
L'ambassadeur manœuvre le petit camarade crépu avec une assurance parfaite et une habileté consommée. 11 lui assène sur la tête la plus vigoureuse des protestations, montre l'indignité du tr^tement infligé par le gouvernement des commissaires du peuple à la France, l'ancienne alliée, dont hier encore Smolny sollicitait le secours et l'appui contre les Allemands, le cite devant l'opinion entière du monde civilisé pour l'outrage sans précédent dans Thistoire du droit des gens violé si délibérément, pour la mesquinerie de la chicane qu'on lui cherche au moment où il quitte 1. Russie. 11 rétorque impitoyablement les misér >les arguments du camarade, lui rappelle les c veutions faites avec Trotski pour le visa des
U BiVOLUTlON BUSIB
Bseports. L'ambassade D'a-t-el)e pas sigoé les sseports de Natansobn et tant d'autres qui ne at ni diplomates, ni courriers ? Sous cette avaiche d'arguments passionnés et irréfutables, le vantin cbancelle, il commence à s'excuser.
— Je ne suis pas venu, dit-il, pour envenimer I choses...
L'ambassadeur ne lui laisse plus placer un mot, and aussitôt acte de ce procédé obligeant, l'acole de remerciements... et l'affaire est enlevée ; trof, d'un sceau qu'il tire de sa poche, vise tous . passeports, et, une demi-heure après, — enfio l
notre train quitte le territoire sur lequel rèent les dictateurs terroristes, j'est ainsi qu'en pleine guerre, après trois ans
luttes communes, de sacrifices faits pour la :w.e cause, d'aide et de support de toute espèce Dnés par nous à ce pays, nous sortons de Rus^ , obligés de nous battre sur la frontière même ar gagner une terre indépendante où nous 'ons à l'abri de nos ennemis dont on ne sait els sont les plus impitoyables : les maximalis-
ou les Allemands.
De Wibopg à Helsingfops.
}uand nous nous réveillons, quelques heures iB tard, après un court sommeil, nous sommes gare de Wihorg. Wilu)rg est aux mains de la
LE DiPART PBS AMBASSADES 96
garde-rouge finlandaise. Elle nous regarde passer avec indifférence. Personne sur les quais. Personne au buffet, sauf les ouvriers armés, la cocarde rouge à. la toque fourrée. Nous sonunes encore dans un pays de guerre civile et de révolution maximaliste. Mais nous ne sommés plus en Russie et aucune révolution maintenant ne peut nous émou^ voir après les journées vécues à Petrograd où l'atmosphère était, à la lettre, irrespirable. Nous sortons du long cauchemar d'une profonde nuit et, comme si le ciel voulait se mettre en harmonie avec nos sentiments, il fait, en Finlande, un temps délicieux d'hiver ensoleillé et doux, de claire lumière sur la neige. Pour la première fois, depuis trois mois, nous respirons librement.
Vers une heure, arrêt à Kouvola. Spectacle nouveau I Un peloton d'une cinquantaine de gardes^rouges rend les honneurs aux diplomates alliés. Ils sont là, bien alignés, immobiles. Jamais on n'a vu en Russie des gardes-rouges en rang et sous la discipline militaire. Les pâles soldats de Petrograd ne connaissent que le désordre et l'anarchie dans lesquels ils vivent comme poissons dans l'eau. Ici, ce sont des honmies qui se battent, des hommes qui ont accepté une règle et qui obéissent à une consigne. Ils ont une belle te* nue et leur chef adresse une petite allocution aux ambassadeurs. Ces gens ont des sentiments humains. Apprenant que nous sommes partis de
r-ff i.- .*t-t*.
rwt '■ i
^ïi/
96 LA RÉVOLUTION RUSSB
Petrograd sans pain, ils nous en donnent une cinquantaine de kilos. Et pourtant ils n*en sont pas riches.
Nous sommes loin des gardes-rouges pillards de Petrograd.
En quittant Kouvola, on se met à déjeuner dans le train. Âh ! le pittoresque et charmant déjeuner de fortune ! J'attrape un sandwich au roquefort dans le wagon de l'ambassadeur, une aile de gelinotte en Serbie, une tranche de jambon en Belgique. M. Noulens sort une bouteille d'Armagnac de son pays. M. Destrée a de la chartreuse. Le consul de Belgique, M. Charlier, une merveilleuse fine Champagne. Nos soldats, débrouillards, cachent plus d'un trésor dans leurs sacs. Je vais ainsi de porte en porte, fêté, choyé, nourri, gâté, et, parti les mains vides, je déjeune royalement.
Partout règne la plus charmante humeur. Nous
ne savons où nous allons et ce qui nous attend. Mais
nous n'avons pas encore oublié d'où nous venons.
Gela suffit pour que nous goûtions le charme
„ d'une liberté reconquise au prix de tant de peines.
Au soir, nous sommes à Helsingfors, et, du train, nous avons la surprise de voir une ville toute scintillante d'électricité comme si la lumière ne coûtait rien et, nous rappelant les longues rues obscures de Petrograd et les vastes places sinis- 1;^ très dans la nuit, nous restons éblouis devant cette
orgie d'éclairage.
La halte à Helsingfors.
2 mars.
Cette nuit, nous couchons encore dans le train. On nous prépare des chambres dans un hôtel.
Mais il est près de 9 heures et, dès 9 heures, plus personne ne peut se montrer dans les rues sous peine d'être arrêté. L'état de siège est appliqué dans toute sa rigueur par les maximalistes de Finlande. Des gardes-rouges sont placés en faction auprès de notre train par le fort aimable commissaire de la gare. 11 est curieux et notable qu'il nous suffise de quitter la Russie alliée pour être traités aussitôt avec les égards qui sont dus aux représentants des grandes puissances.
3 mars.
AU matin, nous gagnons nos hôtels. La France est sur l'Esplanade à Fhôtel Kemp, avec la Grèce, le Portugal et la Serbie ; l'Angleterre à l'hôtel Société ; la Belgique, nation errante, s'organise à la gare même dans un train de wagons-lits.
Helsingfors est une charmante ville et je bénis es hasards de la guerre qui m'y amènent. Elle st bâtie sur une presqu'île, au fond d'un golfe
roit^ semé d'îles, et qui ne communique avec la
LA BÉTOLUTION RUSSE
que par des passes étroites. La large esplaî forme une allée-jardin au centre de la ville boutit à la mer. A droite, le port du sud, à zbe, celui du nord. La mer est gelée, mais un lal est laissé libre pour le passage des bateaux andis que je suis là, je vois arriver de grands sports de Revel, fuyant l'invasion allemande, irois heures, ils ont traversé le golfe de Finie, nous amenant toute une cargaison peu mmandable de maximalistes esthoniens qui uèneut leurs dures figures blondes dans les I. Ces u camarades » manifestent de la maue humeur, à nous savoir ici. Et, le soir, la le-rouge est obligée de garder notre hôtel i lequel ils désirent entrer. Un peu plus loin, lai, des canonnières russes, quelques contrelilieurs et torpilleurs, le bateau où siège le itrobalt, comité de la flotte baltique à. côté des ï yachts impériaux, le Standard et l'Étoile lire.
