‹ La révolution russeChapitre 8 sur 31 · LM · texte numérisé non relu

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sont tous venus offrir leurs services. C’est la journée

des généraux. Et, là-bas, dans une salle d’attente de la station de

Bologoié, l’empereur et autocrate de toutes les Russies

est à peu près seul à attendre son destin.

2/15 mars.

- Le froid est intense: — 20°. Un vent violent vous glace jusqu'aux moelles. Queues interminables devant les boulangeries. Mais, 6 surprise ! on distribue en face de chez moi cinq livres de farine par personne. Mes deux domestiques, avec un peu de ruse, finissent par en avoir quinze livres. Nous voilà riches !

Je traverse la moitié de la ville à pied pour me rendre au télégraphe central. Les distances sont énormes. Je suis à plus de deux kilomètres de la Douma, qui est à l’est, et à cinq kilomètres du télégraphe central, à l’ouest. Pas une voiture, pas un tramway ; à l'aller et au retour, quatorze kilomètres et,.avec les courses supplémentaires, on arrive vite à vingt et vingt-cinq. Si la révolution dure, je vais me faire des jambes de facteur rural... La ville est calme; je n’entends plus tirer. Grande animation encore dans Litheiny. Des troupes nouvelles arrivent. Qu’en va-t-on faire? Nous avons déjà trop de soldats à Petrograd. Chacun, civil et militaire, porte un ruban rouge, qui

à la poitrine, qui au chapeau, qui autour du bras. On

reconnaît les réactionnaires d'hier à la dimension exagérée de leur ruban.

Au télégraphe, la censure laisse tout passer. Je prie

les dieux pour que mes confrères journalistes fassent

leur censure eux-mêmes. Ils sont de frairie aujourd’hui. Jamais ils n’ont été à telle fête. Des événements sensationnels et pas de censure! Le télégraphe gémit sous le poids des feuillets de copie qui s’abattent sur Jui.

Pas un magasin ouvert. Pas de journaux. Quand la vie reprendra-t-elle ? Les socialistes en profitent pour lancer une feuille violente au nom du Comité des ouvriers et des soldats et attaquer « les partis bour- : geois » de la Douma. Et ce sont des proclamations lancées dans la foule et des manifestes affichés aux

- murs. On y lit que les «.bourgeois » n’oseront pas

aller jusqu’au bout, qu'ils s’arrêteront à mi-chemin, que les ouvriers conscients doivent achever l’œuvre commencée ; que la république socialiste doit diriger la Russie. On dit aux soldats qu'ils ne doivent le salut aux officiers qu’en service. Déjà des forcenés crient : « À bas Rodzianko ! » Voilà le grand danger. Si, au plus tard, aujourd’hui, un gouvernement d'ordre ne s'impose, demain il sera trop tard.

* àk *#

L’après-midi nous apporte une grande nouvelle. Après de longs débats entre le parti modéré et le comité ouvrier à la Douma, on se serait mis d'accord ur les questions essentielles : formation d’un ministère vec président le prince Lvof, qui prend l'Intérieur ; lilioukof, Affaires étrangères ; Goutchkof, Guerre et

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Marine; Terechtchenko, Finances ; Chingaref, Agriculture; Manouilof, Instruction publique ; Nekrassof, Transports; Kerenski (socialiste-révolutionnaire), Justice.

L'empereur abdiquerait en faveur de son fils. Son frère, le grand-duc Michel-Alexandrovich, seraitnommé régent.

Si cela se confirme, on pourra, je crois, faire accepter le nouvel ordre de, choses, même à Petrograd. Demain nous le dira.

Mais les difficultés sont immenses. Plus de deux cent mille hommes de troupes révolutionnaires chez lesquels la discipline est abolie; près de trois cent mille ouvriers en grève et dont un grand nombre sont armés. Faire rentrer les premiers à la caserne, les seconds à l'usine, voilà la tâche presque impossible qu'a devant lui le nouveau gouvernement.

Par un phénomène singulier que je ne m'explique pas, le beurre qui, hier était à 3 roubles 60 la livre (400 grammes), est aujourd’hui à o rouble 80; les œufs à 4 kopeks pièce, venant de 20 à 25. Aussi des queues sans fin se forment devant les crémeries.

Chacun dit :

« Si c’est cela la révolution, vive la révolution ! »

Dans la nuit, rentrant chez moi, je vois passer un bataillon chantant la Marseillaise sur paroles russes qui m’échappent.

On publie le télégramme suivant du “grand-duc Nicolas Nicolaïevitch envoyé à Rodzianko :

« D'accord avec le général Alexeief je me suis

adressé à l’empereur avec une prière très humble, pour le salut de la Russie et la fin victorieuse de la guerre, d'accepter la décision que vous avez considérée comme la seule issue à la situation actuelle. »

Le Prikase n° 1.

