‹ La Révolution russe de 1917Chapitre 45 sur 252 · SUR LE MOMENT ACTUEL · texte numérisé non relu

SUR LE MOMENT ACTUEL

ment le plus ordonné et les plus grandes possibilités de succès de la révolution socialiste mondiale.

Le prolétariat de Russie agissant dans l’un des pays les plus arriérés de l’Europe, parmi une population de petits paysans, ne peut se donner pour but d'effectuer immédiatement la transformation socialiste de la société.

Mais ce serait commettre l’erreur la plus grande et même, dans la pratique, passer sans réserve à la bourgeoisie que d’en déduire la nécessité pour la classe ouvrière de soutenir la bourgeoisie, ou de restreindre son activité à un cadre acceptable pour la petite bourgeoisie, ou encore de renoncer au rôle dirigeant du prolétariat qui est de faire connaître au peuple l’urgence de diverses mesures, pratiquement mûres, d'acheminement vers le socialisme.

Au nombre de ces mesures figure tout d’abord Ia nationalisation du sol. Sans sortir directement du cadre de la société bourgeoise, la nationalisation du sol porterait un coup redoutable à la propriété privée des moyens de production et augmenterait d’autant l'influence du prolétariat socialiste sur les semi-prolétaires des campagnes.

Vient ensuite le contrôle de l’Etat sur toutes les banques — celles-ci devant être réunies en une seule banque centrale — et aussi sur les sociétés d’assurances et les syndicats capitalistes les plus importants (syndicats des raffineurs, syndicat des houillères, syndicat des métaux, etc.), ce contrôle impliquant le passage graduel à une taxation progressive plus équitable des revenus et des biens.

Au point de vue économique, ces mesures sont bien müûres: il est incontestable qu’elles sont, au point de vue technique, immédiatement applicables; elles peuvent, au point de vue politique, être approuvées de la grande majorité des paysans, qui y gagnera sous tous les rapports.

Les Soviets des députés ouvriers, soldats, paysans et autres qui couvrent aujourd’hui la Russie d’un réseau de plus en plus serré pourraient instituer, en même temps que les mesures précitées, le travail général obligatoire, car d’une part, de par leur caractère, les Soviets garantissent le passage à toutes ces nouvelles transformations au fur et à mesure que la très grande majorité du peuple

reconnaîtra fermement et d’une façon consciente leur nécessité pratique et, d'autre part, le caractère de ces institutions nous garantit non une réalisation policière et bureaucratique de ces transformations, mais la participation volontaire des masses ouvrières et paysannes, organisées et armées, à l’organisation de leur propre vie économique.

Toutes les mesures indiquées et d’autres analogues peuvent et doivent, non seulement être débattues et préparées, afin d’être appliquées à l'échelle de l'Etat entier, dès le passage de tout le pouvoir aux prolétaires et aux semi-prolétaires, mais elles doivent aussi être appliquées, chaque fois que la possibilité s’en présentera, par les organismes révolutionnaires locaux du pouvoir populaire.

L'application des mesures précitées nécessite une prudence et une circonspection extrêmes, la conquête au sein de la population d’une majorité stable bien convaincue de la maturité pratique de chaque mesure donnée. Et c’est précisément sur ce point que doivent se porter l’attention et les efforts de l’avant-garde consciente des masses ouvrières tenues de venir en aide aux masses paysannes dans Îa recherche d’une solution à la débâcle économique.

SUR LA GUERRE (Resotution de la conférence d’avril du P.O.S.D.R.)

La guerre actuelle est pour les deux groupes de puissances belligérantes une guerre impérialiste, c’est-à-dire faite par des capitalistes pour le partage des avantages qu'offre la domination du monde, pour les marchés du capital financier (bancaire), pour la soumission des nationalités faibles, etc. Chaque jour de guerre enrichit la bourgeoisie financière et industrielle, ruine et épuise les forces du prolétariat et de la paysannerie de tous les pays belligérants d’abord, des pays neutres ensuite. La prolongation de la guerre met en outre en Russie les conquêtes de la révolution et son développement ultérieur en grand péril.

Le passage du pouvoir, en Russie, au Gouvernement provisoire, gouvernement de propriétaires fonciers et de capitalistes, n’a pas modifié et ne pouvait modifier, pour la Russie, ce caractère et cette signification de la guerre.

Ce fait nous apparaît surtout frappant en ce que Île nouveau gouvernement non seulement s’est abstenu de publier les traités secrets conclus par le tsar Nicolas IT avec les gouvernements capitalistes anglais, français et autres, mais a formellement sanctionné sans consulter le peuple ces traités promettant aux capitalistes russes le pillage de la Chine, de la Perse, de la Turquie, de l'Autriche, etc. Du fait que ces traités restent secrets, on trompe le peuple russe sur le caractère véritable de la guerre. |

Aussi le parti du prolétariat ne peut-il soutenir ni la guerre actuelle, ni le gouvernement actuel, ni les emprunts conclus par ce dernier, sans rompre entièrement avec l'internationalisme, c’est-à-dire avec la solidarité fraternelle

des ouvriers de tous les pays dans la lutte contre le joug du Capital.

Les promesses du gouvernement actuel concernant le renoncemént aux annexions, c’est-à-dire à la conquête de pays étrangers ou au maïntien par la force de diverses nationalités dans le cadre de la Russie, ne méritent aucune créance. Car, en premier lieu, les capitalistes, liés par les milliers de liens du capital bancaire, ne peuvent renoncer aux annexions, dans la guerre actuelle, sans renoncer aux bénéfices que leur rapportent les milliards investis dans les emprunts, les concessions, les entreprises de guerre, etc. En second lieu, le nouveau gouvernement, ayant annoncé, pour tromper le peuple, qu’il renonçaïit aux annexions, a déclaré, par l’organe de Milioukov, le 9 avril 1917, à Moscou, qu’il n’y renonçaït pas et par sa note du 18 avril ainsi que par les commentaires dont il l’a fait suivre le 22 avril, il a confirmé que sa politique était une politique de conquêtes. Mettant le peuple en garde contre les vaines promesses des capitalistes, la conférence déclare, pour cette raison, qu’il est nécessaire d’établir une distinction rigoureuse entre la renonciation verbale et la renonciation effective aux annexions, c’est-à-dire qu’il est nécessaire de publier immédiatement et d’annuler tous les traités secrets de brigandage, et d’octroyer immédiatement a toutes les nationalités le droit de décider par un vote libre si elles veulent constituer des Etats indépendants ou faire partie de quelque Etat existant.

IT

Le « défensisme révolutionnaire », qui embrasse maintenant en Russie tous les partis populistes (Parti socialiste populiste, troudoviks, socialistes-révolutionnaires) et le parti opportuniste des social-démocrates menchéviks (le comité d’organisation de Tchkhéïdzé, Tsérétéli, etc.), ainsi que la plupart des révolutionnaires sans parti, représente d’une part, quant à sa signification de classe, les intérêts et le point de vue des paysans aisés et de certains petits propriétaires, qui, à l'instar des capitalistes, tirent profit de la violence exercée sur les peuples faibles, et, d’autre part, le résultat de la duperie par les capitalistes d’une partie des prolétaires et des semi-prolétaires des villes et

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