‹ La Révolution russe de 1917Chapitre 151 sur 252 · V.I. LÉNINE · texte numérisé non relu

V.I. LÉNINE

Sur quoi s’accordent toutes les tendances, de la Retch à la Novaïa Jizn, des cadets partisans de Kornilov aux demibolchéviks, fous à l'exception des bolchéviks?

Sur ce que les bolchéviks à eux seuls ne se décideront jamais à prendre le pouvoir, ou, s'ils s’y décident et le prennent, ne pourront le garder, même pendant fort peu de temps.

À ceux qui nous objecteraient que la prise du pouvoir par les seuls bolchéviks est une question politique tout à fait irréelle, et ne peut être considérée d’une portée réelle que par quelques « fanatiques » pleins de suffisance, nous répondrons en citant les déclarations textuelles des partis et des tendances politiques de toutes « couleurs », les plus responsables et les plus importants.

Deux mots, tout d’abord, sur la première question: les bolchéviks se décideront-ils à prendre seuls la plénitude du pouvoir? J’ai déjà eu l’occasion, au congrès panrusse des Soviets, de répondre à cette question par une affirmation catégorique que j'ai lancée de ma place à Tsérétéli pendant un de ses discours ministériels. Aucun bolchévik n’a, autant que je sache, déclaré dans la presse ou oralement que nous ne devons pas prendre seuls le pouvoir. Je continue à penser qu'un parti politique en général, et à plus forte raïson le parti de la classe avancée, n’aurait pas droit à l’existence, serait indigne d’être considéré comme un parti, serait un pauvre zéro sous tous les rapports si, pouvant accéder au pouvoir, il s’y refusait.

Citons maintenant les déclarations des cadets, des socialistes-révolutionnaires et des demi-bolchéviks (des quarts-de-bolchéviks, dirais-je plus volontiers) sur cette question.

Editorial de la Retch, 16 septembre:

Le désaccord et la confusion qui régnaient dans la salle du Théâtre Alexandre se reflètent également dans la presse socialiste. Le point de vue des bolchéviks, seul, se distingue par sa netteté et sa rectitude. C’est, à la conférence. le point de vue

- de la minorité. C’est, dans les Soviets, celui d’une tendance de

plus en plus forte: Mais, malgré toute leur jactance, leurs rodomontades, leur affectation d'assurance, les bolchéviks. à lexception de quelques fanatiques, ne sont braves qu’en paroles. Livrés à eux-mêmes, ils ne tenteraient jamais de prendre « Ja plénitude du pouvoir ». Désorganisateurs et destructeurs par excellence”, ils sont au fond des poltrons qui, dans leur for intérieur, sentent parfaitement leur ignorance crasse et le caractère éphémère de leurs succès actuels. Aussi bien que nous tous, ils comprennent que le premier jour de leur triomphe firal serait aussi le premier jour de leur chute précipitée. Irresponsables par leur nature même, anarchistes par leurs méthodes et leurs

“procédés, ils n’ont de raison d’être que comme une des ten-

dances de la pensée politique, ou, pour mieux dire, que comme une de ses aberrations, Le meilleur moyen de se débarrasser pour de longues années du bolchévisme, de l’extirper, ce serait de confier à ses chefs les destinées du pays. Et n’était la conscience du caractère inadmissible et funeste de semblables expériences, on pourrait; en désespoir de cause, se décider à un

moyen aussi héroïque. Par bonheur, nous le répétons, ces tristes

héros du jour eux-mêmes n’aspirent pas en réalité à la prise de la plénitude du pouvoir. Ils ne sont, dans aucun cas, capables d'un travail créateur. Tout ce qu’ils ont de net et de catégorique, se borne donc à la tribune politique, à la rhétorique des meetings. Pratiquement, leur attitude ne peut, à aucun point de vue, être prise en considération. Elle a pourtant, eu un certain sens, une conséquence réelle : elle réunit contre elle toutes les autres nuances de la pensée socialiste...

Ainsi raisonnent les cadets. Voici maintenant le point de vue du plus grand parti « dominant et dirigeant » de Russie, celui des « socialistes-révolutionnaires », exposé dans l'éditorial de leur organe officiel, le Diélo Naroda, du 21 sepfembre: |

Si la bourgeoisie ne veut pas travailler avec la démocratie jusqu'à PAssemblée constituante sur la plate-forme approuvée par la conférence, une coalition devra se former au sein de la conférence elle-même. Ce sera un pénible sacrifice pour les protagonistes de la coalition, mais même les partisans de la « pureté politique 5 du pouvoir devront y consentir. I] est À craindre que, là aussi, l’accord ne puisse se faire. Restera alors une troisième et dernière combinaison: la fraction de la confé-

Sn

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