Les Nouvelles du Conseil des députés ouvriers et soldats publient le Prikase (décret) suivant, adressé à l'armée de Petrograd :

« À tous les soldats de la garde, armée, artillerie et floite, pour être appliqué tout de suite, et strictement, et aux ouvriers de Petrograd pour qu'ils en. prennent connaissance :

« Le conseil des députés ouvriers et soldats a résolu : |

« 1° Dans toutes les compagnies, bataillons, régiments, parcs, batteries, escadrons et groupes séparés de différents services militaires et sur les bateaux de la flotie de guerre, qu’on élise sans retard des comités de soldats ;

« 2° Dans tous les groupes militaires qui n’ont pas encore élu leurs représentants au conseil des députés ouvriers, élire un représentant de chacune des compagnies qui doivent arriver à la Douma avec leur pouvoir le 2/15 mars ;

« 3° Dans tous ses actes politiques, le groupe militaire est soumis au conseil des députés ouvriers et soldats et à ses comités ; |

« 4° Les ordres de la commission militaire de Ia Douma impériale doivent être appliqués, excepté ceux qui contredisent les arrêtés du conseil des ouvriers et soldats ;

« 5° Toutes sortes d’armes, fusils, mitrailleuses, autos blindées et autres doivent se trouver à la disposition et sous le contrôle du comité de la compagnie ou du bataillon et en aucun cas ne doivent être donnés aux officiers, même s'ils l’exigent ;

« 6° Pendant le service, les soldats doivent observer la discipline militaire la plus sévère; mais, en dehors des heures de service, dans la vie politique, sociale et privée, les soldats ont les droits de chaque citoyen. En particulier, le salut affecté aux généraux et le salut ordinaire obligatoire sont abolis ;

« 7° De la même façon sont abolies les dénomina-

tions anciennes: Votre Noblesse, Votre Excellence, etc., et sont remplacées par M. le général, M. le colonel, etc.

« Une façon grossière d’apostropher les soldats, et

en particulier le tutoiement sont défendus et, chaque fois que cette défense sera violée, et en général, chaque fois qu’il s’élèvera un malentendu entre officiers et soldats, ces derniers doivent s'adresser au comité de leurs groupes. |

« Ce décret doit être lu dans chaque groupe actif ou non.

« Signé : Conseil de Petrograd des députés ouvriers et soldats. »

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Si l'esprit de ce Prikase est celui dans lequel le Conseil entend organiser l’armée révolutionnaire, nous pouvons saluer l’armée russe. Elle a vécu.

Le gouvernement provisoire.

3/16 mars.

Le gouvernement nommé par le comité exécutif de la Douma est officiellement installé depuis hier. Le numéro 2 des Vouvelles, paru après minuit, dans la nuit du 2 au 3, l’annonce. La liste des membres est la suivante : prince Lvof, président et ministre de l’Intérieur ; Milioukof, Affaires étrangères ; Kerenski (membre du comité exécutif du Conseil des députés ouvriers et soldats), ministre de la Justice ; Chingaref, agriculture ; Goutchkof, la guerre et temporairement la marine: Nekrassof, voies et communications ; Konovalof, commerce ; Manouilof, instruction publique ; Terechtchenko, grand raffineur à Kiev, aux Finances ; Godnef, contrôleur impérial ; Lvof, haut procureur du Saint Synode, et Roditchef, ministre pour la Finlande.

Ce gouvernement est appelé le nouveau gouvernement et le prince Lvof, président du Conseil des ministres. Îl est nommé par le Comité exécutif de la Douma après entente avec le Comité exécutif du Con-

ell des députés ouvriers.

Le premier acte du gouvernement a été de deman-

r à l’empereur d’abdiquer en faveur de son fils et de

mer s0n frère Michel régent. Jusqu'à présent, on ait qu’une chose, le refus de l’empereur. Où se ent les négociations ? Qui en est chargé par le gouement provisoire ? On ne le dit pas.

ujourd’hui nous sommes en pleine crise politique. ine né, le gouvernement provisoire a à prendre décisions graves, sur les questions de la plus haute prtance. Le gouvernement doit sa naissance à un révolutionnaire du Comité exécutif de la Douma ‘u Comité exécutif des députés ouvriers et sol-

uel va être son programme?

faut, d’abord, qu’il se prononce sur la forme de rernement, ensuite qu’il fixe les buts de son acti- Ces décisions, il n’est pas seul à les prendre. ans le palais de Tauride où il siège, il a autour de 1 foule bruyante des soldats; les baïonnettes l’enent ; des orateurs socialistes haranguent les troupes la salle Catherine. Une atmosphère surchauffée e dans le palais ; la tension est extrême. Il faudrait ministres un grand calme, un long recueillement, tumulte de la révolution les entoure. Ils ne sont seuls. Dans.une chambre non éloignée, siège le ité exécutif des députés ouvriers et soldats. Geux- > sont pas le gouvernement, mais, au moindre l, les milliers de soldats qui emplissent le palais arent pour les soutenir.

zures tragiques ! Toute la journée, toute la soirée, scussion se poursuit âpre, violente, entre le conles ministres et le Comité exécutif. Deux fois, au 3 de cette journée, on croit la rupture inévitable,

et s’il y a rupture, c’est le Comité qui l'emporte, car c’est lui seul qui a la force. Les heures passent. Kerenski fait des efforts surhumains pour amener une transaction.

La grande question à décider, et sur laquelle ni le gouvernement, ni le Comité exéeutif ne veulent céder, est celle-ci : le Comité veut que le gouvernement provisoire proclame immédiatement la République. Le conseil des ministres propose de se constituer en gouvernement provisoire jusqu’à l'élection d’une Constituante qui, élue au suffrage universel, aura le pouvoir de fixer la forme du gouvernement ; les élections se feraient une fois la guerre finie. Sur ce dernier point, le Comité exécutif demande qu’on fixe les élections à la Constituante dans le plus bref délai, dans trois mois au plus tard. La proposition du conseil des ministres aurait le grand avantage de ne pas soulever à cette heure des questions qui pourraient agiter le pays et, qui sait ? amener la guerre civile. Mais le Comité, qui sent la force qu’il doit à l’heure présente, et les baïonnettes qu'il a à son service dans le palais de Tauride, veut profiter de l'instant.

