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Réponses aux questions 13 août (31 juillet) 1917
Le Président. J’ai recu une déclaration. signée par quelques camarades demandant que la parole soit donnée au camarade Staline. Voici cette déclaration: « Les débats d’hier sur le rapport du camarade Staline ayant montré que certaines thèses du rapport, en raison de leur formulation imprécise, suscitent des interprétations contradictoires, nous proposons de donner aujourd’hui, avant l’ouverture des débats, la parole au camarade Staline et, afin d’abréger les débats, de lui demander d’éclair-
cir les questions suivantes :
1) Quelles sont les formes d'organisation de combat de la classe ouvrière que propose le rapporteur à la place des Soviets
des députés ouvriers?
2) Quelle sera pratiquement notre attitude à l'égard des Soviets des députés ouvriers existants?
8) Notre attitude à l’égard des Soviets des députés ouvriers où nous nous trouvons aujourd’hui en majorité.
4) Définir plus concrètement ce qu’il entend par le terme de « paysannerie pauvre » et définir également les formes de son
La
organisation en liaison avec noire attitude à l'égard des Soviets des députés paysans existants.
Signé : V. PODBELSKI et d’autres. »
À la première question: « Quelles formes d’organisation de combat propose le rapporteur à la place des Soviets des députés ouvriers? », je répondrai que la question est mal posée. Je n’avais pas pris position contre les Soviets comme forme d'organisation de la classe ouvrière; seulement un mot d’ordre est déterminé non par la forme d’organisation d’une institution révolutionnaire, mais par le contenu qui constitue la chair et le sang de l'institution donnée. Si le Soviet comprenait des cadets, jamais nous n’aurions mis en avant le mot d’ordre de la transmission du pouvoir entre ses mains.
Aujourd’hui, nous lançons le mot d'ordre de la remise du pouvoir entre les mains du prolétariat et de la paysannerie pauvre. Par conséquent, il ne s’agit pas de la forme, mais de savoir quelle est la classe à laquelle ce pouvoir doit être remis, comment les Soviets devront être composés.
Le Soviet est la forme la plus rationnelle d’organisation de la lutte de la classe ouvrière pour le pouvoir, mais les Soviets ne sont pas le type unique de l’organisation révo-
Jutionnaire. C’est une forme purement russe; à l’étranger, nous avons vu dans ce rôle les municipalités lors de Îa grande Révolution française, le Comité central lors de la Commune; au reste chez nous aussi, on a pensé à un moment donné à un comité révolutionnaire. Peut-être, la section ouvrière sera-t-elle Ia ee la plus appropriée de la lutte pour le pouvoir.
Mais il faut bien se rendre compte que ce n’est pas la question de la forme qui sera décisive.
La question effectivement décisive est celle de savoir si la classe ouvrière est mûre pour exercer la dictature, tout le reste viendra de lui-même, sera créé par l’action féconde de la révolution.
Au sujet de la deuxième et de la troisième question: « Quelle sera pratiquement notre attitude à l’égard des Soviets existants ? », la réponse est tout à fait claire, étant donné que le mot d’ordre de la transmission de tout le pouvoir au Comité exécutif central est suranné. Il ne s’agit que de cela. La question du renversement des Soviets est une question imaginaire. Personne ici ne l’a posée. Si nous proposons de retirer le mot d’ordre : « Tout le pouvoir aux Soviets », il ne faudrait pas en déduire : « À bas les Soviets ! ». Et nous qui retirons ce mot d’ordre, ne quittons même pas le Comité exécutif central, malgré le piètre rôle qu'il joue ces derniers temps. :
Les Soviets locaux peuvent encore jouer un certain rôle, puisqu'ils seront dans la nécessité de se défendre contre les atteintes du Gouvernement provisoire, et dans cette lutte nous les soutiendrons. Donc, je répète: la suppression du mot d’ordre de la transmission du a aux Soviets ne veut pas dire : « À bas les Soviets ! >» « Notre attitude à l'égard des Soviets où nous sommes en majorité » est toute de sympathie. Que ces Soviets vivent et se renforcent, mais la force n’est déjà plus dans les Soviets. Auparavant, le Gouvernement provisoire promulguait un décret et le Comité exécutif, un contre-décret et ce dernier seul avait force de loi. Ou rappelez-vous l’histoire de l’ordre n° 1. Mais aujourd’hui le Gouvernement provisoire ne compte plus avec le Comité exécutif central. Le Soviet n’a pas annulé la décision de participer à la commission d’enquête sur les événements des 3-5 juillet mais cette participation n'a pas eu lieu, sur l’ordre de Kérenski. Aujourd’hui,
il ne s’agit pas de conquérir la majorité dans les Soviets, ce qui est très important, mais de balayer la contre-révolution.