Le pillage des Dreadnoughts.
ais dans le port nord est le gros de la Sotte juerre russe : les quatre magaiôques dreadfktSy les grands croiseurs cuirassés. Ces bateaux immobilisés dans les glaces, attendant que Lemand vienne les prendre. Les équipages ont Il reste peut-être 2.000 ou 3.000 matelots, sur
un effectif total de 25.000 hommes. Et chaque jour, nous voyons partir ceux qui n'ont pas encore regagné Petrograd et la Russie. Ils s'en vont à la gare sur des traîneaux chargés de colis. Auparavant, ils font leurs emplettes en ville. Aucun prix ne les arrête. Ils achètent des montres de luxe, des bijoux, des vêtements et paient comptant. J'en ai vu un se munir d'une paire de galoches à 70 francs. Us ont plein les poches d'argent, car depuis six mois ils ont vendu tout ce qui était à vendre sur les bateaux qui leur étaient confiés. Les appareils de précision, les machines, la tuyauterie, le cuivre, tout y a passé. Jamais on n'a vu plus funeste et irréparable pillage de bâtiments de guerre commis, non par des ennemis, mais par des marins qui devaient défendre leur pays sur ces mêmes bateaux. Cela vous aide à comprendre à quel point sont abolies les idées de patriotisme et d'honneur. Les hautes vertus qui maintiennent un pays sont ici le privilège d'un nombre infiniment restreint d'individus qui appartiennent aux classes autrefois dirigeantes. La révolution a supprimé ces gardiens de rhonneur national, en a fusillé une partie, a obligé les autres à se cacher et la populace laissée seule et sans maître est tombée au dernier degré. II n'est rien dont elle ne soit capable aujourd'hui. Les soldats vendent les canons aux Allemands sans songer que ceux-ci -vont s'en servir pour tirer sur leurs alliés
L4 RÉVOI.UTION ROSSE
sr. Les m&rins dépècent les vaisseaux de re et, de leurs dépouilles, se font une petite me. 11 n'y a plus d'officiers pour s'opposer & lillages criminels. Ceux qui ont essayé de pror ont été fusillés dès longtemps. Les autres partis. Ceux qui restent se taisent, ilsingfors verra bientôt le départ des der- I matelots. lis s'en iront lorsqu'il n'y aura un objet à vendre sur les bateaux de guerre.
Les gardes-rouges de Finlande.
8 soldats russes sont peu nombreux. Ladéon a commencé il y a un an, avec ia révolu-
Qu'en reste-t-il ? Peut-être quelques cens dans cette Finlande où ils ont été plus de mille.
is les gardes-rouges finlandais sont pai-toat. lis je ne vis ville mieux patrouillée. A tous oins de rue, devant chaque monument, sur romenades, c'esl un va-et-vient incessant de 3S-rouges avec le ruban rouge à la toque de ure. Ils sont bien armés, disciplinés, et de eure apparence que leurs frères maximalistes îtrograd. Chaque jour j'en vois partir de la une ou deux centaines qui gagnent le fron*
Ils ont des chefs à qui ils semblent obéir, nt des hommes.
Le peuple finlandais n'est pas une masse amorphe comme le peuple russe. Il y a des rouges ; mais en face, il y a des blancs, et les uns et les autres font le coup de feu pour défendre leurs idées. Des trains sanitaires ramènent des blessés presque chaque jour des lignes au nord de Tammerfors. C'est un pays à actions et réactions normales. Un mouvement maximaliste des ouvriers amène, aussitôt, un contre-mouvement des paysans et des bourgeois. De Tun et de l'autre côté, on se groupe, on s'organise, on choisit des chefs et on leur obéit. Voilà des choses inconnues dans le grand corps invertébré russe. Une maladie n'y rencontre pas un organe sain qui résistent essaie d'en enrayer la marche. Elle infecte tout l'organisme qui se laisse prendre passivement.
L'ordre est plus grand ici qu'à Petrograd. Il n'y a pas d'agressions à main armée, pas de pillages de magasins et d'appartements. Mais les perquisitions sont nombreuses. Les rouges font des arrestations et on m'assure qu'on fusille plus qu'à Petrograd. Le nombre des morts est peut-être le même, mais là-bas, on assassine la nuit au hasard, tandis qu'ici on vous fusille sur la glace du port, après condamnation faite à la jnéme minute. On voit que nous sommes dans un pays civilisé.
LA RÉVOLUTION RDBBB
9 reste ea communication téléphonique avec 'ograd grftce à l'extrême obligeance d'un ime d'affaires Qalandaîa. Chaque jour, je téféue chez moi et j'&i des nouvelles. ^Notre dé- , a fait sensation. Tout ce qui n'est pas maxiiste crie à Smolny :
- Voyez les résultats de votre politique. Vous mez les Allemands à quelques kilomètres de rograd et vous traitez nos alliés de telle façon, s les accablez d'injures et de grossièretés jus- LU point où vous les contraignez à quitter la sie. Que nous reste-t-il à présent ?
molny est au dernier degré d'affolement. Le graphe s'en mêle et, par ses irrégularités, igë le gouvernement maximaliste dans une )eur hébétée.
e voilà-t-il pas que le premier télégramme 1 de Brest où une délégation russe s'est prétée pour signer le nouveau traité de paix ravée imposé par les Empires centraux deide qu'un train soit aussitôt préparé à Pskov r la délégation qui rentre! Si elle rentre.sans ir annoncé la paix, c'est la rupture des pourlers. C'est la guerre. Le père Lénine, luine, est obligé d'accepter cette funeste néceset, de la même main* qui, hier, signait des clés pacifistes, rédige un appel aux armes,
LE DÉl^ART DES AMBASSADES 103
triste comme une marche funèbre dans la nuit. Âh ! non, le camarade n'est pas fait pour emboucher une trompette guerrière. Ce dictateur terroriste, à face de notaire^ ne connaît que la bataille contre les bourgeois. On se met à dix, le soir, au coin des rues, avec fusils et revolvers et on fond sur le passant qui a une pelisse. Ça, c'est une opération de guerre bien menée contre le seul ennemi que reconnaisse Lénine. Quant aux Allemands, ils les a toujours appelés ses frères.
Lénine et ses complices -^ on oublie déjà le nom de Trotski -^ en sont pour leur brève peur. Un télégramme antérieur avait été retenu par les Allemands, annonçant la paix signée. Joie immense dans le camp des défaitistes, malgré que les conditions de paix soient encore infiniment plus lourdes que celles du 21 février, qui étaient déjà une pesante aggravation de celles proposées à Brest-Litovsk. Les commissaires n*osent pas nous le dire. Mais ils nous font savoir pourtant que la Turquie réclame une bonne partie du Transcàucase, les districts de Batoum^ d'Ardagan et de Kars, admirable pays, abondant en beautés et en richesses naturelles,
La Turquie qui a été battue sur tous les fronts, qui a perdu TArabie, la Palestine, la Mésopotamie et r Arménie, réclame aujourd'hui une large part de gâteau. C'est vraiment le coup de pied de l'âne que tu reçois, pauvre Russie 1
mW"^
st.
&-ÎÎ
Les raisons de Petrof.
r 4 mars, lundi.
*^ On me donne de Petrograd Texplication de la
folle scène de Bieloostrov avec le « camarade »
I Petrof.
I Ce personnage comique avait pris la décision
de ne plus laisser viser aucun passeport pour l'étranger par ses subordonnés. Et, pour rendre impossible une transgression de ses ordres souverains, ce vice-ministre des Affaires étrangères
|v s'empara du sceau qui doit être apposé sur les pas-
|: seports étrangers,. fit apporter une chaîne d'acier,
I légère, mais forte, se la passa autour du corps, y
ayant préalablement attaché le sceau des visas. Si Petrof dort, personne ne peut sortir de Russie. Ya-t-il chez sa maîtresse, pas un passeport n'est visé. Il tient la clef de l'empire attachée autour de ses reins.
