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LA CRISE ET LE DIRECTOIRE

Comme perspective, une nouvelle conférence des représentants des « forces vives » où MM. Tsérétéli et Avksentiev, ces conciliateurs jurés, s’efforceront de faire de l'entente secrète si bien réalisée hier, uné entente avouée, franchement établie, pour la joie des ennemis des ouvriers et des paysans.

Pendant les six mois qui viennent de s’écouler, notre pays a passé par trois fortes crises du pouvoir. Chaque fois la crise s’est terminée par une entente avec la bourgeoisie; chaque fois les ouvriers et les paysans ont été bernés.

Pourquoi ? |

Parce que, intervenant dans la lutte pour le pouvoir, les partis petits-bourgeois socialiste-révolutionnaire et menchévik se sont chaque fois mis du côté des propriétaires fonciers et des capitalistes, faisant incliner la balance à l'avantage des cadets.

Le complot de Kornilov a mis à jour entièrement l’esprit contre-révolutionnaire des cadets. Trois jours durant, les défensistes ont crié à la trahison des cadets. Trois jours durant, ils ont crié à la précarité de la coalition qui s’est en effet disloquée au premier heurt avec la contre-révolution. Eh bien, après tout cela, ils n’ont rien trouvé de mieux à faire que d’accepter une coalition masquée avec les cadets qu’ils avaient tant maltraités eux-mêmes !

Pas plus tard qu’hier, la majorité défensiste du Comité exécutif central a décidé, par son vote, de « soutenir » le directoire des cinq né des ententes avec les cadets, ententes de coulisse qui se faisaient au détriment des intérêts essentiels des ouvriers et des paysans. |

En ce jour où la crise du pouvoir s'aggrave, où Kornilov étant réduit en poussière, nous sommes en présence d’une lutte aiguë pour le pouvoir, les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires ont aidé, une fois encore, les propriétaires fonciers et les capitalistes à garder le pouvoir entre leurs mains, ont aidé une fois encore les cadets contrerévolutionnaires à tromper les ouvriers et les paysans.

C’est là, et là seulement, le sens politique du vote qui a eu lieu hier au Comité exécutif central.

Que les ouvriers le sachent, que les paysans le sachent, et qu’ils en tirent les conclusions qui s'imposent.

La coalition inavouée d'aujourd'hui est précaire, comme le furent les coalitions avouées d’hier. [Impossible

- d'établir une entente durable entre propriétaire foncier et paysan, entre capitaliste et ouvrier. C’est pourquoi la lutte pour le pouvoir, loin d’être terminée, se renforce au contraire et s’exacerbe toujours davantage. Que les ouvriers sachent donc que dans cette lutte, ils seront inévitablement battus tant que les socialistes-révolutionnaires et les menchéviks auront de l’influence sur les masses.

Que les ouvriers n’oublient pas que pour s'emparer du pouvoir, ils doivent arracher aux conciliateurs socialistesrévolutionnaires et menchéviks la masse des paysans et des soldats, et les grouper autour du prolétariat révolutionnaire.

Qu'ils s’en souviennent et qu’ils ouvrent les yeux aux paysans et aux soldats en démasquant devant eux la trahison des socialistes-révolutionnaires et des menchéviks. . .

Combattre implacablement linfluence des socialistesrévolutionnaires et des menchéviks dans les masses, s’appliquer inlassablement à rallier les paysans et les soldats autour de l’étendard du parti des prolétaires, tel est l’enseignement qui se dégage de la crise que nous venons de traverser. |

Rabotchi Pout, n° 1, 16 (3) septembre 1917.

FT

ml

J. STALINE

DEUXIÈME VAGUE

La première vague de la Révolution russe a commencé à monter sous le mot d’ordre de la lutte contre le tsarisme. Les ouvriers et les soldats étaient alors intervenus comme principales forces de la révolution. Mais ce n’était pas les seules forces de la révolution. Les libéraux bourgeois (cadets) et les capitalistes anglais et français sont également « intervenus », abandonnant le tsarisme, les premiers, parce qu'il s'était montré incapable d’ouvrir la voie vers Constantinople; les seconds, parce qu’il voulait faire la paix séparée avec l’Allemagne, ;

Il s'était formé ainsi une espèce de coalition tacite sous la pression de laquelle le tsarisme dut quitter la scène. Le lendemain de la chute du tsarisme, cette coalition tacite

devint officielle; ce fut un pacte avoué entre le Gouvernement provisoire et le Soviet de Pétrograd, entre les cadets et la « démocratie révolutionnaire ».

Pourtant, ces forces visaient des objectifs absolument différents. Alors que les cadets et les capitalistes anglais et français ne désiraient qu’une petite révolution, afin de tirer parti de l’enthousiasme révolutionnaire des masses pour une grande guerre impérialiste, les ouvriers et les soldats, au contraire, voulaient la démolition de l’ancien régime de fond en comble, le triomphe complet de la grande révolution pour pouvoir, après avoir renversé les propriétaires fonciers et maté la bourgeoisie impérialiste, mettre fin à la guerre et assurer une paix équitable.