Dans la journée que nous venons de traverser, la lutte entre Comité et gouvernement a été sur ce point d’une ardeur extrême. Finalement, j'apprends que le conseil des ministres l'emporte et se constitue en gouvernement provisoire, sans se prononcer sur la question république ou monarchie. Ce point décidé, reste le programme.

Tard, dans la soirée, il est publié ; les membres du gouvernement ont disparu, exténués de fatigue.

Le programme du nouveau ministère est le suivan :

« 1° Amnistie complète et immédiate pour toute affaire politique, religieuse, émeute militaire, crimes agraires, etc. ;

« 2° Liberté de parole, de presse, de réunion, de meeting, accordée même aux soldats, autant que le permettent les conditions du moment ;

« 3° Annulation de toutes les limites de caste, de religion et de nationalité ;

« 4° Préparation ‘immédiate pour l'appel d'une Constituante élue par le suffrage universel, égal et secret, laquelle décidera de la forme du gouverne ment et de la constitution ;

« 5° La police sera remplacée par la milice avec chefs élus qui seront sous l’autorité des pouvoirs de quartier ;

« 6° Les élections pour les pouvoirs de quartier se feront aussi au suffrage universel égal et secret ;

« 7° Nine désarmer, ni ne renvoyer de Petrograd

les troupes qui ont pris part à la révolution ;

« 8° Aux heures de service, discipline très sévère pour les soldats ; en dehors des heures de service, égalité des soldats avec les citoyens. » =

« Le gouvernement temporaire croit de son devoir d’ajouter qu’il n’entend pas profiter des circonstances de guerre pour retarder la réalisation des mesures et réformes énumérées ci-dessus. »

Cet acte est signé, d’abord, par Rodzianko, prési-

. dent de la Douma et par le prince Lvof, puis par les : . ministres. On voit tout de suite, à la lecture de ce

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programme, ce qui vient du Comité exécutif du conseil des ouvriers et soldats, et où les discussions entre gouvernement et comité ont été les plus vives. On voit aussi sans peine la puissance que prend le Comité et la faiblesse organique du gouvernement. Tout ce qui touche aux troupes vient du comité exécutif. Les soldats de la révolution ne seront plus que cela; ils ne reverront pas les Allemands. Mais qu’allons-nous faire de ces troupes indisciplinées dans la capitale ? Elles seront au service du Comité exécutif, garderont — et de très près — le gouvernement provisoire.

Ainsi se termine la première grande journée politique de la Russie nouvelle. Les germes du conflit entre gouvernement provisoire et Conseil des députés ouvriers et soldats sont semés. Nous verrons s'ils se développent ; mais, à chaque jour suffit sa peine et, tout de même, le gouvernement a remporté la victoire. |

Pendant cette journée, je vais trois fois à la Douma, où l'anxiété est grande. Les visages sont tendus, tirés ; les membres de la Douma n’essaient pas de cacher leur angoisse. Et, dans la salle Catherine, on continue à haranguer les soldats qui défilent et dont les hurrahs sonores font trembler les murs du palais élevé pour le favori de la grande Catherine.

Dans la ville, on arrache partout les enseignes impériales sur les devantures des magasins de la Cour et on

. fait des feux de joie.

Au palais de Tauride arrive, parmi les détachements

troupes, la garde cosaque personnelle de l’empe- 1r qui l’a quitté à Bologoïië.

Ga LA RÉVOLUTION RUSSE

L'héritier a la rougeole avec complication, 39° de fièvre. |

D'accord avec le général Alexeief, le gouvernement provisoire appelle à Petrograd, comme commandant en chef des troupes de la capitale, le fameux général Kornilof, ancien commandant de la 48° division.

3/16 mars.

À midi, dans la grande salle des séances de la Douma impériale, première réunion du Conseil des ouvriers et soldats. Le portrait de l’empereur est enlevé. L'avocat Sokolof, membre du Comité exécutif du conseil, préside. Les soldats, qui composent les deux tiers de l’assemblée, sont à droite, les ouvriers à gauche.

C’est un désordre, un tohu-bohu, une pétaudière. En vain les orateurs montent à la tribune et parlent. Le tapage est tel que l’on n’entend pas un mot ; chacun parle ou crie de sa place. Des soldats s’élancent du fond de la salle. |

« Je demande la parole avant mon tour. »

Un autre :

« Seulement quelques mots, camarade président! »

Un troisième :

« Personne ne m’empêchera de dire mon opinion de ma place ! »

Un quatrième, debout sur son siège, prononce un

véritable discours, en s’interrompant pour mordre dans un gros pain noir. Ça ne gêne du reste personne, car il n'est pas un mot de lui qui porte à plus de cinq pas. On voit qu'aucun de ces braves soldats n’a de sa vie assisté à une réunion publique. Les ouvriers observent une meilleure discipline.

Le président, debout, les adjure de se tenir tranquilles, disant que chacun pourra parler à son tour, que, sans ordre, il n’y a pas d’assemblée possible.

« Bien, bien, crient tous ces grands enfants, nous serons sages, citoyen président. »

L’orateur, à la tribune, reprend et place quelques mots. Aussitôt les interruptions et le tapage recommencent.

Quand un soldat parle, tous les soldats l’applaudissent et les ouvriers l’interrompent. Quand un ouvrier est à la tribune, les soldats ne veulent pas l'écouter et se moquent de lui. ;

Le coup d’œil est vraiment curieux. Au milieu des bancs on fait circuler de grandes cruches en cuivre qui brillent et l’on verse de l'eau à ces altérés.

La cohue de Ja salle Catherine.

La question qui se débat — si j'ose dire — au milieu de ce tumulte est celle des rapports entre officiers et soldats. Il s’agit, en outre, de savoir comment le oldat défendra ses droits de citoyen.

