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La Russie aura toujours besoin d’hommes comme vous. » ‘
Les journaux révolutionnaires redoublent de violence. La Pravda, aujourd’hui, a un article abominable où l’on dit aux soldats de sortir des tranchées et de se rendre aux tranchées des « frères allemands ». D’une façon générale, les partis extrêmes font une furieuse propagande pour la paix. Quelle paix ? Ils ne le disent pas. Mais on voit la paix que l’Allemagne victorieuse imposerait à la Russie anarchique. Les fous, les inconscients, les 1lluminés de l'extrême gauche n’écoutent rien. Leur cri est « à bas la guerre ». Le gouvernement ne peut leur imposer silence. Il se borne à publier aujourd’hui de grands appels aux citoyens et soldats en leur montrant le danger allemand. Unc attaque allemande sur les lignes de Dvinsk ; la flotte allemande prenant Petrograd au printemps, voilà ce que le gouvgrnement nous met sous les yeux, ce matin. La dernière menace me paraît, hélas ! que trop justifiée. On a massacré un grand nombre d'officiers de la flotte de la Baltique. Que vaut la flotte de la Bal-
. tique aujourd'hui, seule défense de Petrograd contre
la puissante et intacte flotte allemande ?
Ces appels sont entendus par les gens de bon sens. Qui les écoute parmi les soldats révoltés et les ouvriers ? Personne. Et un acte, un seul du gouvernement provisoire, arrêtant cette propagande abominable de la presse révolutionnaire, ferait plus que mille paroles.
Mais cet acte, le gouvernement ne peut le faire. A Petrograd, il n’a où s'appuyer. Et, dureste, les braves gens qui nous gouvernent sont des rêveurs aussi; ils croient à la vertu mystique de la liberté; au fond d'eux-mêmes, ils sont plus près qu'ils ne le pensent de Tolstoï et de sa philosophie de la non-résistance au mal; ils imaginent que la vérité par sa force propre l’emportera. [ls laissent faire... On ne leur en sait, à l’extrême-gauche, aucun gré. Déjà, les révolutionnaires et anarchistes le traitent de suspect. On propose un nouveau gouvernement ayant la confiance du prolétariat et on donne des noms absolument inconnus.
Le rôle des agitateurs allemands et agents provocateurs de l’ancien gouvernement est certain. Ils surexcitent les masses ouvrières et les soldats en leur montrant qu'ils n’ont qu’à faire sentir leur force pour toucher aux paradis rêvés du communisme et de la paix universelle. Ils trouvent un auditoire vite convaincu chez ces inconscients qui ont pu en vingt-quatre heures détruire un régime pourri, mais ne savent pas au prix de quelles dures et longues expériences se gagne la liberté. Voici le terrible danger qui nous menace. La propagande pour la paix se développe chaque jour.
Le gouvernement ne bouge pas. Il n’est assez fort, ni pour faire la paix, ni pour faire la guerre.
Jamais, depuis les premières semaines de la guerre, nous n'avons été accablés par des soucis plus lourds. L'œuvre immense des alliés, soutenue à travers tant de périls, achetée par tant de sacrifices, tant de sang versé ; le travail de peuples entiers tendus vers la victoire que nous croyons toucher enfin, tout cela près
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