‹ La Révolution russe de 1917Chapitre 44 sur 252 · V. I. LÉNINE · texte numérisé non relu

V. I. LÉNINE

SUR LE MOMENT ACTUEL (Résolution de la conférence d’avril du P.O.S.D.R.)

La guerre mondiale engendrée par la lutte des trusts mondiaux et du capital bancaire pour la domination du marché mondial, a déjà amené la destruction en masse des valeurs matérielles, l’épuisement des fortes productrices et un tel développement de l’industrie de guerre que fa production du minimum rigoureusement nécessaire des articles de consommation et des moyens de production se

révèle impossible. | | La guerre a mis ainsi l'humanité dans une situation sans issue et l’a amenée au bord de l’abime.

Les prémisses objectives de la révolution socialiste, qui, sans nul doute, existaient déjà avant la guerre dans les pays avancés les plus développés, ont continué à müûrir et müûrissent encore très rapidement du fait de la guerre. L'élimination et la disparition des entreprises petites et moyennes se précipitent. La concentration et l’internationalisation du Capital croissent prodigieusement. Le capitalisme de monopoles se transforme en capitalisme d'Etat; lorganisation sociale de la production et de la répartition est dans divers pays imposée par les circonstances, certains pays instituant même le travail général obligatoire.

La propriété privée des moyens de production étant maintenue, cet acheminement vers une monopolisation et une étatisation plus grandes de la production est inévitablement accompagnée d’une aggravation de l'exploitation des masses laborieuses, d’un surcroît d’oppression entravant la résistance aux exploiteurs, d’un accroissement de la réaction et du despotisme militaire; il amène en même temps la croissance fabuleuse des profits réalisés par les gros capitalistes au détriment de toutes les autres couches de la population et l’asservissement des masses laborieuses

tenues pour des dizaines d’années à payer tribut aux capitalistes sous forme d’intérêts d'emprunts, intérêts se chiffrant par milliards. Maïs, si la propriété privée des moyens de production était abolie, si tout le pouvoir passait au prolétariat, ces mêmes conditions deviendraiïent les gages du succès d’une transformation sociale qui aboliraïit l'exploitation de l’homme par l’homme et assurerait le bien-être de tous et de chacun.

D’autre part, les prévisions des socialistes du monde entier, qui annonçaient unanimement dans le Manifeste de Bâle (1912) la révolution prolétarienne rendue inévitable par la guerre impérialiste alors imminente et qui sévit aujourd’hui, sont manifestement confirmées par le cours des événements.

La Révolution russe n’est que la première étape de la première des révolutions prolétariennes inévitablement engendrées par la guerre.

L’indignation des grandes masses populaires contre la classe capitaliste et la conscience, chez le prolétariat, que seule la prise du pouvoir et l’abolition de la propriété privée des moyens de production sauveront l’humanité, grandissent dans tous les pays.

Dans tous les pays et surtout dans les plus avancés, Angleterre et Allemagne, des centaines de socialistes, qui n’ont pas passé à « leur » bourgeoisie nationale, sont jetés dans les prisons par les gouvernements capitalistes, qui révèlent par ces persécutions la crainte que leur inspire la révolution prolétarienne grandissant au sein des masses populaires. La maturation de la révolution se traduit en Allemagne par des grèves de masses devenues surtout puissantes au cours des dernières semaines et aussi par l’extension de la fraternisation entre les soldats allemands et russes sur le front.

La confiance et l’alliance fraternelle entre les ouvriers des divers pays, entre les ouvriers qui s’entre-tuent aujourd’hui dans l’intérêt des capitalistes, commencent ainsi à se rétablir peu à peu, ce qui crée à son tour des prémisses aux actions révolutionnaires unanimes des ouvriers des divers pays. Et seules ces actions garantiront le développe-

Page 1