Comme il est impossible d'entendre un mot, je vais

dans les couloirs et me dirige jusqu’à la belle salle Catherine, où il y a une cohue inimaginable. Je me mêle aux groupes, je regarde et J'écoute.

Voici un géant de six pieds et demi de haut, coiffé d’un grand bonnet caucasien aux poils longs, qui lui forme une étrange chevelure. Il a la figure osseuse, brunie, sèche, l’air sauvage. Au comble de l'excitation, il brandit son fusil, le tient à deux mains au-dessus de sa tête — dire que les centaines de fusils qui sont maniés dans cette salle sont chargés et que nous ne sommes pas morts! — frappe du pied et explique avec ‘véhémence sa façon de penser :

« Je suis revenu du front voilà deux jours. C’est Dieu qui m'a envoyé ici à temps pour faire la révolution... Sur le front on n’attendait que cela... Ce qu’ils

vont être contents, les nôtres !.. Oui, oui, nous bat-

trons les Allemands, mais il faut d’abord en finir avec l’ancien régime. »

Et il regarde farouchement autour de lui, cherchant un partisan du vieux régime à dévorer. Il n’y en a pas là. Alors, il se tourne vers une jeune étudiante, frêle, délicate, distinguée, qui l'écoute :

« Et toi, camarade, dit-il avec un joyeux sourire, tu es avec nous. Toutes les femmes seront avec nous, grâce à Dieu, et nous vaincrons ! »

. Sa large main s’abat amicalement sur l’épaule de l’étudiante qui plie sous le coup et manque de s’abattre à terre. |

Un petit officier, passe à quelques pas de nous.

« Nous n'avons pas besoin de ces types-là !... C’est nous qui nous battons |! Nous sortirons bien l’Alle-

mand de Russie sans lui. Attendez uñ peu que je lui parle... »

Heureusement, Flofficier est hors d'atteinte et le soldat, entouré par la foule, ne peut bouger. Il continue : |

« Qu'est-ce qu'ils font sur le front, je vous le demande ! On voit un officier arriver dans un village, il a une carte dans un étui brillant qui lui tape sur le cul. Il prend sa carte, la déploie, l’étudie, il promène

ses doigts partout, regarde à droite, à gauche, et, fina-

lement, me demande : « Dans quel village sommes- « nous? » Hein !... Moi, je n’ai pas besoin de traîner un meuble sur mon cul pour en savoir autant que lui. Je m'adresse à une femme tout simplement, et je lui dis : « Eh bien, ma petite colombe, dis-moi, je te « prie, comment s'appelle le village » et je la prends par la taille. C’est bien plus simple, comme vous voyez. » Un étudiant passe, faisant de la propagande :

« Sous le nouveau régime, avec la république dé-

mocratique, nous aurons la terre. »

Le grand sauvage le regarde de haut en bas et ne comprend pas. La foule s’amasse autour de l'étudiant. Le soldat reste seul.

Pour son malheur, le petit officier passe à nouveau. Le soldat bondit sur sa proie. Il la joint et, brandissant son fusil, poitrine à poitrine, 1l lui crie :

« Donne-moi ta photo !... Où est ta photo? »

Le petit officier est tout jeune, charmant, blond et rose, un enfant. Du coup, il en devient bègue :

«Ma pho.…. ma pho... ma photo ? Quelle photo? »

RE ES ee, =

Le géant : .

« C’est mon opinion !.. Chaque officier doit : sa photo sur une carte pour prouver que son régi l’accepte comme officier. Et il doit la montrer à tout soldat qui la demande pour qu'on sache à qui on a affaire, une fois pour toutes... Et ne me dis pas — crie-t-il avec fureur au petit officier tremblant — ne me dis pas que tu n'as pas eu le temps de te faire tirer. En vingt-quatre heures, sur Nevski, on te fait ta gueule. Si tu n’as pas ta photo, reste chez toi, et ne f... pas les pieds ici... »

Un second soldat se mêle à la discussion. C’est un colosse aussi, avec un gros ventre. Il crie plus fort encore que le premier, mais il hésite un peu devant les mots difficiles et s’'embrouille.

« Oui, dit-il à l'officier, prouve-nous que tu as été choisi par ton régiment 1... Qui-sait si tu n’es pas venu ici pour faire de la « pourgagande » ?...

— Moil... Moi !.. balbutie le petit officier. »

L'autre le tient par les épaules.

« Oui, pourquoi... pourquoi. pirporgandes-tu le tsarisme ?

— Moi? Jamais 1...

— Je le vois bien, tu es pour l’ancien « gérime » |...

Un émoi dans la salle ! On amène un officier supérieur entre plusieurs soldats, baïonnette au canon, sabre à la main. Tout le monde se jette au-devant de lui.

Les deux soldats y courent :

« Encore un traître! »

Le petit officier, blême, s'échappe et disparaît dans la foule. |

Devant un groupe de soldats passe le triste héros d’un récent et célèbre procès, le gros comte Orlof- Davidof, les pieds plats, les joues puissantes, l’œil bouffi. Uà soldat s’écrie : « Voilà le comte Orlof- Davidof ! Il a deux mille dessiatines de terre (il a beaucoup plus que cela)... C’est nous qui labourons pour lui ! Et ce gros cochon ne peut pas même vivre dans sa patrie !... [l a cinq palais à Paris, vingt maîtresses ; moi, je n’en ai pas unel... Et il fait la fête dans les différents Montié Carlié ! » | |

Un autre court vers la porte de la salle des séances. C’est un petit rat blafard et agité.

