‹ La Révolution russe de 1917Chapitre 53 sur 252 · PORTÉE DE LA FRATERNISATION · texte numérisé non relu

PORTÉE DE LA FRATERNISATION

Les capitalistes, ou bien tournent en dérision Ia fraternisation des soldats au front, ou bien l’attaquent avec fureur, menñtant et calomniant, réduisant tout à une « duperie » des Russes par les Allemands et menaçant — par l’organe de leurs généraux et de leurs officiers — de châtier les soldats qui fraternisent.

Cette politique des capitalistes est d’une parfaite Jjustesse au point de vue de la défense de la sacro-sainte propriété privée, du Capital et de ses bénéfices; pour étouffer dans l’œuf la révolution prolétarienne socialiste, il est en effet nécessaire de considérer la fraternisation comme la considèrent les capitalistes.

Les ouvriers conscients et, à leur suite, la masse des semi-prolétaires guidés par le sûr instinct des classes opprimées, la masse des paysans pauvres considèrent la fraternisation avec la sympathie la plus profonde. Il est évident que c’est le chemin de la paix. Il est évident que ce chemin ne passe pas par les gouvernements capitalistes, ne mène pas à l’alliance avec eux, mais leur est diamétralement opposé. Il est évident que la fraternisation développe, affermit, consolide la confiance fraternelle entre ouvriers de différents pays. Il est évident qu’elle Commence à briser la maudite discipline de la caserne-prison, la discipline de l’obéissance passive des soldats à leurs officiers, à leurs généraux, à leurs capitalistes (car la plupart des officiers et des généraux appartiennent à la classe capitaliste ou défendent ses intérêts). Il est évident que la fraternisation est une initiative révolutionnaire des masses, le réveil de la conscience, de l’esprit, de l’audace des masses opprimées, en d’autres termes, un des anneaux de la chaîne qui mène vers la révolution socialiste prolétarienne.

Vive la fraternisation! Vive la révolution socialiste mondiale prolétarienne qui commence !

Notre devoir est de donner à la fraternisation un caractère aussi organisé que possible et un programme politique aussi net que possible, afin qu’elle s’achemine plus Prop tement et plus facilement vers notre but.

Quelles que soient les calomnies prodiguées sur notre compte par la presse exaspérée des capitalistes et de leurs amis qui nous qualifient d’anarchistes, nous ne nous lasserons pas de répéter : « Nous ne sommes pas des anarchistes, nous sommes les partisans résolus de l’organisation la meilleure des masses et du pouvoir d’ « Etat » le plus ferme; mais nous voulons un Etat qui ne soit pas du genre des Républiques bourgeoises parlementaires, qui soit une kRépublique des Soviets des députés ouvriers, soldats et pay- Sans. >

Nous avons toujours recommandé et nous recommandens de fraterniser avec autant d'organisation que possible, en veillant intelligemment, avec vigilance, l'expérience des soldats étant mise à contribution, à ce qu’il ne se produise pas de tromperie, en s’efforçant d’éloigner des meetings les officiers et les généraux qui sont, le plus souvent, de ‘tristes calomniateurs de la fraternisation.

Nous nous efforçons de faire en sorte que la fraternisation ne se borne pas à des conversations sur la paix. en général, mais aboutisse à l’étude d’un programme politique bien défini, à l'étude de ia façon de terminer la guerre et de la façon de secouer le joug des capitalistes qui ont commencé la guerre et la prolongent aujourd’hui.

Aussi notre Parti a-t-il adressé un « Appel aux soldats de tous les pays belligérants » (voir le n° 37 de la Pravda), appel qui donne notre réponse précise à ces questions et formule un programme politique bien clair,

Il est bon que les soldats maudissent la guerre. Il est bon qu'ils exigent la paix. Il est bon qu’ils commencent à se rendre compte que la guerre est avantageuse.,aux .capitalistes. Il est bon que, rompant avec une discipline de forçats, ils commencent à fraterniser sur tous les fronts. C’est bien. |

Mais ce n’est pas suffisant. &

Il faut que les soldats passent maintenant à une forme

de fraternisation telle qu’on y débatte, au cours des rencontres, un programme politique bien clair. Nous ne sommes pas des anarchistes. Nous ne pensons pas qu’on puisse ter-

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