1^ On juge de sa fureur quand il apprit que trente-
six passeports français avaient été visés au commissariat et qu'un sceau y avait été apposé par on ne sait quel de ses subordonnés. De là, l'ordre de nous retenir tous ; de là, sa venue à 4 heures du matin, la scène grotesque dans le wagon et, enfin, l'apposition du sceau fameux sur nos passeports.
Chassés d'Helsingfops.
5 mars, mardi.
Les Anglais, sur des nouvelles^ fausses dureste^ de leur légation de Stockholm, sont partis en coup de vent, dimanche soir, pour Tammerfors^ dernière ville au nord dans les lignes rouges.
Nous avions imaginé que nous devions voyager de concert et que les demandes des ambassadeurs gagneraient à être signalées par tous les chefs de missions. Les Anglais veulent-ils tenter le passage seuls ? Je veux croire qu'ils sont à Tarnmerfors pour engager avec les rouges et les blancs des négociations pour notre traversée à tous.
Au soir, pendant que nous dînons chez l'ambassadeur, on vient nous dire, à 8 heures, que le gouvernement du peuple a fait préparer un train et compte que nous aurons quitté Helsingfors à 10 heures. La chose est matériellement impossible. Ni les cent voyageurs ne peuvent être prévenus, ni les quatorze tonnes de bagages chargées. Enfin, rien n'est prêt pour nousàTàmmerfors et nous n'avons pas de réponse du chef des blancs, le général Mannerheim, à qui nous avons télégraphié par la Suède.
Aussi nous repoussons la demande inconsidérée du ministre des Affaires étrangères.
LA KtVOLUTION RUSSE
lia aujourd'hui il revient i la charge. Il iu- . C'est une pression caractérisée. Les auto-
d'Helsingfors ne veulent plus de nous. Nous aes obligés de nous en aller, irdre est donné de préparer le départ. 11 faut à la gare avant 9 heures, car, après cette e, la circulation est interdite. Nous faisons ernières courses dans la riante petite ville, au glacé où le chenal est marqué par une ligne ;laçon8 Qottants glauques dans les champs ace couverts de neige. De gros vapeurs chauf-
Le vent joue avec les fumées noires qui :ent des cheminées et les disperse. Les vais- [ de guerre, avec leurs canons inutiles, sont lés dans la rade du Nord. Les matelots, sans 'en vont, 'regagnaiit Petrograd et la Russie, gardea-rouges'passent, armant leurs fusils geste peu rassurant. 11 y a foule sur l'eside, par le plus beaujour d'hiver sur la neige, ingfors, coquette, nous rit de toutes ses fe- 18 où s'accroche un rayon de soleil. Elle veut ire regretter.
lis nous avons vu Uelsingfors. Nous ne sompas venus ici en touristes que rien ne presse. ; devons traverser les lignes où Rouges et es se battent et gagner Tornéo, ou prendre nti Luotto, port de Bjôrnborg, un vapeur qui
mènerait à travers les glaces du golfe de aie jusqu'à Stockholm. L'une et l'autre entre-
prise ne vont pas sans quelques obstacles que notre nombre sans cesse accru rend plus difficiles encore à francbir. Dans chaque ville, en eflFet, nous trouvons de malheupeuK compatriotes qui n'ont aucun moyen de sortir de Finlande et s'agrègent à nous. Nous devons être, à Theure présente, cent cinquante, et nos bagages font un poids d'une quinzaine de tonnes.
Si nous arrivons à négocier notre passage avec le chef des blancs, général Mannerheim, comment ferons-nous traverser les lignes à cettç caravane , où les femmes et les enfants sont nombreux ? On calcule qu'il nous faudrait au moins cent vingt traîneaux. Mais où les trouver ?
Dieu y pourvoira. En attendant, nous quittons Helsingfors, où dix*sept immenses traîneaux transportent nos bagages, à Tébahissement de la foule. Nous avons un énorme train de wagons-lits de la Compagnie internationale. Grâce à l'obligeance de M. de Robien, fourrier de l'expédition, chacun trouve son lit. Il y a un wagon serbe, pour le ministre, sa famille, le frère du roi, prince Arsène Karageorgevitch, et le personnel de la légation. Un wagon abrite le Portugal, la Grèce et quelquesuns d'entre nous. L'Italie nous a rejoints hier et a son logis roulant. La France exige deux voitures. La Belgique en aune et demie, mais M. Destrée a eu l'ingénieuse idée de louer un wagonrestaurant, grâce à quoi ses amis ne sont pas obligés
LA HÉVOLUTIOK IIU3SB
■iv au buffet ou dauB les restaurants de la rar trouver nue tasse de café chaud ou on soir. Les Danois oot demandé d'accrocher :on pour leurs courriers restés en panne, àpart d'Helsingfors est plein de gatté. Sur is de la gare, des montagnes de bagages alises s'entassent et petit à petit sont porns les voitures. GrAce à une excellente atioD, pas un colis n'est perdu.
En panne à TammerfopB.
I réveille de grand matin à Tammerfors.
s nerveux se lèvent aussitôt pour aller aux es ; les sages restent dans leur lit, attene les nouvelles viennent à eux, et, jugeant ivant les probabilités, nous passerons plus ir dans cette ville, ne se h&tent pas de l'al-
dès la pointe du jour.
retrouvons les Anglais qui nous ont prêts sont une vingtaine. Ils ont envoyé hier lementaires à travers les lignes jusqu'au
Mannerbeim.
I parlementaires reviennent au milieu de ée.lls ont été accueillis par quelques coups et, malheureusement, un garde-rouge de ) a été blessé. Cet accident va compliquer
encore les négociations laborieuses de notre traversée. On nous dira :
— Voyez, les Blancs projStent de votre passage et de notre respect des conventions internationales pour tuer les nôtres.
Enfin, les Anglais ont arrangé de partir demain matin. Le train rouge les déposera dans un bois» dans un endroit convenu, et des traîneaux blancs viendront les y chercher. Nous envoyons avec eux trois parlementaires chargés de lettres pour le général Mannerheim, un Belge, un Français, et le prince Karageorgevitch, ami personnel du général en chef des blancs.
En attendant le départ, nous organisons notre vie dans la maison roulante. La Belgique oiBEre l'hospitalité de son wagon-reâtaurant à Fambassadeur de France et à son personnel pendant les repas. Le reste de nos voyageurs mange deux fois par jour au buffet de la gare, où cent couverts sont dressés à une heure et à huit heures. Quelques-uns d'entre nous ont pris des chambres en ville.
Je reste dans le train. On y est à l'étroit, il est vrai, mais le spectacle de la gare est animé et ne manque pas de pittoresque. Deux ou trois fois par jour les relèves de gardes-rouges arrivent pour gagner le front. Ces soldats-ouvriers ont une fort bonne tenue. Le Finlandais est aussi naturellement discipliné que le Russe est anarchique. Ils vien-
fJ: V.V,
nent en rang, sur quatre, bien vêtus, bien chaussés, marchant au pas, obéissant aux commandemeots. Ils portent à la toque de fourrure un ruban rouge. Leurs fusils sont de toutes provenances.il y en a d'italiens, d'allemands, de russes, d'américains. Les hommes sont à l'ordinaire de belle taille et donnent une impression de force ordonnée que nous n'avons jamais ressentie, en Russie, pendant la révolution. Aucun désordre à l'embarquement; ils s'installent sans bruit dans les wagons qui sont préparés. Parfois, dans la rue, ils chantent en chœur un chant dont je ne sais s'il est populaire ou révolutionnaire. Il est triste, sans accent et sans rythme. Les voix sont médiocres. Ici, les Russes l'emportent facilement. Rien de plus beau que les chants des soldats en Russie; rien de plus magnifique que les voix slaves.
