‹ La Révolution russe de 1917Chapitre 56 sur 252 · LETTRE OUVERTE AUX DÉLÉGUÉS DU CONGRÈS DES DÉPUTÉS PAYSANS DE RUSSIE · texte numérisé non relu

LETTRE OUVERTE AUX DÉLÉGUÉS DU CONGRÈS DES DÉPUTÉS PAYSANS DE RUSSIE

Camarades députés paysans!

Le Comité central du Parti ouvrier social- démocrate de Russie (bolchévik), auquel j'ai honneur d’appartenir, avait l'intention de me mandater en qualité de représentant de notre Parti au congrès paysan. Empêché par la maladie de remplir ce mandat, je me permets de vous adresser cette lettre ouverte, afin de saluer l’union des paysans de Russie et de vous indiquer brièvement les profondes divergences qui séparent notre Parti des Partis « socialiste-révolütionnaire » et « social-démocrate menchévik ».

Ces profondes divergences portent sur trois questions importantes: la terre, la guerre et l’organisation de l'Etat. | Toutes les terres doivent appartenir au peuple. Toutes les terres des propriétaires fonciers doivent, sans rachat, passer aux paysans. C’est clair. La discussion gravite autour de ce point: les paysans doivent-ils prendre sur place, sans délai, toutes les terres sans payer le moindre loyer aux propriétaires fonciers et sans attendre l’Assemblée constituante, ou doivent-ils s’en abstenir ?

Notre Parti pense que les paysans doivent prendre les terres et leur conseille de le faire sur l’heure, sur place, avec le maximum d'organisation, sans tolérer en aucun cas que le matériel soit détérioré, en s’efforçant énergiquement d'augmenter la production de blé et de viande, car la misère endurée par les combattants du front est effroyable. L’Assemblée constituante établira définitivement le régime de la terre, mais seules les institutions locales peuvent en disposer sur l’heure, pour les semailles du printemps, puisque notre Gouvernement provisoire, gouvernement des capitalistes et des propriétaires fonciers, diffère la réunion de l’Assemblée constituante et n'a même pas fixé jusqu’à présent la date de sa convocation.

La disposition préalable des terres ne peut. être laissée qu'aux institutions locales. Les champs doivent être ensemencés. La plupart des paysans sauront très bien disposer des terres sur place en faisant preuve d’organisation, labourer et ensemencer toutes les terres. Il le faut pour améliorer le ravitaillement des soldats au front. Aussi est-il inadmissible d’attendre l’Assemblée constituante. Nous ne nions nullement le droit de l’Assemblée constituante d’établir la propriété nationale du sol et de fixer le statut agraire. Maïs dès aujourd'hui, au cours de ce printemps, les paysans doivent, Sur p'ace, disposer eux-mêmes des terres. Les soldats du front peuvent et doivent envoyer des délégués dans les villages.

Ensuite, pour que toute la terre revienne aux travailleurs, l’union la plus étroite des ouvriers des villes et des paysans pauvres. (semi-prolétaires) s’impose. Sans cette union, il ne sera pas possible de vaincre les capitalistes. Et s’ils ne sont pas vaincus, le passage de la terre aux mains du peuple ne remédiera pas à la misère du peuple. La terre ne se mange pas, el sans argent, sans capitaux, on n’a ni outillage, ni bétail, ni semences. Ce n’est pas aux capitalistes et aux moujiks riches (capitalistes eux aussi) que les paysans doivent se fier, c’est aux ouvriers des villes. Ce n’est qu’en alliance avec ces derniers que les paysans pauvres obtiendront que la terre, les chemins de fer, les banques et les fabriques deviennent propriété de tous les travailleurs, faute de quoi le seul passage de la terre au peuple ne remédiera pas au besoïn et à la misère. |

Dans certaines localités de Russie, les ouvriers établissent déjà leur surveillance (leur contrôle) sur les fabriques. Ce contrôle ouvrier est avantageux aux paysans: il aura pour résultat l’augmentation de la production et Ia baisse des prix des produits. Les paysans doïvent soutenir de tout leur force cette initiative prolétarienne et ne pas ajouter foi aux calomnies que les capitalistes répandent contre les ouvriers.

La deuxième question est celle de la guerre.

Cette guerre est une guerre de conquête. Les capitalistes de tous les pays la font à des fins de conquête, pour accroître leurs profits. Au peuple travailleur, cette guerre n'apporte et n’apportera rien, en aucun cas, si ce n’est la

mort, les horreurs, la dévastation, le retour à la barbarie.

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