Cette contradiction fondamentale a conditionné le développement ultérieur de la révolution. C’est elle qui a prédéterminé la précarité de la coalition avec les cadets.

Ce qu’on appelle les crises du pouvoir sont toutes — compris la dernière, la crise d'août — des manifestations de cette contradiction.

Et si, lors de ces crises, l’avantage a été chaque fois pour la bourgeoisie impérialiste ; si, à | « issue » de chacune d’elles les ouvriers et les soldats se sont aperçus qu'ils avaient été leurrés et que la coalition se maintenait quand même, sous une forme ou sous une autre, ce n’est pas uniquement parce que la bourgeoisie impérialiste était hautement organisée et financièrement puissante; c’est aussi parce que les couches supérieures de la petite bourgeoisie et leurs Partis socialiste-révolutionnaire et menchévik qui entraînaient encore à leur suite de grandes masses de notre pays, petit-bourgeoïs lui aussi dans son ensemble, hésitaient, passaient chaque fois de l’autre côté de la « barricade », faisant tourner à l'avantage des cadets la lutte pour le pouvoir.

C’est pendant les journées de Juillet que la coalition avec les cadets fut la plus forte, au moment où les membres de la coalition firent front unique, pour tourner leurs armes contre les ouvriers et les soldats bolchéviks. |

La conférence de Moscou ne fut à cet égard que l'écho des journées de Juillet. L’inadmission des bolchéviks à cette

conférence devait être la garantie nécessaire au renforcement d’une « coalition honnête avec les forces vives » du

pays. | L'isolement des bolchéviks, telle était donc la condi-

tion que l’on jugeait indispensable pour assurer une coalition durable avec les cadets. |

Voilà où en étaient les choses avant le soulèvement de Korntiav.

Dès lors, elles prennent un autre aspect.

À la conférence de Moscou déjà, il apparaît clairement que l'alliance avec les cadets risque de devenir alliance avec les Kornilov et les Kalédine, dirigée non seulement contre. les bolchéviks, maïs aussi contre la Révolution russe tout entière, contre les conquêtes mêmes de la révo- Jution.

Le boycottage de la conférence de Moscou et la grève de protestation des ouvriers de Moscou qui ont arraché le masque de ce ramassis contre-révolutionnaire, renversé les plans des conspirateurs, ont été non seulement un avertissement, mais encore un appel: « Soyez prêts! ». On sait que cet appel ne fut pas comme une voix clamant dans le

DEUXIÈME VAGUE

désert : les villes y répondirent, nombreuses, par des grèves de protestation... ee |

C’est un présage gros de menaces. |

Le soulèvement de Kornilov ne fit qu’ouvrir une soupape à l’indignation révolutionnaire qui s’était accumulée: il ne fit qu'enlever ses liens à la révolution qu’on avait réussi à ligoter en la stimulant, en la poussant en avant. : C’est alors, dans le feu de la bataille avec les forces contre-révolutionnaires, lorsque les paroles et les promesses se vérifient à l’œuvre, au cours de la lutte directe, que se révélèrent les vrais amis et les-vrais ennemis de la révolution, les vrais alliés des ouvriers, des paysans et des soldats et ceux qui les trahissaient. |

Le Gouvernement provisoire, assemblage si soigneusement cousu d’étoffes disparates, se désagrège à toutes ses coutures au premier souffle du soulèvement de Kornilov. | | | __ « C'est triste », mais c’est ainsi: la coalition apparaît comme une force lorsqu'il s’agit de palabrer à propos du « Salut de la révolution »; elle n’est plus qu’un vain mot quand arrive le moment d’agir pour sauver effectivement cette révolution d’un danger mortel. -

Les cadets quittent le ministère en se solidarisant ouvertement avec la clique de Kornilov. Les impérialistes de tout poil et de tout acabit, banquiers et fabricants, usiniers et spéculateurs, propriétaires fonciers et généraux, forbans de la plume s’escrimant dans la Novoiïé Vrémia et lâches provocateurs de la Birjovka, cadets en tête et en alliance avec les cliques impérialistes anglaise et fran- Çaise, sont tous dans le camp des contre-révolutionnaires :ils sont contre la révolution et contre ses conquêtes.

Il devient évident que l'alliance avec les cadets, c’est l'alliance avec les propriétaires fonciers contre les paysans, lalliance avec les capitalistes contre les ouvriers, lalfance avec les généraux contre les soldats.

1 devient évident que quiconque conclut des accords avec Milioukov, conclut du même coup des accords avec Kornilov et doit nécessairement combattre la révolution, puisque Milioukov et Kornilov ne font qu’un.

Une vague conscience de cette vérité est à la base du nouveau mouvement révolutionnaire de masse et engendre une seconde vague de la Révolution russe.

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