DECRET SUR LA PAIX
Le gouvernement ouvrier et paysan issu de la Révolution du 6-7 novembre (24-25 octobre) et s'appuyant sur les Soviets des députés ouvriers, soldats et paysans, invite tous les peuples
belligérants et leurs gouvernements à entamer immédiatement des pourparlers en vue d’une paix démocratique équitable.
| Le gouvernement considère comme une paix équitable ou 4 démocratique, comme le désire l’écrasante majorité des classes se ouvrières et travailleuses épuisées, tourmentées et mariyÿyrisées È par la guerre dans tous les pays belligérants, la paix que les | i ouvriers et les paysans russes ont réclamée de la façon la plus ", catégorique et la plus opiniâtre après le renversement de la 5 monarchie tsariste, une paix immédiate sans annexions (c’est-a- ; dire sans conquête de territoires étrangers, sans incorporation
par la force des peuples étrangers) et sans contribuütions.
Voilà la paix que le gouvernement russe propose à tous les ‘| peuples belligérants de conclure immédiatement, Il se déclare | disposé à faire sans le moindre délai toutes les démarches né- | cessaires, jusqu'à la ratification définitive de toutes les conditions d’une semblable paix par les assemblées autorisées des représentants du peuple de tous les pays et de toutes les nations.
Par annexion ou conquête de territoires étrangers, le gouvernement entend, conformément à la conscience qu'ont du droit la démocratie en général et iles classes laborieuses en particulier, touie incorporation à un Etai, grand ou puissant, d’une nationalité petite ou faible, sans le consentement clairement et librement exprimé par cette dernière, indépendammerñrt de l’époque à laquelle cette incorporation par la force a été accomplie, indépendamment du degré de civilisation de la nation annexée ou retenue par la force dans les limites d’un Etat, indépendamment enfin de l’endroit où elle vit, en Europe ou dans les lointains pays d’outre-mer.
Si une nation quelconque est maintenue par la force dans le cadre d’un Etat, si, en dépit du désir qu’elle en a exprimé — que ce soit dans ia presse, dans les assemblées populaires, dans les décisions des partis ou par des mouvements de révolte et des insurrections contre l’oppression nationale — le droit ne lui est pas donné de décider par un vote libre, après le retrait complet des troupes de la nation conquérante ou en général plus puissante, la question de son existence politique, l’incorporation de cette nation à l'Etat constitue une annexion, c’est-à-dire une conquête et un acte de violence. =
Le gouvernement considère que continuer cette guerre F4 pour le partage des peuples faibles et conquis entre les nations fortes et riches est le plus grand crime contre humanité et proclame solennellement sa résolution de signer immédiatement des conditions de paix de nature à mettre fin à cette guerre aux conditions indiquées, également justes pour toutes les nationalités sans exception.
Le gouvernement déclare en même temps qu’il ne considère nullement les conditions de paix indiquées plus haut comme un ultimatum : il consent à examiner toute autre condition de paix, en insistant seulement pour qu’elle soit présentée le plus vite posSible par n'importe quel pays belligérant, pour qu’elle soit rédigée en toute clarté, sans aucune ambiguïté et en dehors de tout secret.
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