‹ La Révolution russe de 1917Chapitre 47 sur 252 · V. I. LÉNINE · texte numérisé non relu

V. I. LÉNINE

SUR LA QUESTION AGRAIRE (Résolution de la conférence d'avril du P.O.S.D.R.

La propriété foncière est en Russie la base matérielle du pouvoir des propriétaires fonciers féodaux et le gage d’une restauration possible de la monarchie. Elle voue inévitablement la grande majorité de la population de la Russie, la paysannerie, à la misère, à l’asservissement et à -Poppression et condamne le pays entier à un état arriéré dans tous les domaines de la vie.

La propriété paysanne en Russie, tant concédée aux communautés et aux familles paysannes que privée (terres louées et achetées), est, de bas en haut, de long en large, chargée des liens et des rapports sociaux d’un demi-servage par la division des paysans en catégories héritées du servage, par le morcellement des parcelles, etc. Tous ces obstacles surannés et nuisibles doivent être supprimés, il. faut « décloïisonner » la terre, transformer tous les rapports de possession de la terre et de l’agriculture en les adaptant aux conditions nouvelles de l’économie du pays et du monde entier: cette nécessité constitue la base matérielle des aspirations des paysans à la nationalisation de toutes les terres dans l'Etat.

Quelles que soient les utopies petites-bourgeoïises dont tous les partis et groupes populistes recouvrent la lutte des masses paysannes contre la propriété seigneuriale des grands propriétaires fonciers et, de façon générale, contre les entraves féodales dans le domaine de la possession et de la jouissance de Ia terre en Russie, cette lutte exprime en elle-même une tendance pleinement bourgeoise et démocratique, indéniablement progressiste et nécessaire, au point de vue économique, à la destruction énergique de toutes ces entraves.

La nationalisation du sol, mesure bourgeoïse en elle-

même, signifie la possibilité la plus large et la plus grande Hberté qui se conçoivent dans la société capitaliste, de lutte de classes et de jouissance des terres, libre de tous les vestiges des systèmes autres que le système bourgeois. La nationalisation du sol, abolissant Ia propriété privée des terres, porterait en outre dans la pratique un coup si puissant à la propriété privée de tous les moyens de production en général que le parti du prolétariat doit encourager de tout son pouvoir cette transformation.

D'autre part, la paysannerie aisée de Russie a créé depuis longtemps les éléments d’une bourgeoïsie rurale, éléments que la réforme agraire de Stolypine a sans nul doute affermis, multipliés et renforcés. L'autre pôle des campagnes, les ouvriers salariés de l’agriculture, les prolétaires et la masse des paysans semi-prolétaires qui leur est proche se sont fortifiées et multipliés de même.

Plus on déploiera de résolution et d’esprit de suite dans la destruction et l’élimination de la grande propriété foncière, plus la transformation agraire bourgeoïse démocratique de la Russie sera énergique et complète et plus rapidement, plus fortement se développera la lutte de classe du prolétariat agricole contre la paysannerie aisée (bourgeoisie rurale).

Le prolétariat des villes réussira-t-il à entraïner le prolétariat rural et à lui joindre la masse des semi-prolétaires des campagnes, ou bien les masses suivront-elles la bourgeoisie paysanne encline à s’unir avec les Goutchkov, les Milioukov, les capitalistes et les propriétaires fonciers et, de façon générale, avec la contre-révolution ? De là dépend le sort et l’issue de la Révolution russe tant que la révolution prolétarienne en Europe n’exercera pas sur notre pays son influence directe et puissante.

S'inspirant de cette situation et de ces rapports des forces sociales, la conférence décide :

1. Le parti du prolétariat lutte de toutes ses forces pour la confiscation immédiate et complète de toutes les terres des propriétaires fonciers de Russie (et aussi des apanages, des terres de la couronne, de l’Eglise, etc.).

2. Le Parti exige résolument la transmission immédiate de toutes les terres aux paysans organisés dans les Soviets des députés paysans, ou dans d’autres organisations locales autonomes élues d’une façon réellement et

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