« Il faut que j'entre!... il faut que j’entre !... Je voulais déjà leur dire aux députés ! Vous comprenez, quand on parle là-dedans, on est troublé, énervé. Alors, il se peut qu’on oublie quelque chose d’important !... Laissez-moi entrer ! il faut que je leur parlé. Si je ne leur dis pas ce que je pense, ça peut avoir les suites les plus funestes pour la Russie... Laissezmoi entrer | laissez-moi entrer !... »

Et, de son nez allongé, il cherche à se glisser dans la porte entre-bâillée de la salle des séances.

L'abdication de Nicolas 11.

Au soir, les }Vouvelles apportent enfin des docuvents décisifs pour l’histoire des jours que nous vivons.

Elles donnent le manifeste d’abdication de l’empereur, sur qui depuis plusieurs jours couraient les bruits les plus contradictoires et dont on savait seulement qu’il était quelque part, à peu près seul, dans le train impérial courant au hasard entre Mohilew, Moscou, Petrograd et Dwinsk. Cette page historique est donnée sans commentaire. Même les esprits les plus enfiévrés par le succès de la révolution en reconnaissent la noblesse et la grandeur du ton.

Elle porte la date suivante :

Pskoff, 2/15 mars, 15 heures, 1917.

« Par la grâce de Dieu, nous, Nicolas IT, empereur de toutes les Russies, tsar de Pologne, grand-duc de Finlande, etc., à tous nos fidèles sujets nous faisons savoir :

«-Aux jours de la grande lutte contre l’ennemi exttrieur qui s'efforce, depuis trois ans, d’asservir notre patrie, Dieu a voulu envoyer à la Russie une nouvelle et: pénible épreuve. Des troubles intérieurs menacent d’avoir une répercussion fatale pour la marche ultérieure de la guerre tenace. Les destinées de la Russie, l'honneur de notre armée héroïque, le bonheur du peuple, tout l'avenir de notre chère patrie veulent que la guerre soit menée à tout prix jusqu’à une fin victorieuse.

« Notre cruel ennemi fait ses deyniers efforts, et proche est le moment où notre vaillante armée, de concert avec nos glorieux alliés, abattra définitivement l'ennemi.

« En ces jours décisifs pour la vie de la Russie, nous avons cru devoir à notre conscience de faciliter à notre

peuple une étroite union et l’organisation de toutes ses forces pour la réalisation rapide de la victoire.

.« C'est pourquoi, d'accord avec la Douma d’Empire, nous avons reconnu pour bien d’abdiquer la couronne de l’État et de déposer le pouvoir suprême.

« Ne pouvant pas nous séparer de notre fils aimé, nous léguons notre héritage à notre frère, le grand-duc Michel Alexandrovitch, le bénissant de son avènement au trône de l’État russe. Nous léguons à notre frère la tâche de gouverner en pleine union avec les représentants de la nation siégeant aux institutions législatives et de leur prêter un serment inviolable au nom de la patrie bienaimée. «

« Nous faisons appel à tous les fidèles fils de la Patrie, leur demandant de remplir leur devoir sacré et patriotique en obéissant au Tsar dans ce pénible moment d'épreuves nationales, et de l’aider avec les représentants de la nation à conduire l’État russe dans la voie de la prospérité et de la gloire.

« Que Dieu aide la Russie! »

Tout au-dessous, c’est le manifeste de Michel Alexandrovitch, renonçant au trône que lui offre son frère :

« Une tâche bien difficile m’a été imposée par mon frère en me transmettant le trône impérial de la Russie dans une année de guerre sans exemple et de troubles intérieurs.

« Inspiré ainsi que tout le monde par l’idée que le plus important est le bonheur de la patrie, j’ai pris la

ferme décision de prendre le pouvoir suprême seulement si telle est la volonté de notre grand peuple qui doit, par le suffrage universel, par ses représentants à la Constituante, décider du régime et des nouvelles lois fondamentales de la Russie.

« Invoquant la bénédiction de Dieu, je prie tous les citoyens de la Russie de se soumettre au gouvernement provisoire, issu de la Douma, et qui a tout le pouvoir jusqu’à ce que la Constituante, convoquée dans le plus bref délai, par le suffrage universel, direct, égal et secret, par sa décision sur le régime, manifeste la volonté du peuple.

« 3/16 mars 1917, Petrograd.

« Signé : Micnez. »

. La dynastie des Romanof a disparu dans la tourmente. Un coup de vent s’est élevé. Elle n’a trouvé personne pour la défendre. Elle s’est écroulée, comme si toute sa vie s'était éteinte en elle. L’autocrate, qui régnait hier sur cent soixante millions de sujets, n’a pas vu un homme se lever pour sa cause. Ni la famille impériale, ni la noblesse, ni l’armée, ni le peuple ne sont allés à lui dans l’heure du danger. Seuls les obscurs « garodovoïs » de Petrograd ont prolongé pendant quelques jours une lutte sans espoir.

4/17 mars.

Les journaux ne paraissent toujours pas. La raisori en est curieuse. Les ouvriers typographes appartiennent au parti social-démocrate, dont ils forment le

groupe le plus intelligent et aussi le plus avancé. Pendant les jours que nous vivons, le parti fait une propagande active dans la rue, dans les meetings, à la Douma, dans les casernes. Ge ne sont que placards révoluticnnaires affichés sur les murs, distribués aux passants. Le Comité des députés ouvriers et soldats fait paraître un journal sur quatre pages, et la feuille officieuse même, publiée sous le titre Nouvelles par le comité des journalistes de Petrograd, et qui donne les nouvelles du gouvernement, est fortement sous leur influence. Le numéro -6/7, sur dix arrêtés officiels, en donne huit du ministre socialiste.