On apporte des cartouches ; un petit train blindé est préparé ; ailleurs, sur un wagon, deux canons de campagne russes.
Je ne crois pas que, pour l'instant, la lutte soit vive sur le front. Nous n'avons vu ramener jusqu^à présent que quatre blessés, dont deux légèrement.
Les rouges ne manquent pas de cavalerie. Quelques pelotons parcourent la ville. D'autres faisaient l'école de campagne dans les bois, sur la colline. Us sont montés sur de vigoureux bidets à poil long.
■^1 I ■ >^ ■ I !■■■» I I M ■ ■ ■ .■■ I M il .. — Il M ■ ■ ■■ ■■ Il 111 — 1— W^— — ^-^M— — ^IMIM^
Ainsi cette charmante petite ville industrielle de Tammerfors est transformée en place de guerre. Mais la seule guerre que connaissent les Finlandais, à l'heure où les peuples ennemis de l'Europe s'a&ontent, est celle des ouvriers contre les paysans. Ces pacifistes se sont jetés dans l'horreur des guerres civiles et se battent entre eux.
Dans Tammerfors, l'ordre règne. Les cinémas et les thé&tres sont ouverts. Mais les difficultés d'approvisionnement sont grandes et les prix excessifs. Un œuf coûte 2 francs ; le pain est très rare^ comme le lait, comme la viande. Au restaurant, un repas coûte de 25 à 30 francs. Le régime maximaliste, comme on voit, est celui de la vie chère. La seule boisson est une bière, agréable au goût, mais qui titre deux degrés d'alcool.
En pourparlers avec le Soviet de Tammerfors.
7 mars, jeudi.
Nos parlementaires sont partis de bon matin avec les Anglais, chargés de lettres pour le général en chef des blancs qu'ils doivent voir personnellement. Leur absence sera de plus de vingtquatre heures, car ils ont, d'abord, un trajet de deux heures jusqu'aux lignes en train, puis la tra-
Bée des lignes en traîneau, puis aller au quar- ■ général, discuter et. revenir. Nous ne les afions pas avant demain.
lussï quelle n'est pas notre surprise de les voir iver au milieu du jour I Voici ce qu'ils ra- Ltent :
iC train conduisant les Anglais s'est arrêté à point convenu en pleine forêt. En quelques lûtes, tous les bagages ont été descendus sur leige ainsi que des luges dont les Anglais prales se sont munis pour traîner eux-mêmes leurs :ages en cas de nécessité. Un officier anglais it là, venant de chez Mannerheim. Il aurait laré qu'une offensive était déclanchée et que, os parlementaires passaient, ils ne pourraient revenir jusqu'à nous.
<a chose parait très invraisemblahle, mais je tonne telle qu'elle m'est rapportée. Le fait est I le traia ne stationne pas dix minutes dans la ït et fait machine en arrière amenant nos petr. lentaires qui rentrent ainsi sans avoir rempli p mission. Et nous ne sommes pas plus avanqu'au premier jour.
fais le soir, nous semblons devoir perdre du ?ain, car voici qu'arrivent dans notre wagonlaurant une délég-atîon du Soviet local et le imandant de l'arrière. Gclui-là a passé six ans Amérique et parle l'anglais. Il vient nous apter la charmante décision suivante du Soviet :
Le Soviet et le commandement jugent notre présence à la gare infiniment gênante. Nos yeux braqués sur les mouvements de troupes les ofifensent. D'autre part, Tennemi, le Blanc détesté, qui ne connaît pas de loi, a profité de l'arrêt des hostilités nécessité par le passage des parlementaires pour faire une offensive et gagner du terrain. Aussi l'état-major rouge est décidé à nous renvoyer à Helsingfors et même à Petrograd qui, aux dernières nouvelles reçues par lui, n'est plus menacé par les Allemands immobilisés à Pskov. Le mot de Petrograd est de trop. On devine ici la pression du Gouvernement du peuple sur celui, ami, d'Helsingfors.
L'ambassadeur se défend avec énergie. Nous n'irons ni à Helsingfors, ni à Petrograd. Il négocie, pour gagner trois jours encore à Tammerfors, de façon à recevoir, soit une réponse de Stockholm qui nous enverra, peut-être, un bateau à Mantty-Luotto, soit le délégué des Anglais qui nous rapportera, comme il est convenu, les décisions de Mannerheim. Discussion longue, confuse, que mène un chef commissaire assez intelligent^ et qui parle anglais. Un incident arrivé le matin même complique la situation déjà suffisamment embrouillée.
Quatre domestiques de l'ambassade se promenaient à quelques centaines de pas de la ville. Us arrivent à, des tranchées bien que les lignes soient
LA BÉVOLUTION H0S3E
I kilomètres d'ici. L'an d'eux, qui a été bleasé ie front français, se met à critiquer devant camarades auxiliaires la façon dont est dese la tranchée. Il les éblouit de son savoir inique et de son expérience de soldat. Mais des les-rouges voisins cernent nos bommes et les Qènent au poste. « Des espions >, voilà le mot court la ville et enflamme les esprits. 11 n'en pas tant pour exciter contre nous an grand ivement de méfiance. Le Soviet ne veut plus s voir.
ont de même, après deux heures de confé- .
îe, où l'ambassadeur montre une inlassable ence, il obtient les trois jours demandés. Mais ■efuse tout net de faire passer de nouveaux [ementaires.
'accord signé hier soir nous interdit de sorle la ville où seules, la grande rue,deux rues à te et deux à gauche nous sont permises. Nous )ns, ces jours derniers, sur une charmante ine dominant les deux lacs qui enserrent Tarnfors. Une piste de neige pour luges y est inagée. Nous usions une heure à ce passe-
temps innocent* On nous le supprime. Désolation !
On nous fait sentir, une fois de plus, et un peu rudement, que nous sommes prisonniers.
Ce sentiment ne nous est pas étranger. Voici six mois qu'il est entré en nous depuis que le maximalisme a pris le pouvoir et nous impose ses modes tyranniques. En vérité, la Russie est une prison. Vaste, il est vrai, qui s^étend des glaces du Nord aux chaînes du Caucase, mais une véritable prison, car on n'en peut sortir. On y erre longuement, mais pour se heurter toujours à une porte où un garde-rouge croise la baïonnette et dit : « On ne passe pas I »
Les rouges de Finlande ne veulent pas de nous. Les glaces du golfe de Bothnie elles-mêmes nous sont hostiles. Tammerfors se rétrécit sous nos pieds et devient un préau, un préau de prison.