Au sujet de la quatrième question: « Définir plus concrètement la notion de la « paysannerie pauvre » et indiquer la « forme de son organisation », je répondrai que le terme « paysannerie pauvre » n’est pas nouveau. Il a été introduit dans la littérature marxiste par le camarade Lénine en 1905 et, depuis, il a été employé dans presque tous les numéros de la Pravda, il a trouvé place dans les résolutions de la conférence d’avril.
Les couches pauvres de Ia paysannerie sont celles qui ne s'accordent pas avec les couches paysannes supérieures. Le Soviet des députés paysans, qui représente 80 millions de paysans (les femmes comprises), est une organisation des couches paysannes supérieures. Les couches paysannes inférieures combattent violemment la politique des « Soviets ». Alors que le chef du Parti socialiste-révolutionnaire Tchernov, puis Avksentiev et les autres proposent.aux paysans de ne pas prendre les terres de suite, maïs d'attendre la solution générale de la question de la terre par l’Assemblée constituante, les paysans répondent en s’emparant de la terre, en la cultivant, en s’appropriant l'outillage agricole, etc. Des informations de ce genre nous parviennent des provinces de Penza, de Voronèje, de Vitebsk, de Kazan et de plusieurs autres.
Cela seul montre clairement la différenciation de la campagne en couches inférieures et couches supérieures, cela montre qu’il n'existe plus de paysannerie comme un tout indivis. Les couches supérieures suivent de préférence les socialistes-révolutionnaires, les couches inférieures ne peuvent pas vivre sans la terre et elles sont en opposition au Gouvernement provisoire. Ce sont des paysans ayant peu de terre, n’ayant qu’un cheval, n’en ayant pas du tout, etc. Il faut y ajouter les couches de paysans n'ayant presque pas de terre, les couches semi-prolétariennes.
IT serait déraisonnable de ne pas essayer d'arriver, pendant la période révolutionnaire, à une certaine entente avec ces couches paysannes, mais en même temps il faut organiser à part les couches pauvres de la paysannerie, les grouper autour des prolétaires.
Il est difficile de prévoir quelle sera la forme d'organisation de ces couches. En ce moment, les couches inférieures paysannes s'organisent de leur propre autorité en Soviets ou cherchent à mettre la main sur les Soviets déjà existants. Ainsi, il y a environ un mois et demi, il s’est formé à Pétrograd un Soviet des paysans pauvres (comprenant les représentants de 80 unités militaires ainsi que des représentants des usines) qui mène une lutte acharnée contre la politique du Soviet des députés paysans.
En général, les Soviets sont la forme la plus rationnelle; seulement nous ne devons pas employer le langage des bureaux, mais préciser le contenu de classe, nous devons chercher à ce que les masses distinguent, elles aussi, entre la forme et le contenu.
En général, la question des formes n'est pas essentielle. S’il y a un essor révolutionnaire, les formes d’organisation surgiront. Il faut que la question des formes n’estompe pas la question essentielle: aux mains de quelle classe doit passer le pouvoir?
