‹ La Révolution russe de 1917Chapitre 13 sur 252 · AE PT · texte numérisé non relu

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saurait se détacher de la bourgeoisie et demeurerait éter- - nellement (c’est-à- dire jusqu'au SR hésitante entre elle et nous.

Quiconque s'inspire, dans son activité, uniquement de la simple formule « la révolution démocratique bourgeoïse n’est pas achevée >» se porte en quelque sorte garant que la petite bourgeoïsie est à coup sûr capable d’être indépendante à l’égard de la bourgeoisie. Impuissant, il se livre par là-même, à l’heure actuelle, à la merci de ia petite bourgeoisie. |

À ce propos, en parlant de ia « formule » dictature du prolétariat et de la paysannerie », il convient de rappeler que je soulignais tout spécialement dans mes Deux Tactiques (juillet 1905) que:

La dictature démocratique révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie. a, comme toute chose, un passé et un avenir. Son passé, c’est l'autocratie, la féodalité, la monarchie, les privilèges. Son avenir, c’est la lutte contre la propriété privée, la

lutte de Fouvrier salarié contre le patron, la lutte pour le socia-

lisme *.

L'erreur de Kaménev, c’est de ne considérer, en 1917, que le passé de la dictature démocratique révolutionnaire

du prolétartat et de la paysannerie. Or, en réalité, son

avenir s'est déjà ouvert, car les intérêts et la politique de l’'ouvrier salarié ét du petit patron sont déjà divergents, en fait, et cela dans des questions d’une aussi grande importance que la « défense nationale » et l'attitude à l'égard de la guerre impérialiste.

Me voici arrivé à la seconde erreur du raisonnement de Kaménev cité plus haut. Il me reproche d'établir mon schéma en « tablant » sur la « transformation immédiate de cette révolution (démocratique bourgeoise) en révolution socialiste ».

C’est faux. Non seulement je ne « table >» pas sur la « transformation immédiate » de notre révolution en révo-

lution socialiste, maïs je mets directement en garde contre

cetté hypothèse, en déclarant tout net dans la huitième thèse : « Notre tâche immédiate n’est pas l « introduction » du socialisme... »

En

1. V. I. Lénine: Œuvres complètes, t. VILX, p. 112, Editions sociales internationales, Paris, 1934.

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N’est-il pas évident qu’un homme qui « tablerait » sur la transformation immédiate de notre révolution en révolution socialiste ne pourrait pas s’élever contre la tâche immédiate de F « introduction » du socialisme ?

Mais ce n'est pas tout. Il n’est même pas possible d'introduire « immédiatement » en Russie un Etat-Commune (c'est-à-dire un Etat organisé sur le type de la Commune de Paris), car il faudrait pour cela que la majo-

rité des députés de tous les Soviets (ou de la plupart des =

Soviets) ait nettement conscience de toute l'erreur et de toute la nocivité de la tactique et de la politique des socialistes-révolutionnaires, de Tchkhéïdzé, de Tsérétéli, de Stéklov, etc. J’ai déclaré, avec la précision la plus grande, que je « tablaïs >» uniquement, dans ce domaine, sur un patient travail (a-t-on besoin de patience pour obtenir un changement «immédiatement » réalisable?) d’éclaircissement.

Kaménev, exagérant avec quelque « impatience », a repris à son compte le vieux préjugé bourgeois au sujet

de la Commune de Paris, lui attribuant l'intention d’intro-

duire < immédiatement » le socialisme. Il n’en est rien. La Commune ne fut malheureusement que trop lente à instau-

rer le socialisme. Le fond véritable de la Commune n’est

pas là où le cherchent d’ordinaire les bourgeois, mais dans la création d’un type particulier d'Etat. Cet Etat est déjà né en Russie; ce sont précisément les Soviets des députés ouvriers et soldats.

