LETTRES AUX CAMARADES BOLCHÉVIKS
ne peuvent s'appuyer dans la lutte que sur la < division sauvage » et les cosaques. La démoralisation a maintenant gagné les cosaques, et les paysans les menacent d’ail'eurs d'une guerre civile dans leurs propres contrées.
J'écris ces lignes le dimanche 8 octobre; vous ne les Hrez pas avant le 10 octobre. J’ai entendu un camarade de passage relater que les voyageurs de la ligne de Varsovie disent que « Kérenski fait marcher des cosaques sur Pétrograd ». C’est fort possible et nous en portercns la responsabilité si nous ne vérifions pas le fait sous tous les rapports, si nous n’étudions pas les forces et la répartition des troupes korniloviennes de la seconde levée.
Kérenski a de nouveau amené des troupes de Kornilov sous Pétrograd, afin d'empêcher la transmission du pouvoir aux Soviets, afin d'empêcher la remise infTmédiate de la terre aux paysans, afin de livrer Pétrograd aux Allemands et de filer ensuite lui-même à Moscou | Tel est le mot d’ordre de l’insurrection, auquel nous devons donner la plus large diffusion et qui aura le plus grand succés.
On ne peut pas attendre le congrès panrusse des Soviets, que le Comité exécutif central peut remettre jusqu’en novembre, on ne peut pas attendre et permettre à Kérenski d’amener encore des troupes korniloviennes. La Finlande, la flotte et Reval qui, ensemble, peuvent marcher immédiatement sur Pétrograd contre les régiments de Kornilov sont représentés au congrès des Soviets; ils peuvent mettre en mouvement la flotte, l'artillerie, les mitrailleurs et deux ou trois corps d'armée qui ont montré, par exemple à Vyborg, combien ils détestent les généraux de Kornilov avec lesquels Kérenski s’acoquine de nouveau...
Ce serait l’erreur la plus grande que de renoncer à, la possibilité d’infliger sur-le-champ une défaite aux régiments korniloviens de la deuxième levée pour la raison que la flotte de la Baltique, en se rendant à Pétrograd, ouvrirait, paraît-il, le front naval aux Allemands. Les calomniateurs attachés à Kornilov le diront, comme ïls prodigueront le mensonge en général, mais il est indigne des révolutionnaires de se laisser intimider par le mensonge et la calomnie. Kérenski livrera Pétrograd aux Allemands, voilà ce qui est aujourd’hui clair comme le jour; aucune assurance du
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contraire n’ébranlera notre conviction à ce sujet, conviction déterminée par tout le cours des événements et par toute la politique de Kérenski.
Kérenski et les Kornilov livreront Pétrograd aux Allemands. Justement pour sauver Pétrograd, il faut renverser Kérenski: les Soviets des deux capitales doïvent prendre le pouvoir et proposer immédiatement la paix à tous les peuples, remplissant ainsi leur devoir à l’égard des révolutionnaires allemands et faisant un pas décisif vers l’écrasement des complots criminels tramés contre la Révolution russe par l'impérialisme international.
Seul un mouvement immédiat de la flotte de la Baltique, des troupes de Finlande, de Reval et de Cronstadt contre les troupes de Kornilov rassemblées sous Pétrograd peut sauver la Révolution russe et mondiale. Et ce mouvement a quatre-vingt-dix-neuf chances sur cent d'amener en quelques jours la reddition d’une partie des cosaques, la défaite complète de l’autre partie et le renversement de Kérenski, car les ouvriers et les soldats des deux capitales soutiendront le mouvement.
La temporisation c’est la mort.
Le mot d'ordre: « Tout le pouvoir aux Soviets » est celui de l’insurrection. Si quelqu'un le formule sans avoir conscience de ce fait, sans y avoir réfléchi, tant pis pour lui. Et l’insurrection doit être traitée comme un art; j'ai insisté sur ce point lors de la conférence démocratique et jy insiste aujourd’hui, car tel est l’enseignement du marxisme, tel est l’enseignement de la situation actuelle en Russie et dans le monde.
Il ne s’agit pas de votes, il ne s’agit pas de s’assurer Ja collaboration des « socialistes-révolutionnaires de gauche », il ne s’agit ni de l’appoint des Soviets provinciaux, ni de leur congrès. Il S’agit de l’insurrection que peuvent et doivent décider Pétrograd, Moscou, Helsingfors, Cronstadt, Vyborg et Reval. Sous Pétrograd et à Pétrograd, voilà où cette insurrection peut et doit se décider et s’accomplir, le plus sérieusement possible, avec la préparation la plus complète, la plus grande promptitude, la plus grande énergie. La flotte, Cronstadt, Vyborg, Reval peuvent et doi-
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