L’ATTITUDE ENVERS LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE 121 D
que la Russie est placée dans des conditions telles que ses tâches sont, à la fin de la guerre impérialiste, d’un accomplissement moins difficile qu’il ne pourrait le paraître. Elle est placée dans de telles conditions géographiques que les puissances qui se risqueraient à s’appuyer sur le Capital et sur ses intérêts de lucre et à s’insurger contre la classe ouvrière russe et son allié, le semi-prolétariat, c’est-à-dire la paysannerie pauvre, assumeraient une tâche d’une extrême difficulté. L'Allemagne est au bord de l’abîme et, depuis l'intervention de l’Amérique qui veut dévorer le Mexique et qui, probablement, engagera demain la lutte contre le Japon, sa situation est sans espoir. L’Allemagne sera anéantie par la France dont la situation géographique est telle que c’est le pays le plus accablé, que son épuisement atteint le plus haut degré. Bien que moins affamée que l’Allemagne, elle a perdu infiniment plus d'hommes.
Si l’on avait commencé dès la première minute à restreindre les bénéfices des capitalistes russes, si on leur avait Ôté toute possibilité de s’approprier des centaines de mil- Bons, si l’on avait proposé à tous les peuples la paix contre les capitalistes de fous les pays, en déclarant nettement que vous vous refusez à engager aucune conversation et aucune négociation avec les capitalistes allemands ou avec ceux qui, directement ou indirectement, font leur jeu ou s’acoquinent avec eux, que vous refusez de parler avec les capitalistes français et anglais, vous les auriez mis en accusation devant les ouvriers. Vous ne considéreriez pas comme une victoire l’octroi d’un passeport à Mac Donald, qui ne soutint jamais aucune lutte révolutionnaire contre le Capital et qu’on laisse passer parce qu'il ne représente ni les idées, ni les principes, ni la pratique, ni l'expérience de la lutte révolutionnaire contre les capitalistes anglais, pour laquelle notre camarade Mac Lean et des centaines d’autres socialistes anglais sont emprisonnés, tout comme notre camarade Liebknecht qui est au bagne pour avoir dit : « Soldats allemands, tirez sur votre kaiser ! »
Ne serait-il pas plus juste d'envoyer les capitalistesimpérialistes au bagne que la majorité des membres du Gouvernement provisoire nous prépare et nous promet chaque jour dans cette troisième Douma je ne sais pas, il est vrai, si c’est la troisième ou la quatrième — spécialement ressuscitée à cet effet et dont il parle déjà dans ses
nouveaux projets de loi concernant la justice. Mac Lean et Liebknecht — tels sont les noms des socialistes qui réalisent dans la vie l’idée de la lutte révolutionnaire contre l'impérialisme. Voilà ce qu’il faut dire à tous les gouvernements pour combattre pour la paix. Il faut les mettre en accusation devant les peuples ! Vous plongerez ainsi dans l'embarras tous les gouvernements impérialistes. Mais pour le moment, c’est vous qui vous êtes embrouillés en adressant aux peuples, le 14 mars, l’appel pour la paix, les conviant à « renverser leurs tsars, leurs rois et leurs banquiers » tandis que nous qui disposons d’une organisation sans pareille, nombreuse, expérimentée, riche en forces matérielles, telle que le Soviet des députés ouvriers et soldats, nous faisons bloc avec nos banquiers, nous établissons un gouvernement de coalition quasi socialiste, nous rédigeons des projets de réforme comme on en a rédigé en Europe des dizaines et des dizaines d'années durant. On se moque là-bas, en Europe, de cette facon de lutter pour la paix. Cette lutte, on ne la comprendra dans ces pays que le jour où les Soviets auront pris le pouvoir et agiront révolutionnairement.
Il n’y à qu’un seul pays au monde capable d’agir pour mettre immédiatement un terme à la guerre impérialiste, agir sur le plan de la lutte de classe contre les capitalistes sans révolution sanglante; il n’y en a qu'un seul et c’est la. Russie. Et il en sera ainsi tant que durera le Soviet des députés ouvriers et soldats. Il ne pourra d’ailleurs durer Jongtemps à côté d’un Gouvernement provisoire du type habituel. Et ce n’est que jusqu’au moment où l’on aura entrepris l’offensive qu’il restera tel qu’il était jusqu’à présent. Le passage à loffensive marque un tournant dans toute la politique de la Révolution russe, c’est-à-dire le passage de l’attente, de la préparation de la paix par linsurrection révolutionnaire d’en bas au recommencement de la guerre ; le passage de la fraternisation sur un front à la fraternisation sur tous les fronts, de la fraternisation spontanée du soldat russe échangeant avec un prolétaire allemand affamé une croûte de pain contre un canif — ce qui suspend sur eux la menace du bagne ! — à la fraternisation consciente. Telle est la voie qui apparaissait.
Quand nous aurons pris le pouvoir, nous mettrons les capitalistes à la raison et, alors, ce ne sera plus cette guerre,