A l'avenir, l’accord avec les défensistes est inconcevable pour nous. Les partis défensistes ont lié leur sort à celui de la bourgeoisie et l’idée d’un bloc, des socialistesrévolutionnaires aux bolchéviks, a fait naufrage. La lutte contre les couches supérieures représentées dans les Soviets, lutte en alliance avec les couches pauvres de la paysannerie, et l’'écrasement de la contre-révolution, telle est la question qui se pose à l’ordre du jour.
Discours de conclusion 13 août (31 juillet) 1917
Camarades, je dois avant tout apporter quelques corrections de fait.
Le camarade Iaroslavski réfute mon affirmation suivant laquelle le prolétariat de Russie est le mieux organisé, il cite le prolétariat autrichien; mais, camarades, je parle de l’organisation « rouge »; or, cette organisation n'existe dans aucun pays au même degré que chez le prolétariat de Russie.
Le camarade Angarski a tout à fait tort de prétendre que je prêche l’idée de l’unification de toutes les forces. Mais nous ne pouvons pas ne pas voir que, pour différentes raisons, non Seulement la paysannerie et le prolétariat, mais aussi la bourgeoisie russe et le capital étranger ont tourné le dos au tsarisme. C’est un fait. Or les marxistes ne se dérobent pas aux faits.
Mais par la suite, les deux premières forces se sont rangées dans le camp de la révolution, les autres dans celui de la contre-révolution.
J’aborde maintenant le fond de la question. C’est Boukharine qui a le plus sérieusement formulé la question, mais lui non plus ne l’a pas menée jusqu’au bout. Boukharine affirme que le bourgeois impérialiste a conclu un bloc avec le paysan. Maïs avec quel paysan? Nous avons des paysans de toute sorte. Le bloc est conclu avec les droitiers, mais nous avons aussi des paysans de la base qui forment les couches pauvres de la paysannerie. Avec eux, la conclusion d’un tel bloc était impossible. Ils n’ont pas conclu de bloc avec la grande bourgeoisie, mais la suivent par inconscience, on les trompe tout simplement, on les entraîne dans sa voie. Contre qui est donc dirigé le bloc?
Boukharine ne l’a pas dit. C’est le bloc du capital allié et russe, des dirigeants et des couches supérieures de la paysSannerie représentés par les socialistes-révolutionnaires du type Tchernov. Ce bloc a été créé aux dépens des couches inférieures de la paysannerie, aux dépens des ouvriers.
Quelle est la perspective de Boukharine? Son analyse pèche par la base même. Selon lui, dans la première étape, nous allons vers une révolution paysanne. Mais elle ne peut pas ne pas croiser la révolution ouvrière, ne pas coïncider avec elle. Il est impossible que la classe ouvrière qui forme l’avant-garde de la révolution ne lutte pas aussi pour ses propres revendications. C’est pourquoi je considère que le schéma de Boukharine est insuffisamment réfléchi.
La deuxième étape est, selon Boukharine, la révolution prolétarienne avec l’appui de l’Europe occidentale, sans les paysans qui, ayant reçu la terre, se sont satisfaits. Mais contre qui est dirigée cette révolution? Dans son schéma enfantin, Boukharine ne fournit pas de réponse à cette question. Il n’a pas été proposé d’autres méthodes d'analyser ce qui se passe. Or, la situation est claire. Aujourd’hui, per-
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sonne ne parle de la dualité du pouvoir. Si, avant, les Soviets étaient une force réelle, aujourd’hui ils ne sont que des organismes groupant les masses el dépourvus de tout pouvoir. C’est justement pour cela qu'il est impossible de leur remettre « simplement » le pouvoir. Dans sa brochure, Île camarade Lénine va plus loin, en disant clairement qu'il n’y a pas de dualité du pouvoir, la totalité du pouvoir étant passée aux mains du Capital, et que ce serait du donquichottisme que de lancer aujourd’hui le mot d'ordre : « Fout le pouvoir aux Soviets ! »
Si, avant, sans la sanction du Comité exécutif, aucune loi ne pouvait entrer en vigueur, aujourd’hui, on ne parle même pas d’une dualité du pouvoir.
