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des « candidatures » au Gouvernement provisoire. Or, en restant en arrière des masses, le Comité exécutif reste du même coup en arrière de la révolution, dont il gêne la marche en avant.
Voici sous nos yeux deux documents du Comité exécutif: un « Mémento à l’usage des délégués ouvriers se rendant au front » pour remettre des cadeaux aux soldats, et un « Appel aux soldats du front ». Eb bien, qu’attestent ces documents? Mais toujours le même retard du Comité
exécutif, qui, aux questions les plus importantes de l’ac-
tualité, donne les réponses les plus rebutantes, les plus
contre-révolutionnaires.
La question de la guerre. Pendant que le Comité exécutif controversait avec le Gouvernement provisoire sur les annexions et contributions; que le Gouvernement provisoire fabriquait des « notes », tandis que le Comité exécutif savourait son rôle de « vainqueur » et que la guerre de conquête continuait comme par le passé — la vie dans les
tranchées, la vie réelle des soldats, mettait en avant un nouveau moyen de lutte: la fraternisation de masse. Il ne
fait pas doute que la fraternisation, en elle-même, n'est qu’une forme spontanée de la volonté de paix. Cela n'empêche que, organisée et consciente, la fraternisation peut devenir entre les mains de la classe ouvrière, un puissant moyen pour révolutionner la situation des pays belligérants.
* Quelle est donc l’attitude du Comité exécutif à l'égard
de la fraternisation?
Ecoutez :
Camarades soldats! Ce n’est pas par la fraternisation que vous aurez la paix. C’est à votre propre perte, c’est à la perte de la liberté russe, que vous mènent ceux qui vous assurent que la fraternisation est un chemin conduisant à la paix. Ne les croyez pas [voir l « Appel» |.
Au lieu de la fraternisation, le Comité exécutif invite les soldats « à ne pas se refuser à l’action offensive que
peut commander la situation sur le front » (voir l’« Appel »).
Il se trouve que la « défense, sous le rapport politique, n’exclut nullement l’offensive stratégique, l’occupation de nouveaux secteurs, etc. Dans l’intérêt de la défense... il est absolument nécessaire de déclencher loffensive, d'occuper de nouvelles positions » (voir le « Mémento »).
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Bref: pour obtenir la paix, il faut déclencher l’offensive et s'emparer de nouveaux « secteurs ». |
Ainsi raisonne le Comité exécutif.
Mais en quoi ces raisonnements impérialistes du Comité exécutif se distinguent-ils de l’« ordre » contre-révolutionnaire du général Alexéev, où la fraternisation sur le front est qualifiée de « trahison », et où l’on enjoint aux soldats de « mener une lutte implacable contre l'ennemi » ?
Ou encore: en quoi ces raisonnements se distinguent-ils du discours contre-révolutionnaire de Milioukov à la réunion du Palais Marie, où il exigeait des soldats une « action offensive » et de la discipline dans l’intérêt de l” « unité du front »?
La question de la terre. Tout le monde sait le conflit entre les paysans et le Gouvernement provisoire. Les paysans exigent la mise en labour immédiate des terres laissées à l’abandon par les propriétaires fonciers, considérant
cette mesure comme la seule susceptible d’assurer le pain, non seulement aux populations de l'arrière, mais aussi aux armées du front. En réponse, le Gouvernement provisoire a déclaré résolument la guerre aux paysans et mis le mouvement agraire hors la « loi »; ce faisant, il a dépêché sur les lieux des commissaires chargés de protéger les intérêts des propriétaires fonciers contre l’« arbitraire » des pay-. sans, Le Gouvernement provisoire a invité les paysans à s'abstenir de confisquer les terres jusqu’à la convocation de l’Assemblée constituante, celle-ci devant censément décider de tout.
Quelle est donc lPattitude du Comité exécutif dans cette question: qui soutient-il, les paysans ou le Gouvernement provisoire ?
Ecoutez :
La démocratie révolutionnaire défendra de la façon la plus énergique... l’aliénation sans indemnité... des terres des propriétaires fonciers. dans la future Assemblée constituante. Pour l'instant, étant donné que la confiscation immédiate des terres des propriétaires fonciers pourrait sus-citer. dans le pays de graves perturbations économiques... la démocratie révolutionnaire met les paysans en garde contre toute solution de la question agraire de leur autorité privée, car « ce n’est pas les paysans, maïs la contre-révo-
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lution » qui dr des désordres agraires; c’est pourquoi invitation est faite à
ne “pas s’emparer arbitrairement du bien des propriétaires fonciers avant que la question soit décidée par l’Assemblée constituante [voir le « Mémento » |.
Ainsi parle le Comité exécutif.
FH est évident que celui-ci ne soutient pas les paysans, mais le Gouvernement provisoire.
N’est-il pas clair que le Comité exécutif, en s’en tenant à cette position, a glissé vers le mot d’ordre contre-révolutionnaire de Chingarev: « Matez les paysans! ».
En général, depuis quand les mouvements agraires sont-ils devenus des « désordres agraires », et les « solutions prises de sa propre autorité », inadmissibles? Que sont donc les Soviets, y compris le Soviet de Pétrograd, sinon des organisations surgies de leur propre « autorité » ? Le” Comité exécutif ne pense-t-il pas que l'ère est révolue des organisations créées et des solutions prises « de sa propre “autorité » ? |
Le Comité exécutif agite la menace d’une « crise alimentaire », qui résulterait de la mise en labour des terres des propriétaires fonciers sans l’autorisation de ces derniers. Mais voilà que, pour augmenter les possibilités de ravitaillement de la population, le comité révolutionnaire surgi de sa propre « autorité », dans le district de Schlusselbourg, a décidé:
Pour avoir une grande quantité de blé et denrées similaires dont le besoin se fait réellement sentir, les communautés mettront en labour les terres disponibles appartenant à l'Eglise, aux couvents, aux anciens apanages et aux particuliers.
Qu'est-ce que le Comité exécutif peut objecter à cette décision « arbitraire »?
| Que peut-il opposer à cette sage résolution, sinon des phrases vides sur P « arbitraire », les « désordres agraires », les « solutions prises de son autorité privée », etc. empruntées aux oukases de M. Chingarev?
N’est-il pas évident que le Comité exécutif reste en arrière du mouvement révolutionnaire en province, et ce faisant, entre en contradiction avec ce dernier ?
Ainsi, un nouveau tableau s'offre à nous. La révolu-
tion croît en étendue et en profondeur, gagnant de nouvelles sphères, dans l’industrie, dans l’agriculture, dans Îa sphère de la répartition, posant la question de la prise de tout le pouvoir. La province marche en tête du mouvement. Si dans les premiers jours de la révolution, Pétrograd était à la tête, aujourd’hui il commence à retarder. Et on a l'impression que le Comité exécutif cherche à s’arrêter au point déjà acquis. Mais une époque révolutionnaire ne peut se maintenir à un seul point: ici l’on ne peut qu'avancer ou reculer. C’est pourquoi, quiconque cherche à s'arrêter, pendant la révolution, restera infailliblement en arrière; et pour celui qui reste en arrière, il n'est point de merci: la révolution le poussera dans le camp de la contre-révolution.
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Pravda, n° 48, 17 (4) mai 1917.