‹ La Révolution russe de 1917Chapitre 163 sur 252 · LETTRE AU COMITÉ CENTRAL · texte numérisé non relu

LETTRE AU COMITÉ CENTRAL

Temporiser est un crime. Attendre le congrès des So- viets, c’est tomber dans un formalisme enfantin autant que déshono=ant, c’est trahir la révolution.

- Si l’on ne peut pas prendre le pouvoir sans insurrection, il faut faire l'insurrection sur-le-champ. Il y a de grandes chances que la prise du pouvoir soit maintenant possible sans insurrection; peut-être suffirait-il que le Soviet de Moscou prît sur l’heure le pouvoir et se proclamât gouvernement (avec le Soviet de Pétrograd). La victoire est assurée à Moscou, où personne ne peut nous combattre. A Pétrograd on peut attendre, Le gouvernement ne peut rien faire, sa situation est sans issue; il se rendra.

Par la prise du pouvoir, des banques, des usines, du Rouskoié Slovo, le Soviet de Moscou obtiendra. du coup une base et une force colossales. Son agitation s’étendra à toute la Russie devant laquelle il posera la question en ces termes : dès demain, nous proposons la paix, si le bonapartiste Kérenski se rend (et s’il ne se rend pas, nous le renversons). La terre aux paysans sur l'heure, des concessions immédiates aux cheminots et aux postiers, etc.

I n’est pas obligatoire de « commencer » à Pétrograd. .St Moscou + commence » sans effusion de sang, Moscou sera certainement soutenue : 1° par la sympathie de Parmée du front; 2° par les paysans, partout; 3° par la flotte et les troupes de Finlande qui marchent sur Petrograd.

Si même Kérenski a sous Pétrograd un ou deux corps de: cavalerie, il devra se rendre. Le Soviet de Pétrograd peut attendre en faisant de l'agitation pour le gouvernement soviétique de Moscou. Notre mot d'ordre est : le pouvoir aux Soviets, la terre aux paysans, la paix aux peuples, du pain aux affamés.

La victoire est assurée, et il y a neuf chances sur dix que nous l’obtenions sans effusion de sang. :

Attendre est un crime envers la Révolution.

Salutations. | |

Ecrit les 16-20 (3-7) octobre 1917.

Publié en 1922 dans la première édition des Œuvres complètes de Lénine, t. XIV, 197 vol.

V. I. LÉNINE CONSEILS D’UN ABSENT + J'écris ces lignes le 8 octobre, sans grand espoir qu'elles soïent déjà le 9 entre les mains des camarades de Æ. Pétrograd. Il est possible qu’elles arrivent trop tard, car . le congrès des Soviets de la région du Nord est fixé au . 10 octobre. Je tâcherai pourtant de donner mes « conseils +. d’un absent », escomptant que l’action probable des ouvriers RE et des soldats de Pétrograd et des environs, qui doit avoir ee lieu bientôt, ne s’est pas encore produite. +. Tout le pouvoir doit passer aux Soviets, cela est clair. + 1 doit être également incontestable pour tout bolchévik que + le pouvoir révolutionnaire prolétarien (ou bolchévik, ce qui maintenant est une seule et même chose) est assuré de la 5 Sympathie la plus ardente et de l’appui sans réserve de la —% totalité des travailleurs et des exploités dans le monde en- + tier, dans les pays belligérants en particulier, et surtout “4 parmi les paysans russes. Ces vérités sont trop connues 2 et depuis trop longtemps démontrées pour qu’il vaille la : peine de s’y arrêter. + Par contre, il convient de s’arrêter sur ce dont plus d'un camarade ne se rend très probablement pas entière- + ment compte, à savoir : pratiquement le passage du pou- + voir aux Soviets signifie, aujourd’hui, l'insurrection armée. +: Cela est évident, semblerait-il, mais tous les camarades + n’ont pas encore assez approfondi cette vérité. Renoncer 4 maintenant à l’insurrection armée, ce serait renoncer au : mot d’ordre principal du bolchévisme (tout le pouvoir aux + Soviets) et à l’internationalisme révolutionnaire proléta- SR rien en général. :

Mais l’insurrection armée est une forme particulière + de la lutte politique; elle obéit à des règles particulières 4 qu’il importe de méditer profondément. Karl Marx a ..

exprimé cette pensée avec un relief particulier, lorsqu'il a + dit : « Comme la guerre, l'insurrection armée est un art. » +

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