Notre bande internationale va, gaiement tout de même, le long de la grande rue. Le rythme de nos journées est lent, mais scandé par une série de petits événements réguliers et quotidiens. On va aux halles acheter quelques provisions à prix d'or. On se rencontre aux bains où de vigoureuses matrones nous lavent, nous massent et nous douchent. De cabine à cabine, c'est un jeu ininterrompu de plaisanteries qui volent par-dessus les cloisons à mi-hauteur. Puis Ton se retrouve au café où on prend une tasse de chocolat ; les hom-
int se faire raser par une jeuoe et adroite daise. Puis nous avoDS encore le cinéniai :tioQ à qui n'en a pas d'autre. Enfin les élus goD-restaurant de Belgique se réunissent es repas dans uoe voiture faite pour rouler reste immobile avec une désolante persis-
repas sont sommaires, mais suffisants. Saitqui en est le régal ? Des biscuits de soldats is. Ah ! les admirables biscuits, pétris d'une
farine, blanche comme neige I Comme nous •uvons délicieux ! Et cela seul montre suflent les longs mois de privation que sous j de traverser à Petrograd, presque sans u avec du pain, à la lettre, immangeable. Je ise pas que jamais soldat dans les tranchées rignoté avec tant de plaisir le biscuit dur [tendance. Et pais, on met en commun les illes que l'on a faites au marché. L'un a 1 un peu de beurre, un autre un morceau de s;e, un troisième quelques pommes. On fait a dînette et la nuit est venue, et le froid >ince les joues, quand'on traverse les longs rs obscurs de notre train pour regagner la îtte étroite où nous endormons nos soucis
espoirs.
Expédiés à Tojola.
9 mars, samedi.
La trêve de trois jours est brusquement interrompue.
Une députation du Soviet du haut commandement vient nous trouver après déjeuner et, cette fois-ci, le chef, un ouvrier sans intelligence, mais non sans obstination, nous déclare, sur le mode catégorique, que nous ne resterons pas un jour de plus à Tammerfors. Le spectacle est curieux de voir ces trois ouvriers, vêtus de cuir, discutant âprement avec les représentants de la France, de ritalie, de la Belgique, du Portugal, de la Grèce et de la Serbie. Ils nous laissent entendre clairement que nous sommes en danger, que le sentiment de leurs soldats est excité contre nous et qu'ils n'en sont pas les maîtres.
En vain, nous protestons. Ces maximalistes finlandais n'entendent rien et ont la force. Nous finissons pourtant par conclure une convention écrite et signée par eux et par nous. Elle porte les conditions de Tarmistice que nous envoyons au général des blancs. S'il les accepte, la guerre sera arrêtée pendant vingt -quatre heures sur un large front et nous passerons.
Mais ils nous refusent Tenvoi de parlementaires.
U RiVOUITlON MJB8E
S sommes obligés d'expédier une dépêche à' ikholm au ministre de France qui la remettra-
délégation finlandaise. Celle-ci la télégraira au général Mannerheim qui répondra par lême voie. S'il accepte, il nous enverra des lemeatairea pour régler le passage des lignes. 13, quatre ou cinq jours vont se passer et, peat ce temps, le Soviet de Tammerfors nous évaà 40 kilomètres à l'arrière, à la gare-halte de )la où nous attendrons que notre sort se décide. s devons partir demaiu matin, dimaiLche. Tel le Sic volo, sic jubeo du Soviet local, ependant les Anglais, «oucîeuK d'arriver vite «ckholm, ont traversé, seuls, les lignes.
vant ie départ du trfûn, un ioeideot encore,
[i-là comique.
e nouveau, un commissaire se présente & la
s. On a arrêté une sœur de charité soupçon-
d'espionnage. Sur elle, on a trouvé la pho-
'aphie de l'un de nous, avec, au dos, cette
Lcaoe ;.
En souvenir d'une délicieuse soirée passée
immerfors. »
'épigraphe «st. en fraoçais. C'est dose un
nçais, dit le commissaim. 11 pinoduit la photo-
thie. NoB, ce n'est aucun de nous. C'est un
^i^m^Êm^mmm»m, — ^. ,m ■ h ■ ■■■ ■ ■ , ■ i » i m . ■ ■ ■ i m^ ■ .^ ■ ■■■ . ., „ ^ ^ . ■ ■■ - ■■■■■■-., «m
membre du corps diplomatique d'une petite nation et j'aurai là charité de ne pas le nommer.
Cet homme, à tout le moins léger, a fait connaissance d'une sœur de charité à la gare, sur le quai. Avec la passion irréfléchie d'un méridional, il l'a invitée au cinéma, puis à dîner. On assure même qu'on l'a vu Tembrasser et cela paraît justifié par la dédicace.
Mais la sœur de charité était suspecte et suivie. Elle fut arrêtée. Ici, l'histoire devient curieuse. On découvrit que la sœur de charité était un homme déguisé en femme, espion allemand notoire. Et notre diplomate ? A-t-il cru faire la cour à une femme ? Comment s'est-il laissé tromper ? « La délicieuse soirée ? » Quoi qu'il en soit, l'ambassadeur déclare qu'il quittera le train sur l'heure, car s'il n'est que maladroit, il l'est à un point dangereux pour nous dans ce pays en guerre ^où l'on ne voit que trahison et espionnage.
Nous laissons ce malheureux sur le quai de la gare, tandis que notre train, augmenté de quelques voitures, gagne leni^ement la station-jonction de Tojola, à 40 verstes de Tammerfors, à la jonction de la ligne d'Abo.
Tojpla.
Nous y sommes vers midi. Dès l'après-déjeuner nous explorons notre nouvelle résidence.
Tojola D'est qu'un village d'un millier d'habitants. Us vivent dans de petites maisons qui, ellesmêmes, semblent avoir pris parti dans la lutte politique qui déchire ce pays. Les plus grandes, les plus aisées, sont blanches ; les autres, plus petites, rouges. Les unes et les autres, uniformément en bois, propres, bien tenues, et chacune isolée, dans un enclos.
Le comité de la garde-rouge parait mettre beaucoup de bonne volonté à nous accommoder de son mieux. Les habitants du train auront deux repas par jour au buffet de la gare. Les trentesix élus du wagon-restaurant recevront chaque jour du pain, du beurre, du lait, du fromage et de la viande. Du beurre et du lait ! Délices oubliées depuis longtemps. Nous dévorons de grandes tartines couvertes d'un beau beurre frais exquis. Et nous buvons du lait avec avidité, après en avoir été privés pendant tant de mois !
Tojola nous plaît. Tojola nous paratt un sanatorium rêvé où reposer nos fatigues et nos soucis dont l'accumulation finissait tout de même par peser sur les épaules les plus fortes. Nous faisons de grandes promenades sur la neige glacée, au soleil clair d'hiver, dans une atmosphère d'une limpidité sans pareille que ne trouble aucune brise, même légère. Nous parcourons ainsi d'un pas rapide les grandes forêts silencieuses et ne rentrons au train que lorsque le crépuscule
rougit le ciel au couchant. Si les blancs et les rouges nous retiennent ici quelques jours encore, nous nous serons refait une santé.
12 mars, mardi.
Voici une semaine que nous habitons notre train de luxe. Ces voitures, faites pour rouler, n'ont, pas parcouru en ces sept jours deux cents kilomètres. Leur allure se rapproche ainsi de celle de la Maison du berger^ chantée par Vigny. Le soir, je me répète les vers immortels qui la terminent :
Viens du paisible seuil de la maison roulante Voir ceux qui sont passés et ceux qui passeront. Tous Içs tableaux humains qu'un esprit pur m'apporte S'animeront pour toi quand devant notre porte Les grands pays muets longuement s'étendront.
Et tout de même, il faudrait réussir à passer ces terribles lignés blanches et rouges dont le mauvais vouloir des uns et des autres nous tient écartés. Les Allemands sont dans une des îles de Tarchipel d'Aland à quelques kilomètres d'Abo. Ils ont annoncé officiellement leur décision d'intervenir en Finlande, au profit du gouvernement blanc. Nous sommes exposés à être pris comnie dans une souricière.