Aussi les ouvriers typographes, sentant combien facilement ils peuvent répandre leurs idées dans le silence de la grande presse, ont résolu de retarder le plus possible la réapparition des journaux.

Le parti social démocrate ne représente qu’une. infime minorité du peuple russe. Le paysan, pour autant qu'il a une opinion politique, serait piutôt ” social révolutionnaire. En réalité, il est indifférent à la propagande des partis qui ne l’atteint pas au fond de ses villages. Il veut la terre des apanages et des grands propriétaires et n’a pas d'autre politique. Ainsi les ouvriers typographes servent, par leur grève, les intérêts d’une minorité agissante qui veut profiter de l'heure.

La vie reprend. La foule est grande dans Nevski. Presque chacun arbore un ruban rouge. Les soldats

ont un nœud rouge à leur fusil ; les détachements, un fanion rouge. Partout on décroche et on brûle les aigles impériales fixées sur les enseignes des fournisseurs de la cour. On enlève un ou deux cadavres de chevaux, restés dans les rues qui avoisinent Nevski. Plusieurs izvostchiks font leur apparition. On les prend à prix d’or. Les /amovois (camionneurs) chargent sur leurs grands traîneaux, où l’on transportait charbon, bois, farine, des voyageurs hétéroclites. On voit ainsi, côte à côte, un étudiant, un général, un soldat, un ouvrier qui profitent de cet unique moyen de transport pour abréger les distances immenses de cette ville sans fin.

Deux fois, je rencontre des bataillons, musique en tête -et drapeaux rouges, commandés par leurs officiers. La musique joue la Marseillaise qui esten passe de remplacer le Bojé Tsaria Krani et de devenir l'hymne national russe. Très peu de magasins ouverts encore. On espère une réouverture générale pour lundi. On espère aussi que le travail reprendra ce * jour-là dans les usines et que les journaux parattront. On annonce que les tramways commencent leur service mardi. Pendant dix jours j'ai fait en moyenne vingt-cinq kilomètres à pied dans la neige. Aujourd’hui, tempête de neige, par ouragan de vent nordnord-est et 15° de froid.

On apprend qu'avant l’abdication, l’empereur avait nommé le grand-duc Nicolas Nicolaïevitch, comman-

dant en chef des armées. À la Douma, je rencontre Vladimir Mitrofanovitch Pourischkevitch. Je ne l’ai pas revu depuis l’assassinat de Raspoutine, où il était l’un des trois participants, et d’où les histoires futures dateront le commencement de la révolution russe. Pourischkevitch se félicite du succès rapide de la révolution, du pas immense franchi avec si peu de sang versé.

« Mais je reste monarchiste, me dit-il, il nous faut pour l'immense Russie un souverain avec une constitution libérale parlementaire. »

J'apprends — pas par lui — que Pourischkevitch fait pne propagande active dans les casernes pour le rétablissement de la discipline. L’immense popularité de cet homme, son passé pendant la guerre, les services rendus sur le front, le fait qu’il est connu personnellement par des centaines de milliers de soldats qu'il a vêtus et nourris dans ses « points de ravitaillement » le rendent merveilleusement propre à cette tâche, peut-être la plus nécessaire, la plus immédiate de toutes les tâches à remplir aujourd’hui : ramener l’ordre parmi les soldats révoltés.

À ce sujet, j'apprends que la situation danseles casernes est déplorable. Ün grand nombre de soldats se sont débandés et ne rentrent pas. Beaucoup ont regägné leur village. Chez ceux qui restent, c’est le désordre et l'anarchie d'esprit. On discute la question ‘e l'élection de l'officier par les soldats : la réorganisa- :on de l’armée ; le salut ne se doit plus aux officiers

u’en service; le soldat veut des terres après la 1erre. | |

1 faut noter ici que nous n’avons pas à Petrograd régiments de la garde, mais les dépôts de ces régiits, riches, chacun, de dix à quinze mille hommes, wine encadrés et commandés par des officiers dépôt, assez médiocres et en nombre insuffisant. 1 explique beaucoup de choses. Aussi la garnison Petrograd — près de deux cent cinquante mille 1mes — est, aujourd’hui, en pleine anarchie.

Une réunion des députés soldats.

’ai assisté cet après-midi à la séance, à la Douma, députés-soldats, où était traitée la question de la ganisation de l’armée. Dans la grande salle des ices, environ cinq cents soldats, sous la prési-

ze du praporchtchik Outkine, socialiste révolution- |

e, assisté par le socialiste démocrate bien connu danof. -

ans la salle, un ordre relatif ; quelques ouvriers installés dans la tribune des journalistes; deux ats occupent la loge impériale, et, accoudés à la strade, baïllent et regardent.

es questions à l’ordre du jour sont les suivantes :

” Réorganisera-t-on seulement la garnison de ograd ?

* Réorganisera-t-on toute l’armée à l'arrière, his

intacte l’armée sur le front, jusqu’à soixante-di es des lignes?

* Réorganisera-t-on l’armée entière?

Je n’essayerai pas de donner une idée de la confusion de ce débat, de l'absurdité des propos qu'on y. tient, de l’incompréhension des plus simples questions que montrent la plupart des orateurs. Ces grands soldats sont incapables de suivre une idée, d'écouter un raisonnement, d'en comprendre la portée. Par contre, ils sont prodigieusement impressionnables. Si l'on s'adresse à leurs sentiments, on les fait tourner dans tous les sens, comme girouettes au vent,

Le début de la séance est orageux. On ne sait de quoi il est question. On vote tout de même à mains. levées. Ceux qui n'ont pas levé la main bondissent sur leurs camarades et les injurient.