Emparez-vous aujourd'hui de tous les Soviets, vous n’aurez pas le pouvoir pour cela!
Nous nous moquions des cadets lors des élections pour les doumas d'arrondissement puisqu'ils formaient le groupe le plus insignifiant, ayant reçu 20 % des voix. Aujourd’hui, ils se moquent de nous.
Quelle en est la raison? C'est que grâce à la faiblesse du Comité exécutif central, le pouvoir est passé aux mains de la bourgeoisie. |
Les camarades se dépêchent de résoudre la question
de l’organisation du pouvoir. Mais le pouvoir, vous ne l’avez
pas encore!
La principale tâche est de faire de la propagande en
faveur de l’idée de la nécessité de renverser le pouvoir exis-
tant. Nous ne sommes pas encore assez préparés à celte idée. Mais il faut nous y préparer. | Il faut que les ouvriers, les paysans el les soldats se
rendent compte que, sans renverser le pouvoir actuel, ils
n’auront ni liberté ni terre!
Par conséquent, il ne s’agit pas de l’organisation du pouvoir, mais de son renversement, et quant nous aurons entre nos mains le pouvoir, nous saurons l’organiser.
Maintenant, quelques mots aux camarades Angarski et Noguine au sujet du socialisme. Déjà à la conférence d'avril, nous disions que le moment était venu de faire les premiers pas vers le socialisme. |
L’orateur donne lecture de la fin de la résolution de la conférence d'avril : « Sur le moment actuel >» :
Le prolétariat de Russie agissant dans l’un des pays les plus arriérés de l’Europe, parmi une population de petits paysans, ne peut se donner pour but d’effectuer immédiatement la transfermation socialiste de la société.
Mais ce serait commettre l’erreur la plus grande et même dans la pratique passer sans
déduire la nécessité pour la classe ouvrière de soutenir la bourgeoisie ou de restreindre son activité au cadre de ce qui est acceptable pour la petite bourgeoisie ou encore de renoncer au rôle dirigeant du prolétariat qui est de faire connaître au peuple
l'urgence de diverses mesures pratiquement mûres d’acheminement vers le socialisme.
Les camarades sont en retard de trois mois. Mais qu'est-ce qui s’est passé pendant ces trois mois ? La petite bourgeoisie s’est différenciée, les couches inférieures se séparent des couches supérieures, le prolétariat s'organise, le délabrement grandit, mettant avec plus de persistance encore à l’ordre du jour la question de l'application du contrôle ouvrier (par exemple à Pétrograd, dans la région du Donetz, etc.). Tout cela tend à corroborer les thèses adoptées déjà en avril, mais les camarades tirent en arrière.
Maintenant, à propos des Soviets. En retirant l’ancien mot d'ordre « Tout le pouvoir aux Soviets », nous ne prenons Pas position contre les Soviets. Au contraire, on peut et l’on doit travailler dans les Soviets, même au Comité exécutif central, organe de camouflage contre-révolutionnaire. Bien que les Soviets ne soient aujourd’hui que des organismes groupant les masses, nous sommes toujours avec les masses et ne quitterons les Soviets que lorsqu'on nous en aura chassés. Ne restons-nous pas dans les comités de fabrique et d’usine et dans les municipalités, bien que ceux-ci ne détiennent pas le pouvoir ? Mais en restant dans les Soviets, nous continuons à dénoncer la tactique des socialistes-révolutionnaires et des menchéviks.
Depuis que la contre-révolution a montré avec une évidence entière la liaison de notre bourgeoisie avec le capital
ailié, il est devenu plus évident encore que dans notre lutte
révolutionnaire nous devons nous appuyer sur trois facteurs : le prolétariat de Russie, la paysannerie et le prolétariat international, le sort de notre révolution étant étroitement lié au mouvement de l'Europe occidentale.
réserve à la bourgeoisie, que d’en
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