Les gardes-rouges sont nombreux dans ces pe-
villages. Toute la population m&le et valide enrôlée, de gré ou de force. Ce ne sont que rouilles, escouades, sentinelles. Notre train est dé nuit et jour, et des baïonnettes défilent s cesse à la hauteur des fenêtres, ïhaque jour nous amène quelques compatrio- , d'Abo, d'Helsingfors ou de Petrograd. Notre ûbre, déjà trop considérable, s'augmente ainsi le poids effrayant de nos bagages. Il faudra IX cents traîneaux pour nous faire traverser lignes.
jCS nouvelles qui arrivent de Petrograd nous t assister à l'agonie du maximalisme. Le bonnement part pour Moscou 9Ù, après-demain, réunit le quatrième congrès des Soviets, pour ibérer sur les conditions de paix. Il lea ratî- ■a. Que peut-il faire d'autre ? Qui croirait & un n de patriotisme chez les socialistes russes ? >tski a donné sa démission. L'arrogant dictar a le verbe bas. 11 se charge du ravitaillent de Petrograd et de la défense (?) de la caale.
le note un article de l'officieux Izmestia. La se est celle-ci :
: La paix va être conclue avec l'Allemagne. La ssie révolutionnaire peut vivre en paix et s'endre avec le gouvernement bourgeois allemand.
is un nouveau danger nous menace à l'Est. Les Jonais veulent intervenir dans nos affaires.
LE péPABT DES AMBASSADES 123
Levons-nous tous pour cette guerre sacrée? »
Voilà en peu de mots ïalpha et r oméga de la révolution et du socialisme russes. Du jour de leur naissance, ils ont vu clairement qu'ils pouvaient et devaient s'entendre avec l'ennemi allemand, niais qu'il fallait combattre contre les alliés. C'est la politique développée jour par jour par la Nou^ velle Vie de Gorki. Je l'ai noté déjà dans mon premier volume. Pour les socialistes russes, il n'y a qu'un ennemi : les alliés, soi-disant impérialistes. Mais on ne trouve jamais une seule attaque contre les Allemands dans les colonnes de ce funeste journal.
C'est là un phénomème prodigieux et qui nous glace d'effroi. La révolution russe, pour maintes causes, est essentiellement allemande. Ses chefs, ces internationalistes louches, ces doctrinaires idéologues et chimériques, les juifs qui y jouent un rôle prépondérant, et les hommes tarés qui abondent dans ces partis n'ont rien appris du socialisme allemand qui les renie. Mais ils ont gardé une admiration sans bornes de l'Allemagne et ils sont pleins de respect même pour les boittes qui les écrasent.
L^article des Izviestia^ à cette heure, est significatif. L'Allemand est au centre de la Russie et aux portes de Petrograd. 11 impose à la Russie la paix la plus déshonorante qu'elle ait connue dans son histoire. C'est llmpéri&lisme et le militarisme
aods qui triomphent. Mais les hviestta ont e l'affi-eus courage de déclarer ; « Rien ne
empêche de vivre en hoQQe harmonie et itente cordiale avec le puissant voisin de st. »
a dit de Corneille qu'il avait agrandi la note l'honneur français. On dira justement que solution russe a approfondi encore le sens ot c< dégoût ».
Les Allemands ne sont pas loin...
14 mars, jeudi.
i jours coulent,' monotones. La suite des )s, si semblables à elles-mêmes, nous endort us amène à ce curieux état d'esprit où nous >us demandons plus ce que nous faisons ici.
y sommes et cela semble une raison sufSpour y rester. La force d'inertie, le sentide notre impuissance individuelle, la conce que nous sommes « agis » et non pas usants » nous incline vers un fatalisme contre (1 nous ne réagissons pas. Arrive ce qui ar- Nitchevo.
urtant on fait un effort nouveau aigourd'hui. rend la décision d'envoyer un officier franle commandant Ârchen, en parlementaire aux
blancs, car, tout de même, les Allemands sont à quelques kilomètres d'Abô. Ils peuvent débarquer demain et nous nous réveillerons, un matin, avec une cinquantaine de soldats boches autour de notre train.
Maintenant nous avons encore trois ou quatre jours à attendre le retour du parlementaire et, pendant ce temps> les Allemands continuent à approcher d'Abo, où d'heure en heure ils peuvent débarquer. Déjà, leurs patrouilles arrêtent les traîneaux qui emmènent les voyageurs fuyant la Russie jusqu'au port des îles Aland d'où la mer est libre pour Stockholm. Us laissent passer femmes, enfants et les hommes au-dessus de cinquante ans. Mais, hier, ils ont mis la main sur deux Anglais de quarante-cinq ans et les ont gardés pour les envoyer au camp de concentration de Doberitz.
16 mars, samedi.
Grande déception hier ! On nous téléphone de Tammerfors au matin que les nouvelles sont bonnes et nos espoirs s^enflamment.
Mais, l'après-midi, nous voyons revenir nos parlementaires. Le commandement des rouges a refusé nettement de les laisser passer. 11 allègue (jue la lutte est vive sur le front et qu'il est impossible d'arrêter les opérations. Voici dix jours
126 LA BÉYOLUTIOIV RUA8E
qu'on nous raconte la même histoire et cependant la paix règne sur le front*
Que faire ?
Nos chefs se réunissent et posent un ultimatum au commissaire des rouges. On mettra une locomotive à la disposition de nos parlementaires dimanche 17) à 9 heures du matin. Sinon ^ les puissances considéreront le refus des rouges comme un acte peu amical et la Finlande aura à en supporter les conséquences*
On imagine Témotion dans notre train. Quoi !
renoncer à l'espoir de rentrer enfin au pays ? Retourner dans la grande prison qu'est la Russie ! Et pourtant que faire ? Nous nous heurtons à des gens qui ont ayec eux des baïonnettes longues et des intelligences courtes.
Si nous restons ici, voici nos risques. Les Âlle-^ mands sont à portée de fusil d'Abo. Ils ont annoncé leur décision d'intervenir en Finlande et d'y rétablir Tordre. S'ils débarquent à Abo, que ferons-nous? A notre arrière, sur plusieurs ppints de la voie ferrée, nous sommes exposés à ce que les blancs, tout voisins, fassent sauter un pont. Et nous voilà à la merci des Allemands.
Que nous apportera demain ?
Dieu est grand.
17 mars.
L'ultimatum n'a produit aucun effet. Les rouges déclarent qu'il est impossible de nous laisser
passer. 11 parait, en eflfet, que la lutte est assez vive sur le front Tammerfors et que les blancs remportent des succès.
Les ambassades me paraissent immobilisées pour deux ou trois semaines encore à Tojola. Cette vie calme a son charme. Mais Petrograd, agité, fiévreux, malade de tous ses nerfs, est là, à quelques heures de moi.
Je retourne à Petrograd.
26 mars.
Je suis depuis dix jours installé chez moi, quand j'apprends à Tambassade que le train diplomatique, obligé à nouveau de quitter Tojola, a reculé, a passé quelque temps à errer sur la ligne, et que, finalement, Tambassadeur de France, le chargé d'affaires dltalie, le ministre de Serbie, rentrent à Petrograd en Russie et passent la frontière à Bîeloostrov, ce matin même.