Kaménev n'a pas réfléchi à l'existence et à la signification des Soviets, à leur identité de type, de caractère politique et social, avec l’Etat de la Commune ; au lieu d'étudier ce fait, il s’est mis à parler de ce sur quoi je < table » soi-disant comme sur un avenir « immédiat ». « Qu'est-ce que les Soviets de députés ouvriers et soldats? Sont-ils d’un type supérieur à la République parlementaire? Sont-ils plus utiles au peuple? Sont-ils plus démocratiques? Sont-ils plus appropriés, par exemple, à la lutte contre la disette ,;etc.? » — de ces questions essentielles, réelles, mises par la vie même à l’ordre du jour, il détourne l'attention vers une question vide, pseudo-scientifique, mais en réalité vide de contenu, purement académique, sans vie: « Tablonsnous Oui Ou non sur une transformation immédiate? »

Question vide, faussement posée. Je « table » seulement et exclusivement sur le fait que les ouvriers, les sol-

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dats et les paysans résoudront mieux que les fonctionnaires et que les policiers les problèmes ardus et pratiques de l'augmentation de la production du blé, de la meilleure répartition du blé, de l’amélioration du ravitaillement des soldats, etc.

Je suis profondément convaincu que les Soviets des députés ouvriers, etc., sauront faire appliquer dans la pratique l’initiative des masses populaires plus vite et mieux que ne le ferait la République parlementaire (nous reviendrons plus en détail dans une autre lettre sur la comparaison de ces deux types de gouvernement). Ils décideront mieux et plus pratiquement, plus justement, comment faire, que faire exactement pour se rapprocher du socialisme. Le contrôle des banques, la fusion de toutes les banques en une seule, ce ne serait pas encore le socialisme, mais ce serait un pas vers le socialisme. Le junker et le bourgeois allemands prennent aujourd’hui des mesures de ce genre contre le peuple. Demain, le Soviet des députés ouvriers et soldats en prendra, et de beaucoup meilleures, en faveur du peuple, s’il dispose de la plénitude du pouvoir. :

Qu'est-ce qui nécessite ces mesures ? |

La famine. La désorganisation économique. La faïllite menaçante. Les horreurs de la guerre. Les blessures effrayantes que la guerre fait à l'humanité.

Kaménev termine en déclarant

J'espère défendre dans une ample discussion mon point de vue comme le seul possible pour la social-démocratie révolutionnaire, dans la mesure où elle veut et doit demeurer jusqu'au bout le parti des masses révolutionnaires du prolétariaf, et ne pas se transformer en un groupe de propagandistes communistes.

Ces mots traduisent, me semble-t-il, une profonde erreur dans l’appréciation du moment. Kaménev oppose le « parti de masses » à un « groupe de propagandistes ». Or ce sont bien les « masses » qui sont aujourd'hui sous l'empire du défensisme « révolutionnaire ». Ne conviendrait-il pas mieux, à des internationalistes, de savoir s opposer, en de telles heures, à l’égarement des masses que de vouloir « demeurer » avec elles, c’est-à-dire céder à la contagion générale? N’avons-nous pas vu, dans tous les pays belligérants d'Europe, les chauvins se justifier par leur désir de « rester avec les masses »? N’est-il pas nécessaire

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de savoir demeurer temporairement en minorité contre l'égarement des « masses »? Le travail des propagandistes n'est-il pas, précisément aujourd’hui, l’instrument essentiel

pour dégager la ligne prolétarienne de l’emballement défen-

siste et petit-bourgeoïs des masses ? C’est précisément la

fusion des masses prolétariennes et non-prolétariennes,

sans distinctions de classe, qui a été une des conditions dé-

terminantes de l'épidémie de « défense nationale ». Il ne

me semble guère de mise de parler avec mépris du « groupe

de propagandistes » de la ligne politique prolétarienne.

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Ecrit vers la mi-avrii 1917.

Brochure publiée pour la première fois par les éditions Priboï (1917).

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