Un soldat arrive à la tribune et, malgré le président, prend la parole.

« Camarades, dit-il, j’admets tous les ministères, sauf le ministère de la Guerre. Comment! nous aurions un nouveau chef! Sachons bien que nous sommes l’armée du peuple et que nous nous dirigeons nous-mêmes |... »

Hourras enthousiastes !

Un autre le remplace :

« Je vais plus loin, camarades, je n’admets aucun ministère ! »

Délire de joie dans la salle.

« Revenons à la- question, hurle le président, je mets aux voix la première question. »

L'assemblée, à l'unanimité, adopte la première

1estion.

« Je mets aux voix la seconde question. »

Elle est acceptée avec le même ensemble; la troi-

me est votée du même élan, si vie que personne n'a le temps de s’apercevoir que chacune de ces décias exclut l'adoption des deux autres.

Des discussions éclatent dans la salle. On entend cris, des hurlements ; on voit des poings se lever. président ne peut rétablir l'ordre et, pour un quart eure, sans quitter la salle, interrompt la séance. Quand il la rouvre, la tribune est prise d'assaut. e grappe de guerriers s'accroche à la tribune ; on y mpe à la courte échelle. Un sous-oficier s’empare la citadelle et parvient à s’ÿ maintenir.

x Citoyens-soldats, s’écrie-t-il, organisons suivant liberté la garnison de Petrograd. C'est elle qui l’a mée : c’est elle qui doit la défendre. Faisons régner l'égalité! Renvoyons nos officiers! Élisons ceux nous paraissent dignes de nous commander. Nos ciers seront nos égaux ; ils ne nous tutoieront plus ; 18 ne les saluerons plus!... A bas les dénominations l’ancien régime: « Votre haute Noblesse, Votre Voblesse, votre Excellence, votre haute Excelence ! » Dorénavant, ils seront : « monsieur le généal, monsieur le capitaine. »

Zes paroles soulèvent des tonnerres d'applaudissents. Près de moi, un ouvrier pleure de joie. L’orar continue et ses propos sont assez raisonnables. : Voilà notre tâche d'aujourd'hui. Demain, nous hèverons pour l’armée entière; demain, quand la rre sera finie. Mais, pour l'instant, ne touchons pas ‘armée sur le front! L'organisation de l’armée ionale demande du temps. Avons-nous le temps nous organiser pendant que nous nous battons ?

(Cris: Non, non, bravo!) Les Allemands, citoyens soldats, font une attaque ; le canon tonne, des obus éclatent. Crierons-nous aux Allemands: « Attendez, attendez, nous n'avons pas encore de commandant |. Laissez-nous nommer au suffrage universel et secret le commandant des troupes libres que vous attaquez à limproviste ! » |

L'orateur tombe épuisé. La salle lui fait une ovation. C’est un tonnerre d’applaudissements.

Mais un autre soldat arrive à la tribune. Il est gros, court de souffle, en sueur. Le manteau jeté sur l'épaule, il agite sa casquette en l'air :

« Notre camarade a bien parlé: c’est un homme intelligent... Mais, citoyens soldats, écoutez-moi, à mon tour... Nous réorganisons Petrograd seulement, et voilà que moi, soldat libre et citoyen, j'arrive sur le front... Et qui est-ce que Je retrouve dans ma, compa-

-gnie ?.. Un ami ancien du village, le parrain de mon

fils, Foma [vanovitch... L'armée est restée sous l’ancien régime. Foma [vanovitch salue les officiers qui le tutoient ; il parle comme une machine, il est comme un esclave, et il me voit à côté de lui, moi, soldat réorganisé, libre, l’égal de ces officiers qui le malmènent.… Alors son cœur se gonfle de tristesse, son foie est plein d’amertume, et il me dit: « Piotre Vassilievitch, « comment as-tu agi?... Je vois bien que tu as oublié « le parrain de ton fils! Quand tu as fait la révolution, tu n'as pensé qu'à toi... Regarde, tu t'es fait libre, mais moi, je suis encore un animal! »

Une émotion prodigieuse emplit le cœur des soldats ui écoutent, bouche bée. Ils ne peuvent supporter la

> du triste sort de Foma Ivanovitch. Des yeux ectent de pleurs.

a réforme générale, crie-t-on; la liberté pour »

multe indescriptible. Le président se tient la tête x mains et décide de renvoyerla séance à demain, iche. Mais, auparavant, il dit aux députés 8:

ous êtes trop nombreux pour discuter utilement. zz chez vous. Nommez un d’entre vous sur dix nain, vos élus reprendront l'étude de la question. Et nous ? et nous? que ferons-nous? crient tous Idats ; nous voulons tous revenir, tous l»

président, avec adresse, leur dit;

e conseil que vous nommerez sera une sorte de ; exécutif. Ainsi, vous voyez, vous aurez déjà organisation.

présentation de ce nouveau jouet, « un comité tif », séduit ces enfants.

président :

îh bien! rentrez chez vous, nommez-le et ez-le ici demain à midi. Et dans quelquesjours, 18 convoquerai tous. »

: soldats : :

fais nous, que ferons-nous jusqu’à ce qu’on nous le ici? »

le président finit cette séance en humoriste pro-

ous penserez, citoyens-soldats. »

aut expulser de force les députés-soldats de 1 les séances.

Le comité du téléphone.