Leur train est garé dans une petite station de jonelion dans la banlieue et gagnera demain Vologda qui devient le centre diplomatique de la Russie.
Décidément, j'ai eu raison de rentrer m'instal- 1er che2 moi, au milieu de mes amis, de mes livres et de reprendre mes occupations quotidiennes.
Je vois l'ambassadeur. Dans les énervements
l LA RÉVOLUTION tttISSS
en péripéties de son périple finlandais, il a dé sa bonne hameur. 11 va à Vologda, en atte. L'attente est la seule posture possible en isic, aujourd'hui. Quelle décision prendre ?
îlle politique suivre dans ces heures dernières régime maximaliste ? Surveiilep- et attendre, ogda sera le poste d'observation, puisqu'il n'y ien d'autre à faire.
1 me dit que notre ami Destrée et le personde la légation de Belgique, le ministre de tce et celui du Portugal sont restés en Finlande, idés à tenter une fois encore la fortune. Ils sont Louvola et vont chercher à négocier leur pase sur les lignes, près de Saint-Michel, où les ions militaires sont moins vives qu'au nord de nmerfors.
it aujourd'hui, j'ai l'agréable surprise d'un
ip de téléphone qui m'annonce que les Destrée
it, eux aussi, revenus en Russie et provisoire-
nt installés à lalégation de Belgique où ilsm'at-
dent.
l'y cours et j'ai le récit détaillé de leurs aven-
es. Elles ont été émouvantes. Ces captifs ont
& quelques pas de franchir le seuil de la pri- I. Ils ont pu causer avec les « hommes libres »
l'autre côté des lignes... Voici ce qui s'est
LE DÉPAKT DBS AMBASSADES 129
Après mille difficultés, M. Destrée a fini par négocier avec les rouges le passage de deux parlementaires pour aller prendre les arrangements nécessaires avec les blancs. La chose est conclue. Mais les rouges font observer que leur traîneau risque d'être pris par les blancs.
— Qu'à cela ne tienne, dit M. Destrée, j'achète le traîneau.
Un traîneau et un cheval de Finlande, aujourd'hui où le fourrage est rare, cela vaut dans les 300 marks.
Et on commence à discuter le prix.
— Que voulez-vous de votre équipage ?
— Ah 1 monsieur le ministre, c'est le plus beau cheval du pays.
— Son prix ?
— Et le harnachement ? Avez-vous vu le harnachement ? 11 est tout neuf, du cuir magnifique.
— Que vaut-il ?
— Quant au traîneau, on le garde pour les noces. 11 n'y en a pas deux pareils dans le village.
— Mais encore ?
Après de longues hésitations, les rouges lâchent leur prix.
— Trois mille marks.
Le ministre sursaute ! Mais le chœur des captifs derrière lui murmure sur le mode impératif : « Paie » et M. Destrée, qui comprend ce que par-
130 LA RÉTOLtmON hdsbe
1er veut dire, allonge les 3.000 marks au chef de la garde-rouge.
Deux jours plus tard, tout est arrangé, un armistice conclu, le point fixé où se fera la traversée des lignes, les signaux convenus, l'heure arrêtée. Enfin, on part. Je n'essaie pas de décrire la joie des quatre-vingts voyageurs à l'idée qu'ils vont enfin sortir de cette maudite Russie où de malfaisants enchanteurs les ont tenus enfermés. Ce soir, ils seront chez les blancs, demain à Toméo, dans quelques jours à Christiana, en Angleterre, en France !
Le train qui les amène s'arrête à la dernière station de la ligne. Puis on attend on ne sait quoi. L'inquiétude commence à remplir les cœurs. Voici qu'un commissaire rouge arrive : v
— J'ai un ordre formel d'Helsîngfora, par téléphone. On m'enjoint de vous faire remonter dans le train et^ de vous ramener en Russie.
Désolation I Fureur ! M. Destrée argumente en vain. Helsicgfors est impitoyable.
Deux des membres de la légation peuvent causer avec leurs deux collègues parlementaires qui restent chez les blancs. Ils s'embrassent sur les lignes mêmes : ceux-ci s'en allant vers les libres pays de l'Occident, ceux-là rentrant dans lagrande prison maximaliste dont Lénine et Trotski tiennent les clefs,
La désolation dans le cœur, tous les voyageurs
regagnent leurs wagons. Cette fois-ci, les rouges les traitent avec brutalité. On les enferme dans leurs compartiments. Des gardes, baïonnette au canon, emplissent les corridors et les plates-formes. M"® Destrée est bousculée par un rustre. Et c'est ainsi qu'on ramène nos gens à Bieloos-
. trov, où les maximalîstôs russes les reçoivent avec politesse et ne leur cherchent aucune querelle.
Ici finit Fhistoire curieuse du voyage des ambassades en Finlande, de leurs essais infructueux de quitter le territoire où régnent les Soviets. Ce Roman tomique de la diplomatie errante qui, grâce aux progrès de la locomotion, vit et voyage en wagons-lits, m*a paru valoir d'être rapporté. Le train belge va rejoindre, à Vologda, le train
. amépieain et le train français. Un nouveau chapitre commence... - : :
Petrograd, 19 mars.
J'ai quitté hier le calme Tojola, le train où les missions alliées rêvent encore à traverser les lignes et à regagner l'Europe. J'ai laissé derrière moi les beaux soleils sur la neige, les bois silencieux de la Finlande, les longues promenades dans lea paysages harmonieux, tristes et paisibles, où îçs lacs glacés alternent avec les maigres forêts septentrionales.
A douze heures de moi vers l'est, je sens Petrograd fiévreux, vivant les dernières heures de son existence détraquée sous le régime maximaliste, la foule déchirée par la crainte, folle d'espoirs déçus à peine nés, malade de peur, ne sachant où chercher le salut. Je veux revoir cette ville unique où les pierres même des maisons doivent parler aujourd'hui. Une force irrésistible m'entraîne. Je veux prendre tous les risques, perdre peut-être la seule possibilité de sortir de cette
vaste prison russe, mais je dois vivre encore quelques jours à Petrograd et franchir cette terrible frontière finlandaise que nous avons eu tant de peine à passer voici près de trois semaines. Pourrai-je même traverser le poste de Bieloostrov ? Je ne sais, mais je pars.
Je me munis d'un laissez-passer du gouvernement finlandais qui m'autorise à aller à Petrograd et à en revenir. Avec cela, peut-être ne serai-je pas obligé de montrer mon passeport à la frontière.
Je change de voiture à Rihimaki, pour monter dans le train qui vient d'Helsingfors. J'y trouve une couchette. L'ordre, ici, est complet.' Les marins des troisièmes n'envahissent pas nos compartiments. Je sjtis en compagnie de jeunes officiers de marine qui regagnent la Russie. Les quatre dreadnoughts ont quitté Helsingfors pour aller à Gronstadt. Une longue désertion d'un an a vidé la Finlande des marins et des soldats russes. Les jeunes officiers que le train emmène, à l'heure triste que nous vivons, ont encore la force d'être gais et l'on entend des éclats de rire dans le long wagon qui m'emporte.
Un officier français d'Helsingfors me raconte qu'un des nôtres lui a envoyé un marin à la gare pour l'avertir que les Allemands étaient arrivés à Petrograd le matin même. Je hausse les épaules à entendre le bruit absurde qu'il me rapporte
le je note ici pour montrer seuleme^ à quel t la panique fait déraisonner les geae. Quelles abilités y a-t-il pour que les AUemande, trois } après la paix signée, recommencent les ilités et entrent en force à Petrograd. Us y 3ront, sans doute, mais à leur heure, et plu» , Je ne verrai psa de casques à pointe, demain D, à la gare de Finlande.
