LA TERRE AUX PAYSANS
Les paysans de la province de Riazan ont déclaré au ministre Chingarev qu’ils allaient labourer les terres laissées à l’abandon par les propriétaires fonciers, même si ceux-ci refusent de donner leur consentement. Les paysans déclarent que le refus des propriétaires fonciers de procéder aux semailles est funeste, que le labour immédiat des terres à l'abandon est l’unique moyen d’assurer le pain, non seulement aux populations de l’arrière, mais aussi aux armées du front.
En réponse, le ministre Chingarev (voir son télégramme) interdit expressément aux paysans de procéder aux labours de leur autorité privée, chose qu’il qualifie d'« acte arbitraire »; il invite les paysans à attendre la convocation de l’Assemblée constituante, celle-ci devant, censément, décider de tout.
Mais comme la date de la convocation de l’Assemblée constituante reste inconnue; comme la convocation de celleci est constamment ajournée par le Gouvernement provisoire, dont M. Chingarev fait partie, il s'ensuit qu’en fait la terre ne sera pas labourée, les propriétaires fonciers gardent la terre, les paysans restent sans terre, et la Russie, et les ouvriers, les paysans et les soldats, sans une provision de pain suffisante.
Tout cela pour ne pas faire du tort aux propriétaires fonciers, si même la Russie devait tomber dans les griffes de la famine.
Telle est la réponse du Gouvernement provisoire, dont le ministre Chingarev fait partie.
Cette réponse n’est pas pour nous étonner. Le Gouvernement des fabricants et des propriétaires fonciers ne peut, d’ailleurs, en user autrement à l’égard des paysans : « Peuh ! les paysans, pourvu que les propriétaires fonciers soient à leur aise ! »