Dans le palais de Tauride les étudiants, en majorité juifs, et les étudiantes, organisent les services, reçoivent les visiteurs, les conduisent à ceux qu'ils désirent voir, s'occupent du ravitaillement, distribuent la nourriture aux soldats et le thé aux députés. En somme, ils se rendent utiles.

Dans ce milieu exalté, dans l'odeur chaude de l& sueur du peuple, les cerveaux-se montent et se grisent. Chacun a ses idées, chacun veut agir. Des femmes font de la propagande pour la question féministe.

Une femme charmante, jolie, élégante, veut absolument entrer dans la grande salle des séances, où siègent des députés-soldats, pour leur faire un discours sur le droit de la femme et demander le vote des femmes pour la Constituante. On a toutes les peines du monde à l'empêcher de passer. Elle se venge en adressant des revendications À ceux qui la retiennent.

Je vais au téléphone. Trois femmes en gardent l'accès.

« On ne téléphone pas.

— Et pourquoi?

— Nous gardons le téléphone pour les ‘affaires bliques.

— Mais qui êtes-vous P

— Le comité du téléphone.

— Et qui vous a nommées ?

Nous nous sommes nommées nous-mêmes. »

quoi, les écartant avec douceur, je passe et one.

5/18 mers, dimanche.

ir la première fois, les journaux paraissent et ensure. Le Rietch a un article sur la grandeur uvre accomplie et sur l’immensité de celle qui : faire. Appel à l'union. Un deuxième article e que l’ancien régime ne pouvait être l’ennemi ple de l'Allemagne. Russie et Allemagne, étant ux centres de la réaction, ne pouvaient se passer e l’autre. Conclusion : faisons la guerre, main- , avec nos alliés libéraux, au militarisme prus- Le Dien est dans l'opposition. Il faut chercher attention, dans son leader, un mot disant que, e même, la guerre doit être continuée.

premier article du MVovoïé Vrémia note avec suret joie que la France et l'Angleterre sont entrées Jations diplomatiques avec le nouvel ordre de 3 — il n’y avait même pas de gouvernement — mardi 13 (erreur d’un jour, comme on a pu le :i-dessus).

ujours le grand froid, 20° au-dessous de zéro; splendide. Tout Petrograd est dans la rue. Les 5 sont joyeuses, mais on ne se félicite plus. On a l'habitude de la victoire. Et dire que, dimanche er, partout on se battait et que l'ancien régime encore le dessus! En une semaine, il a été é comme poussière par le vent.

A en tee Puel

La police est organisée par les étudiants qui portent au bras gauche une bande blanche avec les lettres G. M. (milice de ville). Ils ont sous leurs ordres des piquets de soldats.

Des commissariats ont été improvisés dans chaque quartier, avec peloton de soldats et permanence d’étudiants. On peut y téléphoner, en cas de besoin. Beaucoup de soldats passent en sections, bien alignés et commandés par un sous-officier. Ils portent toujours le drapeau rouge qui, du reste, flotte sur les toits blancs de neige du palais d'Hiver. Un grand nombre de soldats se promènent isolément ou en petits groupes. Pendant près d’une demi-heure, j'ai marché sur Nevski, dans Morskaïa, sur la place Isaac, en compagnie du prince Lieven, premier lieutenant du régiment le plus aristocratique, celui des chevaliers-gardes Beaucoup de soldats que nous avons rencontrés ont fait le salut militaire. .

« Chaque jour il y a progrès, dit-il; hier on saluait

plus qu’avant-hier et, aujourd’hui, vous voyez vous-

même.

À une heure et demie, je suis au ministère des Affaires étrangères, où Milioukof a bien voulu m’accorder quelques minutes d’un temps occupé comme l'on pense. |

Je suis seul dans les grands salons d’attente qui donnent sur la place du Palais. Les murs rouges du alais d'Hiver s’élèvent devant moi. Pour la première sis, depuis qu'il est construit, il n’y a pas d'empe-

sur en Russie et dans ce ministère où je suis, un n chef nouveau, hier professeur, poursuivi devant

MU 4 Ur AAA SN ET, D 7 Et:

ei. RAS se

les tribunaux par Sturmer, son prédécesseur d’il y a trois mois, va me recevoir.

Je trouve Milioukof presque sans voix. La semaine qu’il vient de traverser a exigé une tension nerveuse incroyable. Combien de harangues a-t-il prononcées P Combien de nuits se sont passées dans de chaudes discussions ?

Nous parlons des grands problèmes de l’heure — ES de ceux qui sont immédiats : du rétablissement de la | discipline dans la garnison de Petrograd, de la rentrée Le des ouvriers dans les usines; de ceux qui sont de . demain : l’appel de la Constituante, la liste électorale. Fe . Je sors de ce court entretien avec une déclaration des- 4 tinée aux lecteurs du Petit Parisien et assez propre à :. rassurer les esprits en France.

. + | À la Douma, séance du Conseil des ouvriers et des soldats, cinq cents personnes discutent la question de la reprise du travail. L'ordre est beaucoup plus grand

/qu'hier. Le nombre des orateurs pour et contre est limité. Chacun ne peut parler que trois minutes. Tous les soldats sont pour que les ouvriers reprennent le travail. Parmi les orateurs ouvriers, je constate avec peine qu'un seul donne comme raison de recommencer

: à travailler la nécessité de fournir des munitions à s. l’armée et de battre les Allemands. Pour tous les | autres, dans l'ivresse de la victoire, la guerre semble ne pas exister. Îls veulent travailler huit heures, se plaignent de la dureté de leur tâche, etc., etc... Finalement la reprise du travæl est votée. Les députés socialistes démocrates ont employé toute leur influence dans ce sens.

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