‹ La Révolution russe de 1917Chapitre 72 sur 252 · L’ATTITUDE ENVERS LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE · texte numérisé non relu

L’ATTITUDE ENVERS LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE

dit qu'il faut distinguer entre les questions politiques et les questions stratégiques. Il est risible de poser de semblables qusstions. Les cadets comprennent parfaitement que

c’est bien une question politique qui se trouve posée.

Que la lutte révolutionnaire pour la paix, commencée par ‘en bas, puisse mener à une paix séparée, c'est pure calomnie. La première mesure que nous aurions prise, Si

nous étions au pouvoir, aurait été d'arrêter les plus gros

capitalistes et de rompre la trame de leurs intrigues. Faute de quoi, toutes les phrases sur la paix sans annexions et sans contributions ne sont que des mots des plus creux. Notre deuxième mesure aurait été de déclarer aux peuples, sans s'adresser pour cela aux gouvernements, que nous considérons tous les capitalistes comme des bandits, Térechtchenko qui ne vaut pas mieux que Milioukov, qui est seulement un peu plus bête, aussi bien que les capi-

talistes français, anglais ou autres.

Vos propres Izvestia se sont embrouillées : au lieu de paix sans annexions ni contributions, elles proposent le maintien du statu quo. Non, ce n’est pas ainsi que nous comprenons la paix « sans annexions », et sur ce point le congrès paysan est plus près de la vérité lorsqu'il parle d’une République « fédérative », exprimant ainsi l’idée que la République russe ne veut opprimer ni d'une nouvelle manière ni à l’ancienne manière aucun peuple, qu'elle ne

veut pas fonder sur la violence ses rapports ni avec notre

peuple, ni avec la Finlande ni avec l'Ukraine, à l’égard des-

quels le ministre de la Guerre se montre si tâtillon, avec

lesquels on suscite des conflits intolérables et inadmissibles. Nous voulons une République russe une et indivisible avec un pouvoir ferme, mais le pouvoir ferme résulte de laccord volontaire des peuples. « Démocratie révolutionnaire » ? Ce sont là de grands mots, mais on les applique à un gouvernement qui complique par de mesquines chicanes les questions de l’Ukraine et de la Finlande, pays qui n’ont pas même voulu se séparer de la Russie, se bornant à nous dire : « Ne remettez pas à l’Assemblée constituante l’application des premiers principes de la démocratie ! » |

La paix sans annexions ni contributions ne pourra pas être conclue tant que vous n’aurez pas renoncé à Vos propres annexions ! Car enfin c’est ridicule, c’est se moquer

du monde ! En Europe, tout ouvrier en rit. « Ils sont bien ee éloquents, se dit-il, ils appellent les peuples à renverser ee les banquiers, mais leurs propres banquiers, ils en font des + ministres ! » Arrêtez-les, révélez leurs machinations, appre- . | nez-en la trame ! Vous ne le faites pas, bien que vous dispo- tie siez de puissantes organisations auxquelles il n’est pas pos- sible de résister. Vous avez vécu 1905 et 1917, vous savez ee que la révolution ne se fait pas sur commande, que dans | les autres pays les révolutions ont suivi le chemin ardu et sanglant des insurrections et qu’il n’y a pas en Russie de groupe, de classe, en état de résister au pouvoir des Soviets. | En Russie, la révolution est possible, par exception, comme + révolution pacifique. Que cette révolution propose, aujour- : d'hui ou demain, à tous les peuples la paix par la rupture avec toutes les classes capitalistes, et nous aurons dans un dé'ai des plus brefs l’assentiment de la France et de l’Allemagne représentées par leurs peuples, car ces pays succombent, car la situation de l’Allemagne est désespérée, car il n'est plus de salut pour elle, et car la France...

LE PRÉSIDENT. — Votre temps de parole est écoulé.

LÉNINE. — J’achève. Encore une demi-minute...

(Bruits, cris : « Continuez ! > Protestations. À pplandissements.)

LE PRÉSIDENT. — Le bureau propose au congrès de prolonger le temps de parole de l’orateur. Personne ne fait d’objection ? La majorité est pour la prolongation du temps —. de parole. :

LÉNINE. — Je disais que si en Russie, la démocratie révolutionnaire était une démocratie en réalité et non en paroles, elle pousserait de l’avant la révolution au lieu de s'entendre avec les capitalistes; elle liquiderait ses propres annexions, elle déclarerait nettement que toute annexion > est à ses yeux un acte criminel, de brigandage, au lieu de Fe. s’adonner aux palabres sur la paix sans annexions ni con- # tributions. Il serait alors possible d’éviter l'offensive impé- | rialiste qui menace d’entraîner la perte de milliers et de |

millions d'hommes pour le partage de la Perse et des Bal- Kans. Le chemin de la paix serait alors ouvert, chemin qui us n'est pas facile — nous ne disons pas qu’il l’est — chemin

qui n'exclut pas une guerre vraiment révolutionnaire. Nous ne posons pas la question comme la pose aujourd'hui Bazarov dans la Novaia Jizn, nous disons seulement

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