Bielooatrov, un soldat nonchalant entre dans îDipartiment et demande les permis. Je tend»
lien. II le lit avec attention, puis, d'un geste Seront, me le rend. Je passe I ne heure plus tard, je suis à ma porte, La vierge, i. me voir, lève les bras au ciel et fie :
- GrAcea soient rendues & Dieu, barine; puisvous rentres, les Allemands ne viendront -pas 1 .a fidèle femme de ch«mhre me fait fête et r donner à cet instant tonte U solennité qu'il Lporte, je me rend» À U oi»«n# où je ne met»
les pieds trois fois l'an.
[a vieille cuisinière, de saisissement, laisse iier la casserole qu'elle nettoie, s'avance ver» [avec des exclamations de joie, et, louant Dieui demande la permission de m' embrasser. Elle irocbe son visage ridé du mien et dépose on tet sur ma joue.
l'est ainsi que je suis reçu dans mon apparteat à Petrograd, dans le oinqaième moia do
l'agon» 138
règne de Lénine. Ge tyran n'a pas encore corrompu tous les cœurs simples de Russie. Ët-déjà, à la chaude réception qui m'est faite^ je me félicite d'être rentré dans mon chez moi russe.
Dans Taprès-midi, je cours la ville.
La première impression est saisissante. Petro* grad est quasi mort. Dans mon quartier de casernes, où bruyait à toute heure une foule animée de soldats, je n'en vois plus un seul. Ces grands traînards désœuvrés se sont évanouis comme par miracle. La porte de la caserne sur ma rue est fermée. Aux fenêtres, à travers lesquelles filtraient souvent un air de balalaïka et des voix harmo* nieuses, personne. Un silence glacé.
Je sonne à la porte d'un appartement dans la maison voisine où habitaient un confrère américain et un ami français. J'entends le tintement de la sonnette, mais la porte reste close. L'apparte* ment est vide. Je passe sur les quais.
Il dégèle. La neige des trottoirs et des rues est changée en boue liquide. L'air est aigre ; il tombe un peu de pluie et de neige. Devant l'ambassade d'Angleterre, rouge sombre, pas un traîneau. Les passants sont rares et se hâtent, comme s'ils étaient pressés de rentrer. Sur la Neva gelée, quelques piétons traversent la vaste étendue de glace qui, par place, se tache d'eau noire. La forteresse de Pierre et Paul est écrasée, triste, grise, au ras de la Neva. La flèche dorée de l'église se
LA BiVOLDTION RUSSE
ans un brouillard bnmide. Les cheminées mes dans le quartier de Viborgp ne jettent sus l'air leurs fumées épaisses, agne ainsi, par le quai Français, l'ambase France. Les grandes fenêtres du rez-deée et du premier étage sont bouchées à de planches toutes neuves et qui font des d'un jaune vif dans la façade terne. Sur la une pancarte, avec an drapeau danois ition de Danemark ».
tre. Dans l'antichambre, où brûle une lampe que, le portier et Je âdèle chasseur, le digne le, qui garde la demeure de ses maîtres, iviste, M. Binet, est lé seul hâte de la-mai- '. reçoit les télégrammes, les déchiffre, les let à Tojola. 11 a aussi la visite des rares iis, vieux domestiques, vieilles gouver- , qui n'ont pas quitté la capitale et qui enl, le cœur serré, l'arrivée des Aïle-
encontre chez lui 1© comte de Saint-Saule représentant du Greasot qui, jusqu'à la re minute, reste pour défendre les intéFêts érables dont il a la charge. Nous causons, us que moi, il ne croit à la venue prochaine llemands. Quoi, la paix est signée d'hier.
; du temps et un prétexte pour avancer les ;s sur l'ancienne capitale de la Russie. Noua un mois ou deux de répit. Tous nos amis
sont partis. Le général Niessel, chef de la mission • militaire, est avec plusieurs officiers à Petrosavodsk, sur le chemin du Mourman. Le général Lavergne est à Moscou avec M. Darcy, président de la colonie française. Le correspondant de l'agence Havas a quitté Petrograd.^ Allons, je serai seul à faire mon métier d'informateur à une heure encore intéressante et cette nouvelle n'est pas pour me déplaire. Je rentre cette fois-ci, quand tous sont partis. Bien.
En quittant l'ambasâade, je passe sur Litheini. Après Nevski, c'est l'artère la plus animée de Petrograd. Elle est, aujourd'hui, triste comme le temps. Beaucoup de magasins sont fermés. La plupart ont leurs vitrines et leurs portes closes par des planches de sapin hâtivement jointes, car, au temps du tsar, Petrograd était la ville la plus calme du monde et pas un magasin n'avait une fermeture en volets ou en rideau métallique. Peu de bourgeois parmi les passants, des gens du peuple qui vont à leurs besognes sans s'arrêter pour bavarder à la mode russe. Pas de flâneurs, des figures tristes où on lit la préoccupation d'assurer la nourriture quotidienne et de résoudre, avec peu d'argent, le problème de la vie matérielle dans une ville qui manque de tout et où les prix ont atteint une hauteur qui donne le vertige. Songez qu'un chou est monté de 15 copecks à 8 roubles, une carotte d'un copeck à 2 roubles, la
138 LA RÉVOt^UTION RUSSE
pomme de terre vaut 1 rouble et demi. Le tout à l'avenaut.
Les usiues ferment les uues ap|^s les autres. Les bourgeois ruinés renvoient leurs domestiques. Les banques et bureaux sont clos. Les ministères ne travaillent plus. Le gouvernement est parti, emmenant avec lui quelques milliers d'employés bien payés et tous ceux qui tripotaient autour de Smolny. Je ne vois presque plu^ de soldats. Ils étaient 250.000 à Petrograd il y a un an. Ceux que j'aperçois sont des gamins, nés d'hier à la vie que je ne puis appeler militaire. Ce sont des volontaires de l'armée rouge^ des apprentis mis sur le pavé par la fermeture des usines et qui trouvent, dans les casernes vides, le gtte, le pain et le chauffage. '
Les tramways, eux-mêmes, n'emportent plus les grappes de voyageurs entassés sur les marche^ pieds et accrochés aux rampes. Le prix de la place est passé de 5 à 40 copecks. Quarante co* pecks» c'est plus d'un franc. Je passe devant l'ap^ partement où logeaient Charles Dumas et ses se*< crétaires. Ils ont disparu dans la tourmente et se sont enfoncés en Russie.
La mission militaire française occupait un vaste hôtel Italianskaia* U est vide. De tant d'officiers venus pour aider au relèvement de l'armée russe, il n'en ï^este que trois ou quatre qui, dans la maison où boitait, sur Font^nka, le général Nio8S^l>
l'agoiiib 139
travaillent à évaeuer ce qui nous reste de personnel, d'officiers et de matériel en Russie.
Sur le quai, je rencontra un vieux banquier de mes connaissances. Il se hftte à toutes jambes pour rentrer chez lui avant la nuit. Pourtant il fait encore clair, c'est le long crépuscule gris des journées de printemps à- Petrograd. Mais rares sont ceux qui osent s'aventurer au dehors lorsque Tombre est descendue sur la ville.
Quelques thé&tres jouent encore, mais le rideau se lève à 5 heures, et la représentation est terminée à 8 heures.